Le bateau ivre



 
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 Tous cela n’est que de la littérature de gare

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Gus
Sacrée Pipelette
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MessageSujet: Tous cela n’est que de la littérature de gare   Ven 10 Déc - 13:40


Aimez-vous les polars, les romans, dit de gare, la série noire ou encore les mauvais bouquins d’espionnage comme il en fleurissait tant dans les années 60. - Non ? Oui ?
Une amie, une presque parente m’a introduit il y a quelques années dans tout un réseau de vieux militaires que je visite de temps en temps. Me baladant avec l’un sur le vieux chemin des douaniers, derrière le terrain de golf de Dinard après Saint Briac, ou aec un autre le long de l’estuaire de la Rance. Tous me confessent leurs nostalgies. L'un d’entre eux, habite au nord de Plancoët, c’est un vieux plumitif, un gribouilleur des romans de la guerre froide. Vous ne le trouverez pas dans l’annuaire, il loge chez sa compagne, une habitude du coin sans doute, à Cancale on trouve aussi un vieux cinéaste incognito et fauché chez une dame qui l’idolâtre et le nourri.
Cet été il m’a avoué n’avoir aucune imagination, il ne faisait que broder dit-il à partir d’histoire que lui racontait un copain para. Deux ou trois fois par an ils se retrouvaient dans un café de la porte d’Auteuil. J’ai oublié de vous présenter, René, René B. est un vieux monsieur de 80 ans, il s’était brisé les deux jambes en sautant sur le canal de Suez en 56, saut qui l’obligea à quitter l’armée. Que faire à 26 ans à Paris avec seulement pour bagage un grade de sous-lieutenant qui ne n’octroyait pas une bien grosse pension. Charles son copain, son frère d’armes lui avait intégré des services un peu spéciaux. « C’est toi qui écrivais pour nous, même les rapports du commandant. Mon frère travaille chez un éditeur, si tu écrivais des polars » C’est ainsi que paru fin 57 le premier roman d’une série de presque 90 bouquins en vingt-cinq ans.
Que racontait Charles à René dans l’arrière-salle du café de la porte d’Auteuil, des fariboles ou des fragments des dossiers qu’il traitait, je ne sais pas, mais je les imagine un peu comme le Monsieur X de France Inter commentant certains faits divers de l’actualité.

Les tirages s’étiolant, l’éditeur fut racheté dans les années 80, la série avait besoin de sang neuf, on remercia René. « J’avais encore des histoires à raconter, les éditeurs sont trop cons, pas un n’a jamais compris que tout ce que j’écrivais était vrai ! ».
« Tiens, je connais une histoire, si le Canard Enchaîné l’avait publié sous Mitterrand ! »
En rentrant chez René après notre balade, il me sortit un numéro récent de « Point de vue » pointant la photo de mariage d’une jeune métisse japonaise de vingt ans Yukiko Johnson avec le fils du comte Gabriel de C.T.. René me dit : « Tu sais la fille de qui c’ est ? » - Moi dubitatif, je lui répliquais moitié plaisantant « Ce n’est pas encore une fille de Mitterrand ! » Non, c’est la fille de Michel Donasin, alias Michael Johnson riche négociant en perles, ex-banquier, fils d’un petit entrepreneur de Blida, qui entra dans la vie active à quinze ans pour payer ses études, pour ne pas devenir maçon comme papa.
Permettez-moi de vous conter en deux mots cette drôle d’histoire :
De Michel Donasin à Michael Johnson.
Aide employé de bureau à Alger, puis aide-comptable. Il débarqua en Provence portant l’uniforme de l’armée américaine, dans le service des renseignements avancé, unité qui guide les troupes sur le terrain. Ensuite il fut étudiant en droit tout en restant très proche de l’armée. En 47, Michel arrive à Paris où il devient conseiller fiscal. L’animal est loin d’être bête et sans l’ombre d’un scrupule il faut bien le dire. À l’époque c’était le père de Gabriel de C.T. qui dirigeait la banque d’affaire où travaillait Michel. Le Comte Gabriel savait utiliser les talents de manipulateur de Michel Donasin pour sa clientèle de la haute bourgeoisie parisienne. Avec une pertinence inimaginable il devient le magicien des taxes, des comptes en Suisse ou à Monaco. En 1952, il pouvait se permettre d’acheter une part du capital d’un vieux cabinet comptable de Paris où la clientèle est très pointilleuse quant à l’anonymat. En 59 il siégeait au conseil d’administration d’une des plus grosses banques d’affaire de la capitale en compagnie de George P. . Ascension social rarissime chez nous, où pour accéder à certain cercle il faut être du sérail depuis au moins deux ou trois générations. Hommes politiques issu de la résistance, un zeste de franc-maçonnerie, beaucoup de relations avec nos amis américains de l’administration républicaine sont sans aucun doute les trois piliers de son ascension social, qui laisserait sans voix le meilleur Rastignac.

René s’arrête, soupir, de Michel Donasin, « Charles m’en a parlé pendant trente ans, dans plus de dix de mes romans il apparaît sous un pseudo ou un autre ».

- Mais pourquoi est-il devenu Michael Johnson ?

- Je ne sais pas, je crois que c’est à cause du gouvernement Mauroy. Quand Mitterrand à gagner la présidentielle, dans le 7e et le 16e arrondissement de Paris ce fut un vent de panique. Ce que je peux te dire, après la mise en place des nationalisations, dans certaines sociétés les nouveaux dirigeants, quelques mois après leurs prises de fonctions ont fait de drôles de découvertes. Les grands brevets stratégiques n’appartenaient plus à l'entreprise nationalisée mais étaient détenus par une banque Monégasque. Non seulement les anciens propriétaires avaient été largement indemnisés, mais il fallait payer maintenant des royalties pour continuer à faire tourner les usines à une banque à Monaco. La pilule était dure à avaler. Rapidement Matignon et l’Elysée surent le nom de l’homme qui avait mis en place cette fuite des brevets. Homme qui disparu de France sans laisser de trace. On perquisitionna ses appartements, on interrogea sa compagne en vain, la pauvre femme ne comprenait rien, n’avait aucune nouvelle, elle fut surveillée pendant plusieurs mois sans aucun résultat.

Huit ans après, l’officier de permanence à la police des frontières de Roissy cru reconnaître un visage qu’il voyait souvent quand il était en poste à l’aéroport de Marseille. Curieusement cet occidental, ce passager en provenance de Tokyo avait un passeport japonais. Une jeune japonaise l’accompagnait, son passeport indiquait qu’elle était l’épouse de M. Johnson. On retient quelques minutes M. et Mme Johnson, le temps de faire les photocopies des passeports et de s’enquérir du nom de leurs hôtel. Le zélé officier de permanence transmis à sa hiérarchie. La machine administrative s’ébranla, l’ambassade du Japon confirma la validité du passeport. M. Johnson était citoyen japonais, originaire des états Unis, naturalisé dans les règles. Il fallut quelques jours aux services de la Défense et sécurité du territoire pour mettre un autre nom sur le visage de Mr Johnson, pour prévenir le Parquet, pour qu’un juge etc…enfin le vendredi quatre policiers se présentèrent à réception de l’hôtel Intercontinental. Ils attendirent une heure, deux heures, ils attendirent longtemps. Ce même vendredi après-midi, Mr et Mme Johnson embarquaient à Turin pour le Japon. Le lundi un membre de l’ambassade se présentait à l’Intercontinental pour régler la note des Johnson et récupérer les bagages.

Tous cela n’est que de la littérature de gare, roman même pas écrit, juste radotage d’un vieil écrivaillon sans aucun doute à moitié sénile, ...enfin peut-être...

Je n'ai jamais prétendu que mes histoires étaient vraies. On peut aussi me répondre que je n'ai jamais dit le contraire non plus. Deux mots de fantaisie peuvent habiller une petite vérité. Le romancier peut tout ce permettre, bien plus qu'un journaliste il me semble. Mes petits vieux ont tous plus de quatre-vingt ans, ils se bercent d’illusions, d’importance, on se raccroche à la vie comme on le peut, non ?




Dernière édition par Gus le Ven 10 Déc - 17:10, édité 1 fois
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nane
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MessageSujet: Re: Tous cela n’est que de la littérature de gare   Ven 10 Déc - 16:37

Et si... et si c'était vrai ! boff
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Gus
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MessageSujet: Re: Tous cela n’est que de la littérature de gare   Ven 10 Déc - 17:10

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Anne
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MessageSujet: Re: Tous cela n’est que de la littérature de gare   Ven 10 Déc - 18:13

Même si ce n'est pas vrai, c'est truculent un plaisir à lire.

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Gus
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MessageSujet: Re: Tous cela n’est que de la littérature de gare   Ven 10 Déc - 18:28

Merci Anne


bea
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MessageSujet: Re: Tous cela n’est que de la littérature de gare   

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