Le bateau ivre



 
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 LAURE

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aristee
Sacrée Pipelette
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MessageSujet: laure   Mar 10 Aoû - 8:42

Comme l’on était en semaine, elle dut demander au médecin, son patron l’autorisation de s’absenter durant trois jours. Elle préférait compter large, car, ne sait-on jamais, si ses rêves…

N’étant pas coutumière de telle demande, elle obtint sans trop de difficulté l’autorisation sollicitée pourtant au dernier moment.

La tante Ida, fine mouche, ne fut pas dupe lorsque sa nièce lui dit qu’elle devait s’absenter parce que Luc avait besoin de ses conseils. Elle ne demanda pas de quel genre de conseil il pouvait avoir besoin, et se contenta d’espérer que cette fois-ci, sa chère Laure ne serait pas déçue.

Durant le trajet en train, Laure inventa plusieurs dialogues entre Luc et elle-même. Si les formes étaient différentes, le fond était toujours le même : Il s’agissait d’organiser leur vie future. Pourtant, peu avant d’arriver à destination, un éclair de lucidité, vint éclairer d’autres possibilités qu’elle avait inconsciemment tenues dans l’ombre.

Après tout, il pouvait y avoir une multitude de raisons pour que Luc lui demande de venir. Peut être s’agissait-il d’un point de son passé qui refaisait surface ? Ou était-ce un problème qui concernait sa tante et son oncle, ou
encore des problèmes matériels…. Elle se traitait d’idiote de n’avoir envisagé qu’une seule hypothèse, celle qu’elle
désirait.

En tous cas, lorsqu’elle le vit sur le quai de la gare, avec sa stature d’athlète, son visage viril et bronzé, l’aisance de ses mouvements, elle sut immédiatement, qu’en tout état de cause, il ne s’agissait pas pour lui d’un problème de santé.

Il prit la valise de la jeune femme et lui dit qu’ils allaient à Menton. Il descendait toujours dans cette petite ville qu’il adorait, quand il venait dans la région, et c’est là qu’il voulait que son entretien avec Laure ait lieu.

L’automobile de Luc, une magnifique voiture américaine qu’il venait d’acheter, les emmena par la route côtière, et pour meubler le trajet, Luc posa mille questions sur la vie
des abeilles, l’apiculture et les projets de Laure dans ce domaine.

Arrivés à Menton, la voiture garée en bord de mer, Luc offrit le choix à Laure.

- Veux-tu que nous allions à la terrasse d’un café, ou sur la plage ?

Elle opta pour la plage, et, lorsqu’ils furent assis sur le sable, il commença par s’excuser de lui avoir demandé de venir aussi rapidement, mais, lui dit-il, les résultats de
cette conversation risquaient d’avoir une grande importance, pour lui c’était certain, et pour elle, peut être.

- Lorsqu’après de nombreuses années, dit-il, j’ai revu la fillette qui était devenue une merveilleuse femme, je me suis senti attiré par toi, et crois-moi, j’utilise un euphémisme.

Mais je revenais d’Afghanistan, j’étais lourdement handicapé, et surtout, surtout, j’avais un passé récent très chargé, qui m’avait amené à penser que je portais malheur. J’ai estimé que mon devoir était de me tenir à l’écart de toi, pour ne pas t’attirer des ennuis à ton tour. J’étais déchiré.

Lorsque je t’avais raconté mes aventures, tu avais estimé qu’il s’agissait simplement d’une succession de hasards, mais moi, je continuais à penser que le hasard n’avait rien à voir en l’affaire, que le malheur était en moi, et pouvait atteindre des personnes proches de moi. Thérèse, qui avait été ma maitresse, était morte en couche, le bébé également, Jacques à son tour avait succombé, en tombant sur le couteau que je tenais. Si l’on ajoute mes ennuis judiciaires, ma radiation des cadres de l’armée française
et ma réforme de la légion, ce cumul de drames et d’ennuis ne pouvait être dû qu’à un simple hasard. C’était trop.

Lorsque je suis parti aux Etats Unis, et que sur le plan professionnel je suis sorti du trou, j’ai pu penser que tu avais peut-être raison, et que la roue semblait avoir tourné dans le bon sens.

Devenir en peu de temps le bras droit du patron d’une société, a été un coup de chance inespéré. Lorsque mon bienfaiteur est mort, combien y avait-il de chance pour qu’il soit sans héritier et que par testament, il me remette les clés de la maison ? Infiniment peu, bien sûr. Décidément, la
série noire était terminée, et j’ai pris la décision de revenir en France, pour te revoir, et essayer de sonder tes sentiments à mon égard.

Une semaine avant la date prévue pour mon retour en France, je conduisais dans Cincinnati, mon chef comptable était à mes côtés, lorsque brusquement, mon véhicule s’est déporté sur la droite, et la portière de mon passager heurta un arbre en bord de route.
Je m’en sortais avec quelques égratignures, mais mon chef comptable était sans connaissance.

Transporté à l’hôpital, il est resté trois semaines dans le coma, avec un traumatisme cérébral très important. Il est resté entre la vie et la mort durant deux mois, et bien sûr, je ne suis pas venu en France.

J’ai eu alors la certitude que mes craintes ne s’étaient
dissipées, que pour m’offrir un petit répit, qui était de nouveau terminé.
J’étais décidément marqué par le signe noir, lequel s’étendait à ceux qui m’étaient proches. Je me sentais évidemment responsable de cet accident, quoique je n’ayant pas souvenir d’avoir commis une faute de conduite.

J’avais la certitude que ma vie était terminée, puisque rien de bon pour moi, ni pour mes proches, ne pouvait survenir. J’ai envisagé sérieusement d’en terminer définitivement.. Et
puis, un expert automobile ayant été désigné, j’ai décidé d’attendre ses conclusions avant de prendre une décision, quoique, sincèrement, je ne croyais pas que l’accident
ait été du à une déficience mécanique, puisque ma voiture était pratiquement neuve.

J’étais tellement sûr que ma malédiction était en cause, qu’il m’était difficile d’envisager une autre hypothèse.

Pourtant, les conclusions de l’expert ont été sans ambiguïté. Le véhicule, je te l’ai dit, était récent. Pourtant, l’accident était du à une rupture de l’arbre de direction. D’ailleurs à la suite de mon accident, des milliers de véhicules du même type que le mien, ont été rappelés par le constructeur pour vérification des directions.

Le fait de ne pas être responsable de l’accident a soulagé quelque peu mon angoisse, qui subsistait cependant, car un homme que je transportais dans mon véhicule, à mes côtés était en danger de mort, et ce, quelle que soit la raison de l’accident..

Lorsque je suis revenu en France, je savais déjà que mon chef comptable était sauvé, mais de graves séquelles étaient envisagées sur le plan psychique. Depuis mon arrivée en France, bien entendu j’ai constamment
pris de ses nouvelles, qui s’amélioraient sensiblement.

Lorsque, tu m’as parlé de la visite que ton mari venait de te rendre, et au cours de laquelle, il te proposait de reprendre la vie commune, j’ai cru devenir fou. Il m’a fallu faire un violent effort pour ne pas laisser voir ma détresse, et pour paraitre détaché de la décision que tu allais être amenée à prendre.

Je suis long, excuse-moi, mais j’arrive au bout de mon histoire.

Hier matin, j’ai reçu un coup de fil. C’était mon chef comptable lui même. Il savait que je me faisais du mauvais sang pour lui. Il venait de passer une batterie d’examens
médicaux. Il est guéri sans aucune séquelle. Il voulait m’en avertir aussitôt.
Quand à moi, je n’avais pas encore raccroché le téléphone que ma décision était prise. J’allais demander à une certaine Laure si elle voulait devenir ma femme, ou même simplement vivre avec moi, cela me suffirait, et ce serait une occasion pour que la vie puisse me rembourser en une fois, tout ce qu’elle m’avait pris.

J’ai fini. Mon sort est entre tes mains. Je ne veux ajouter qu’un élément extrêmement important. Je n’ai pas fait ce récit pour engendrer ta pitié. Je ne veux rien devoir à la
pitié. Si quelque chose doit voir le jour, sa base doit être un tout autre sentiment.

Après un court silence, Laure lui répondit :

- Luc, dit elle lentement, pour le laisser un peu sur le gril, tu me poses une question à laquelle, sans attendre, je vais te répondre. Peut être t’attends-tu à un oui ou un non. Je suis désolée, mais c’est par un mot plus long, un mot de 5
lettres que je vais te faire part de mes sentiments.

Et comme Luc la regardait avec ahurissement, et tristesse, elle lui dit :

- ENFIN !!!!! Oui, enfin !!!
Cela fait des années que j’attends ce moment. Tu m’as fait souffrir, mon chéri, et c’est pourquoi, ma petite vengeance a été de te faire attendre quelques secondes ma réponse. Elle n’était pas trop méchante ?

Lorsque chez ta tante et ton oncle, je t’ai revu, tu étais dans un triste état, pourtant, j’ai tout de suite pensé : S’il doit y avoir un autre homme dans ma vie, ce sera lui, et pas un autre. Ce jour est le plus beau de ma vie.

( A suivre)



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MessageSujet: Re: LAURE   Mar 10 Aoû - 9:53


Ouf, ils ont réussi à se le dire...
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aristee
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MessageSujet: LAURE   Mer 11 Aoû - 8:23

Luc et Laure passèrent deux nuits enchanteresses à Menton. Durant les deux jours, Luc se rendit à Monaco poursuive ses discussions d’affaire, et Laure passa son temps entre la plage où elle rêvait de sa vie future et sa chambre d’hôtel où elle lisait. Elle ne se sentait plus vieille du tout.

Quand ils rentrèrent à Saint Paul Trois Châteaux, ils firent deux autres heureux. La tante Ida qui leur dit que depuis des années elle savait « que ces deux là s’aimaient ». Du côté d’Alain, qui avait toujours admiré Luc, la nouvelle lui parut tout à fait normale. Il déclara. « Tu ne seras plus
Amiluc. Je dirai père à mon père, et papa à toi »

Cela aurait pu constituer la fin d’un livre d’une collection spécialisée dans les « happy end », mais Laure était
encore jeune, et la vie continuait.

Luc avait pris la décision de trouver un repreneur pour sa société de Cincinnati. Cela, d’ailleurs, ne devait pas poser de gros problèmes, puisque cette ville était riche en sociétés spécialisées dans la fabrication de cartes à jouer. Il y a d’ailleurs un musée des cartes à jouer à Cincinnati.

Il tirerait de cette vente des capitaux importants, mais il n’avait pas du tout l’intention de se reposer sur ce moelleux matelas, pour mener une vie de roi fainéant.

Il voulait avoir une activité à temps plein, et comme Laure était intéressée par l’apiculture, il décida d’étudier sérieusement les techniques apicoles.

C’était un monde nouveau et attachant qui s’ouvrait devant lui. Il apprit par exemple que la transhumance, qui consiste à porter des ruches peuplées auprès des champs mellifères juste avant la floraison, existait déjà au temps des pharaons. Les apiculteurs de l’époque mettaient leurs ruches dans des barques qui flottaient sur le Nil, et ils les déplaçaient le long du fleuve pour les amarrer à
proximité des champs mellifères qu’ils avaient choisis.

Sur les barques, il y avait deux lignes de flottaison. Lorsque l’eau arrivait sur la plus basse, cela indiquait que les ruches étaient vides de miel. Lorsque l’eau arrivait sur la ligne haute, cela signifiait que les ruches étaient pleines et qu’il était temps de procéder aux récoltes.

Luc acheta un bois qui se trouvait à 3 kilomètres de la maison de Laure, et il se proposait d’en acheter d’autres par la suite, pour entreposer les ruchers qui n’étaient pas
destinées à la transhumance.

Il fit construire un petit bâtiment à destination de miellerie, et acheta un équipement complet, nécessaire pour l’extraction du miel, et le séchage du pollen : un extracteur radiaire électrique de 20 cadres, une centrifugeuse (pour séparer le miel, de la cire des opercules), 4 maturateurs de 400 kg, un bac à désoperculer, un four à pollen, ainsi que le petit matériel indispensable, couteau à désoperculer, tamis etc.

Lorsqu’il ne se trouvait pas à Saint Paul Trois Châteaux pour s’occuper d’apiculture, il était à Cincinnati, pour mener de longs pourparlers , afin de vendre au mieux son entreprise.

Plusieurs mois s’écoulèrent, durant lesquels Luc et Laure vécurent dans un bonheur absolu. En plus de l’amour qui les unissait, ils se retrouvaient dans une passion commune
pour les abeilles, et les techniques apicoles. Par prudence, Laure ne voulait quitter son poste de secrétaire médicale que lorsque l’exploitation apicole lui permettrait d’en vivre. Luc la taquinait en lui disant qu’elle était trop indépendante, et ne tenait pas compte du fait qu’il possédait, lui, des revenus importants.

A part cette petite divergence, qui entrainait des discussions plutôt affectueuses que sérieuses, sans importance réelle, les deux amoureux vivaient sous un ciel
bleu.

Cela faisait près d’un an, qu’ils s’étaient mutuellement avoué leur amour, et Luc était à Cincinnati, lorsqu’un mardi, il téléphona à Laure pour lui indiquer qu’il avait la possibilité d’en terminer rapidement avec la vente de son affaire.

Certes, il aurait pu sans doute, en poursuivant ses discussions, en obtenir un meilleur prix, mais il
était impatient de revenir en France, de poursuivre la création de leur Exploitation apicole, et surtout d’avoir une vie plus calme, en étant constamment aux côtés de Laure.

Il prendrait donc l’avion pour New York où il devait absolument passer pour les dernières signatures, en
fin de semaine, le vendredi sans doute, pour ensuite rejoindre Laure et ne plus la quitter.


CHAPITRE 4


Le temps était splendide. Le ciel d’un bleu uni, d’une pureté absolue, grâce à Maitre Mistral, le grand nettoyeur du ciel de Provence. La tante Ida était partie faire des courses à Orange, et Alain ne rentrerait que Vendredi soir.

Laure était assise ou plus exactement couchée sur une chaise longue sous l’érable.

Elle avait cependant l’impression de dominer toute sa vie, et d’en voir toutes les péripéties, d’en haut, avec une netteté extraordinaire.

Elle se revit durant ses études, insouciante, gâtée par sa mère et son père pour lesquels elle était la merveille des merveilles.

Longtemps, elle avait occulté son long mariage avec Louis, et ce jour là, elle revoyait très clairement tout ce que cet individu lui avait fait subir. Elle n’avait pas honte de ce
qu’elle avait accepté de subir sans réagir, car elle examinait sa vie avec la froideur, le détachement d’une scientifique, qui se contente d’observer sans juger.

Elle se revit sous ce même érable, discuter avec tante Ida, qui l’incitait à réagir contre le désagréable bonhomme
qui la terrorisait. Elle revécut ses luttes pour, malgré les interdits de son mari, prendre des cours de secrétariat, trouver une situation, puis engager une action en divorce.

Elle ressentit le choc subit lorsqu’elle avait revu Luc, ce camarade d’enfance qui revenait tout cabossé au physique comme au moral, ce qui n’avait pas empêché sa certitude que cet homme, serait celui de sa vie.

Elle revivait les années durant lesquelles Luc semblait vouloir la fuir, refusait de lui donner ses coordonnées, alors que manifestement il semblait beaucoup apprécier sa
présence lorsqu’il venait à Saint Paul Trois Châteaux.

Il y avait eu son intérêt pour les abeilles et l’élevage de ces insectes industrieux.

Et puis, évidemment les moments merveilleux passés à Menton où ils avouèrent enfin, leur amour réciproque.

Avec une vie si remplie, elle pourrait estimer que cette fois-ci, elle serait en droit de se dire vieille. Mais, justement, il n’en était rien. Elle se sentait au contraire
jeune, très jeune, prête à entamer la partie la plus heureuse de sa vie. Il n’y avait pas une ombre à son bonheur. La tante Ida, avait une santé de fer et
resterait longtemps auprès d’elle. Alain menait des études sinon brillantes, du moins très correctes. De plus il possédait des qualités humaines qui rendaient
sa mère, fière de lui. La vie de son fils ne pourrait être qu’une magnifique réussite, elle en avait la certitude, car il avait tous les atouts en main. Il allait être architecte, il était beau, sympathique, et trouverait sans difficulté
une femme qui le rendrait heureux.

Après tout ce qu’elle avait subi, Laure ne pouvait qu’imaginer une vie idéale pour son fils. Par avance,
elle avait payé pour lui, elle en était persuadée.

Dans trois jours, Luc serait là, et resterait pour toujours auprès d’elle. Elle sourit en pensant que Luc croyait porter le malheur en lui, et le transmettre à son entourage. Qu’il
se trompait le pauvre chéri !!!!

Non, ce n’était pas le malheur que lui apportait Luc. Il avait payé fort cher lui aussi, mais pour lui comme pour ceux qui l’entourent, de gros dividendes étaient disponibles, et
allaient être versés. Pour Laure, c’était une évidence.

Chaque soir, à cause du décalage horaire, Luc téléphonait, et il en était presque à compter les heures qui les séparaient de leur réunion définitive.

Le jeudi soir, de New York, tout joyeux, il annonça à Laure que les dernières signatures avaient été échangées. Il se sentait disponible pour lancer leur exploitation agricole, et libre de rester chaque jour auprès d’elle pour vivre pleinement leur amour.

Il s’engagea à lui téléphoner dès que l’avion, le lendemain atterrirait à Roissy.

Le lendemain, Laure et Ida s’étaient levées de bonne heure pour préparer le repas du soir, puisque Luc ne devait arriver que dans l’après midi. Elles s’activaient dans la cuisine, lorsque brutalement, la radio annonça que l’on était sans nouvelle d’un avion en provenance de New York et à destination de Paris.

Laure, statufiée et glacée, eut immédiatement la certitude qu’il s’agissait de l’avion dans lequel voyageait Luc. Il n’y avait pas d’élément rationnel pour être arrivée à cette certitude absolue, car enfin, sur cette ligne, il y a plusieurs vols par jour, mais il n’y avait pour elle aucune place au doute. Elle était assise, et la tête sur ses bras en croix appuyés sur la table, elle se mit à sangloter et à hurler sa
douleur.

La tante Ida tentait en vain de lui dire qu’il fallait attendre des nouvelles plus précises, et son amour pour sa nièce, lui souffla plusieurs hypothèses apaisantes. Il y avait de nombreux vols chaque jour, ensuite il arrive que l’on rate son avion et même si Luc se trouvait dans l’avion en question, le fait que l’on n’ait pas de ses nouvelles,
ne prouvait pas qu’il soit tombé en mer. Peut être l’avion avait-il atterri en catastrophe sur une ile et n’avait-il pour l’instant aucun moyen pour signaler sa position, peut être encore avait-il été détourné par des pirates, et les
passagers feront-ils l‘objet de discussions pour la libération des otages.

Laure ne l’écoutait et ne l’entendait même pas. Elle savait que Luc était mort. Elle le sentait dans toutes ses fibres, et passant d’une certitude à l’autre, elle était persuadée que la scoumoune avait fini par avoir raison de lui.

C’était un écroulement total, et lorsque Laure fut en état de raisonner un peu, il n’y avait à son esprit qu’une solution, une seule. C’était d’aller rejoindre Luc au plus vite.

Lorsque la tante Ida constata que Laure était enfin capable de l’entendre, pour la première fois sans doute, elle éleva le ton.

- Ca suffit, Laure ! Tu n’as pas le droit d’imaginer que Luc n’est plus là. Pour l’instant, tu ne sais rien. Il faut réagir. Je crois qu’à la radio, ils ont donné un numéro de téléphone où des renseignements peuvent être demandés. Je vais passer sur France Info. Nous n’aurons pas longtemps à attendre. C’est moi qui téléphonerai. D’ici là, calme- toi. Nous ne savons rien !

- Moi, je fais plus que le savoir. Je le sens.
Il n’est plus près de moi. Je veux le rejoindre.

- Je te le répète, nous ne savons encore rien.
Par ailleurs, il faudrait que tu te rappelles que tu es mère de famille. Tu n’as pas le droit de penser, ne serait-ce que quelques secondes, que tu vas aisser Alain. Il a besoin de toi.

A voix plus basse, elle ajouta :

- Moi, je ne compte pas beaucoup, mais moi aussi j’ai besoin de toi.

Laure se jeta dans ses bras et elles restèrent enlacées jusqu’aux informations à la radio.

( A suivre)
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Anne
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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 11 Aoû - 9:28

Avec plus d'un semaine sans connexion et deux jour de mon retour un peu plein, je vais m'installer et reprendre la lecture à zéro, ce sera un moment de bien être et de calme comme je les aimes Aristee.

Merci pour cette histoire que tu nous offres jour après jour....

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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 11 Aoû - 10:53

Mince ! J'espère qu'il a eu un empêchement et qu'il n'a pas pris l'avion...


Dernière édition par nane le Mer 11 Aoû - 18:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 11 Aoû - 17:36

Le suspens est fort et prenant.... Est-il vraiment mort ????

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MessageSujet: LAURE   Jeu 12 Aoû - 8:38

Il n’y avait pas de nouvelles complémentaires, et Ida prit le numéro de téléphone où des renseignements pourraient être obtenus.

Elle téléphona Il s’agissait bien de l’avion que devait prendre Luc, et il figurait parmi les passagers. Il était
probable que l’avion s’était abimé en mer, mais ce n’était encore qu’une supposition. Le radio de l’appareil n’avait rien signalé d’anormal, et les communications avaient été brusquement interrompues.

Il est certain qu’avec ces nouvelles précisions, les tentatives de tante Ida pour remonter le moral de sa
nièce n’avaient plus aucun impact.

Laure se contenta de dire ;

- Je n’avais pas besoin de cette confirmation, je le sentais en moi. Luc n’est plus là.

Elle se dirigea vers sa chambre pour aller pleurer seule. Elle adorait sa tante, mais dans ces moments cruels, la solitude s’imposait pour elle.

Elle ne vint pas dîner, et Ida n’alla pas la déranger.

Le lendemain à 10 heures, Laure n’était pas sortie de sa chambre, et sa tante, très inquiète alla frapper à sa porte.

Comme elle n’obtenait pas de réponse, elle entra. Laure dormait. Elle avait le teint rouge, et posant sa main sur sa joue, elle constata qu’elle avait une forte fièvre.

Le médecin passa en fin de matinée. Il craignait des complications cérébrales, une congestion, et voulait
la faire hospitaliser. Ida finit par obtenir que l’on attende un peu car son fils devait venir dans l’après midi, et sa présence pourrait lui faire plus de bien que toutes les drogues qu’elle aurait pu recevoir à l’hôpital.

Alain arriva vers 19 heures. Il apprit en même temps la mort de Luc, et la maladie de sa mère. Le pauvre enfant était effondré, et Ida eut toutes les peines du monde pour lui
faire comprendre qu’il fallait avant tout que sa maman guérisse, puisque c’était le seul espoir qui leur restait. Pour cela, il était impératif que Laure se sente indispensable à son fils, et il devait le lui faire sentir.

Laure avait reçu de fortes doses de calmant et dormit encore jusqu’au lendemain matin.

Lorsque vers 9 heures, Alain vint frapper à sa porte, elle eut la force de lui dire d’entrer. Ils pleurèrent un long moment ensemble, et Alain, obéissant aux recommandations d’Ida, dit à sa mère.

- Maman, guérit vite !
J’ai tant besoin de toi !

Séchant un instant ses larmes, elle lui répondit :

- Je ne te laisserai pas tomber mon chéri. Je vais guérir, je te le promets.

La tante avait vu juste. Il fallait que Laure voie son fils et qu’elle sente qu’elle lui était indispensable, pour reprendre le dessus.

Elle se leva, fit sa toilette, et si elle ne put manger, du moins vint-elle se mettre à table.

Le médecin avait prescrit un arrêt de travail de 10 jours, et durant cette période, Laure ne put faire aucun effort. Sa fièvre était tombée, mais la jeune femme restait dans sa chambre plus de 20 heures par jour. Elle faisait sa toilette, venait à table, mangeait très peu, et n’échangeait que quelques mots avec sa tante, quand à Alain, il avait du repartir suivre ses cours le lundi matin, et téléphonait chaque soir pour avoir des nouvelles.

La presse écrite et les radios pendant plusieurs jours, parlèrent de la catastrophe aérienne, mais en fait, la cause de l’accident ne put être établie, et aucun corps ne fut
repêché.

Seuls, quelques débris qui provenaient incontestablement de l’appareil, furent retrouvés, mais n’apportèrent aucune indication sur ce qui s’était passé.

A l’endroit où les débris furent retrouvés, la profondeur de l’océan dépassait les cinq mille mètres, et il était peu probable que l’on retrouve les boites noires, où d’autres éléments. Les 282 passagers et membres d’équipage furent portés disparus, et il était probable que cet accident resterait un mystère.

Puis, comme toujours, d’autres informations vinrent chasser l’accident de la première page des journaux, des informations des radios et de la télévision. Ainsi va la vie,
insensible aux cas particuliers.

Lorsque le vendredi suivant, Alain revint à la maison, Laure avait fait un effort pour se maquiller et pour parler avec sa tante et son fils. Elle mangea presque normalement et ne
pleura pas une seule fois durant la soirée.

Le lendemain, de bonne heure, elle partit au rucher de la maison, puis se rendit dans le bois que Luc avait acheté pour en faire le rucher principal. Une grande quantité de
briques étaient sur place pour préparer les emplacements des ruches que Luc avait commandées et qui devaient être livrées dans quinze jours.

Elle passa la matinée à préparer ces emplacements en observant les conseils de monsieur Brugier, en ce qui concerne l’orientation.

Lorsqu’elle revint à la maison, et durant tout le repas, elle dit à sa tante et à Alain son intention de réaliser les projets de Luc.

- Après la fin de mon arrêt de travail dit-elle, je retournerai travailler chez le médecin, mais je le préviendrai de mon intention de quitter mes fonctions dans trois mois, ce qui lui laissait le temps de trouver une remplaçante.

Je veux devenir apicultrice, selon les plans que nous avions faits.

Au printemps prochain je commencerai la production en grand du miel et du pollen. Plus tard, je tenterai de produire de la gelée royale.

Luc l’avait décidé, et je réaliserai ses plans.

Pour les débouchés, je vais devoir me contenter, la première année, de vendre en gros, mais j’ai bien l’intention d’aller faire le tour des magasins de diététique pour obtenir des
prix de demi gros plus intéressants.

Laure était restée de nombreux jours, prostrée, sans parler,
mais elle se rattrapait à la grande joie de sa tante et de son fils.

Durant les jours qui suivirent, elle reprit une vie presque normale. Certes, elle était physiquement encore affaiblie, en revanche, sa force de caractère faisait l’admiration de sa
tante.

Laure n’évitait pas de parler de Luc, et lorsqu’elle le citait, c’était comme s’il était toujours vivant et qu’il allait revenir à la maison d’un moment à l’autre.

A vrai dire, il vivait en elle, et elle ne se sentait sans doute pas séparée de lui.

Les ruches furent livrées début mars, et Laure se fit un devoir de faire la visite de printemps de chaque ruche, bien que ce travail ait déjà été effectué par le vendeur.

Elle était désormais à la tête de 320 ruches réparties dans 9 ruchers. L’un qui avait été le premier crée, dans le jardin, le deuxième, le plus garni, dans le bois acheté par Luc,
les sept autres emplacements étaient situés en bordure de champs appartenant à des agriculteurs, très heureux d’avoir à proximité de leurs terres des abeilles pour polliniser leurs cultures.

Laure avait du travail sur la planche, mais elle n’avait pas l’impression d’être seule, Luc était à ses côtés et lorsqu’un problème se posait, elle en discutait avec lui.

L’accident s’était produit il y a près de trois mois, lorsque Laure reçut une lettre en provenance de Cincinnati. Elle émanait d’un cabinet juridique, était écrite en français,
et précisait :

Madame

Nous avions reçu la visite de monsieur Luc DECOURT il y a un peu plus d’un an. Il nous avait remis une lettre à votre destination que nous joignons au présent pli. Elle devait vous être remise en cas de décès.

Certes, juridiquement, le décès n’est pas encore entériné, mais j’ai pensé cependant qu’il était de mon devoir de vous la transmettre sans tarder.

Il nous avait également remis son testament, mais nous ne pouvons l’ouvrir pour la raison indiquée plus haut.

Veuillez, madame…..

En voyant l’écriture de Luc, elle ne put retenir quelques larmes, mais quelques instants plus tard, la certitude qu’il était en elle, calma ses pleurs, et c’est avec une sérénité relative qu’elle lut la lettre de Luc.

Mon amour

Pour une fois, je vais laisser parler mon cœur sans aucune crainte, et tout te dire.

Que je t’aime comme un fou n’est peut être pas pour toi un scoop. Mais ce que tu ne sais sans doute pas, c’est qu’au fond de moi, je sentais, je savais que notre amour n’aurait pas pu perdurer.

Puisque tu lis cette lettre, c’est que j’avais raison, et que la scoumoune qui me poursuit depuis des années a fini par avoir ma peau.

C’est parce que, n’étant plus de ce monde, je ne peux plus te transmettre de mauvaises ondes, qu’il m’est possible de te faire cet aveu.

Oui, Laure, je t’aime comme un fou, même si j’ai tout fait pour que tu ne t’en rendes pas compte, sans être certain d’y être parvenu d’ailleurs.

Lorsqu’à mon retour d’Afghanistan, je t’ai revue dans la cour de ma tante et de mon oncle, je suis tombé amoureux fou de toi. Pourtant, j’étais dans un triste état, mais les sentiments sont déconnectés de l’état physique.
C’est en pensant à toi que je suis parvenu à me remettre d’aplomb plus rapidement que les médecins ne le prévoyaient.


Tu ne peux savoir combien il a été difficile pour moi de te cacher mes sentiments. Je n’avais pas le droit d’attirer sur toi la malédiction qui me poursuit et que tu peux désigner comme tu l’entends ; Mauvais œil, scoumoune, loi des séries, ou autre, le résultat est là, incontestable. Je
porte le malheur en moi, mais également sur ceux qui me sont les plus proches, les plus chers.


Je sentais bien ton incompréhension, quand je ne voulais pas te donner mes coordonnées. Mais j’avais trop peur que ne viennes me voir, car, je l’avoue, j’avais l’impression que tu étais également attirée par moi. Peut être ai-je pris mes désirs pour des réalités, mais en tout état de cause, je ne
voulais pas qu’il t’arrive quelque chose.


Ma seule fierté, c’est d’avoir tenu bon. De mon vivant, jamais je ne t’ai fait l’aveu de mon amour, et pour toi, c’est un simple ami qui vient de disparaitre. Amiluc comme m’avait baptisé Alain. Mais le courage a des limites,
et je ne pouvais pas m’empêcher de te dire, au moins post mortem, l’amour que j’ai pour toi


Je suppose que tu as eu connaissance de mon testament. Mes biens, n’hésite pas à les prendre, ils n’ont pas le mauvais œil et moi, je ne suis plus là.

Avec les 2/3 de mon entreprise, tu seras tranquille sur le plan matériel, jusqu’à la fin de tes jours. Quand à ma tante et mon oncle, avec le tiers restant, ils vont avoir plus, qu’ils n’ont gagné durant toute leur vie, et je suis heureux de pouvoir apporter un peu de bien à certain après avoir apporté malheurs et drames à d’autres.

Qu’il soit permis au pauvre diable qui a du te cacher ses sentiments de te crier avant de disparaitre : je t’aime, je
t’aime, je t’aime.


Luc –la-scoumoune


La lettre n’était pas datée, mais le cabinet de Cincinnati avait indiqué qu’elle avait été déposée avec le testament il y a environ un an.

Depuis un an, il y avait eu Menton, et Luc avait pu en France prendre d’autres dispositions.

Laure se souvenait que lors d’une ses rares visites à Saint Paul Trois Châteaux, au détour d’une conversation, il avait
demandé si c’était bien Maitre Gautier le notaire de sa famille, Elle avait répondu par l’affirmative, sans trop attacher d’importance à cette question. Il fallait évidemment s’assurer que Luc n’avait pas fait d’autres testaments, car, il était primordial que les véritables dernières volontés de Luc soient accomplies.

Laure cependant faisait une petite réserve. Si un testament plus récent lui en donnait la possibilité, elle veillerait à ce que les Brugier reçoivent au moins le tiers de l’héritage de
leur neveu.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Jeu 12 Aoû - 9:09

Elle est triste cette histoire mais ô combien réaliste et puis la vie continue envers et contre tout...


Dernière édition par nane le Ven 13 Aoû - 9:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Laure   Ven 13 Aoû - 8:46

C’était normalement un cas de conscience, que de ne pas respecter les dernières volontés d’un testateur, mais pour Laure la question ne se posait pas, tant elle avait l’intime conviction que Luc était en elle et que la décision qu’elle
prendrait serait évidemment celle de Luc.

En fait, quelques jours plus tard, elle était allée voir Maitre Gauthier qui n’avait pas reçu la visite de Luc. C’était donc bien le testament rédigé à Cincinnati qui resterait valable, lorsque le décès serait légalement reconnu.

La lettre de Luc avait encore ravivé la douleur de laure, mais elle lui permit au moins de se dire, qu’avant de disparaitre, il avait pu connaitre d’intenses moments de bonheur durant quelques mois, et oublier les drames qui avaient jalonnés ses dernières années.

Cet homme merveilleux qui avait sacrifié son amour pour que celle qu’il aimait ne subisse aucun préjudice, avait fini par craquer lorsqu’il avait craint que Laure ne reprenne une vie commune avec son ex mari. Elle fut heureuse qu’il ait craqué, même si pour elle, la disparition de Luc était encore plus difficile à porter.

Elle pensait qu’à son tour, il était normal que ce soit elle qui porte la souffrance.
C’était le prix à payer pour avoir connu tous deux, quelques mois d’un intense bonheur.


CHAPITRE 5


Si monsieur Brugier était « un bon manieur d’abeilles) selon l’expression utilisée dans la profession, il n’avait aucune connaissance dans le domaine de la technologie du pollen.

Laure eut donc recours aux livres qu’elle possédait, pour l’apprendre.

Elle sut ainsi, que lorsque l’on veut ramasser du pollen, il faut tout d’abord remplacer la plaque de base de la ruche par ce que l’on appelle, improprement d’ailleurs, une trappe à pollen.

En fait, ces trappes, obligent les abeilles, pour rentrer dans la ruche, à traverser une grille percée de trous de 4mm1/2 de diamètre. Comme les abeilles reviennent avec des culottes de pollen qui font saillies, elles perdent environ 10% des culotes, qui tombent dans le tiroir placé sous l’entrée. C’est la dime prélevée par l’apiculteur. Il faut venir vider les tiroirs toutes les 48 heures, pour éviter que le pollen ne moisisse.

Les seaux de pollen sont ramenés à la miellerie et versés sur les tiroirs à fin grillage d’une étuve à pollen dont le thermostat est réglé à 45 degrés.

24 heures plus tard, le pollen est sec, et peut alors se garder très longtemps, à condition d’être entreposé en un lieu sec dans des tonneaux hermétiquement clos. Cela permet de ne faire le tri que lorsqu’une commande est à préparer, ou en hiver lorsque le travail est moins pressant.

Avant la mise en pot, il faut donc nettoyer ce pollen qui peut contenir quelques impuretés, comme des ailes d’abeilles, des grains de propolis, de la cire d’opercule, de
la poussière de pollen, des larves de fausses teignes ou encore des larves calcifiées par des mycoses.

Pour cela, en premier lieu, on ventile, c’est-à-dire que l’on fait passer le pollen devant un ventilateur, les impuretés les plus légères sont entrainées vers l’extérieur.

Ensuite, pour les impuretés plus lourdes que le pollen, il n’y a pas d’autres solutions que de finir le tri par petites quantités à la fois, en enlevant ces impuretés à la main,
en se servant de brucelles.

Cette technologie est simple, mais demande un temps de main d’œuvre assez long.

Le prix de ce produit, très prisé en diététique, et dont les effets sont réels, est calculé en grande partie, en fonction de la durée de main d’œuvre.

Dès la première année, Laure avait réussi à constituer une petite clientèle de magasins de diététique, où elle put vendre ses produits à un prix convenable.

Elle avait le secret espoir qu’Alain s’intéresserait à cette activité apicole.
Malheureusement, d’une part le garçon se révéla très vite allergique aux piqures d’abeilles, et d’autre part, il était attiré par l’architecture. Il suivit donc ses études de prédilection.

Les premières années, monsieur Brugier venait aider Laure au moment des « gros coups » c’est-à-dire pour les récoltes de miel. Mais il se faisait vieux, et elle se retrouva vite seule pour s’occuper de son exploitation.

Deux ans après l’accident, Luc fut déclaré civilement décédé. Le testament ouvert prévoyait le partage des actions de la société entre Laure et les Brugier sur la base de 2/3
pour elle et 1/3 pour eux.. Comme entre temps la société avait été vendue,
c’est le prix de vente, bloqué dans une banque, qui fut partagé.

Ce pactole représentait, tous frais payés, un peu plus de 10 millions de dollars pour l’oncle et la tante, et plus de 20
millions pour Laure.

Si les Brugier décidèrent d’en profiter au maximum et rapidement, en achetant une maison moderne, une belle voiture et en faisant de nombreux voyages lointains, Laure
n’utilisait ces fonds que pour investir dans son exploitation, comme l’avait prévu Luc.

Elle voulait conserver la presque totalité de son capital pour aider Alain à acheter ou à créer un cabinet d’architecte. Le seul vrai luxe, (Mais en était-ce un ?) que s’offrit Laure, fut d’embaucher à l’année, pour l’aider en haute saison, dans son exploitation, un employé, qui du fait que sa profession antérieure était menuisier, pourrait durant la saison morte, en hiver fabriquer des ruches, et des trappes à pollen Cet
homme, Norbert, se révéla vite très précieux. Il n’avait, lors de son embauche, aucune connaissance en apiculture, mais il se mit rapidement dans le bain, et put, dès la fin de la première saison, ouvrir seul les ruches, juger de l’état
sanitaire des colonies, et prendre, presque dans tous les cas, les mesures qui s’imposaient.

Après ce stage probant, comme il résidait dans un petit appartement en location à 20 km de Saint Paul Trois Châteaux, Laure décida de faire aménager un appartement au dessus de la miellerie. Il y avait là, un espace disponible de 60 m2, qu’elle fit transformer durant l’hiver.

Au printemps, Norbert n’eut plus à faire ces longs trajets, et elle l’avait sous la main en cas de nécessité

Laure n’était pas vraiment malheureuse. Certes, aucune autre vie sentimentale n’était possible car une fois pour toutes, elle appartenait à Luc, et son cœur desséché
ne pouvait appartenir à nul autre, mais c’est une véritable passion qu’elle ressentait pour son nouveau métier.

Les années passèrent. De temps en temps, par plaisanterie, Laure demandait à sa tante :

- Et maintenant ? Suis-je vieille ?

Invariablement la tante Ida répondait :

- A toute autre que toi, je répondrais : Non. Car tu es toujours belle, mince et vive.

Mais il me semble, bien que tu ne changes pas physiquement, que tu es quand même presque
vieille, puisque tu refuses de faire des projets d’avenir, et surtout, tu renonces à avoir une vie sentimentale.

Il s’ensuivait toujours une discussion au cours de laquelle la tante l’incitait à voir du monde, et Laure lui rétorquait qu’elle-même, Ida, n’avait plus fait de projets personnels du jour où elle s’était trouvée veuve.

Cela se terminait par des embrassades et quelques larmes, puis la vie reprenait, rythmée par les saisons apicoles.

Pour les quarante ans de Laure, tante Ida avait décidé que l’on ferait venir une cuisinière réputée de Saint Paul Trois Châteaux, à laquelle on faisait appel, dans la région, pour les repas de communion, de fiançailles ou de mariage.

Comme cela tombait en semaine, Alain qui terminait ses études, sècherait exceptionnellement ses cours, et bien sûr, les Brugier étaient invités, ainsi que Norbert.

Ce jour là, Laure qui d’ordinaire restait toujours sereine, et comme étrangère à tout ce qui l’entourait, sembla très émue, et en quelque sorte plus vivante que d’habitude.

La tante s’en aperçut, et lorsque, après le repas, elles se retrouvèrent seules, elle lui demanda ce qu’elle ressentait pour ses quarante ans.

- Tu as raison de me poser cette question. C’est la première fois depuis longtemps que je prends vraiment conscience d’être vivante……. sans avoir vécu.

Je me rends compte combien Luc avait raison. Je ne m’en plains pas, car il restera toujours en moi. Mais c’est vrai que cet homme exceptionnel avait la scoumoune, une forme particulière de scoumoune, qui était contagieuse.

Nous n’avons pas eu une vie normale. La sienne a été courte et dramatique, et comme nous ne faisons qu’un, nous n’avons eu droit qu’à quelques mois de bonheur, le reste du
temps, avant et après, une malédiction a été sur nous, constamment, et seule la mort m’en débarrassera également, car je suis contaminée à vie.

- Une première fois, souviens-toi, quand tu étais mariée, tu as su réagir. En ce temps là, tu étais persuadée que tu étais liée à vie à Louis qui te rendait malheureuse. Tu
estimais qu’il n’y avait rien à faire. C’était ton lot, il fallait te résigner à être malheureuse. Et puis, tu as su
réagir. Tu as pu conquérir ton indépendance matérielle, en prenant une situation malgré l’interdit de ton mari. Tu as eu le courage de le braver en engageant une instance en divorce. Tu as tenu bon, et tu as gagné.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Ven 13 Aoû - 9:12


Et bien, j'ai appris comment le pollen était "récolté".

Et j'attends bien sûr la suite de ton histoire Aristée.
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MessageSujet: Re: LAURE   Ven 13 Aoû - 11:16

Laure est un sacré personnage, très fort et l'histoire est pleine de rebondissement et d'espoir.

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MessageSujet: LAURE   Sam 14 Aoû - 8:20

Chapitre V

Je sais combien tu étais attachée à Luc, mais réfléchis un peu. C’est vrai que cet homme magnifique n’a pas eu de
chance dans sa vie. La succession de drames qui ont jalonné son passage sur terre, était-elle due au mauvais œil, ou au hasard, je n’en sais rien, et nous ne le saurons jamais. En revanche, je sais une chose. En ce qui te concerne, depuis ton divorce, tu n’as été malheureuse que parce qu’il l’était. Il n’y a aucune malédiction sur toi.

Je te le répète, tu as su triompher du mauvais épisode de ton mariage. Mais quel coup dur personnel as-tu subi en dehors du décès de Luc ? Aucun. Tu as eu la chance d’avoir une passion pour les abeilles et l’apiculture. Or, tu réalises
ta passion. Tu as un fils que bien des mères aimeraient avoir. Tu as de l’argent à ne savoir qu’en faire. Oui, dis-moi ma chérie, où vois-tu une malédiction qui pèse sur toi ? Où ?

Je t’en supplie, Laure, ressaisis-toi. Il n’est pas trop tard. Il nous arrive de discuter en plaisantant, mais je vais te dire le fond de ma pensée. Non, tu n’es pas vieille. On n’est pas vieille à quarante ans. Tu es physiquement exceptionnellement jeune. Ton seul problème, c’est qu’avec entêtement tu veux tourner le dos à la vie. Excuse-moi de te le dire : C’est idiot. Puisque tu vis, et que tu as des atouts nombreux, tu as droit au bonheur, tu m’entends ? Tu y as droit !!
Sors de ton engourdissement !

Au cours de l’après midi, Laure repensa aux propos de sa tante. Elle devait reconnaitre qu’ils étaient conformes à la raison, mais la raison est une chose, et ce que l’on ressent en est une autre. Or, elle sentait le mauvais œil sur elle. C’était peut être faux, mais elle n’y pouvait rien.

Après avoir fait un tour au rucher, non pas pour y travailler, mais parce qu’elle ressentait toujours le besoin d’aller voir voler ses abeilles, Laure rentrait chez elle, lorsqu’elle eut la surprise de voir sur le pas de sa porte, son ex mari, un
bouquet de fleurs à la main.

- Que viens-tu faire ici demanda-t-elle ? d’un ton peu amène.

- Je viens te souhaiter un bon anniversaire et t’offrir ces quelques fleurs.

- Il a fallu que j’attende mes quarante ans pour que tu me souhaites un anniversaire, et que tu m’offres des fleurs.

- C’est vrai. Tu as raison de me le reprocher, mais j’ai beaucoup changé.

- Tu te souvenais donc de la date de mon anniversaire ?

- C'est-à-dire…je suis tombé sur notre livret de mariage, et j’ai vu ta date de naissance.

- C’est une très bonne idée. Je vais consulter notre jugement de divorce pour connaitre la tienne.

- C’est le 3 Novembre. Mais tu as raison d’être un peu amère, et d’ironiser. Cependant, je te le répète, j’ai beaucoup changé.

- Cela m’étonnerait. D’ailleurs pour que tu deviennes simplement normal, il faudrait plus qu’un changement, il faudrait une métamorphose complète.

- Tu peux plaisanter, mais c’est vrai, j’ai changé.

- J’en doute.

- Hé bien, tu peux en avoir le cœur net. Reprends-moi à l’essai.

- Quoi ?

- Reprends-moi à l’essai.

- Cet itératif est de trop. Je n’ai pas à te reprendre, puisque je ne t’ai jamais pris. C’est toi qui as voulu te marier avec moi. Je n’étais qu’une enfant, et je n’ai fait que subir ta volonté.

- Après cette discussion sémantique, pourrais-tu me répondre sur le fond ?

- Tu voudrais reprendre la vie commune ?

- Oui.

Après plusieurs secondes de réflexion, Laure lui répondit :

- Reviens demain à la même heure. Je te donnerai une réponse.

Elle lui prit le bouquet des mains, le remercia pour les fleurs, et rentra chez elle, sans plus s’occuper de lui.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Sam 14 Aoû - 9:47


Il est amoureux à sa façon l'ex mari... ou est il intéressé par le compte en banque de Laure ?
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MessageSujet: Re: LAURE   Sam 14 Aoû - 12:00

J'espère qu'elle ne va pas accepter !

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MessageSujet: LAURE   Dim 15 Aoû - 9:04

La tante Ida était dans le salon, avec ses mots croisés, et Laure lui raconta l’étrange visite qu’elle venait de recevoir, et la demande que Louis lui faisait.

Elle expliqua que son premier réflexe avait été de l’envoyer promener, et puis, que sa curiosité avait pris le dessus.

- J’aimerais bien savoir s’il a vraiment changé, ce dont je doute, et si c’est vrai, dans quelle mesure. Mais, à dire vrai, je n’y crois pas, et je me demande quelle est la raison réelle de sa démarche.

- Rien n’est impossible, ma chérie. Souviens-toi de ce que tu étais durant ton mariage, et tu vois ce que tu es devenue ? Une femme indépendante, qui mène seule, une exploitation sur les plans technique et commercial. S’il a autant changé que toi…..Cependant, réfléchis bien, ne te
laisse pas avoir une seconde fois.

Laure la rassura complètement sur ce point.

- Comme tu viens de le dire, je ne suis plus la même, et il ne pourra pas me manœuvrer de nouveau.

Le lendemain, après une journée passée au rucher, elle rentra chez elle sans parvenir à comprendre la raison de la démarche de Louis. L’hypothèse la plus plausible, était qu’il
avait appris qu’elle disposait d’une fortune importante, et qu’il voulait essayer de reprendre son ascendant sur elle pour s’approprier ce pactole. Si c’était là, la vraie raison, il risquait de devoir déchanter rapidement.

Par la fenêtre, elle vit son ex mari venir à pied. C’était un bel homme, mais il y avait en effet, quelque chose de nouveau dans sa démarche. Il n’avait plus son assurance d’antan, et donnait l’impression d’une timidité, qui n’avait jamais été l’une de ses caractéristiques.

Lorsqu’il sonna à la porte, elle le fit attendre une bonne minute avant d’aller lui ouvrir.

Sans un mot, elle se dirigea vers le salon, où il la suivit. D’un geste, elle lui indiqua un fauteuil, puis, une fois installés, elle lui dit :

- Je ne comprends pas la raison de ta demande.

- Elle est pourtant très simple. Je me suis rendu compte que tu étais la femme la plus merveilleuse du monde. Je suis seul responsable de notre divorce. Je le reconnais volontiers
Je n’ai pas su t’apprécier en son temps, je reviens vers toi, repentant. Je t’aime passionnément. Tu le vois, c’est simple.

- Je me méfie de tout ce qui est simple.

- Tu as le droit de douter de moi. Je l’ai bien mérité. C’est pourquoi, je t’ai demandé de me reprendre à l’essai. Tu m’avais promis une réponse. Quelle est-elle ?

- Il est certain que je ne reconnais plus l’effroyable bonhomme que tu étais, mais je te sais suffisamment intelligent et retors, pour jouer un rôle dans un but précis.

Mais puisque tu es venu chercher une réponse, je vais te la donner.

J’accepte de reprendre une vie commune, sous deux conditions.

- Je les accepte d’avance.

- Néanmoins je vais te les dire quand même. Je ne veux pas que tu prétendes par la suite n’avoir pas été au courant.

Tu as parlé d’un essai. Normalement, un essai s’effectue pour une durée limitée. Pour nous, il n’en est pas question. L’essai sera permanent. Ta position ne sera jamais établie. Je pourrai à tout moment te flanquer à la porte, si je juge que tes arrière-pensées ne sont pas aussi nobles que l’amour dont tu me parles.

Ensuite, je ne veux pas t’entretenir gratuitement. Tu devras participer aux frais du ménage, en me versant 2000 euros par mois.

- Ma fortune t’appartient.

- Ne me fais pas rire !!! Ta fortune n’est qu’une goutte d’eau. Elle ne s’élève certainement pas au centième de celle que je possède. Mais je tiens à ce que tu ne vives pas à mes crochets, et si tu penses pouvoir obtenir un jour un droit de regard sur mon argent, je préfère te le dire immédiatement, tu vas au devant de graves désillusions. Ai- été claire ? Acceptes-tu mes conditions ?

- Je suis évidemment d’accord sur tes conditions. Merci, de m’accepter, et tu ne le regretteras pas. Quand pourrais-je venir ?

- Lundi prochain.
Je veux auparavant en parler avec Alain, ou plus exactement le prévenir quand il viendra pour le week-end.

- Je te fais un chèque tout de suite ?

- Cela pourra attendre lundi. Maintenant, laisse- moi. Je rentre du rucher et je n’ai pas encore pris ma douche.

Elle se leva, se dirigea vers la sortie, il la suivit et il partit sans avoir échangé un mot de plus, ni l’avoir embrassée, ni lui avoir serré la main.

Le vendredi soir, Alain, en arrivant, trouva sa mère et sa grand-tante en grande discussion.

- Oh là, là !
Il y a une conférence au sommet !

Sans chercher à amoindrir le choc. Sa mère lui répondit.

- Il va y avoir en effet un petit changement. Ton père revient ici.

- Ah ?

Sa marque d’étonnement n’alla pas plus loin. Comme sa mère lui demandait ce qu’il pensait du retour de son père, Alain, revenu de sa surprise, affirma qu’en ce qui le concernait, il n’avait pas d’opinion.

De fait, il ne semblait ni heureux ni malheureux, et lorsque le garçon fut sorti de la pièce, la tante Ida dit :

- Ce jeune homme est remarquable. Il a un sang froid, une maitrise de lui, assez exceptionnels pour son âge…… et même pour une personne adulte. Pourtant je n’arrive pas à
croire qu’il soit complètement indifférent au retour de son père. Je crains qu’il n’en soit pas très heureux. Mais après tout, ce n’est qu’une expérience, et c’est ce que tu devrais bien préciser à ton fils.

Le Dimanche soir, en prenant congé de sa mère pour une semaine, Alain la serrant plus fortement que d’habitude dans ses bras, dit à sa mère.

- Tu es plus forte maintenant, hein, maman ?

Cette réflexion prouvait que loin d’être indifférent, Alain se faisait un peu de souci et espérait qu’elle saurait se défendre contre une éventuelle tentative de son père, pour reprendre barre sur elle.

- Ne te fais aucun souci mon fils. Je te le promets, je ne risque rien, et il ne s’agit que d’un essai auquel je pourrai mettre fin à tous moments, je l’ai bien précisé à ton père.

Le lundi matin, en se levant, Laure pensa qu’elle aurait le soir même à payer le prix de sa curiosité. Elle avait
voulu savoir dans quelle mesure Louis avait changé, et elle ne s’était jamais fait d’illusion. Il voudrait lui faire l’amour, et comme en l’autorisant à revenir, elle acceptait tacitement ce qu’elle considérait comme une corvée, elle ne pouvait se refuser à lui.

Louis arriva avec son véhicule vers 16 heures. Tout naturellement après avoir descendu ses bagages il les porta dans la chambre de Laure, celle qu’il occupait avec elle, jadis.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Dim 15 Aoû - 10:40


Là... je suis plus que perplexe...
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MessageSujet: Re: LAURE   Dim 15 Aoû - 11:09

Comme toi Nane je suis surprise, bizarre pourquoi fait-elle ça ? Il n'est pas question d'amour de son coté, puis Luc n'aurait pas aimé la revoir avec son mari, avec un autre amour oui, mais pas repartir avec son ex bourreau. Elle est donc très très naïve ?

Quel intéret ? retourner vivre avec ce type, il l'aime ok mais elle ???? c'est elle qui compte en premier non ?

J'attends la suite très intriguée.....

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MessageSujet: LAURE   Lun 16 Aoû - 8:23

Il n’avait pas oublié d’apporter un nouveau bouquet de fleurs, et curieusement une boite de chocolat pour la tante Ida.
Curieusement, car il ne s’était jamais préoccupé des goûts de la vieille dame, or, de tout temps, elle avait adoré les chocolats. Ce fut encore une énigme dont parlèrent la tante et la nièce. Quand avait-il apprit ce détail ?
Pendant qu’il vivait ici ? Alors il n’était peut être pas aussi indifférent qu’il le laissait paraitre, et savait observer son entourage. Ou il l’avait appris plus tard, mais comment, par qui et pourquoi revenait-il ?

La tante conclut en souriant :

- Tu as eu raison de le laisser revenir. Nous avons un vaste chantier d’étude. Cela va nous occuper, et nous amuser pour comprendre les énigmes que Louis nous propose.

Le Louis en question, était en tous cas loin d’être à l’aise. Laure avait fait une place dans son armoire pour qu’il puisse mettre ses propres affaires, mais l’espace était un peu exigu, et il n’osait pas demander où il pourrait mettre les vêtements qu’il n’avait pu caser.

Avec une certaine jubilation, Laure le laissa essayer de tasser, tasser pour tout faire rentrer dans l’armoire, et finit par lui dire, que dans le grenier, elle avait une petite armoire en plastique dans laquelle il pourrait mettre certains vêtements. Il suffise qu’il aille la chercher pour
la nettoyer, et lui trouver une place dans la salle de bains qui était très vaste.

Il eut un regard de chien battu. Quelle métamorphose !! Ou quel comédien !!!

En pensant à la comédie, Laure se dit que ce soir, elle-même, devrait se prêter à une comédie.
Elle n’avait pas envie, mais alors, pas envie du tout de faire l’amour avec Louis. Les souvenirs qu’elle avait gardé de ces moments vécus durant son mariage, qui devraient être privilégiés dans les couples, étaient pâles et fort
heureusement assez rares. Elle avait connu des émois tellement extraordinaires par la suite.

Néanmoins, elle s’y préparait mentalement depuis plusieurs jours, et savait qu’elle ne le repousserait pas. Elle s’était tacitement engagée à jouer le jeu.

Lorsqu’ils se retrouvèrent dans le lit conjugal, alors qu’elle
s’attendait à un assaut débridé d’un homme en manque, elle eut une première surprise en constatant, que nullement pressé, il s’attardait sur des prémisses auxquelles elle n’avait pas été habituée. Pendant leur longue séparation, il
avait du, soit prendre des cours par correspondance, pensa-t-elle en souriant, soit avoir eu de nombreuses maitresses, dont certaines, experte à ces jeux l’avaient initié.

Il était tendre, affectueux, ce qui d’ailleurs ne la toucha nullement, et lorsqu’il se décida à venir en elle, Laure se surprit elle-même de trouver cela fort agréable.

Lorsque fatigués mais comblés, ils se séparèrent, elle lui demanda d’où venait cette science nouvelle, et il lui répondit :

- Je sais que tu ne peux encore me croire, mais c’est tout simplement l’amour que je ressens pour toi qui me souffle ce que je dois faire.

Comme il lui demandait si elle avait été heureuse, elle lui dit :

- Oh, tu sais ces trucs là, c’est toujours la même chose.

Elle se surprit en flagrant délit de mensonge, mais n’y attacha aucune importance car Louis avait un tel passif accumulé durant leur mariage, que ma foi, un petit mensonge de sa part, ne pouvait être que véniel.

Le lendemain, il partit travailler à la centrale nucléaire, alors qu’elle allait faire son travail au rucher. Elle avait entreprit d’augmenter son cheptel, et en rassemblant ses
connaissances puisées au gré de ses lectures de la littérature apicole, elle avait décidé d’essayer de mettre au point une méthode à elle.

Elle déplaça quatre ruches sur de nouveaux emplacements, et mit sur les anciens emplacements des ruches vides d’abeilles, mais contenant des cadres vides et 4 cadres de cadres de couvain, sans abeilles, prélevés sur d’autres ruches.

Elle espérait que les butineuses, habituées à venir à l’ancien emplacement, viendraient peupler les quatre nouvelles ruches.

Par ailleurs ces nouvelles ruches n’ayant pas de reines, elles devraient tenter de s’en fabriquer une.
Pour cela, il faudrait que les abeilles de vol, qui normalement ne peuvent plus produire de gelée royale, réactive la glande qui fabrique ce produit. C’était
un pari qu’elle faisait, mais, d’après ses diverses expériences, elle était parvenue à la conclusion que ce n’est pas l’abeille, qui est l’animal, mais que c’est toute la ruche qui constituait un organisme. Dans cette hypothèse, les
abeilles ne seraient que des cellules mobiles, au service de toute la ruche.

Si tout se réalisait selon ses espoirs, partie de 4 ruches Laure en aurait désormais 8, et par la suite utiliserait cette méthode facile, pour au moins remplacer les ruches mortes
durant l’hiver, et si elle le désirait, pour augmenter son cheptel.

Norbert qui l’assistait durant toute l’opération lui dit :

- Madame, je suis loin d’avoir vos connaissances, mais je ne crois pas que cela marchera. Les abeilles de vol ont plus de trois semaines, or je crois avoir lu que les abeilles qui produisent la gelée royale ont en général autour de 10 jours, et que par la suite, cette glande s’atrophie pendant que se développent les glandes cirières

- Vos lectures sont excellentes et c’est en effet ce qu’enseignent les spécialistes en apiculture, mais j’ai la conviction, que l’abeille, n’est qu’une cellule d’un organisme unique qui est toute la ruchée.
Dans ces conditions, l’organisme, peut réagir pour sauver sa vie. Sans reine, pas de ruche, donc, les abeilles devraient tenter d’en fabriquer quand même en réactivant les glandes de gelée royale. Nous serons fixés dans une semaine Nous
viendrons voir s’il y a des cellules royales. En cas d’échec, nous appliquerons les méthodes classiques, mais qui sont plus longues et plus pénibles.

Il s’avéra une semaine plus tard, que Laure avait vue juste, et que contrairement à tout ce qui était enseigné habituellement, on pouvait faire élever des reines par des
abeilles de vol, c'est-à-dire des abeilles âgées de plus de trois semaines.

Elle était folle de joie, et Norbert plein d’admiration pour sa patronne qui venait d’inventer une méthode facile, pour augmenter le cheptel.

Par ailleurs, chaque soir, pendant ces premiers jours, Louis et Laure faisaient l’amour, et elle se surprenait à aimer cela, de plus en plus.

En revanche, dès qu’ils avaient mis le pied par terre, Laure redevenait froide et distante, et Louis conservait cette
attitude de chien battu qu’il avait acquise, ou choisie de jouer, depuis le nouveau démarrage de leur vie commune.

Un jour, devant sa froideur, il ne put s’empêcher de lui dire :

- Je ne veux pas me plaindre, mais il faut simplement que tu saches ce que je ressens :

Je t’aime d’un amour fou. Mais durant la journée, j’ai la désagréable impression de vivre dans un ménage à
trois. Et comme le troisième est dans un cercueil, il est pourvu de toutes les qualités, et la comparaison avec moi, ne peut que m’être défavorable.
Cependant, je te le répète, je ne me plains pas, et suis en fin de compte heureux que tu m’aies autorisé à revenir.

Laure posa sur lui un regard dur, et lui dit :

- Je te conseille de ne pas renouveler ce rappel de Luc. Cela pourrait avoir de graves conséquences pour toi.

Si Laure était maintenant toute disposée à admettre l’amour physique avec Louis, elle ne voulait pas que cela débouche sur un amour sentimental. D’ailleurs, le voudrait-elle, elle n’y parviendrait pas. Il ne peut y avoir d’amour réel sans estime, or, il était évident qu’elle ne pourrait jamais avoir la moindre estime pour son ex mari.

En effet, soit il lui jouait la comédie, et il était méprisable, soit il était sincère, et alors, il était devenu un homme aboulique, sans personnalité, une loque, indigne de respect.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Lun 16 Aoû - 10:06


Les roles sont complètement inversés... quelle étrange histoire !
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MessageSujet: Re: LAURE   Lun 16 Aoû - 13:38

Un sacré revers de situation....

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MessageSujet: LAURE   Mar 17 Aoû - 9:05

CHAPITRE 6

Des mois passèrent, puis un an, sans que la situation ne change vraiment.

L’entente physique entre Laure et Louis se poursuivait, pendant que sur le plan des sentiments, Louis restait amoureux alors que Laure dès quelle posait le pied sur la descente de lit, continuait à ne plus le voir, et ne ressentir aucune estime pour lui. Jamais d’ailleurs, elle n’avait
la moindre parole, ou le moindre geste gentil à son égard.

Elle disposait de deux hommes objets à la maison. L’un qui lui procurait l’amour physique, et l’autre qui était là pour accomplir certains travaux du
rucher, en particulier, les plus fatigants.

L’exploitation marchait bien. Certes elle ne s’était pas encore attaquée à la production de gelée royale, car elle implique la maitrise de techniques
assez difficiles, mais elle produisait du miel et du pollen, quand à la commercialisation Laure commençait à avoir une clientèle de magasins
diététiques assez importante dans la région.

En ce mois de Mars, une nouvelle saison apicole commençait, et elle effectuait avec Norbert la visite de printemps. La matinée était magnifique, le soleil éclatant, la température agréable, l’air léger.

Ils procédaient méthodiquement, par rangée la visite de chaque ruche. Elle commençait à un bout, et lui de l’autre. Lorsqu’ils se retrouvaient côte à côte, au centre de la rangée, ils passaient à la rangée suivante.

Chaque ruche était numérotée, et ils notaient chacun sur un carnet, les observations qu’ils avaient faites. Nombre de cadres occupés par les abeilles. Nombre de cadres de couvain, aspect du couvain, qui, dans le cas le plus favorable devait être abondant et en plaques uniformes, etc.

Ils venaient de terminer une rangée et avant de commencer la suivante, Laure s’étira le dos, la partie la plus fragile des apiculteurs qui travaillent
souvent courbés, et elle prit quelques secondes de repos.

A l’autre bout, Norbert avait déjà commencé à ouvrir sa première ruche.
Très droit, il levait un cadre à bout de bras, tournant le dos au soleil pour mieux voir le couvain, et Laure constata pour la première fois que son employé était vraiment un bel homme. Un corps d’athlète, qui ne manquait pas de grâce, et bien que son visage soit recouvert d’un voile d’apiculteur, elle savait qu’il avait le teint halé, mais n’avait pas pris la peine de remarquer la couleur de ses yeux. Elle ne l’avait d’ailleurs jamais regardé comme un homme. Elle avait jugé de sa valeur comme ouvrier agricole, c’est tout.

Lorsqu’ils se rencontrèrent au milieu de la rangée, elle décrétât qu’ils allaient faire une petite pause, et se désaltérer.

A bord de la camionnette dans laquelle ils étaient venus, il y avait comme chaque fois, une petite glaciaire dans laquelle se trouvaient une bouteille de menthe à l’eau pour elle et des bières pour lui.

En fait, Laure voulait savoir la couleur des yeux de Norbert. Lorsqu’il enleva son voile, elle fut renseignée. Ils étaient verts, d’une couleur assez exceptionnelle, et elle se demandait comment elle avait pu ne pas les remarquer.

Ils visitèrent ce jour là les ruches de trois ruchers, et Laure était satisfaite globalement de l’état sanitaire de son cheptel. Ils n’avaient recensés que 5 ruches orphelines et deux bourdonneuses, mais aucune n’était atteinte de maladie contagieuse, comme les loques européenne et américaine, ou
la nosémose.

La saison s’annonçait sous d’heureux auspices sur le plan sanitaire. Maintenant il restait à attendre les conditions météorologiques au moment des
diverses floraisons.

Au grand dam de Laure, qui aimait poursuive un travail commencé, le lendemain, ils ne purent poursuivre leur travail. Il pleuvait sans
discontinuer, et il n’était pas question d’aller ouvrir des ruches sous ce déluge (plus d’ailleurs pour les abeilles que pour les apiculteurs, car il faut
éviter de refroidir le couvain qui est maintenu pas les abeilles à une température aux alentours de 37 degrés.)

Louis était parti suivre ses cours, quand à la tante Ida, elle était allée passer, comme cela lui arrivait souvent, la journée chez une amie
d’enfance à Bollène.

Laure eut alors l’idée d’aller voir comment était installé son employé.
Certes, c’est elle qui avait conçu la disposition des pièces, mais elle n’était jamais allée voir comment il s’était installé.

Abritée sous un parapluie, elle courut jusqu’à la miellerie, monta au premier étage, et frappa à la porte de l’appartement.

Presqu’immédiatement Norbert vint lui ouvrir, et Laure faillit éclater de rire en voyant la mine ahurie de son employé, trouvant sa patronne sur son palier. Il se reprit cependant assez vite.

- Bonjour, Norbert.
Je ne vous dérange pas ?

- Non, madame, non.
Entrez !

Elle pénétra directement dans la grande salle de séjour, et fut surprise de constater l’ordre qui régnait et le goût qui avait présidé à l’ameublement et la décoration.

Certes, les meubles n’étaient pas de grand luxe, mais de bon goût, et elle constata que l’influence espagnole se retrouvait nettement. Sur les murs, des éventails, des mantilles, des photos de corrida….

- Excusez-moi d’être venue vous déranger, mais je voulais savoir comment vous étiez installé.
Il ne vous manque rien de spécial ? N’hésitez pas à me le dire, si vous avez des problèmes, ou s’il vous manque quelque chose dans votre appartement.

- Tout va bien madame. Je vous remercie de vous en soucier.

- Je vois que vous devez aimer l’Espagne. Est-ce votre pays d’origine ?

- Absolument pas. Je suis provençal pur jus, mais j’ai eu l’occasion d’aller travailler en Espagne, et j’aime beaucoup y
aller.

- Je ne connais pas. Il faudra que j’aille y faire un petit séjour pour me faire une opinion personnelle.

Je profite de ma visite pour vous dire que je suis très satisfaite de vos services. Et vous, que pensez-vous de cette activité toute nouvelle pour
vous ?

- Madame, tout va bien. J’aime m’occuper des abeilles. Grâce à vous, je suis bien installé, je suis heureux d’être près de vous… enfin d’être ici.

Devant ce lapsus qui le gênait considérablement, elle lui dit en souriant.

- Vous venez de me faire un beau compliment. Je vous en remercie.

Si je me souviens bien, en dehors de cette pièce vous avez une cuisine, et deux chambres, c’est cela ?

- J’ai en effet une cuisine et une chambre. L’autre pièce qui est plus petite me sert de bureau, si ce nom n’est pas trop pompeux. Enfin, j’y mets mes papiers.

- Je constate en tous cas, que vous êtes un excellent maitre de maison. On dirait qu’une femme habite ici, une femme qui serait une excellente femme d’intérieur de surcroit.

- Merci madame. Mais je suis seul. Voulez-vous boire quelque chose ?

- Non merci.
Asseyons-nous quelques instants.

Elle s’installa sur un canapé, alors que Norbert toujours intimidé, s’installa assez loin sur une chaise.

- J’ai l’impression de vous faire peur dit elle en riant. Je ne vais pas vous manger, venez vous installer là (en tapant avec sa main, elle indiqua la place à côté d’elle sur le canapé).

Il lui obéit, mais ne comprenait manifestement pas, ou n’osait pas espérer ce qu’elle voulait. Il ne resta pas longtemps dans l’incertitude.

- Vous n’avez pas de femme ? Vous n’avez jamais été marié ?

- J’ai été marié, mais lorsque j’ai du abandonner ma profession de menuisier, elle a eu peur de la pauvreté sans doute, car elle est partie.

- Je sais ce que l’on ressent quand un être cher vous quitte. La solitude ne vous pèse pas trop ?

- Oui et non.
J’aimerais ne plus être seul, mais pas avec n’importe qui.

- Moi aussi, je souffre de la solitude.

- Vous avez monsieur !

- Oh, monsieur !!

Après un court instant, faisant du coq à l’âne, elle ajouta :

- Vous a-t-on dit que vous aviez de jolis yeux ?

- Quelquefois. Mais ce n’est pas important. Les yeux, ça sert à voir, c’est tout.

Après un très long silence, Laure demanda.

- Voulez-vous me prendre dans vos bras ?

Sidéré Norbert la regarda, se demandant s’il avait bien entendu, et comme d’un geste de la main, elle lui fit signe de s’approcher, il le fit et
l’enserra un peu gauchement dans ses bras.

Elle se pelotonna contre lui, ferma les yeux, et ils restèrent immobiles un bon moment. Puis, elle se leva et lui dit

- Je n’ai pas vu votre chambre. Vous me la faites voir?

Il se leva, elle en fit autant, et ils se dirigèrent vers une chambre qui contrairement à la salle de séjour était assez spartiate. Un sommier sur pieds, une table de nuit, un valet, une armoire penderie trois portes, et c’est tout. Les murs, blancs étaient nus. Pas une photo, pas un tableau.

Est-ce ce décor monacal qui fit que Laure se ressaisit ? Toujours est-il qu’après avoir dit que cette chambre était très fonctionnelle, elle
remercia Norbert de lui avoir fait visiter son appartement, et elle prit congé.

En retournant chez elle, Laure pensa que le pauvre Norbert ne devait rien comprendre aux agissements de sa patronne. Elle lui a demandé de la prendre dans ses bras, elle a voulu aller dans sa chambre, et subitement a décrété qu’il était temps de partir.

Elle n’était pas très fière d’elle. Non pas d’avoir eu l’intention de faire l’amour avec son employé, mais de ne pas être allée jusqu’au bout. Elle se promit que le pauvre garçon ne perdait rien pour attendre, et que lors de la prochaine journée pluvieuse……..

Le soir, Louis constata avec ravissement que Laure était plus réactive que d’habitude, et il ne put s’empêcher de le lui faire remarquer.

Elle prit un air surpris.

- Ah ? Tu crois ?

Puis crument elle ajouta :

- Tu as un sexe que je ne possède pas, c’est tout. En tous cas, ne te fais pas d’illusion. Je ne t’aimerai jamais.

Le lendemain Laure et Norbert travaillèrent au rucher comme d’habitude, et rien ne pouvait faire penser qu’ils avaient été à deux doigt, la veille de
coucher ensemble.

Laure, qui pourtant ne lui cachait rien, ne parla pourtant pas à la tante Alice de la visite qu’elle avait rendue à Norbert. Parce qu’elle savait qu’elle se dévaloriserait aux yeux de sa tante, qui estimait que lorsque l’on a décidé de faire quelque chose, il ne faut pas s’arrêter en route.

Elle se promit de lui en parler après avoir été la maitresse de Norbert, car cela ne faisait aucun doute dans son esprit, elle le serait prochainement..

La météorologie semblait être du côté de Louis. Il a fait beau durant une dizaine de jours successifs, et Laure ne put mettre à exécution ses projets quasi adultérins.

Mais Laure n’était plus femme à se laisser mener, même par les caprices de la nature. Beau temps ou pas beau temps, elle ne travaillerait pas au rucher le lendemain après midi. Aussi, quand ils se séparèrent un soir après une journée assez pénible, elle dit à Norbert.

- Demain après midi, nous ne travaillerons pas. Je viendrai chez vous vers 15 heures.

Etait-il heureux de cette aubaine qu’on lui promettait pour demain ? Il était difficile de le dire, car son visage ne trahit aucun sentiment. Sans doute avait-il été échaudé la dernière fois, et se demandait-il si dans ce domaine, sa patronne n’était pas une velléitaire.

A l’heure dite, Laure frappa à la porte de Norbert. Lorsqu’il ouvrit, elle ne put se retenir de lui dire :

- Que vous êtes élégant !

Elle avait toujours vu Norbert en vêtement de travail ou, la dernière fois, en survêtement. Cette fois-ci, il avait un pantalon crème parfaitement repassé, et un polo blanc, les manches retroussées sur ses bras musculeux.

Quel bel animal pensa-t-elle, et pour être certaine de ne pas reculer au dernier moment, elle le prit par la main, et l’entraina dans sa chambre, où tout aussitôt elle se jeta dans ses bras.

Ils restèrent enlacés un bon moment, puis la renversant et passant son bras sous ses cuisses, il la porta jusqu’au lit où il commença à la déshabiller.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: LAURE   Mar 17 Aoû - 12:06

Elle a drôlement changé la jolie Laure de femme effacé elle est devenue une super femme qui n'a pas froid aux yeux.

Et son mari ? Je sens qu'il va y avoir encore des rebondissements.

Merci Aristee et bonne et belle journée.

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MessageSujet: Re: LAURE   Mar 17 Aoû - 18:17


Et bien elle devient coquine !!!
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MessageSujet: LAURE   Mer 18 Aoû - 8:17


CHAPITRE 7


Trois heures plus tard, elle sortait de la miellerie pour rejoindre sa maison. Laure n’était pas mécontente de cette petite récréation au cours de laquelle elle avait tenu à mettre les points sur lis I

La première fois, ils avaient fait l’amour trop rapidement, car Norbert était sans doute resté trop longtemps sans compagne, et surtout, il était impatient de la posséder.

Alors qu’ils étaient côte à côte, essoufflés, Norbert lui dit :

- Excuse-moi, c’est allé trop vite, mais je te désirais tant !

Elle s’assit brusquement sur le lit, et fixant Norbert dans les yeux, elle lui répondit :

- Attendez, Attendez !!!! Il faut que les choses soient claires. Il n’est pas question de nous tutoyer. De même, je ne veux pas que vous m’appeliez par mon prénom.

A son tour ; il s’était assis à ses côtés, comme pour refuser d’être dominé, c’est en tous cas l’interprétation que donna Laure à ce geste.

- Puisque le « vous » est encore nécessaire, permettez moi, madame, de vous demander la raison de vos exigences ?

- Le « Madame » n’était pas indispensable, en revanche, nous ne devons rien changer à nos habitudes. Si nous en prenions d’autres, ll est certain,
qu’un jour, devant des étrangers, nous en arriverions à nous tutoyer, et vous m’appelleriez Laure, ce qui, avouez-le pourrait sembler très curieux comme relation patron-employé.

- Je me rends à vos raisons, et resterai à ma place, au rucher. Cependant, comme en ce moment, nous sommes dans mon lit, vous permettez ?

Puis il se mit à la caresser doucement, à lui dire des mots doux en plusieurs langues, et à lui réciter des poèmes qu’elle ne connaissait pas, avec
une voix grave bien timbrée, qui la berçait et la laissait toute alanguie. Puis ils refirent l’amour, et ce fut une explosion divine qui leur avait fait
quitter la terre, pour un lieu inconnu où tout était musique, douceur, bien être, et ils avaient atterris ensemble, en se regardant dans les yeux, chacun
voulant pénétrer l’âme de l’autre, pour ne faire qu’un.

C’est elle qui prit l’initiative de se lever pour partir. Lorsqu’elle lui en dit la raison, il ne comprit pas très bien, mais il s’inclina.

- C’est vous la patronne, dit-il.

Elle lui avait simplement confié qu’elle devait aller dire à sa tante ce qui était arrivé.

- Voyez-vous, ajouta-t-elle, je voudrais le crier au monde entier, mais je ne peux le dire qu’à ma tante. J’ai besoin de parler de ce qui nous arrive. Cela ne peut pas attendre.

La tante était comme souvent dans le salon avec ses mots croisés. A peine entrée dans la pièce, Laure lui dit.

- Je suis la maitresse de Norbert.

En levant les yeux de son journal, elle dit simplement.

- Enfin ! Ce n’est pas trop tôt !

- Quoi ? Cela ne t’étonne pas, ce que je viens de t’apprendre ?

- Ce qui m’étonne, c’est que tu ne l’aies pas fait plus tôt. Il est magnifique cet homme. Il a des yeux extraordinaires, et
je suis certaine qu’il est cultivé. Il t’a dit avoir été menuisier, c’est possible, mais il a du faire autre chose avant, ne serait-ce que des études.

- Tiens ?
Maintenant que tu me le dis, c’est possible. Même probable. En fait c’est certain.
Il a des notions de plusieurs langues et connait des poèmes magnifiques.

- Je me demande vraiment comment tu ne l’avais pas remarqué plus tôt. Tu n’étais pourtant pas obnubilée par les charmes de
Louis ?

- Les charmes de Louis ? Tu deviens méchante ma tante. Le pauvre type !! Mais au fait, je suis surprise de la
façon dont tu prends les choses. Toi-même, après la disparition de ton mari, tu lui es restée fidèle. Il est curieux que tu m’encourages à connaitre d’autres hommes.

- Oh, moi, ma chérie ! Tu le sais, j’ai une amie d’enfance à Bollène et je vais régulièrement la voir.

- Je sais que tu as une amie…. Que tu n’as jamais voulu me présenter, mais une amie, ce n’est pas la même chose.

- Mais si. Ce que je ne pouvais pas te dire jusqu’ici mais que je peux maintenant te révéler, parce que tu me comprendras, c’est que cette amie-e, et en fait un ami-i

- Quoi ? Tu veux me dire que tu as un amant ?

- Je suis vieille, et pour moi, c’est vrai. Mais je ne l’ai pas toujours été, et je suis une femme. André et moi nous nous connaissons
depuis longtemps.

- Ainsi, chaque fois que tu allais voir ton amie de Bollène, c’était ton amant que tu allais voir ?

- Je n’ai jamais pu te dire la vérité, car tu me disais sans arrêt que tu étais vieille, alors, de savoir que moi, beaucoup plus
vieille que toi, puisse avoir un amant, t’aurait fait du mal et t’aurait déstabilisée.

- Mais c’est merveilleux ma tante. IL serait temps que tu lui demandes de venir et que tu me le présentes, non ?

- Il y a longtemps qu’il me le demande !

Elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre.

Lorsque Louis rentra du travail, Laure le prit à part, et sans précaution oratoire lui dit.

- J’ai quelque chose à t’apprendre. J’ai un amant. Par honnêteté intellectuelle, il fallait que je te le dise. Ceci dit, tu feras ce que tu voudras. Si tu veux rester, tu le peux. Pour l’instant, cela ne me gêne pas, dans la mesure où tu respectes mon indépendance.

Louis était toujours timide et effacé devant Laure, mais là, c’était vraiment un chien battu qui se trouvait devant elle, ce qui d’ailleurs ne lui fit ni chaud ni froid, elle était toute entière à son nouvel amour.

Pendant les quinze jours qui suivirent, Laure et Louis continuèrent à coucher dans le même lit, mais déportés sur les côtés du lit, ils ne se touchaient pas.

Elle continuait à aller voir Norbert dans son appartement et leur frénésie sexuelle ne faiblissait pas.

Bien que vivant dans sa nouvelle liaison, Laure ne put ignorer combien Louis souffrait, à ses côtés, le soir, dans leur lit.

En occultant le plaisir qu’elle en tirait, elle finit par se donner de temps en temps à Louis, et se persuada qu’elle accomplissait une œuvre charitable. Elle retirait de cette certitude, le bénéfice d’accroitre sa propre estime. Elle pensait qu’étant très heureuse, elle aurait pu se contenter de goûter son bonheur, mais sa grandeur d’âme était telle, qu’elle évitait à son ancien mari de trop souffrir.

Il lui arrivait parfois de revivre les premiers moments passés avec Norbert, et en particulier la petite scène de la mise au point qu’elle avait tenu à faire.

Elle n’avait pas été très franche avec Norbert. La raison qu’elle avait donnée, pour qu’ils ne se tutoient pas et qu’il ne l’appelle pas par son prénom, n’était en fait qu’un prétexte.

Que d’autres sachent qu’ils étaient amant et maitresse, n’aurait pas tellement dérangé Laure.

La vraie raison est que Laure avait eu peur. Norbert avait été un employé, un subalterne. En devenant son amant, il montait jusqu’à sa hauteur, ce qui aurait été concrétisé par leur tutoiement et le fait qu’il l’appelle Laure.

Elle avait une peur atroce de se retrouver avec un homme qui pourrait avoir barre sur elle. Si elle avait lutté de toutes ses forces pour conquérir son indépendance, ce n’était pas pour se retrouver sous la coupe d’un autre homme. C’était sa hantise.
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MessageSujet: Re: LAURE   Mer 18 Aoû - 10:03

La peur va avec l'humanité de l'homme, oufff elle a peur elle est donc humaine, j'ai cru qu'elle devenait une femme manipulatrice, un peu comme l'était son mari au début.

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