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Après c’est une autre histoire.

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Gus
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MessageSujet: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 7:35

Je suis née à Roquebrune le 6 décembre 1941, ce jour-là j’ai tué mon père. On ne doit pas commencer un texte par « Je », que voulez vous, l’école est moi, nous n’avons pas fait bon ménage, elle m’a quittée je n’avais pas encore 14 ans. À l’heure où j’écris je suis une retraitée de l’armée, pour en arriver là, le chemin fut… disons inattendu. Il faudrait mieux que je commence par la mort de mon père, il avait trois fils, pour fêter ma naissance le Chanti coula à flot, et l’escalier de la cave lui brisa le crâne. Deux mots sur mes parents, ma mère avait 16 ans à la naissance de mon frère aîné à la Spézia en Ligurie (Italie) et pas encore vingt à l’arrivée de son troisième enfant. Heureusement une chaude-pisse éloigna mon père des cuisses de sa femme, il n’y revient que quatre ans plus tard, d’où ma naissance. Il fallait bien fêter les victoires des troupes italiennes. Comme son père il était maçon, comme ses fils le seront ensuite, tous les ritals sont maçons, c’est bien connu. Notre mère pour nous élever n'eut pas d’autre choix que femme de ménage, je la rejoignis dans cette fonction avant même mais 14 ans. En 1955 à Marseille nous habitions sans mes frères au fond d’une cour, une chambre sans eau, sans toilette, nous partions le matin vers 5h, une heure de marche, pour deux heures de ménage, retour en bus les jours de pluie, le soir départ en bus vers 20h, pour trois heures de ménage puis retour à pied même les jours de pluie. Bien entendu au black et une seule paye pour nous deux. Un matin d’hiver 1957 en rentrant elle s’assoupit dans le bus, pour ne plus se réveiller... Seul Giovanni, mon frère aîné est venu pour la mise en bière, le curé et cimetière. Pas un mot entre nous, il m’embrassa me glissa un billet de 500 anciens francs, ouvrit la porte de sa voiture et de disparu à jamais de ma vie. Notre logeuse le soir de l’enterrement m’indiqua la direction de la porte de sorti, juste une heure pour ramasser mes affaires et oups dehors. Il faut que je vous parle un peu de moi, à 16 ans, je n’avais toujours pas eu de règles, et pas l’ombre d’un soupçon de poitrine, il me faudra attendre la cinquantaine et une vingtaine de kilos en plus pour voir apparaître deux seins, pas des glandes, non juste de la graisse.
On me refusa de continuer les ménages, trop jeune, pendant une semaine je marchais jour et nuit dans Marseille. La seconde semaine fut plus dure, plus un sous en poche, je volais à l’étalage pour me nourrir, hélas un jeune vendeur couru plus vite que moi et je reçus une paire de baffe et un coup de pied au cul fort bien appliqué. Ma jupe déchirée, j’entrepris de la raccourcir au ciseau, ma nouvelle tenue, insolite pour l’époque me donna une idée, en parcourant Marseille j’avais observé les femmes qui faisaient le trottoir. Bien que ne sachant pas vraiment ce que je devais faire, j’entrepris de m’installer au coin d’une rue, en faisant les cent pas. En trois jours, pas un homme ne m’aborda. Apparemment le métier ne voulait pas de moi, avec mes 40 kg, mon mètre soixante huit, la mode n’était pas encore arrivée des mannequins filiformes, plate comme une limande. Depuis trois semaines je vivais dans la rue, un jour, que je trouvais très appétissante les poubelles d’un restaurant de la rue de la République, un cuisinier m’interpella et me proposa de faire la plonge, dieu merci à l’époque il n’y avait pas encore de machine. Je m’installais pour cinq ans devant mon bac à eau et mon tas de vaisselle à côté d’une autre fille recrutée comme moi ou presque. En 1962 nous apprîmes que les banques recrutaient à tour de bras, mais il fallait être titulaire du BEPC pour passer le concours. Ni une ni l’autre ne possédait le précieux sésame. Un cuistot nous indiqua que moyennant finance il pouvait nous trouver le papier. Deux semaines de paye, ce n’était pas donné, l’espoir de devenir employée de bureau l’emporta. Le mois suivant nous nous présentions au concours avec notre faux diplôme, Suzanne fut admise moi pas. Pas facile de me retrouver seule devant mon bac à graisse, je décidais de prendre ma vie en main, je venais d’avoir vingt et un ans, il fallait me bouger le cul en un mot. Vous allez me dire que les familles Italienne, sont soudé, que mes frères ne demandaient qu’à m’aider et que c’est mon sale caractère qui m’avait emmené à cette vie-là. Je dois vous dire que vous avez beaucoup d’idées toute faite. Je pouvais bien crever, ils n’auraient pas traversé la rue pour ne secourir. En poche je n’avais rien d’autre qu’un faux diplôme, et aucune formation, j’entrepris de frapper à la porte d’un bureau de recrutement de l’armée.
La porte s’ouvrit généreusement, malgré des papiers tout juste en règle, étais-je vraiment Française, née de parents Italiens ? la question ne fut pas simple à trancher, une employée de la Mairie réussi convaincre le chef du bureau d’enrôlement.
On m’engagea comme personnel féminin de l’armée de terre ou si vous préférez, personnel féminin facile à tripoter, sauf que chez moi, il n’y avait rien à tripoter, pas de seins, pas de fesses, et toujours pas de règles à vingt et un ans. Après quelques mois d’errance dans cette caserne, on m'apprit qu’un stage de formation m’attendait. Je quittais la caserne pour une autre, où au bout de trois semaines, j’obtiens un joli certificat d’employé de bureau, il était mentionné sur le papier que le stage de formation avait durée trois mois ! ! !
On me donna aussi un billet de train pour Paris, puis Versailles Chantier où un camion militaire m’emporta vers le camp de Satory. Une vie exaltante m’attendait dans des bureaux couleurs vert / jaune pisseux, dans un mobilier en bois datant d’avant la première guerre mondiale. C’est avec passion que je triais 8 heures par jour de joli papier rose, des fiches individuelles de renseignement, qu’ensuite une escouade de bidasses recopiaient sur des bulletins individuels de renseignement. Pour me distraire, de temps en temps, l’interphone sonnait, « Maria la fiche de l’adjudant Dubois ou du capitaine Dupont dans mon bureau ». J’avais l’honneur de servir. Chaque jour je me vidais un peu de ma vie.
Sept bureaux occupaient notre étage, le septième était vide jusqu’au jour où un peintre installa son échelle, puis un électricien ses fils, puis un téléphoniste ses appareils. Enfin au bout d’un mois, un capitaine intégra le bureau. Notre commandant bien que plus gradé, le traitait avec respect, ça n’échappa à personne. Le soir en partant il fermait à clé sa porte et pas un appelé n’avait le droit de faire le ménage chez lui.
Presque un an après son arrivée, l’interphone grésille, « apportez-moi la fiche de Maria Di Stefano », surprise je me lève, toc, toc à la porte de notre capitaine, « excusez-moi, mais nous n’avons pas les bulletins du personnel féminin ici ». J’ai oublié de vous dire mon nom, Maria Di Stéfano, c’est moi.
Lui : « À bon, vous n’êtes pas capable de me donner des renseignements sur vous ? »
Moi : interloquée « je ne comprends pas »,
Lui : « Pourquoi avoir fourni un faux BEPC ? »,
Moi, rouge comme une tomate bien mûre : « « euhhhh, je ne comprends pas »,
Lui : « Ne faites pas l’idiote, vous n’êtes pas bête »,
Moi : « …. » (silence) Je me tords les chevilles »,
Lui : « Vous parlez Italien ? »,
Moi : Je bafouille un oui,
Lui : « et l’arabe ? »,
Moi : « L’arabe ? non pas un mot »,
Lui : « Vous voulez apprendre ? »
Moi : « Apprendre ? ? ? »,
Lui : « Oui» .
Moi : « Je suis bien incapable »,
Lui : « On va essayer ».


Un peu plus tard, on m’a fait signer un papier, vu les articles n°……, je m’engage à ne pas divulguer etc, etc………
Après c’est une autre histoire.


Dernière édition par Gus le Jeu 24 Juil - 8:05, édité 1 fois
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Frédy
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 8:02

Et l'autre histoire, on peut la connaître ?
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Gus
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 8:07

Peut-être, il faudra que je demande.
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 8:27

Pas mal cette histoire :)
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paprika
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 10:05

En tous cas, c'est bien écrit pour quelqu'un qui n'a fait aucune étude! mais c'est peut-être inné! Ou bien, ayant appris l'arabe, a-t-elle senti le besoin de prendre un nègre pour écrire son livre! hi hi hi

Vrai que , dans le temps, z'étaient pas regardants mais tout de même...! Passer un faux diplôme!!!! dans l'Administration!!!!!! Bah! le sergent recruteur savait peut-être pas lire! bea

Des histoires comme le sienne, il y en a eu, hélas! Et il y en a encore! Peut-être pas en France mais pour m'être occupée assez longtemps des demandeurs d'asile, j'en ai entendu des vertes et des pas mûres! Quand tu nais avec la scoumoune, elle s'accroche à tes basques et là, même l'ETA n'y peut rien! sage

Et la suite? Est-elle restée femme? ou a-t-elle été obligée de changer de sexe? Ce qui m'intéresse c'est: était-ce psychologique ou physique??? 0x1

Est-un bouquin, un article? Où l'as-tu trouvé??????

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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 10:48

J'aime beaucoup dce genre de témoignage à la première personne avec des appartées... comme une conversation... on est vraiment très proche du conte dans sa forme la plus essentielle...
Texte très parlant, je me suis laissée embarquer...
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 11:25

Si on s'en tient à la forme, c'est sûr, c'est très bien conté!

Pour ce qui est du contenu, de l'histoire, ça pose des questions mais.... n'est-ce pas le but?

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nane
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 11:28

Est elle devenue agent secret ? perplexe
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paprika
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 11:36

C'est le chevalier des on!
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 16:51

Promis, plus de « on » pour la suite, Paprika.
Nane, je pense que le terme « agent secret » n’est pas approprié, ils n’existent que dans les romans d’espionnage. Non, un brave petit soldat…sans uniforme, ou mieux, un rouage de la machine, le plus humble, le plus petit, quasiment invisible et presque inutile.
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nane
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 19:03

invisible... donc secret ... perplexe

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paprika
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Jeu 24 Juil - 19:21

humble, petit, invisible mais pas inutile! Même très utile! Utilisable et utilisé à merci! La base de la pyramide! Indispensable! Sinon la pyramide se casse la gueule! feliz
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Gus
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Ven 25 Juil - 8:39

Pour le plus grand nombre d’entre nous, heureusement la vie coule gentiment, avec bien entendu des peines, mais rien de notable et c’est bien ainsi. Certains se prennent pour indispensable ce n’est que de la fatuité, suffisance ridicule de soi-même, attitude que l’on rencontre souvent dans les grandes entreprises ou chez quelques pseudos notables.
Maria appartient à une infime minorité, elle a vécu des choses extrême, sans jamais se poser la moindre question, presque sans larmes. Quand elle raconte, les événements sont simples, ordinaire, jamais d’adverbe, ni de superlatif dans sa bouche. Le texte ci-dessus quand je l’ai écrit il faisait quatre pages ! ah ! les ciseaux, et pas facile pour moi d’écrire au féminin.
Nous la connaissons depuis 1999, via une chorale, il y a deux ans j’ai par hasard un jour parlé de mon oncle et du Mali, elle le connaissait, c’est ainsi qu’elle a commencé à nous parler d’elle. J’ai dans un autre forum, raconté un épisode de sa vie au Tchad, mais sans l’évoquer elle...
Maria est une femme charmante, agréable et généreuse. Elle passe une retraite paisible en s’occupant de son jardin, d’où on peut admirer la Rance.
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paprika
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Ven 25 Juil - 9:34

OK§ C'est donc une histoire vraie, vécue, la personne existe . Mais c'est toi qui a écrit?

Ouf! j'ai compris!

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Gus
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MessageSujet: Re: Après c’est une autre histoire.   Ven 25 Juil - 10:03

Oui Paprika, sauf évidemment les noms. L’autre jour, je disais à Cotinne, que souvent les auteurs, les vrais, moi je ne suis pas écrivains, n’osais pas dans leurs fictions aller aussi loin que la vie, pour être crédible. La petite histoire de cet enfant brésilien est 100% vraie. J’aurais aimé connaître le sentiment de nos auteurs du Bateau.
Je ne sais pas sous quelle forme j’écrirai la suite de la vie de Maria, et si elle le voudra. Il faut dire que c’est compliqué ; Il y a ce qui relève de l’armée, elle ne dira rien ou presque, on parle toujours de la grande muette. Et puis il y a sa vie. Je crois qu’elle a mieux connu mon oncle qu’elle me le dit. Sans ce lien entre nous, elle ne parlerai pas. Elle sait que j’ai mis ce texte (très censuré) sur Internet, et un autre, l’anonymat du web, l’amuse beaucoup.
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Après c’est une autre histoire.

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