Le bateau ivre



 
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 LAURE

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Anne
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MessageSujet: Re: LAURE   Mar 24 Aoû - 12:29

Mes parents ont vécus à Meknès et différent postes de garde forestier, j'ai été conçu là-bas et ma sœur est née à Casablanca.

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MessageSujet: laure   Mer 25 Aoû - 8:30

Sa semaine de vacances écoulée, Norbert retourna au Maroc, donna sa démission, et le problème de sa succession ayant été réglée sans difficulté, ce n’est pas trois mois, mais deux seulement qu’il dut attendre avant de revenir à Saint Paul Trois Châteaux. Avec les économies qu’il avait réalisées au Maroc, Norbert put aisément acheter, dans un premier temps, une centaine de ruches Langstroths peuplées supplémentaires.

CHAPITRE 10

Il est certain que Laure avait subi une nouvelle mutation. Elle était parvenue, avec le temps, à une position d’équilibre.

Après avoir été soumise à un mari despotique, pour lequel elle n’était qu’un objet utilitaire, elle était parvenue à devenir indépendante et
sourcilleuse pour tout ce qui pourrait mettre en danger cette liberté si durement acquise. Elle en arrivait maintenant à faire la part des choses, et à
apprécier une vie de couple, qui par définition ne peut s’accommoder d’une totale indépendance pour l’un des deux conjoints.

L’amour est un sentiment merveilleux, le plus beau qui soit donné à l’espèce humaine. Mais il s’agit d’une conquête qui mérite de part et d’autre
des efforts et certains renoncements.

Laure et Norbert en étaient arrivés à ce moment béni, où ils étaient convaincus, que la seule valeur qui méritait de se battre becs et ongles pour
la protéger, c’était l’Amour, et ils étaient mûrs pour le goûter pleinement.

Norbert trouva par la suite à acheter 200 ruches supplémentaires qui vinrent compléter le cheptel existant. Le cheptel total avait été constitué à
peu près à égalité par Laure et Norbert.

Dès le premier printemps du retour de Norbert, ils décidèrent de tenter la production de gelée Royale.

Pour cette technologie, une partie du travail se passe au rucher, une autre dans un petit laboratoire, à l’intérieur de la miellerie.

Pour que les abeilles se mettent à augmenter la production de gelée royale, il faut les amener à entreprendre un élevage de reine. A cet effet, il faut organiser des ruches de telle façon que la reine en fonction ne puisse pas accéder à la partie supérieure de la ruche. Pour cela, il faut, après s’être assuré que la reine est bien en bas, insérer une grille à reine, entre le corps du bas et celui du haut. Les ouvrières peuvent passer à travers cette grille, mais pas la reine ; C’est donc dans la partie où la reine ne peut venir, que les ouvrières peuvent prendre des larves en élevage de reine.

Afin que la production soit standardisée et facile à récolter, on prépare spécialement des cadres. Ils sont munis de trois barrettes sur chacune d’elles, 20 cupules en plastique sont collées. Ces cupules, ont la forme et la dimension des cellules de reines
naturelles.

Dans chaque cupule, on dépose en premier lieu une petite goutte de gelée royale mélangée à de l’eau, ensuite, on transpose de très jeunes larves (de moins de 18 heures) que l’on prélève dans n’importe quel cadre d’une autre ruche. Ces cadres, « greffés » sont ensuite mis dans la partie orphelinée des ruches préparées, et 3 jours plus tard, on vient récolter la gelée royale.

Le moment de la récolte est toujours un moment particulier pour les apiculteurs, car les récoltes peuvent être excellentes, mauvaises, ou nul, si par exemple, et cela arrive, la reine est parvenue à franchir la grille à reine.

Laure et Norbert passèrent des heures merveilleuses à mettre au point cette technique qui comporte de nombreux paramètres en fonction desquels les résultats dépendent.

L’un comme l’autre restaient émerveillés par l’amour qui emplissait leur vie. Leur activité professionnel comme leur vie de couple, à leur grand étonnement étaient sans nuage, et ils se disaient souvent que la maturité avait été nécessaire pour parvenir à cette perfection.

Certes leur vie n’avait pas été exempte de périodes malheureuses, mais toujours, l’un près de l’autre, ils avaient pu les affronter et leur amour en sortait toujours plus fort.

Norbert était revenu depuis deux ans ; lorsque Louis mourut d’une cirrhose du foie. On ne peut dire que ce fut une immense peine pour Laure, pourtant, c’est lui qui lui avait donné Alain son fils chéri.

Elle alla à l’enterrement avec Norbert et Alain. Elle eut la surprise de constater la présence de Louise. Elle ne saurait jamais dans quelle circonstance et dans quel but, ces deux là s’étaient rencontrés, et avaient sans doute fait un bout de chemin ensemble. En d’autres temps, Laure serait peut être allée la voir pour en avoir le cœur net. Mais, maintenant, elle ne se souciait pas de relire les vielles pages d’un livre ancien, même pour y ajouter des précisions.
Revivre ces moments lui aurait été insupportable.

La réussite professionnelle d’Alain était remarquable, et lorsqu’il décida d’ouvrir son premier bureau d’architecte à l’étranger, il tint à ce que ce fut aux Etats unis, à Cincinnati, en mémoire de Luc.

Il venait juste de réaliser ce projet, lorsqu’il se tua en moto.

Cette funeste nouvelle, eut un effet atroce sur sa mère qui hurlait de douleur.

Pourtant, à son grand étonnement quelques jours plus tard, aidée bien sûr par Norbert, elle avait repris le dessus. Pour arriver à ce résultat, elle utilisa le moyen qui lui avait permis d’admettre la disparition de Luc. Elle considérait que son fils désormais vivait en elle.

Lorsqu’elle disait à sa tante que dans son entourage, on mourait beaucoup du fait des engins à moteur : Ses parents dans un accident d’automobile, Luc dans une catastrophe aérienne, et son fils à moto, Ida lui répondait que de nos jours, cela n’avait rien d’extraordinaire, puisque l’on se déplaçait d’avantage, et pratiquement toujours avec des engins motorisés. A vrai dire, la tante avait surtout peur que Laure se sente visée par une nouvelle malédiction.

La tante ne pouvait savoir que son propre exemple pourrait détourner sa nièce de cette crainte de malédiction sur elle.

La chère Tante Ida faisait des mots croisés dans le salon, lorsqu’elle mourut subitement d’une crise cardiaque. Elle mourut comme elle avait vécu, c'est-à-dire, en occasionnant le moins d’embarras possible pour les autres, sans une longue maladie qui aurait mobilisé les proches.

Le cœur de Laure abrita un troisième occupant, et là encore, la présence de Norbert atténua grandement la peine qu’elle avait ressentie les premiers jours.

Les mois, les années, s’écoulaient, paisibles, heureux.

Malgré son âge et ses cheveux blancs, Norbert restait jeune d’allure, et toujours aussi amoureux de Laure.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 25 Aoû - 10:14


C'est vrai que la vie est faite de moments très agréables mais aussi de moments très douloureux...
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Anne
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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 25 Aoû - 11:44

La vie est cruelle, et la perte d'un enfant terrible, je vis souvent avec cette peur au cœur quand je regarde mes enfants.
L'image de garder ses morts dans son cœur, les faire vivre en soit, je connais c'est un peu comme ça que je vis moi aussi la perte de ceux qui me sont chers, ils m'habitent pour toujours.

La fabrication de la gelée royale est passionnante, je ne savais pas comment on s'y prenait, je devine que tu en fabrique.

C'est une belle histoire Aristee.

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MessageSujet: LAURE   Jeu 26 Aoû - 8:35

EPILOGUE

C’était une journée d’été typiquement provençale. Le soleil riait de toutes ses dents, la chaleur était lourde, les hirondelles et les martinets volaient bas, ce qui signifiait qu’après ce beau temps, un orage allait arriver.

Laure, chargée d’un vieux sac thermos, toujours le même, depuis des dizaines d’années, et d’un livre, descendit lentement les 10 marches du perron de la maison, pour venir s’installer sur une chaise longue, sous l’érable. L’arbre, qu’elle avait connu tout petit atteignait maintenant une bonne dizaine de mètres de haut.

Sur la table en pierre, elle déposa son sac thermos, se servit un verre d’eau glacée mélangée à du sirop de menthe, et dégusta ce breuvage qui avait toujours été son préféré pendant la saison chaude.

Après un instant de réflexion, elle sortit un portable de la poche de sa robe et forma un numéro.

- Allo ? C’est toi Jean

- Oui madame.

- On m’a dit qu’il y avait de la loque américaine dans des ruchers de la région. L’as-tu entendu dire ?

- Oui madame. Nous avons trois ruches touchées dans le rucher 3.

- Zut !! Chez nous aussi ? Ca m’a fait toujours mal au coeur, mais il n’y a pas d’autres solutions. Il va falloir les sacrifier au souffre, sinon avec la contagion, nous allons perdre tout le rucher.

- C’est à dire, madame…

- Quoi ?

- Monsieur Norbert m’a toujours dit qu’en cas de loque américaine s’il y avait une population suffisante, on pouvait éviter de les sacrifier, et les sauver avec de la tétracycline. Or, elles ont l’une, 7 cadres bien garnis, et les deux autres un peu plus de 5. Alors, je me suis permis de commencer le traitement à la tétracycline, pour tenter de les sauver.

- Si c’est ce que monsieur Norbert t’a dit de faire, il faut lui obéir évidemment. Tu as bien fait de commencer le traitement. J’irai te voir demain. A quel rucher seras-tu ?

- Au rucher 2 madame.

- Parfait. A demain.

Elle ferma son portable, et, étendue sur son transat, les yeux fermés, elle se laissa aller à la somnolence.

Maintenant Laure était seule. Il y a 5 ans que Norbert était parti, emporté par une congestion cérébrale. Elle savait qu’elle était elle-même, au bout de son chemin. Elle venait d’avoir 95 ans, et restait propriétaire de ses ruchers pour lesquels elle avait du se résoudre à prendre un gérant, depuis la mort de Norbert, mais continuait à suivre de loin la marche de ses ruchers.

Malgré son âge avancé, elle avait conservé son regard lumineux, et dans ses yeux, il n’y avait ni tristesse, ni regret.

Elle se souvint du jour où, elle avait alors 28 ans, elle avait dit à sa tante Ida, qu’elle était vieille, que sa vie était finie avant d’avoir commencé, et que désormais, plus rien de bon ne pouvait plus lui arriver.

A cette pensée, elle sourit gaiement, car sa vie, contrairement à ce qu’elle avait cru, avait été finalement bien remplie. Elle avait rencontré des personnages sortant de l’ordinaire, comme son mari qui avait accompli une métamorphose totale, entre le moment où il était marié, et après son divorce. La tante Ida dans son genre, était elle aussi un être à part, d’une bonté et d’une finesse exceptionnelles.
Et les trois hommes de sa vie, Luc, Norbert et Alain…

Sa vie avait été riche, peuplée de personnalités marquantes, et d’évènements plus ou moins agréables, mais avec une nette dominance des moments
de bonheur, grâce surtout à Norbert.

Un violent coup de vent fit grincer les branches de l’érable et frissonner ses feuilles.
L’orage arrivait, Laure ramassa ses affaires, et rentra chez elle, en montant difficilement les escaliers.

Debout sur le perron, appuyée sur la balustrade, elle vit que le ciel était gris-bleu foncé, et qu’il était zébré d’éclairs de plus en plus fréquents. , alors que les premières grosses gouttes tombaient sur les escaliers.

Levant les yeux vers le ciel, elle demanda avec un beau sourire :

« Et maintenant, ma chère, ma très chère tante Ida, m’autorises-tu à dire que je suis vieille ? »

FIN
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MessageSujet: Re: LAURE   Jeu 26 Aoû - 10:01

L'histoire d'une vie, une belle vieillesse... j'aimerais être comme ça moi aussi si j'arrive à cet age...

Merci Aristee, c'était vraiment une histoire prenante passionnante par ses rebondissements et pleine d'humanité.

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MessageSujet: Re: LAURE   Jeu 26 Aoû - 10:46

Une bien belle histoire... et en plus très intéressante quant à l'entretien des ruchers. Merci Aristee.
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MessageSujet: Re: LAURE   

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