Le bateau ivre



 
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 JE VAIS TUER MA FEMME

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nane
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Ven 3 Sep - 11:25


Je souhaite qu'il ait laissé plein d'indices autour des rochers... Quel abominable personnage...
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aristee
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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Sam 4 Sep - 8:34

Je voulais aller à la clinique en premier, y laisser Arabelle, et aller voir les gendarmes ensuite. Ma femme me dit qu’elle ne souffrait pas beaucoup, et qu’il valait mieux aller chez les gendarmes d’abord, pour qu’ils aillent chercher le corps de Claude le plus vite possible, et puissent commencer immédiatement leur enquête

Je n’étais pas en état de la contredire, et je fis comme elle le désirait, et lorsque le chef de la Brigade lui demanda si elle était en état de relater les évènements survenus, elle répondit par l’affirmative.

Je crus alors que tout était fichu pour moi, et c’est avec surprise que j’entendis sa déposition.

- Nous avions décidé, mon mari, moi, et notre ami Claude, de nous rendre au « Petit canyon », où mon mari, féru de photos pourrait profiter des fleurs magnifiques de cet endroit, pour tirer quelques clichés.

Nous sommes partis en voiture, et nous avons laissé la voiture à proximité de notre but. Claude marchait devant, mon mari s’attardait pour prendre ses photos, et moi, je marchais entre les deux.

Après un tournant sur la gauche, je vis que Claude, profitant d’un carré d’herbes, s’était allongé en nous attendant. Je vins près de lui, et mon mari était à une dizaine de mètres derrière moi, lorsque j’entendis un grand bruit, et je vis des blocs de pierre dévaler la pente, et écraser Claude. Un bloc venait sur moi, je fis un bond de côté mais je ne pus l’éviter complètement et il vint me heurter le bras droit. Mon mari est venu à mon secours, nous sommes revenus à la voiture, pour venir directement ici. »

Durant toute sa déposition, Arabelle ne cessa de pleurer, avec une recrudescence de larmes, lorsqu’elle a parlé de l’écrasement de Claude. Quand à moi, j’étais bien trop ahuri par la déposition d’Arabelle, pour pouvoir dire autre chose que :

- Je confirme le récit de ma femme.

Mais je ne comprenais pas. Pourquoi, Arabelle faisait-elle une déposition qui me blanchissait entièrement ? Elle prétendait que nous étions partis en automobile, puis qu’au moment des chutes de rochers, j’étais juste derrière elle. Ce ne pouvait être le fait du traumatisme psychique qu’elle avait subi, car, malgré ses pleurs elle s’était exprimée d’une façon cohérente. C’est donc délibérément qu’elle me sauvait la mise, alors que tout, démontrait que c’était moi qui avais voulu les tuer. Peut être avait-elle craint que je veuille plus tard reprendre ma tentative qui cette fois n’avait réussi qu’à moitié ?
En me sauvant, elle espérait sans doute s’attirer ma reconnaissance ? Enfin, ce n’est une hypothèse.

Pour l’instant, je ne peux que me féliciter de l’initiative qu’elle avait prise. Même si je sens qu’il ne s’agit pour moi que d’une rémission. Elle doit savoir que j’ai tué son amant. Elle n’est pas très intelligente, mais quand même…..

Nous sommes rentrés à la maison, sans prononcer un mot. D’ailleurs, elle était très occupée à pleurer, sans doute sur le sort de son amant.

Comme elle ne semblait pas en état de préparer un repas, je lui ai proposé de l’emmener au restaurant. Elle m’a remercié gentiment, mais, elle était désolée, elle n’avait pas faim.

Je me suis demandé un moment ce que je devais faire, puis je me suis décidé à aller seul déjeuner dans un petit restaurant à côté de chez nous.

Lorsque je suis revenu, ne la voyant dans aucune pièce, je suis allé doucement dans sa chambre. Elle dormait, et je me suis retiré sans la réveiller.

Je faisais des mots croisés dans le salon, lorsque vers 17 heures, elle est venue me rejoindre. Je pensais qu’elle allait me parler du drame de la matinée, mais à mon grand étonnement, durant deux heures, nous avons parlé de choses insignifiantes. Elle parlait de façon très sensée, et je me demandais comment interpréter cette curieuse attitude.

J’avais pourtant besoin de savoir le fond de sa pensée, et c’est moi, qui en définitive ai mis la question sur le tapis.

- Je comprends parfaitement que les évènements de ce matin, puissent t’avoir traumatisée d’une façon brutale. Si tu penses que cela pourrait t’apporter un apaisement, tu peux m’en parler.

Elle me regarda longuement, des larmes se mirent à couler sur son visage et elle finit par me dire :

- Je pense qu’il serait bien que nous n’en parlions pas.

Elle avait prononcé cette phrase d’une voix douce, sans aucune acrimonie, et à ma grande surprise, j’eus envie de la prendre dans mes bras.

Ce matin, je voulais la tuer.
Maintenant, je voudrais lui faire un câlin. Je ne dois pas être tout à fait normal. Je ne comprenais pas l’attitude d’Arabelle dans sa déposition auprès
des gendarmes, je ne comprenais pas ma propre attitude, il n’y a pas de doute, je ne tourne pas rond. Si j’ajoute à ces incompréhensions, le fait que ce matin, j’ai tué un homme, et que je ne ressente absolument aucune culpabilité, tout cela m’amène à la conclusion qu’effectivement je souffre de troubles du comportement.

Un besoin d’être réconforté m’a fait dire à Arabelle :

- Un homme a été tué ce matin, toi-même a été blessée, et à quelques mètres près, j’aurais pu également faire partie des victimes, or dans mon esprit, tout se passe comme si ces évènements étaient irréels. C’est un peu curieux, non ?

- Tu n’as jamais été en danger, de plus, si tu veux que je te plaigne, ne m’en demande quand même pas trop.

- Je ne te demande pas de me plaindre, mais de me dire si tu me crois dans un état normal.

- Je n’en sais rien. Je ne suis pas psychiatre, me répondit-elle en se levant et en sortant de la pièce.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Sam 4 Sep - 8:42


Et son bras ?
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aristee
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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Dim 5 Sep - 8:25

Je n’étais pas très avancé, ni sur mon propre état, ni sur ce qu’elle pensait réellement.


CHAPITRE 5


MERCREDI 23 Novembre


Cela fait trois jours que nous sommes partis en promenade au petit Canyon, à trois, et que nous sommes revenus à deux.

Heureusement, grâce à mon travail, je suis assez peu souvent à la maison. Je m’arrange d’ailleurs pour rentrer plus tardivement.

Je n’arrive toujours pas à comprendre l’attitude d’Arabelle. Elle ne peut pas ignorer que j’ai voulu la tuer. Or, lorsque nous nous voyons le soir, elle ne semble avoir aucune animosité à mon égard. Peut-être est-elle encore plus bête que je ne le pensais ? Pourtant, curieusement, en parlant de choses et d’autres, il me semble que ses propos sont au contraire plus sensés qu’auparavant. En tous cas, cela me met mal à l’aise.

Je me doutais un peu que la même phrase, pouvait avoir des sens différents selon l’intonation. Je viens d’en avoir la confirmation au cours du dîner de ce soir.

Lorsque quelqu’un vous dit : « L’enterrement aura lieu demain à 14 heures » il parait évident, au premier abord, que l’on a voulu vous donner un renseignement, et c’est tout.

Pourtant, lorsqu’Arabelle m’a dit au cours du repas « L’enterrement aura lieu demain à 14 heures », il y avait beaucoup plus qu’un renseignement dans
cette petite phrase. Il y avait une mise en garde. C’est comme si elle avait ajouté : « C’était mon amant, mais tu ferais bien d’assister à la cérémonie, sinon…. »

Sinon, quoi ? Je n’en sais rien. Mais ce qui est certain, c’est que j’avais intérêt à venir à l’enterrement, même si cela devait être désagréable. Je suis certain de cette interprétation, même si je ne comprenais toujours pas le motif de cette exigence.

J’irai donc à l’enterrement de Claude.


JEUDI 24 NOVEMBRE

Nous sommes allés, Arabelle et moi, aux funérailles de Claude. Au moment de partir de la maison, elle m’a remis un papier plié en quatre, et m’a dit :

« Je pense qu’il serait bien que tu prononces quelques mots au cimetière. Tu n’auras qu’à lire ce que j’ai écrit. J’ai obtenu l’accord du curé pour que tu prononces ce petit laïus juste après la mise en terre ».

Comme je commençais à déplier le papier pour lire son contenu, Arabelle, posant sa main sur les miennes, me dit : « Inutile que tu le lises auparavant, tu le liras devant la tombe de Claude »

Elle avait prononcé ces quelques mots sur un ton de froide menace qui me glaça les sangs. Je ne reconnaissais plus ma femme… Et je ne me reconnaissais pas non plus, car jusqu’alors, c’était toujours moi qui avais le privilège de donner des ordres.

Durant le trajet jusqu’à l’église, puis ensuite jusqu’au cimetière, un tas d’idées se bousculaient dans mon crâne. Que contenait ce billet que je serrais dans ma main sans pouvoir l’ouvrir ? Une autoaccusation du meurtre de Claude ? Je décidais de parcourir rapidement le billet avant de le lire, et s’il était susceptible de me compromettre je prononcerais quelques mots qu’il est d’usage de dire en pareille circonstance, en faisant semblant de lire mon papier.

Lorsque le cercueil fut mis en terre, le curé me fit un signe de tête. C’était à moi de parler. La température était relativement fraiche en ce mois de Novembre, mais je transpirais, et mon cœur battait à tout rompre.

Je fis quelques pas en avant, jusqu’au bord de la fosse, et j’ai déplié le papier. Le texte n’était pas très long, mais je n’eus pas le temps d’en connaitre le contenu avant de le lire, car je sentais que tout le monde attendait et me regardait. Je le lus lentement pour avoir le temps de le modifier in extrémis s’il paraissait me condamner.


Claude, mon ami, mon frère,


En présence de ton père et de ta mère, c’est pourtant moi qui vais prononcer ces quelques mots, au moment où tu viens de nous quitter. D’autres que moi ont connu et apprécié l’homme intelligent, intègre et bon que tu étais. Mais nul autre que moi n’a été aussi proche de toi.

C’est une main malveillante, criminelle, j’en ai la conviction qui a mis fin à ta jeune vie.

Devant ton cercueil, je fais le serment solennel de faire tous mes efforts pour trouver, et livrer à la justice, l’être malfaisant qui s’est arrogé le droit de disposer de ta vie.

Je jure que ce crime abominable ne restera pas impuni.

Adieu, Claude.

Après ces quelques mots, je me suis reculé pour venir me replacer auprès d’Arabelle, qui s’est penchée vers moi, pour me dire. « Souviens-toi. Tu as juré »

C’était comme si elle m’avait dit, explicitement : C’est toi qui l’a tué. Tu as juré, donc tu dois aller te dénoncer.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Dim 5 Sep - 9:27

Bien vu ! Bien pensé ! Bien joué ! bea
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aristee
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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Lun 6 Sep - 8:42

A la sortie du cimetière, le chef de la brigade de gendarmerie, vint vers moi, me prit par le bras pour m’amener en dehors du groupe, et me fit remarquer :

- Pourquoi avez-vous dit que c’était un assassinat ? Nous allions classer cette affaire, comme étant un simple accident. Il y a déjà eu des éboulements à cet endroit. Si vous avez des éléments, vous êtes dans l’obligation de nous les fournir.

- Chef, je n’ai aucun élément concret, mais c’est une intime conviction.

- Vous n’aviez pas à énoncer une intime conviction en public, en étant aussi affirmatif. Je vous somme de nous dire tout ce que vous savez. En premier lieu, je voudrais que vous me disiez à quel titre vous avez prononcé cet éloge funèbre. D’après notre petite enquête, vous ne connaissiez pas tellement celui que vous avez appelé « Mon ami, mon frère ». C’est très curieux.

J’eus du mal à m’en tirer. Je dis au chef de la gendarmerie, qu’il n’y avait pas très longtemps que je connaissais Claude, mais que nous avions rapidement sympathisé et que nous nous connaissions bien.

- En tous cas, me répondit-il, après votre déclaration publique, je ne peux classer ce dossier et je vais reprendre mon enquête. N’oubliez pas que si vous détenez le moindre renseignement, vous devez me les communiquer.

Lorsque nous nous sommes quittés, je savais pourquoi Arabelle m’avait fait lire cet éloge funèbre. Cette femme, que je croyais idiote, est en fait une énigme, beaucoup plus complexe que je ne le supposais.

Nous avions été plusieurs fois interrogés par les gendarmes et la dernière fois, ils nous avaient dit qu’ils allaient classer le dossier, car il leur paraissait évident qu’il s’agissait d’un accident dû à un éboulement naturel. Or, Arabelle ne voulait pas que le dossier soit classé, et par un raffinement dont je ne l’aurais pas cru capable, elle a fait que ce soit moi, l’assassin qui rende impossible le classement de cette affaire. Je commençais par avoir vraiment la frousse. Non, décidemment Arabelle n’était pas la jolie femme bébête, et soumise à ma volonté que je croyais. Ou, peut être ne l’était-elle plus, car l’amour qu’elle avait ressenti pour Claude avait réveillé son intelligence. A cette pensée, la peur fit place à la fureur. Ainsi elle avait aimé cet homme plus que moi. Au moment où je trace ces lignes, je regrette amèrement de ne pas l’avoir achevée à coups de cailloux. Aujourd’hui, je serais veuf, l’affaire serait classée, et je serais tranquille et vengé.


Jeudi 1er Décembre

Je sors de l’hôpital. Je m’en tire bien.

Dans la nuit d’avant-hier à hier, nous avons eu une véritable tempête. La pluie tombait drue, et surtout le vent soufflait à plus de 150 kilomètres par heure.

Quelques tuiles de notre toit ont été déplacées, et nous avons eu des gouttières qui se sont formées dans la maison.

En fin de matinée, je suis allé acheter quelques tuiles pour remplacer celles qui étaient cassées, et j’ai dit à Arabelle (Nos rapports sont toujours aussi « neutres » ) que j’effectuerai la réparation dans la soirée, en revenant de mon travail.

Vers 18 heures je suis allé chercher ma grande échelle dans la grange, et je l’ai placée contre le mur, afin de pouvoir monter sur le toit.

J’étais arrivé à l’avant dernier échelon, lorsque le barreau céda brusquement sous mon poids, et je fis une chute de plus de 5 mètres. Je ressentis une violente douleur au bras droit. Alertée par mes cris, Arabelle est sortie de la maison. Arrivée près de moi, elle me demanda où je souffrais. Je lui répondis que je devais avoir le bras droit cassé. D’une voix calme et impersonnelle, elle me dit que j’avais eu beaucoup de chance de ne pas avoir eu de blessures plus sérieuses, puis, sans ajouter un mot, elle sortit la voiture pour m’emmener à l’hôpital. Après radio et pose d’un plâtre, j’ai passé la nuit à l’hôpital et j’ai pu sortir au début de l’après midi.

L’échelle était restée en place. Avec moult précautions, je suis monté jusqu’au barreau cassé, j’ai pu constater qu’il avait été scié. Arabelle n’avait même pas essayé de camoufler son sabotage.

Devant cette froide détermination de me faire payer mon acte à l’encontre de Claude, je ne sais que faire.

La preuve de l’attentat contre moi, l’échelle avec son barreau scié, étant toujours là, devais-je appeler les gendarmes pour qu’ils constatent le sabotage ?
Ce fut mon premier mouvement, mais je risquais de mettre la puce à l’oreille des enquêteurs qui ne manqueraient pas de trouver curieux cet attentat
succédant à un accident qui en conséquence pourrait ne pas en être un.

Décidemment, nous formions Arabelle et moi, un couple de rêve. J’ai tué son amant, tenté de la tuer, et elle de son côté a tenté de me tuer. Si l’on tient absolument à trouver un aspect positif aux évènements qui viennent de se succéder, on peut considérer que j’ai eu raison de commencer un cahier pour noter tous les faits me concernant. Je comptais me borner à raconter comment j’allais tuer ma femme, mais l’homme propose et le destin dispose. Cela risque de faire un beau tirage…. dans une dizaine d’années.

Et maintenant ?

Maintenant, il y a plusieurs solutions.

Je pourrais avoir avec Arabelle une explication franche (Franche, dans la mesure du possible) au cours de laquelle chacun dirait ce qu’il recherche.
En principe ce serait bien, mais pour ne parler que de moi, j’ignore, totalement, je ne sais plus, quel but je poursuis.

L’autre solution consisterait à proposer à Arabelle un divorce rapide par consentement mutuel, afin que chacun donne à sa vie, la direction qu’il désire.

Finalement, je suis arrivé à la conclusion que cette dernière solution est la plus facile pour mettre fin à mes craintes et mes doutes. Je vais donc la proposer.

Je suis entré dans le salon, où Arabelle debout, rangeait un livre dans la bibliothèque. Lorsqu’elle s’est retournée vers moi, et que nous sommes retrouvés face à face, chacun ayant le bras droit dans le plâtre, nous n’avons pu nous empêcher d’avoir un rire nerveux. Pourtant la situation ne s’y prêtait guère, mais bon…

Lorsque j’ai pu reprendre mon sérieux, je lui ai proposé de nous asseoir, ce que nous avons fait, et puisque j’avais pris l’initiative de notre discussion, je commençais :

- Nous formons un couple curieux. Nous faisons chambre à part, nous avons chacun le bras droit dans le plâtre, et nous avons traversé ces temps derniers de curieuses péripéties. Je n’ai pas l’intention d’entreprendre une longue discussion sur ces dernières. Je me pose, et je te pose la question. Ne serait-il pas préférable que nous envisagions un divorce à l’amiable ?

Arabelle resta un long moment sans parler. La tête rejetée en arrière, sur le dossier du fauteuil, ses yeux qui ne cillaient pas étaient fixés sur un point du plafond, et je dois dire en toute honnêteté qu’elle était magnifique, sa plastique irréprochable.

Enfin, elle baissa les yeux pour les fixer dans les miens.

- Nous avons chacun un bras dans le plâtre. Le destin a voulu nous mettre à égalité. Je ne comprends pas pourquoi, mais, bon. Cependant, Claude est mort. Or, il était mon amant, et l’égalité est rompue. Tu voudrais divorcer pour échapper à tes responsabilités. Je trouve que ce serait injuste.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Lun 6 Sep - 10:07


J'allais oublier, bien écrit surtout !
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Anne
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Lun 6 Sep - 10:24

C'est vraiment l'histoire de l'arroseur arrosé, je m'attendais à un revirement de situation mais pas à celle-ci, et c'est très bien.

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aristee
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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Mar 7 Sep - 8:02

Son raisonnement était des plus curieux. Si j’avais bien compris ce qu’elle venait de dire, c’est qu’il fallait un mort de plus de mon côté, pour rétablir l’équilibre.
Autrement dit : Elle préférerait être veuve que divorcée comme je le lui proposais.

C’est ce que je lui dis :

- Si je ne fais pas erreur, tu viens de me dire que tu as droit à un mort. Comme ce mort ne peut être que moi, tu préfèrerais être veuve que divorcée ?

- Mon pauvre Pierre !! Tu as fait tant d’erreurs à mon sujet !!! Pour quelqu’un qui se croit intelligent !! Tu as toujours pensé que j’étais sotte, et tu
avais honte de moi, au point de ne plus vouloir sortir en ma compagnie. Si j’étais vraiment sotte, je ne m’en serais pas aperçue. Or, je m’en suis rendu
compte immédiatement.

Je vais t’apporter une preuve que je ne suis pas aussi nulle que tu ne le crois. Figure-toi que j’ai commencé, il y a deux ans à écrire un livre. Je ne t’en avais jamais parlé. Un comité de lecture d’une maison d’édition importante l’a accepté à compte d’éditeur, et je t’en donnerai tout à l’heure un exemplaire. Je ne suis peut être pas très intelligente, mais certainement au moins autant que toi.

Tu n’as pas eu le courage d’aborder nos problèmes au fond. Moi, je vais le faire.

Lorsque tu as su que j’avais un amant, ce ne sont pas tes sentiments pour moi qui ont été atteints. C’est seulement ton amour propre, parce que tu as un ego surdimensionné. Si j’ai pris un amant, ce n’est pas parce que je l’aimais : c’était un pauvre type. Mais du moins il m’admirait et ne le cachait pas. J’ai essayé d’obtenir quelques bribes de bonheur.

Je me suis douté très vite que tu préparais quelque chose contre nous. Cette histoire de promenade à trois était cousue de fil blanc. Je savais qu’elle
faisait partie de ton plan de vengeance. Lorsque tu nous as conseillé d’aller t’attendre en allant nous reposer sur le carré de verdure, j’ai compris ce que tu voulais faire. J’ai laissé Claude se coucher sur l’herbe, mais j’ai fait en sorte de me tenir à l’écart, pour ne pas subir son sort.

Je n’étais pas certaine que tu irais jusqu’à tuer Claude, et j’ai laissé faire, parce que je pensais que tu voulais surtout lui faire peur. Je ne pensais pas que tu avais l’étoffe d’un criminel. J’avais tort.

Tu as du te demander pourquoi devant les gendarmes, j’ai fait une fausse déclaration pour te sauver la mise. J’ignorais auparavant que je vivais avec un criminel, et j’ai eu peur, je l’avoue que tu ne te venges sur moi, si je disais la vérité aux gendarmes. D’ailleurs, dire aux autorités que tu t’étais attardé pour prendre des photos n’aurait pas été suffisant pour faire de toi le coupable. Enfin, il y avait une autre raison. S’il y avait un problème, c’était entre toi et moi. Il aurait été trop facile, et à mes propres yeux peu glorieux, de laisser la Société et ses représentants, gendarmes et juges, se charger de ma vengeance. Car je voulais, je veux toujours, que tu payes pour ton crime. Je ne sais toujours pas comment, mais je parviendrai à te faire reconnaitre comme responsable de la mort de Claude.

Tu es lâche. Tu as préféré tenter de prendre la fuite en me demandant de divorcer. Je ne suis pas d’accord.. C’est trop simple. Moi aussi j’ai mon amour propre. J’ai souffert d’avoir été considérée comme une idiote, et je ne veux pas que notre histoire se termine en queue de poisson. Ai-je été claire ?

- Très claire. Je reconnais à retardement que je t’avais méjugée. Et alors ? Quels sont tes intentions ? Nous nous tuons mutuellement ou nous nous suicidons chacun de notre côté ?

- Pour l’instant, je te propose un pacte de non agression pendant 2 mois. Ce délai écoulé, nous nous ferons part de nos conclusions respectives, et nous déciderons.

- D’accord pour le pacte de non agression. Je m’engage à ne rien tenter contre toi. Je t’en donne ma parole d’honneur, tu peux être tranquille.

- Que vous êtes bêtes les hommes avec vos grands mots !! Ta parole d’honneur ! Et un serment sur ta tête aussi peut être ? C’est idiot. Nous sommes d’accord pour ce pacte, et cela suffit !

- « Bête » « idiot », en utilisant ces mots, je constate que mon jugement sur toi, dans le temps, t’a fait souffrir. Il n’était pas fondé et je m’en excuse de nouveau.

- Arrête de ramper, de t’excuser ! Ne parlons plus de tout cela. Vivons normalement… Enfin, vivons comme ces dernier temps, mais en réfléchissant uniquement à ce que nous désirons pour la suite.

Nous avons diné puis, assis côte à côte sur le canapé, comme un couple très uni, nous avons regardé un film à la télévision, après quoi, avant de regagner ma chambre, je suis venu écrire ce compte rendu de la main gauche. En cette occasion je me suis rendu compte que j’étais presque ambidextre.


CHAPITRE 6


Vendredi 15 Décembre

Il fait un froid de canard. J’ai du mérite d’être venu dans cette pièce non chauffée.
D’autant plus que je n’ai rien de spécial à dire.

Depuis notre explication, il y a une quinzaine de jours, Arabelle et moi vivons une vie bizarre. Très calme, c’est certain. Pas le moindre petit accrochage. Mais sous des dehors décontractés je sais que je ne le suis pas, et j’ai l’intime conviction qu’elle ne l’est pas non plus. Au fond, malgré la promesse que nous nous sommes faite, d’observer un pacte de non agression, nous ne sommes pas tranquilles, nous nous méfions l’un de l’autre. Pourtant, en ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de violer ce pacte, mais elle ? Elle ? J’espère qu’il en est de même, mais nous ne savons pas ce que l’autre pense.

Nous avons eu la visite des gendarmes, il y a quatre ou cinq jours. Ils n’ont rien de nouveau au sujet de la mort de Claude, mais ne veulent pas classer l’affaire, à cause des propos que j’avais tenus (Ou plus exactement qu’Arabelle m’avait fait prononcer) au cimetière. Ils sont persuadés que je sais certaines choses et m’incitent à les leur révéler. Bien sûr, il n’en est pas question.

Je ne sais toujours pas ce que je proposerai dans un mois et demi. J’ai tendance, je l’avoue, à penser que je ferai ce qu’Arabelle décidera. Je suis gelé. Comme je veux continuer à retracer les évènements sur mon cahier, et que je ne veux pas le faire ailleurs qu’ici, il va falloir que je m’organise pour, sinon avoir chaud, du moins ne pas me transformer en glaçon. Je monte vite me coucher.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Mar 7 Sep - 9:30

Il a perdu de son assurance... un étonnant retournement de situation. Comment vont-ils régler cette histoire ?

Attendons la suite... et bonne journée Aristee, j'espère qu'il ne pleut pas trop chez toi.

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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Mar 7 Sep - 10:22


Beau retournement de situation ;)
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aristee
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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Mer 8 Sep - 8:54

VENDREDI 22 DECEMBRE

J’ai acheté un petit radiateur électrique, je viens de le brancher sur mes pieds, et cela va beaucoup mieux. C’est toujours par les pieds que je commence à avoir froid.

Il est bien que je ne sois pas trop gelé, car j’ai pas mal de choses à écrire.

Tout d’abord, hier après midi, les gendarmes sont revenus à la maison. Cette fois, les choses sont claires : Ils ne me soupçonnent peut être pas de meurtre, mais ils sont vraiment persuadés que je possède des éléments que je n’ai pas voulu leur fournir. Je dois dire, que pendant l’interrogatoire, Arabelle était présente et elle n’a pas manqué une occasion de me soutenir. Parbleu !! Nos sorts sont liés : Elle sait que j’ai tué Claude, et elle a fait de fausses déclarations à plusieurs reprises.

Après la visite des gendarmes, je n’étais pas trop inquiet. Il est évident qu’ils ne possèdent pas le début du commencement d’une preuve, sinon, ils m’en auraient parlé pour me déstabiliser.

En revanche, au moment où j’écris, je suis très inquiet, car un autre fait est intervenu aujourd’hui, en fin d’après-midi, et que je juge beaucoup plus grave..

Je venais de rentrer du bureau, lorsque la sonnette d’entrée retentit. Je pensais aussitôt qu’il s’agissait des gendarmes qui revenaient à la charge. Je suis allé ouvrir.

Sur le pas de la porte, se tenait un homme d’une trentaine d’années, élégant, et qu’en toutes autres occasions, j’aurais pu trouver sympathique. Mais il entra immédiatement dans le vif du sujet. Il se présenta comme étant Yves, le frère de Claude. Il travaille au Cameroun où il est fixé depuis quatre ans. Au moment de la mort de son frère, il venait d’être hospitalisé à l’hôpital de Douala, Une appendicite qu’il avait laissée trainer, s’était transformée en péritonite, et bien entendu, il n’a pu venir à l’enterrement de son frère.

Claude et lui étaient très proches l’un de l’autre, Ils s’écrivaient et se téléphonaient plusieurs fois par semaine, et Claude racontait à son frère, tous les évènements de sa vie.

Arabelle, était venue nous rejoindre, et Yves, en la regardant avec des yeux admiratifs, lui dit qu’il comprenait que son frère ait pu devenir amoureux d’elle.

« Oui, nous dit Yves, je sais, Madame que vous avez eu une liaison avec mon frère, et que votre mari en a eu connaissance. Mon frère m’a dit, monsieur, combien vous avez été furieux en apprenant l’adultère de votre femme. Il m’a parlé de cette curieuse promenade que vous aviez décidée de faire à trois. Claude me disait qu’il ne comprenait pas votre attitude, et je dois dire que lorsque j’ai appris « l’accident » survenu à mon frère, j’ai pris la décision de revenir en France, dès que mon état physique me le permettrait.

Me voilà, et je ne vous cache pas ma ferme intention de tirer tout cela au clair ».

Je me suis montré très surpris de ce que ces propos pouvaient contenir de menace implicite, et je lui fis le récit qui avait été confirmé par Arabelle devant les gendarmes.

- Je sais, je sais, ce que vous et votre femme avez déclaré aux gendarmes. Je suis passé à la brigade avant de venir vous voir. Je ne vous cache pas que les gendarmes sont, comme moi, persuadés que vous n’avez pas dit la vérité, et à tout le moins, pas toute la vérité.

Je suis simplement venu vous prévenir loyalement de ma décision de mener ma propre enquête.

J’ai eu la force et la présence d’esprit de lui répondre :

- S’il y a des éléments que j’ignore, je serais heureux de les apprendre, car voyez vous, monsieur, si, en effet, j’ai été malheureux en apprenant mon infortune, lorsque j’ai connu votre frère, j’ai eu beaucoup d’estime pour lui, malgré tout. Et par ailleurs je ne pouvais trouver anormal qu’il tombe amoureux de ma merveilleuse femme. Reprenez l’enquête si vous le désirez, c’est votre droit absolu, mais réfléchissez : Si j’avais quelque chose à me reprocher dans la disparition de votre frère, croyez vous que ma femme serait restée avec moi ?

En souriant, Yves fit un vague geste de doute et pris congé.

Lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, Arabelle et moi, elle ne fit qu’un commentaire qui me fit bouillir de rage, et je ne m’en suis pas encore remis. En retournant dans sa chambre, elle dit :

- Il a un charme fou ce garçon.

Ce n’est vraiment pas ce que j’attendais qu’elle me dise !!!!!

Un peu plus tard, au cours du dîner, je ne pus m’empêcher de lui faire remarquer que cet Yves avait sans doute un charme fou, mais qu’il constituait une menace pour nous deux, car, que nous le voulons ou non, nos intérêts sont liés. « N’oublie pas lui dis-je, qu’à plusieurs reprises tu as fait de fausses déclarations à la gendarmerie, ce qui est sévèrement puni »

Elle me répondit que je pouvais être tranquille, elle n’oubliait jamais rien, ce qui pouvait signifier bien des choses.

Non. Je ne suis pas tranquille du tout. Je vais essayer de dormir, mais ne suis pas certain d’y parvenir.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Mer 8 Sep - 10:02


Ils sont tous sur les dents ;)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Mer 8 Sep - 13:13

D'un monsieur très sur de lui qui se pose en juge orgueilleux, nous avons une autre facette du personnage qui finalement se révèle un pleutre.

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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Jeu 9 Sep - 8:24

DIMANCHE 24DECEMBRE


Noël. Je pensais que cette fête serait affreusement triste pour moi, et qu’il en serait de même pour Arabelle. Et puis, surprise………..
Elle et moi étions hier dans le salon. Je fumais ma pipe en lisant distraitement le journal du jour, et Arabelle faisait des mots fléchés. Nous formions le tableau du couple parfait de petits bourgeois français.
Soudain, Arabelle, levant les yeux de son journal de mots fléchés me dit. J’ai réfléchis à ce que tu m’as dit. Il est exact que nous avons des intérêts liés. Peu importe ce que nous pensons au fond de nous même, nous devons rester sur la même ligne, celle que nous avions adoptée dès le début. Nous devons rester côte à côte, et donner l’impression d’être un couple très uni. Pour ne pas risquer de susciter des curiosités malsaines, je te propose que nous fassions, de nouveau, chambre commune.
Dans la tourmente que je traverse depuis plusieurs semaines, je n’avais jamais entendu une proposition aussi agréable.
J’ai la pudeur de ne pas m’étendre sur ce que fut la dernière nuit, mais simplement pour faire comprendre l’état de nos relations, je dois dire que nous avons passés une nuit enchanteresse,douce et violente selon les moments, et d’une volupté dont je n’aurais jamais pensé qu’elle puisse exister.
Au petit matin, je me suis levé pour aller préparer le petit déjeuner que nous avons dégusté côte à côte dans le lit, après quoi, nous avons encore fait l’amour avec une fougue, dans laquelle,il y avait je ne sais pourquoi, une sorte de désespoir. En ce qui me concerne en tous cas, je considérais que c’était trop beau pour pouvoir durer.
De toutes mes forces, je souhaite me tromper.Car pourquoi le cacher plus longtemps, je ne songe plus du tout à tuer ma femme, pour laquelle je ressens maintenant, une attirance irrésistible. La complexité de son esprit, jointe à sa beauté physique, font d’elle une femme nouvelle.
Durant cette journée, lorsqu’au hasard de nos occupations nous nous sommes rencontrés, nous n’avons pas manqué de nous embrasser comme deux tourtereaux qui viennent de découvrir l’amour. C’est curieux, non ? Je ne comprends pas. Et lorsque je ne comprends pas, j’ai peur.
Se peut-il qu’après plusieurs années de mariage, assez quelconques, et après avoir accompli une acte ignoble, je veux bien le reconnaitre, j’ai droit à tant de bonheur ? Je sens bien qu’il y a là dedans quelque chose d’immoral,d’anormal, et qui ne pourra se pérenniser.
Mais je ne suis tout de même pas masochiste, et ce bonheur, je le prends.Que dis-je je le prends ? Je le dévore comme un goinfre !
Ce qui me semble certain, c’est que contre Arabelle et moi, personne ne pourra nous apporter nuisance. Nous sommes indéfectiblement liés.

MERCREDI3 JANVIER


Les fêtes sont terminées. Je crois pouvoir dire qu’Arabelle et moi avons été parfaitement heureux. Quelquefois je pense que j’avais voulu la tuer, mais lorsque cette idée me traverse l’esprit, je considère qu’elle ne me concerne pas. C’est un autre Pierre qui a eu ces idées homicides. Le Pierre nouveau n’aspire qu’au bonheur paisible d’un amour profond et partagé.
Le premier Janvier, nous avons eu la visite inattendue d’Yves qui venait nous présenter ses vœux. Je sais bien que cette démarche doit être prise au deuxième degré. Il est venu nous dire : Profitez de ces petits moment présents, car cela ne durera pas, je m’en occupe,et je parviendrai à vous confondre.
Oui, c’est certainement ce qu’il pense. C’est rationnel. Pourtant, il a l’air de bonne foi. C’est certainement un excellent comédien. Il y a cependant une circonstance dans laquelle il ne joue pas la comédie. C’est lorsqu’il dit, ou fait comprendre la profonde admiration, pour ne pas dire la puissante attirance qu’il éprouve pour Arabelle.
Nous en avons ri depuis avec elle.
Je ne saurais décrire les liens qui nous unissent Arabelle et moi. D’ailleurs, le mot « lien », ne convient pas. Le lien s’applique à deux éléments distincts, or, j’ai souvent l’impression qu’Arabelle et moi ne formons qu’un.
Je lui au donné cette nuit la plus belle preuve d’amour et de confiance que je pouvais lui fournir. Je lui ai parlé de ce cahier, dans lequel je note mes pensées, et les évènements de tous les jours. Elle m’a dit : J’aimerais le lire, et sans aucune hésitation, je lui ai promis de le lui remettre demain.
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Jeu 9 Sep - 9:46


Il est en train de se faire avoir... Arabelle est plus forte que lui...
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Jeu 9 Sep - 9:47

Deux personnages bien particuliers qui arrivent à vivre le bonheur sur la mort d'un homme...

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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Jeu 9 Sep - 9:48

Soit elle est plus forte et lui réserve une sacrée vengeance, soit elle aussi aussi perverse que lui.

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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Ven 10 Sep - 8:32

Demain donc, elle aura connaissance de tout ce que pensait, tout ce que projetait le Pierre ancien, et elle pourra constater combien le Pierre nouveau est différent.
Je ne sais encore, si après lecture par Arabelle, quand elle me le rendra, je continuerai à écrire la gazette de ma vie.
A la réflexion, je crois que je vais continuer. Mais il faudrait peut être que je marque la différence entre la première partie qui concerne le Pierre ancien, et la deuxième partie qui sera écrite par un homme neuf, vraiment amoureux de sa femme, et qui n’est plus cet être immoral capable d’accomplir des actes horribles. Non. Je ne pourrai plus tuer de sang froid. C’est sans doute ce que l’on appelle le miracle de l’amour.



DEUXIEME PARTIE

CHAPITRE 1


LE 2 FEVRIER

Enlisant cette date, on pourrait croire que ma dernière intervention sur mon cahier date d’un mois.
Double erreur.
Tout d’abord, il y a deux ans et un mois que je n’ai pas écrit. Oui, cela fait plus de deux ans.
Ensuite, j’écris sur un cahier tout semblable à celui que je possédais, mais ce n’est pas le même. C’en est un autre qu’Arabelle est venue, il y a une heure, m’apporter à la prison où je suis détenu depuis plus de deux ans.
Le cahier original est conservé par le greffe du Tribunal comme pièce à conviction, Il y a dans ce cahier, la preuve irréfragable de ma culpabilité dans la mort de Claude.
Arabelle avait pris la précaution d’en photocopier toutes les pages, qu’elle fit ensuite relier avec un gros paquet d’autres pages blanches pour me permettre de continuer mon récit.
Pourquoi a-t-elle fait ça, avant de remettre à la gendarmerie mon cahier qui constituait un aveu de ma culpabilité et m’enfonçait complètement ? N’attendez pas de moi que je réponde à cette question. D’ailleurs, une fois pour toute, j’ai décidé que je ne tenterai jamais de comprendre Arabelle. C’est un être atypique, venu peut être d’une autre planète, qui sait ? D’elle, rien ne peut plus me surprendre !Je suis persuadé, qu’elle ne peut être comprise par un cerveau humain, en tous cas, pas du mien.
En revanche, je peux répondre à un autre « pourquoi », puisqu’il me concerne exclusivement. Pourquoi ai-je décidé de continuer à écrire ? Parce que je désire toujours être édité, et cette fois ci, il ne sera pas nécessaire que j’attende dix ans, puisque grosso modo, les faits retracés dans mon cahier, sont connus du public, que je paye ma dette envers la société, et que je n’ai plus à me soucier de la prescription de10 ans..
Il y a un peu plus de deux ans, donc, je nageais dans le nirvana. Arabelle et moi formions un couple fusionnel, qui pouvait se définir par un seul mot : Amour.
Ma confiance en elle était telle, que je lui ai donné le cahier de mes confidences.
Le lendemain de ce don, elle me dit ;
- Je crois que pour quelques jours, nous devrions faire de nouveau chambre à part. je veux être seule dans ma chambre pour lire lentement tout ce que tu as écrit sur nous. Il y a une telle profondeur dans ton écriture, que je veux être bien certaine de tout avoir compris.
Devant cette demande j’ai eu deux réactions contradictoires. Ne plus être dans la même chambre, le même lit que la femme que j’adorais, était pour moi un terrible sacrifice.
D’un autre côté, si elle voulait lire lentement, pour analyser le moindre recoin de mes pensées, cela ne pouvait que chatouiller agréablement mon amour propre.
Je ne le savais pas alors, je le sais maintenant avec certitude : Je suis né crétin.
Nous avons fait chambre à part, et nous n’avons pas fait l’amour durant trois jours.
Dans la journée, elle me parlait de mon cahier et ne trouvait jamais suffisamment d’expressions laudatives pour qualifier »mon œuvre ». Et moi, je gobais tout !
Le matin du quatrième jour, je m’apprêtais à partir à mon bureau, lorsque deux gendarmes vinrent m’apporter une convocation à me présenter le lendemain à la brigade de gendarmerie.
Cela ne me troubla pas outre mesure. Je pensais qu’ils continuaient à penser que je leur cachais quelque chose, mais ils ne pourraient jamais rien prouver.

C’est donc en toute décontraction que je me présentais à la Brigade le lendemain.
Ma tranquillité d’esprit ne dura pas longtemps, car l’adjudant commandant la Brigade, me dit immédiatement que je me trouvais en garde à vue pour commencer, car ils possédaient les preuves écrites par moi, que j’étais l’assassin de Claude, et que j’avais tenté d’assassiner ma femme.
Je dois dire que mon amour et ma confiance envers Arabelle étaient tels que je me suis tout d’abord demandé de quelle preuve il s’agissait.
Lorsque le chef me fit voir le cahier sur son bureau, je pensais qu’évidemment il n’avait pu qu’être volé à Arabelle, et je contre-attaquais.
- Ce cahier est ma propriété personnelle. S’il est entre vos mains, c’est que vous l’avez volé, en conséquence vous n’avez pas la possibilité de vous en servir de preuve.
- Mais mon cher monsieur, me répondit narquois, le chef, ce cahier n’a pas été volé. Il nous a été apporté spontanément par votre femme.
Ce fut là le moment le plus pénible de ma vie. Car il fallait bien que j’admette l’insupportable. Ma femme, mon Arabelle que je chérissais si tendrement,m’avait trahi. Dans un premier temps, je ne songeais pas à l’entrainer dans ma déchéance.
Mais quel genre de femme était-elle ? Elle était si douce, si aimante, ce serait donc un monstre ? Je n’arrivais pas à m’en persuader.

( A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Ven 10 Sep - 9:44


Ce n'est pas dans une prison,mais dans un asile qu'il devrait être...
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Ven 10 Sep - 22:02

Oui il est très particulier et elle aussi d'ailleurs elle a su attendre sa vengeance c'est carrément machiavélique.

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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Sam 11 Sep - 8:30

Ce n’est que quelques jours plus tard, que je songeais que celle qui m’avait fait jeter en préventive, pourrait, si je le désirais, venir m’y rejoindre. Tout d’abord, elle avait fait à plusieurs reprises, des déclarations mensongères aux gendarmes enquêteurs, et ensuite, elle avait tenté de me tuer en sciant un barreau de mon échelle.
J’en parlais à mon avocat, qui me conseilla de ne pas me bercer d’illusion. En ce qui concerne ses premières déclarations,elle n’avait pas eu de difficulté pour faire admettre qu’elle avait été forcée par moi. Le fait que j’avais déjà tué quelqu’un expliquait facilement qu’Arabelle ne pouvait rien me refuser sans mettre sa vie en jeu. Elle fit d’ailleurs remarquer que c’est elle, qui de son propre chef, avait apporté aux autorités la preuve de ma culpabilité dans la mort de Claude.
Par ailleurs, me dit mon avocat, puisque vous avez en main la totalité de votre cahier, relisez le passage qui concerne votre chute de l’échelle. Vous constaterez qu’à aucun moment, votre femme ne s’est déclarée responsable du barreau scié. Dans ce domaine, nous ne pouvons absolument rien prouver. Il me conseilla de me concentrer sur ma défense personnelle, ce qui sera d’ailleurs difficile car mes aveux, dans mon cahier sont incontestables.
Il est vrai que je n’avais qu’un petit, tout petit moyen de défense.J’avais une circonstance atténuante : Ma femme m’avait trompé avec Claude,et elle m’avait nargué en m’en informant, ce qui ne pouvait qu’exciter ma jalousie.
Malheureusement, en sens inverse, ce qui pouvait être tenu à charge contre moi, c’est que d’une façon certaine, je n’avais pas agi sous le coup de la colère, mais que j’avais organisé mon attentat. La préméditation était donc démontrée.
Pendant les 10 mois de ma prison préventive, Arabelle n’est pas venue me voir une seule fois. Ce qui bien entendu, ne m’étonna nullement. Que serait-elle venue me dire ?
La veille de ma comparution devant la cour d’assises, elle m’a fait parvenir une lettre que je reproduis ci-dessous.

Pierre
Je sais que tu me juges sévèrement. Tu en as le droit. Pourtant il faut que tu me comprennes bien. J’y tiens absolument. De moi-même, jamais, je dis bien : Jamais, je n’aurais remis ton cahier à la gendarmerie. Mais Yves, qui entretenait des rapports très étroits avec son frère Claude, était très malheureux de ne pouvoir le venger.
Yves est un homme merveilleux, avec lequel je vis depuis ton emprisonnement.
Avant ton arrestation, je l’ai vu plusieurs fois. Il était très malheureux.
Je ne pouvais le laisser se ronger les sangs,et je te demande de me croire, j’ai passé des journées affreuses, sous l’emprise d’un cas de conscience. Que devais-je faire ? Je me le demandais avec angoisse. Et puis, je suis arrivée à une décision en faisant le raisonnement suivant :
Yves n’a absolument aucune responsabilité dans toute cette histoire. Or il est extrêmement malheureux depuis la mort de son frère, et plus encore de ne pouvoir confondre l’auteur du crime.
Il aurait été anormal, admets-le, qu’il souffre, et que tu restes heureux, bien à l’abri, dans l’impunité. C’est ce sentiment d’injustice qui m’a amenée à fournir ton cahier à la gendarmerie.
J’espère, et je suis même quasi certaine, parce que tu es un homme rationnel, et que je t’aime comme ça, que tu me comprendras. Entre Yves, totalement innocent et toi qui a tué Claude, et a tenté de me tuer, je n’avais pas le droit d’hésiter.
Je le répète, tu es un homme intelligent, et tu me comprendras, sinon je serais tellement malheureuse.
Demain, tu comparaitras devant les juges et jurés. Je penserai beaucoup à toi. Si tu es condamné ( ce qui est probable, bien que je ne l’espère pas, je te conjure de me croire), je viendrai te voir souvent.
A bientôt, Pierre, ne m’en veux pas.

Ton ARABELLE


Que peut-on penser après la lecture d’une telle lettre ? Comme je le disais plus haut, Arabelle est incompréhensible. Elle m’écrit très gentiment qu’elle a été obligée de m’envoyer en prison, mais qu’elle ne pouvait vraiment pas faire autrement, puisqu’elle ne voulait pas faire de peine à Yves, qui, en remplacement de Claude, décédé, était devenu son amant !!
Je veux bien essayer d’être objectif, mais je ne peux qu’arriver à cette conclusion : Cette femme, qui me disait et me prouvait (Oh combien !!) son amour, est moralement dépravée.
C’est certain. Mais en continuant à penser objectivement, il faut bien que je l’avoue : moi aussi, je suis très bizarre. C’est une femme ignoble qui m’a trompé avec Claude, m’a trahi en remettant mon cahier à la gendarmerie, me trompe de nouveau avec Yves, en ce moment, et moi… hé bien moi, je ne lui en veux pas tellement. Moi qui avais voulu la tuer, je l’aime malgré toutes ses trahisons. Comprenne qui pourra, en tous cas, moi, je ne le peux pas.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Sam 11 Sep - 9:38


Elle le fait souffrir volontairement ou non ? Ce sont vraiment deux personnages très ambigus !
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MessageSujet: Re: JE VAIS TUER MA FEMME   Sam 11 Sep - 17:32

Ils sont vraiment très ambigus en effet aussi pervers l'un que l'autre, ce qui donne une histoire étonnante.

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MessageSujet: JE VAIS TUER MA FEMME   Dim 12 Sep - 8:13

CHAPITRE 2

Le 5 Décembre

Bon anniversaire !! Cela fait deux ans aujourd’hui que la cour m’a condamné à 8 ans de prison ferme. Si l’on ajoute les 10 mois de préventive, et en escomptant une remise de peine (Je suis un prisonnier modèle), j’espère pouvoir sortir dans trois ans au maximum.
Trois ans ! Ce n’est pas la mer à boire.J’en ai déjà fait presque la moitié. Je peux commencer à penser à la suite. J’aurai 38 ans à ma sortie. Ce ne sera pas très vieux. Il faudra tout d’abord que je me trouve un job. Mon ancien employeur ne me reprendra pas. J’en suis certain. D’ailleurs, aucun de mes collègues n’est venu me voir en prison. Je suis peut être contagieux, ils pourraient se retrouver en prison eux aussi. Non,plus sérieusement, en venant me voir, on pourrait les suspecter d’approuver m aconduite. Un homme qui en a tué un autre, et voulait tuer sa femme, ne mérite aucune pitié, et c’est de plus une relation compromettante.
Cela fait des mois que je n’avais pas écrit sur mon cahier. On pourrait s’en étonner, car ce n’est pas le temps qui me manque. Du temps, je ne sais qu’en faire… Mais je dois dire que je supporte très mal mon incarcération, et je n’ai pas envie du tout, de passer des heures à décrire ces mauvais moments. Ce serait les vivre deux fois, et je ne suis pas masochiste.
Je suis donc resté des mois sans sortir mon cahier. Cela ne veut pas dire, pourtant que je n’écris pas. Peu après le début de mon séjour ici, j’ai commencé à écrire un livre. C’est pour moi, évidemment,une sorte de thérapie, et le sujet n’a rien à voir avec mon histoire personnelle. Je dirais même qu’il est à l’opposé. J’ai choisi de tisser la trame de mon roman en Afrique, continent aux grands espaces, au Cameroun exactement, où j’ai eu l’occasion de me rendre il y a quelques années, et dont j’ai conservé des souvenirs enchanteurs. Je ne connaissais pas Arabelle, à l’époque, et c’est en compagnie d’une délicieuse jeune femme que nous avons visité ce pays merveilleux, plein de contrastes, où l’on peut se trouver au bord de l’océan dans un climat chaud et surtout humide, puis prendre la voiture pour se rendre sur les flancs du mont Cameroun où se trouve une ville climatique au climat tempéré, à l’air léger, à la nature agréable, Dschang. On peut ensuite rejoindre les régions de grandes chasses dans le nord Cameroun, ou foisonnent des animaux de toutes espèces…..ou aller rejoindre la forêt primaire en allant sur Yaoundé.
Mon roman ne raconte pas mon propre voyage,mais, les personnages sont aussi sympathiques, aussi beaux moralement,qu’Arabelle est amorale, et moi immoral.
Ce que j’écris est de l’eau de rose, je le sais, mais cela ne me gêne pas, car cela me permet de m’évader de ces murs griset tristes qui me confinent dans un espace restreint et m’isolent de la vie réelle. Et puis cela me repose, plutôt que d’écrire ma vie réelle, qui, elle,ne regorge pas de beautés et de bons sentiments.
Pour en revenir à mes projets d’après ma levée d’écrou, je vais jouer sur plusieurs tableaux.
Je contacterai des éditeurs, en leur proposant mon roman, qui aura l’originalité d’avoir été écrit en prison. J’indiquerai également que je possède également un autre écrit qui raconte la préparation de mon crime, et ce qui s’en est suivi. Les mémoires d’un meurtrier, cela doit intéresser les éditeurs, qui pourraient faire de la pub sur cette histoire réelle et sanglante qui est susceptible de plaire aux lecteurs, non ?
Enfin, j’ai bien le droit de rêver. Surtout en prison, sinon, il ne me resterait plus qu’à me supprimer d’une façon ou d’une autre.
Comme je ne suis pas trop naïf (Enfin,dans ce domaine) je ne me berce pas trop d’illusion quand même, et parallèlement à mes contacts avec des éditeurs, je passerai des annonces sollicitant un poste dans le domaine juridique qui est le mien. Je ne cacherai pas que je sors de prison. Mieux vaut dès le départ sélectionner les employeurs qui ne reculeront pas devant mon lourd passé.
Je viens de parler de ce que je ferai sur le plan professionnel.
Et sur le plan privé ? C’est beaucoup moins clair dans mon esprit. Une chose est certaine, j’aime toujours Arabelle. Je ne reviens pas sur son physique qui me rend fou. Ce qui m’avait éloigné d’elle c’est que je la croyais bête au-delà de toute expression. En fait, d’une part elle est intelligente, et d’autre part elle est surtout différente de tous les êtres humains que j’aie eu l’occasion de rencontrer, ce qui lui donne un charme supplémentaire. Bien sûr, aux dernières nouvelles, elle vit toujours avec Yves, dans ma propre maison de surcroit, mais je compte beaucoup sur la comparaison qu’elle sera amenée à faire entre un homme, (dont elle se sera un peu lassée, j’espère, avec le temps) assez semblable aux autres, et moi, qui tout de même suis d’une autre trempe, mon passé étant là pour le prouver. Je suis spécial, elle est spéciale, nous sommes faits pour nous entendre, non ? C’est en tous cas, ce que je veux croire, et je m’accroche à cette espérance, pour plus tard.
J’ai beaucoup écrit aujourd’hui, mais je vais mettre ce cahier de côté, et je n’écrirai la suite que lorsque mon incarcération aura pris fin. En attendant, je vais poursuivre, et terminer avant ma sortie, mon roman africain.


CHAPITRE 3


Il est un fait, c’est que j’ai très peu écrit sur ce cahier durant toute mon incarcération.Cela s’explique aisément. La vie en prison est tellement désagréable sur tous les plans, que l’on n’a pas envie de la revivre en l’écrivant. Il faudrait être masochiste. C’est en tous cas ce que j’ai pensé durant toute la durée de mon emprisonnement. Ce n’est qu’aujourd’hui, à la veille de ma mise en liberté (Oui, je sors demain) que je me rends compte des éléments positifs de la prison. Oui, vous avez bien lu : Les côtés positifs de la prison.
Lorsque l’on est incarcéré : Plus de responsabilité, plus de préoccupation, plus de soucis financiers.
Emprisonné, vous ne connaissez pas les affres de la vie courante. Vous ne courez pas le risque de vous retrouver sans logis, du jour au lendemain. Ici, vous êtes logés. Certes, ce n’est pas terrible comme logement, mais on est à l’abri, l’hiver on est chauffé. De plus, vous n’avez pas à vous préoccuper de vos repas. On vous les apporte à heure fixe. Lorsque vous devez vous promener dans la cour, on vient vous le dire. Vous n’avez pas d’initiative à prendre. L’administration pense pour vous Certes, vous être privés de liberté, mais la liberté exige, pour exister tant de soins, de préoccupations, de prises de décision, que cette chère liberté coûte énormément d’efforts, et de soucis de tous ordre.
Je sais parfaitement pourquoi je fais, somme toute, le panégyrique de la prison. Ce qui peut paraitre déplacé. C’est parce que j’ai la frousse. Oui, j’ai la frousse.
Lorsque j’ai pénétré pour la dernière fois dans la cour d’assises pour entendre le verdict qui allait être prononcé à mon encontre, j’avais déjà la frousse, bien sûr, mais rien de commun, avec celle que je ressens aujourd’hui. Grâce à mon avocat, je savais à peu près ce à quoi je devais m’attendre. De plus, le régime de prison, je connaissais déjà depuis plusieurs mois passés en préventive.
Maintenant, c’est tout autre chose. Demain, donc, ma dette à la société étant payée je vais me retrouver dehors, tout nu, si je puis dire. On ne va pas me libérer, on va me flanquer à la porte, et je ne saurai que faire.
Durant mon incarcération, des associations sont venues me voir pour m’aider à la sortie. Je les ai rejetés avec hauteur, par un orgueil imbécile : Je saurais bien m’en tirer tout seul pensais-je. Et aujourd’hui je me traite de crétin d’avoir refusé leur aide.

(A suivre)
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