Le bateau ivre



 
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 MARIE

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aristee
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MessageSujet: MARIE   Ven 17 Déc - 9:31

MARIE

PERSONNAGES

PAUL 44 ans

JACQUES 46 ans son frère

MARIE 38 ans

MOREAU 52 ans


ACTE 1


Le rideau s’ouvre sur une salle de séjour classique, avec canapé, fauteuils, table basse, bibliothèque, 2 portes au fond, une porte à gauche, et une à droite.


La scène est vide


On entend des voix qui se rapprochent, et Paul et Jacques entrent. Ils sont très différents, mais à peu près du même âge, et surtout, ils sont habillés de costumes identiques, marrons, et leurs chaussures sont également identiques.
Ils portent au revers de la veste un large ruban noir.


PAUL
Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde. C’était un bel enterrement.

JACQUES
C’est vrai. Mais ils sont venus surtout pour nous. Notre pauvre mère n’était pas très connue.

PAUL
Pourtant, elle l’aurait mérité. C’était une maitresse de maison, exceptionnelle. Elle faisait le ménage et la cuisine d’une façon …. que l’on ne retrouvera pas !

JACQUES
Hé non ! On ne retrouvera pas une femme pareille. Il est vrai qu’une mère, on n’en a qu’une.

PAUL
C'est-à-dire que tout le monde a une mère. Il y en a plein des mères. Mais aussi compétente dans son domaine, que mère, ça, il n’y en a pas !

JACQUES
Et puis, économe avec ça. Elle se débrouillait pour nous faire de la bonne cuisine avec peu d’argent.

Un long silence

JACQUES
C’est certain. Elle va nous manquer.

PAUL
On ne pourra jamais la remplacer.

JACQUES
C’est sûr. Elle était irremplaçable. Et d’ailleurs…

Un autre silence

PAUL
Et d’ailleurs ? Tu voulais dire quoi ?

JACQUES
Je voulais dire : Et d’ailleurs, je ne vois pas comment nous allons nous débrouiller.

PAUL
Figure-toi que j’y ai un peu pensé. Oh, pas beaucoup, tu penses bien, après une telle perte. Mais enfin, une idée m’est
venue toute seule. Alors, j’ai parlé de notre problème à madame Marthe, tout à l’heure, au cimetière. Elle est concierge, elle connait beaucoup de monde, et justement, il y a une dame qui voudrait travailler. Elle vient de perdre son mari, et va avoir besoin d’argent, alors il faut qu’elle travaille. Mais comme elle n’a pas de métier, elle ne pourra faire que des ménages, ou s’occuper d’un intérieur.

JACQUES
Tu as bien fait d’en parler à Marthe. J’avais moi aussi pensé à lui en parler. Mais cette personne qui cherche du travail, que sais-tu à son sujet ?

PAUL
Rien. Rien, mais si madame Marthe peut la contacter, elle va lui dire de venir nous voir dès aujourd’hui.

JACQUES
C’est bien. Mais il ne faudra pas s’emballer. Non seulement il faudra la payer, ce qu’on n’avait pas à faire avec maman, mais
elle aura besoin de plus d’argent pour faire la cuisine. C’est sûr !

PAUL
Malheureusement, oui, c’est certain. Et puis, il y a le problème d’habitude.

JACQUES
Tu as raison. Maman nous connaissait par cœur. Elle savait toujours ce qu’il fallait faire, et quand il fallait le faire.

Un long silence

PAUL
Oui, c’est une grande perte pour nous. Et pas que pour l’argent.

JACQUES
Non, pas que pour l’argent. ( Un temps) Mais pour l’argent aussi, bien sûr.

PAUL
Bien sûr.

Un temps

PAUL
Et si nous prenions un petit apéritif ?

JACQUES
Bonne idée. On l’a bien mérité.

Jacques va chercher 2 verres dans le buffet, sort une bouteille et remplit les 2 verres.

JACQUES
J’ai pensé à quelque chose.

PAUL
Moi aussi, j’ai pensé à quelque chose.

JACQUES
Ah bon ? Parle le premier !

PAUL
Non, toi d’abord !

JACQUES
Bon. Remarque c’est une idée comme ça. Je ne sais pas si elle est bonne.

PAUL
Moi non plus, je ne sais pas si mon idée est bonne. Dis toujours.

JACQUES
J’ai pensé que si on trouvait une femme d’intérieur compétente, pour ne pas avoir à la payer, il faudrait que l’un de nous l’épouse.

PAUL
C’est drôle, c’était l’idée qui m’était venue aussi.

JACQUES
Pour savoir si c’est toi ou moi qui devra l’épouser, il n’y aura pas de difficulté. Ce sera comme tu voudras.

PAUL
Comme je peux te dire la même chose, je crois que le mieux sera de tirer, le moment venu, à pile ou face.

JACQUES
Pas de problème pour ça. Mais le vrai problème c’est de trouver celle qui doit remplacer Mère.

PAUL
Moi, tu vois, je fais confiance à Marthe. C’est fou le monde qu’elle connait, et de plus, je ne sais pas comment elle s’y prend, mais elle est au courant de la vie privée de tous les gens qu’elle connait.

JACQUES
Tu crois qu’elle sait tout à notre sujet ?

Les deux frères se regardent tristement.


PAUL
Tu sais bien qu’à notre sujet il n’y a rien de particulier à savoir.

JACQUES
Tu as raison. Absolument rien. Tout est clair.

Sonnette à la porte d’entrée


PAUL
Qui est-ce ? Quelqu’un qui vient nous présenter ses condoléances ?

JACQUES
Je ne crois pas. Tous ceux qui devaient nous présenter leurs condoléances, étaient au cimetière. C’est peut être la bonne
femme ? Je vais ouvrir.

Jacques sort, Paul dans son fauteuil déguste son apéritif. On entend des voix venant de l’entrée, et Jacques revient
dans la salle de séjour. Il est suivi par une femme d’une quarantaine d’années, élégante et jolie.

JACQUES
Je vous présente Paul, mon frère.

Cette dame, est Marie Delange. Elle nous est envoyée par madame Marthe.

Paul qui s’était levé, vient à la rencontre de Marie et lui serre la main.

MARIE
Je vous présente mes condoléances, monsieur. Je n’avais pas eu le plaisir de vous rencontrer, non plus que votre frère, mais
je connaissais un peu votre maman, qui, comme moi-même, était très liée avec madame Marthe.

Je mesure parfaitement la perte que vous venez de subir, et j’en suis moi aussi, très triste.

PAUL
Je crois que vous aussi, vous avez eu, à déplorer la perte d’un être proche.

MARIE
Mon mari, oui. Et c’est d’ailleurs pourquoi, je dois trouver une activité pour subvenir à mes besoins.

JACQUES
Je suppose que Marthe a du vous parler de nous. Vous nous connaissez donc déjà. En revanche, mon frère et moi, en dehors de
ce que nous voyons, c’est à dire… que vous êtes une femme très… enfin très… jolie…. je veux dire, que…. Enfin, nous ne savons pratiquement rien de vous.

PAUL (en écho)
Non, rien de vous.

MARIE (Avec assurance)
Il m’est difficile de vous parler de moi. Je crois que le mieux serait que vous demandiez à Marthe, qui, elle, me connait bien.

Je vous propose donc que vous me disiez ce que vous attendriez de moi, quelles conditions vous pourriez m’offrir, et puis, nous pourrions nous revoir demain par exemple, après avoir réfléchi, vous d’après ce que Marthe vous aura dit à mon sujet, et moi sur la proposition que vous
m’aurez faite.

Jacques et Paul se regardent, un peu déstabilisés par la façon directe de s’exprimer de Marie.

PAUL
Vous savez donc, que nous sommes deux frères célibataires….. célibataires pour le moment…et nous cherchons une sorte de
gouvernante qui s’occuperait de la maison. C’est bien ça, Jacques ?

JACQUES
Tout à fait. Une sorte de gouvernante pour s’occuper de la maison… et de nous… enfin, de nous…. je veux dire de notre linge, c’est ça, de notre linge.

MARIE
Ce serait donc un travail à plein temps. Serais-je nourrie et logée ?

(Paul et Jacques qui n’avaient pas songé à cette question se regardent. Paul fait oui de la tête.)

JACQUES
Vous seriez logée et nourrie…. bien que cela risque de faire jaser, parce que vous êtes très, enfin très… je veux dire…. Vous
savez les gens aiment bien jaser.

MARIE
Personnellement ce que les gens peuvent dire ne me gêne pas. Je suppose qu’il en est de même pour vous ?

PAUL (Hésitant)
Évidemment, évidemment, si certains ont l’esprit mal tourné, c’est leur problème, pas le notre. Tu es d’accord Jacques ?

JACQUES
Complètement. Bien faire et laisser dire, c’est ma devise.

PAUL
C’est notre devise. Moi aussi je pense comme cela.


(A suivre)
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MessageSujet: Re: MARIE   Ven 17 Déc - 13:06

Sympa cette pièce de vrai mufles ils ont perdus bonbonne et en cherche une autre qui ne sera peut-être pas tout à fait ce qu'ils espèrent.

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MessageSujet: MARIE Théatre   Sam 18 Déc - 8:32

MARIE
Bien. Logée, nourrie. Pouvez- vous me dire d’une part ce que vous me verseriez comme salaire, et quelle somme mensuelle vous mettriez à ma disposition pour entretenir la maison. ?

JACQUES
C'est-à-dire… Que nous n’y avions pas encore pensé. Vous comprenez, c’est si récent.

PAUL
Oui, c’est tout récent. Et nous n’avons pas l’habitude, car nous n’avons jamais payé notre mère… et comme pour les courses, elle était très économe… Nous ne savons vraiment pas.

JACQUES
Peut être avez-vous une idée vous ?

MARIE
Si je n’étais pas au courant des prix, je serais indigne de m’occuper de votre train de maison.

Puisque je serais logée et nourrie, il suffira que vous me donniez 1000 euros par mois, et pour assurer la marche de la
maison, j’y parviendrais, avec également 1000 euros, étant bien entendu que je ne m’occuperais pas des factures d’électricité, d’eau, des assurances etc. Je m’occuperais, uniquement, des frais de maison.

Voilà. Réfléchissez, voyez Marthe pour obtenir des renseignements à mon sujet, et je reviendrai demain à la même heure. Inutile de vous déranger, je connais le chemin. Je vous souhaite une bonne soirée.

Marie sort, et les deux frères restent un moment silencieux.

JACQUES
Ben dis donc !!! Elle sait ce qu’elle veut, celle là.

PAUL
Tu te rends compte ! Elle va nous revenir à 2000 euros plus les charges sociales !! Mère nous coûtait moins !

JACQUES
D’abord, il n’y avait pas de salaire…

PAUL
Et pas de charges sociales….

JACQUES
Et pour la nourriture, je ne sais pas ce qu’elle dépensait, mais pas 1000 euros, ça, c’est sûr !!!

(Ils réfléchissent en silence, chacun de son côté, durant un bon moment.)

PAUL
Remarque, c’est une très jolie femme.

JACQUES
Ca, on peut le dire. Et puis si l’un de nous l’épouse, il n’y aura plus de salaire.

PAUL (qui suivait manifestement la même idée)

Et plus de charges sociales !

JACQUES
D’un autre côté, quand on a été célibataire toute sa vie, jusqu’à 46 ans, ça ne doit pas être facile de partager son lit.

PAUL
Remarque, que moi, je n’ai que 44 ans.

JACQUES
Deux ans d’écart, ça ne compte pas.

PAUL
Non, ça ne compte pas. Enfin, pas beaucoup… un peu quand même…

Un temps

PAUL
Alors ? Qu’est ce qu’on fait ?

JACQUES
Nous avons un peu de temps, puisqu’elle ne reviendra que demain. Nous pourrions déjà aller voir Marthe, pour obtenir des
renseignements sur Marie.

PAUL
Tant qu’il n’y a rien de fait, appelons la, madame Delange.

JACQUES
Si tu préfères, d’accord. Nous allons voir Marthe ?

PAUL
Si tu veux. Mais tu penses bien que si elle nous a dit de prendre des renseignements auprès de Marthe, c’est qu’elle est
certaine, qu’ils seront excellents.

JACQUES
C’est probable. Et même certain. Il est donc inutile d’y aller. En tous cas, si nous prenons madame Delange, nous ne
pourrons pas garder nos deux employées au magasin. On ne s’en sortirait pas.

PAUL
Pour ce qu’elle fait, Ginette !!! On pourra s’en passer facilement. Elle est aussi vive qu’une huitre.

JACQUES
C’est vrai, mais ce qui m’embête c’est que Ginette nous avait été recommandée par madame Vidal

PAUL
Madame Vidal était une amie de mère, alors comme mère n’est plus là !!

JACQUES
Tu as raison. Demain, nous la convoquerons dans notre bureau.

PAUL
Pas de précipitation. Réglons d’abord le problème de madame Delange.

JACQUES
Qu’est ce que tu appelles » régler le
problème de madame Delange » ? On la prend, ou on ne la prend pas,
mais on ne pourra pas discuter ses prix. Elle sait ce qu’elle veut, et j’ai
l’impression, qu’avec cette femme, c’est à prendre ou à laisser.

PAUL
Quand même ! 2500 euros par mois, ça fait
gros ! Il faudra en vendre des paires de chaussures, rien que pour la
payer, plus les charges sociales, et l’entretien de la maison !

Jacques et Paul sont dans des fauteuils,
ils réfléchissent, pendant que le rideau tombe.

ACTE 2
Le rideau se lève sur le même décor. Immédiatement,
Paul entre en scène. Il va s’asseoir dans un fauteuil, saisit un journal qu’il
commence à lire.

Toujours vêtu d’un costume marron, avec sur
le revers de sa veste un large ruban noir. Peu après entre Jacques. Même
costume que son frère. Il va s’asseoir dans un autre fauteuil. Il regarde sa
montre.

JACQUES
Je pense qu’elle ne va pas tarder. Alors
nous sommes bien d’accord ? Nous lui disons que pour son salaire, c’est
d’accord à mille euros, mais pour les frais du ménage, nous estimons que pour
nous trois, une somme de 800 euros devrait être suffisante.

PAUL
D’accord. Maman qui mangeait bien, elle
aussi, s’en sortait avec certainement moins.

JACQUES
Et de plus, comme finalement, nous ne la
connaissons pas vraiment, nous lui dirons que nous la prenons pour un mois à
l’essai.

PAUL
Tu crois que cela ne va pas la vexer ?

JACQUES
Mais non ! Pourquoi se
fâcherait-elle ? C’est tout à fait normal. C’est d’ailleurs ce que nous
faisons avec nos employés du magasin.

PAUL
C’est vrai, mais là, c’est un peu différent.
Ce ne sera pas une simple employée. Elle fera partie de la maison.

JACQUES
Raison de plus pour être prudent. Si cela te gêne,
c’est moi qui le lui dirai.

PAUL
Je préfère. Si tu veux, en compensation, c’est
moi qui dirai à Ginette que nous nous passerons
de ses services. J’ai noté tous les jours où elle est arrivée en retard, et
toutes les erreurs qu’elle avait commises avec des clients. Elle n’aura pas
intérêt à nous trainer devant les Prud’hommes.

Sonnette d’entrée

JACQUES
C’est elle. Je vais lui ouvrir.

Il se lève, sort, et revient
presqu’aussitôt avec Marie.

MARIE (Très souriante)
Bonjour, messieurs. Je viens chercher votre
réponse. Avez-vous réfléchi, et obtenu des renseignements satisfaisants à mon
sujet ?

PAUL
En ce qui concerne les renseignements, c’était
inutile. La caution morale de Marthe était pour nous suffisante.

MARIE
Bien. Et en ce qui concerne les
conditions ?

JACQUES
Nous pensons, comme il est d’usage, vous ne
devez pas l’ignorer, que vous seriez à l’essai durant un mois.

MARIE
Non seulement, c’est normal, mais je préfère
qu’il en soit ainsi. Il faudra que je sache, moi aussi, si je m’entends bien
avec vous.

JACQUES
Et réciproquement.

MARIE
Et réciproquement si vous voulez. Mais c’est
théorique, car je ne vois pas pourquoi vous ne seriez pas satisfaits de mon
service.

PAUL
Oui, oui, bien sûr….Enfin, c’est une
disposition normale. Un mois d’essai.

MARIE
Je vous ai dit que j’étais d’accord. Et pour
les conditions financières ?

JACQUES
En ce qui concerne votre salaire, nous le
trouvons un peu élevé, mais nous acceptons de vous donner 1000 euros.

MARIE
Vous ne me les donnerez pas. Vous paierez mon
travail.

JACQUES
Bon, d’accord, d’accord. En revanche, pour les
frais nécessaires à l’entretien de la maison, nous ne serons que trois, nous
n’avons ni chien ni chat, et nous vous donnerons 800 euros, ce que notre mère,
ne dépensait certainement pas.

MARIE
Vous savez, si vous vous contentez de riz, de
pommes de terre et de pâtes, on peut dépenser encore moins. Cela dépend du
niveau de vie que vous voulez. Si vous mettez 800 euros à ma disposition, vous
en aurez pour ce montant.

PAUL
Nous vous faisons confiance. Et finalement,
puisque nous faisons tous un essai de un mois, nous ajusterons les conditions,
à la fin de ce que l’on peut appeler un stage.

MARIE
C’est ça. Considérez que pour moi, vous aussi,
vous êtes en stage, et au bout d’un mois, nous verrons s’il faut poursuivre, et
éventuellement, ajuster, comme vous
dîtes.

Si nous nous mettons d’accord, je
travaillerai chez vous durant toute la semaine, mais je me réserve le Dimanche.
Le samedi, je préparerai un dîner et un souper, plus copieux, ainsi, le
Dimanche, vous pourrez manger les restes.

PAUL
Vous
avez pensé vraiment à tout. Une question :
Vous pourriez commencer tout de suite ?

MARIE
D’accord. Mais pendant le premier mois, je
rentrerai chez moi tous les soirs, puisque j’ai toujours la location de mon
appartement, et comme nous ne savons pas si nous parviendrons à un accord définitif,
je ne veux pas le quitter pour l’instant.

Pouvez-
vous me faire visiter la maison, me faire voir mon éventuelle future chambre, et l’endroit où se
trouvent les produits d’entretien ?

JACQUES
Je vais vous faire visiter.

PAUL
J’y vais aussi. (S’adressant à Jacques) Il y
a des rangements de mère que tu ne connaissais peut être pas. Ils sortent.

Ils viennent de sortir lorsque le
téléphone sonne. Jacques revient en scène, et décroche.

JACQUES
Allo ?
……………………………………….

JACQUES
Mais, monsieur…. Monsieur… Moreau m’avez-vous
dit?
……….


JACQUES
Bien. Alors,
monsieur Moreau, s’il est exact que madame Delange est venue se
présenter pour le poste de gouvernante chez nous, je ne vois pas en quoi cela
vous concerne.
…………………………………..

JACQUES
Mais
enfin, je vous le répète, cela ne vous regarde pas ! D’ailleurs, à quel
titre me téléphonez-vous ?
……………………………………

JACQUES
Hé bien, si vous ne voulez pas me le dire,
moi, je ne veux plus vous écouter. Au revoir monsieur.

(Il raccroche, et se gratte le crâne, et va
s’asseoir dans un fauteuil.)

Paul et Marie reviennent en discutant

(A suivre)
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Anne
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MessageSujet: Re: MARIE   Sam 18 Déc - 11:10

Oh oh ils sont horribles radins tout quoi , leur pauvre mère ils la prenaient vraiment pour leur bonne.

J'adore le ton et l'humour.

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Jean-Louis
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MessageSujet: Re: MARIE   Sam 18 Déc - 15:38

Oui en effet mais quand on est dans les affaires, cela se ressent dans la vie privée..
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Giles
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MessageSujet: Re: MARIE   Sam 18 Déc - 19:10

Jean-Louis a écrit:
Oui en effet mais quand on est dans les affaires, cela se ressent dans la vie privée.
Je ne sais pas… je dirais plutôt que le caractère est le facteur premier, et s'exprime dans tous les domaines de la vie, chez soi et avec sa famille et dans le commerce.
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aristee
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MessageSujet: MARIE Théatre   Dim 19 Déc - 9:05

PAUL (A son frère)


J’ai entendu le téléphone. C’était qui ?




JACQUES


C’était un certain monsieur Moreau qui
téléphonait au sujet de madame Delange.




MARIE


Moreau ? Il ne me lâchera jamais !
Que voulait-il ?




JACQUES


Il ne voulait pas, madame,
que vous veniez travailler chez nous.




MARIE


Tiens donc !! Que lui avez-vous répondu ?





JACQUES


Que cela ne le regardait pas. Cependant, nous
sommes en droit de vous demander, nous, pourquoi, selon votre expression, « il ne
veut pas vous lâcher »




MARIE


Tranquillisez-vous, je n’ai rien à cacher. Depuis
que je suis une femme libre, il n’arrête pas de me harceler. Mais il s’agit là
de ma vie privée, qui n’interférera en rien avec mes obligations
professionnelles.




JACQUES


On ne peut pas en être certain. J’espère qu’il
ne viendra pas ici pour vous harceler. Vous savez, mon frère et moi, sommes des
hommes pacifiques, et nous n’aimons pas les discussions bruyantes et
désagréables.




MARIE


Puisque nous avons un mois de stage devant
nous, vous pourrez vous faire une opinion. Je tiendrai ce monsieur Moreau à
distance.




JACQUES


Nous l’espérons, nous l’espérons…Si ce n’est
pas indiscret, vous êtes…veuve depuis longtemps ?




MARIE (Très naturelle)


Depuis hier. D’ailleurs, je prendrai deux
heures après demain pour l’enterrement.




Jacques et Paul sont un peu suffoqués de voir
que Marie ne semble pas être particulièrement touchée par son récent veuvage.




PAUL


Vous nous avez dit que ce Moreau avait
redoublé ses assiduités auprès de vous depuis que vous êtes une femme libre,
mais cela ne fait pas très longtemps que vous êtes veuve…..




MARIE


C'est-à-dire que mon mari et moi étions
séparés depuis 3 ans. Et c’est depuis cette séparation, que Moreau m’empoisonne
l’existence. Ca vous va comme explication ?


Maintenant, vous allez trouver, que je me
dépêche beaucoup pour trouver du travail ?
Mieux vaut que je m’explique tout de suite.. C’est très simple. Mon mari
devait me verser une pension, et le faisait régulièrement. Comme il est mort, il
ne me la versera plus, et c’est pourquoi je suis dans l’obligation de
travailler.


PAUL


Ah ? Parfait ! Les choses sont plus
claires.


Un long temps de silence




JACQUES (Soupçonneux)


Vous êtes jeune, jolie, et libre. N’envisagez
vous pas de vous remarier ?




MARIE


Je n’exclus rien. Mais je vais prendre mon
temps. En tous cas, il s’agit là de problèmes personnels, qui n’ont rien à voir
avec notre contrat de travail.




PAUL


C’est vrai, c’est vrai, mais, comprenez-nous,
nous voudrions savoir, si vous n’envisagez pas de nous laisser tomber trop
vite.




MARIE


N’ayez aucune crainte…..(Un temps)
j’observerai la législation et je vous préviendrai par lettre recommandée un
mois avant la cessation de mon activité chez vous.




JACQUES


Vous semblez très au courant de la
législation. Vous aviez déjà travaillé ?




MARIE


Non jamais. Mais je ne suis pas idiote. Au
fait, quelle est votre profession ? Vous comprenez, ce n’est pas une
simple curiosité, mais j’ai besoin de savoir si vous avez des revenus stables,
pour pouvoir me payer.




PAUL


Nous avons un commerce de chaussures. Du fait
de notre deuil, nous avons fermé 3 jours. Nous réouvrons demain. Tranquillisez-vous.
Nos revenus ne sont pas mirobolants, et nous ne pouvons verser des salaires
trop élevés, mais nous nous en sortons convenablement, et vous serez toujours
payée. Notre commerce absorbe toutes nos journées, et vous nous verrez
uniquement de midi et demie à 14 heures, et le soir, à partir de 19 heures.
Vous aurez donc toutes possibilités, pour vous organiser librement. Une maison
bien tenue, des repas assez copieux et corrects, c’est tout ce que nous
demandons.




MARIE


Dans la limite du budget un peu serré que vous
mettez à ma disposition, je ferai au mieux.




JACQUES


C'est-à-dire
que notre mère….




MARIE


Oui, vous me l’avez dit. Votre mère vous
faisait des repas pantagruélique sans rien dépenser. Mais elle n’est plus là,
et en faisant des comparaisons, cela vous permettra de la regretter. Combien
lui donniez- vous pour les frais de ménage ?




JACQUES


Ce n’était pas du tout la même chose. C’était
notre mère. Elle avait la signature sur nos chéquiers, c’était plus pratique.




MARIE


Alors, vous ne saviez pas ce qu’elle
dépensait ?




JACQUES


En tous cas, nous savions que nous ne lui
versions pas de salaire.




PAUL


Nous n’avions pas non plus de charges
sociales.




Après un long silence, Marie
éclate de rire.




PAUL


Pouvons- nous connaitre la raison de cette
hilarité ?




MARIE (Continuant à rire)


Excusez- moi ! Vous m’aviez bien dit que vous étiez
célibataires ?




PAUL


Oui. Vous trouvez ça très amusant ?




MARIE


Mais êtes-vous célibataires par choix, par vocation, ou bien
est-ce parce que vous n’avez pas trouvé des femmes selon vos goûts ?




PAUL


C’est le deuxième cas. Mais je ne vois pas en
quoi…..




MARIE (Riant toujours)


Oh, je le reconnais, c’est idiot, mais penser
que vous avez un magasin de chaussures et que vous n’avez pas trouvé chaussure
à votre pied, cela m’amuse.




PAUL ( souriant)


Vous avez une nature joyeuse. Remarquez, cela
n’a rien d’exceptionnel : On parle souvent de Veuves Joyeuses.




MARIE


Vous voyez ! Quand vous voulez vous y
mettre, vous pouvez être gai, vous aussi.




Un temps




MARIE


En revanche, il y a un domaine dans lequel je
commence déjà à me poser des questions.




JACQUES


Quelles questions ?




MARIE


Je vais vous parler très franchement. Vous me
paraissez assez radins ! Vous chipotez pour les frais d’entretien de la
maison. Alors, si vous devez être toujours derrière moi pour contrôler les
dépenses de ménage au centime près, je préfère vous prévenir : Je ne le
supporterais pas.




JACQUES


Vous faites erreur, nous ne sommes absolument
pas « radins », comme vous le dites élégamment, mais je ne vois pas
en quoi nos traits de caractère pourraient intervenir dans votre travail. Nous
avons arrêté les conditions matérielles, et les choses sont très claires.
Maintenant, si elles ne vous conviennent pas, dites-le franchement !




PAUL (Vivement)


Mais non, mais non. Mon frère est un peu vif,
excusez-le. Je propose que nous nous en tenions à nos accords, et que nous en
restions là, sans discuter.




(Un temps)




MARIE


Bon. Mais vous savez sans doute que durant le
stage, si je veux partir, il suffira que je vous prévienne 8 jours à l’avance.




PAUL


Je suis certain, chère madame, que vous n’aurez
pas à utiliser cette possibilité !




MARIE


Nous verrons, nous verrons.


J’ai une démarche à faire aux Pompes
Funèbres, je reviendrai dans deux heures, pour vous préparer votre dîner. A
tout à l’heure.


Marie se dirige vers la sortie,
accompagnée de Paul. Jacques manifestement mécontent est resté assis dans son
fauteuil.


Quelques secondes plus tard, Paul
revient.




PAUL


Moi, elle me parait très bien cette femme !
Elle est très droite, très directe….et elle est très jolie.




JACQUES (Assez vivement)


Nous ne recherchons pas un top modèle, ni un
prix de vertu. Et je n’ai pas apprécié quand tu lui as dit que j’étais un peu
vif. Elle m’énervait en disant que nous étions radins, et si elle doit nous
laisser tomber dans quelques jours, je préfèrerais ne pas la prendre du
tout…..Et cela devrait être également ta position.




PAUL


Tu as un métro de retard. Nous avons pris un
accord. Ne revenons pas en arrière. Nous allons faire une expérience, et nous
verrons bien. D’ailleurs, nous ne sommes engagés que pour un mois, nous ne
courrons pas de grands risques.




JACQUES


Pas de grands risques, pas de grands risques….
Sauf qu’elle risque de semer la zizanie entre nous…..Tu vois, ça a
commencé !




PAUL


Ne dis pas de bêtise ! Personne ne pourra
s’interposer entre nous.




JACQUES


Nous verrons bien. Mais entre ce Moreau qui me
parait particulièrement décidé à la relancer jusqu’ici, et cette femme qui semble
aussi, bien déterminée, à tout régenter chez nous, je reste sur mes
gardes !




PAUL (souriant)


Garde-toi……Garde-toi….. mais surtout, garde-
toi d’idées préconçues ….Vois-tu, j’ai un bon feeling avec elle, et je
suis persuadé que tout ira bien.




JACQUES


Tout ira bien, tout ira bien….Pour commencer
elle va nous coûter 2500 euros par mois.




PAUL


Mais non ! Et tu le sais bien. C’est vrai
que mère était assez économe, mais elle dépensait quand même pour nous nourrir.
Comme nous lui faisions confiance, et c’était bien normal, nous ne savons pas,
même approximativement, combien elle dépensait.




JACQUES


En tous cas, je suis certain qu’elle ne
dépensait pas les 800 euros que nous allons donner à cette dame !




PAUL


Tu ne peux être certain de rien du tout. Tu
ne le sais pas plus que moi. Et puis, je te le répète, il ne s’agit pas d’un
mariage, quoique eux aussi peuvent être cassés, les divorces sont de plus en
plus utilisés, mais en l’occurrence, si
nous ne sommes pas satisfaits au bout d’un mois, nous ne l’engagerons pas, et
ce sera terminé.




JACQUES


Il y a une chose qui est d’ores et déjà bien
avérée, et que tu ne peux pas contester.




PAUL


Ah oui ? Laquelle ?




JACQUES


C’est que nous avons toujours été d’accord sur
tout, et que depuis qu’elle est entrée dans la maison, elle sème la zizanie
entre nous.




PAUL


Tu parles d’une zizanie ! Nous avons des
jugements différents sur Marie, et c’est tout. Quoiqu’il en soit, l’avenir nous
départagera, et la zizanie, comme tu dis, sera réglée.




JACQUES


Je ne vois pas pourquoi notre désaccord ne
pourrait pas subsister. Imagine qu’au bout d’un mois, j’estime qu’il vaut mieux
ne pas la garder, et que tu sois d’un avis contraire. Il ne s’agira plus
simplement de jugement différent, mais d’un désaccord de fond.


(Un temps)


PAUL


Veux-tu que je te dise ce que je pense
réellement ?




JACQUES


Bien sûr. Je t’écoute.




PAUL


Hé bien je crois que nos avis divergents ne
viennent pas de l’apparition de Marie dans notre vie, mais de la disparition de
mère. Sa disparition bouleverse nos habitudes.


D’ailleurs, tu ne peux le nier : Si
mère était encore là, nous ne connaitrions pas Marie. Qu’as-tu à répondre à
cela ?




JACQUES


Que tu es de mauvaise foi !! Tu déplaces
le problème. Mère n’est plus là, c’est une grande perte. Mais ce n’est pas
cette perte qui nous oppose. C’est cette femme, et si, toi, tu étais de bonne foi, tu le
reconnaitrais.




PAUL


Allons mon frère ! Nous n’allons pas nous
disputer sur un problème qui n’existera peut être pas. Nous pouvons très bien,
et c’est même probable, être d’accord, soit pour la garder, soit pour lui
redonner sa liberté. Alors pas de querelle par avance ! Je pense que sur
ce point, nous pouvons être du même avis.




JACQUES


D’accord pour attendre. Nous verrons bien. Mais
je ne te cache pas, que j’ai un peu peur








Le rideau tombe
A (suivre)
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Jean-Louis
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MessageSujet: Re: MARIE   Dim 19 Déc - 9:53

Je sens un problème de coeur entre les deux frères, une femme pour deux c'est un peu juste.. quoi que !!
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MessageSujet: Re: MARIE   Dim 19 Déc - 10:02

Ho les vieux garçons, ils sont terribles ! Leur mère ne leur a pas rendu service en les gardant auprès d'elle !
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MessageSujet: Re: MARIE   Dim 19 Déc - 12:54

J'adooore l'humour noir, bien observé ! merciiii
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aristee
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MessageSujet: MARIE Théatre   Lun 20 Déc - 8:06

ACTE
3





Le rideau se
lève sur le même décor.


Marie est seule en scène. Habillée «
comme à la ville », elle passe l’aspirateur en chantonnant.


Paul, qui vient manifestement de dehors (Il
porte un manteau), pénètre dans la pièce et s’arrête pour contempler Marie,
qui, le dos tourné ne le voit pas dans un premier temps.


En continuant son travail, elle se tourne
vers l’entrée lève la tête et voit Paul.


Elle pousse un petit cri, puis, va appuyer
le bouton pour arrêter l’aspirateur.




MARIE


Vous m’avez fait peur ! Je croyais être
seule.




PAUL


Veuillez m’excuser. Je suis revenu parce que
j’avais oublié quelque chose.




MARIE


Comme votre frère hier, mais comme je l’avais
entendu arriver, je n’ai pas eu peur.




PAUL


Ah ? Mon frère est venu hier ?




MARIE


Oui ! Il avait aussi oublié quelque
chose. Je crois bien d’ailleurs qu’il avait oublié ce qu’il avait oublié, car
il est reparti sans avoir rien pris.




PAUL


Pour ne pas faire comme lui, je vais tout de
suite chercher….euh…..mon écharpe….. c’est ça, mon écharpe.


Il sort, et revient en portant
ostensiblement une écharpe rouge, qu’il pose sur le dossier d’un fauteuil.




PAUL


A part ça ? Rien de neuf, Marie ?




MARIE


Que voulez vous qu’il y ait de neuf ? Je
suis seule ici, je fais mon travail, et c’est tout.




PAUL


Cela fait plus de trois semaines, bientôt un
mois que vous êtes là. Pouvez-vous me dire si vous vous plaisez chez nous, et si
vous avez décidé d’y rester ?




MARIE


Votre frère m’a posé la même question, hier,
peut être vous l’a-t-il dit ? Et je
vous fais la même réponse : Vous connaitrez ma décision à la fin du
premier mois, c'est-à-dire, dans 3 jours.




PAUL (Nettement mécontent)


Non. Il ne m’en a pas parlé.


Un temps.


En tous cas, nous, nous sommes contents de
vous.




MARIE


Merci. Oui, je sais. Votre frère me l’a dit
hier.




PAUL


Ah ? Mon frère……Il ne m’en a pas parlé
non plus.




MARIE (Qui s’amuse bien)


Ce n’est pas beau de se faire des cachotteries
entre frères.




PAUL


Il ne s’agit pas de cachotterie…D’un oubli
tout au plus.


A ce moment le téléphone sonne.


Paul va décrocher.


………………..




PAUL


Non, monsieur ! Vous ne pouvez pas parler
à Marie Delange ! Elle travaille, et ne doit pas être dérangée dans son travail. Je vous demande
instamment de lui ficher la paix.


Il raccroche et se retourne vers Marie.




PAUL


C’était votre monsieur Moreau. Il lui arrive
souvent de vous téléphoner ?




MARIE


Non, pas souvent….une fois
par jour.




PAUL


Une fois par jour ? Mais
qu’est-ce qu’il vous raconte ? Et que lui répondez-vous ?




MARIE


Je tiens à vous rassurer, mon
travail n’en souffre pas.




PAUL


Mais ce n’est pas là, la question. Il ne faut
pas que ce monsieur vous empoisonne l’existence. Si vous voulez que
j’intervienne, n’hésitez pas à m’en parler.




MARIE


Vous êtes très gentil. C’est également ce que
m’a proposé votre frère, hier.




PAUL (Qui s’emporte, puis
s’efforce au calme)


Mon frère ! Mon frère ! Mais de quoi
se mêle-t-il ? Enfin, bon, ce n’est
pas ce que j’ai voulu dire. Lui et moi, sommes prêts à vous aider si c’est nécessaire.




MARIE


Merci encore, mais ce ne sera pas nécessaire.
Je saurai bien le tenir à distance.




PAUL


Oui, mais quand même, il vous téléphone tous
les jours, et puisque vous lui répondez, il finira par se sentir encouragé.
Votre situation n’est pas claire.




MARIE


Ecoutez, Monsieur Paul, vous êtes très gentil,
comme votre frère d’ailleurs. Mais ces coups de fil, ne m’empêchent pas de
faire mon travail, alors, c’est un problème qui me concerne exclusivement.




PAUL (Vexé)


Bon, bon,…. Si ça vous amuse
de correspondre avec ce monsieur Moreau, je n’ai en effet rien à dire. Je
retourne au magasin.




MARIE (Lui montrant
l’écharpe)


Je crois que vous oubliez ce que vous aviez
déjà oublié ce matin.


Paul revient sur ses pas, prend son écharpe,
et sort, fâché, sans dire un mot.


Elle va rebrancher l’aspirateur, et
recommence à travailler.


Le téléphone sonne de nouveau. Marie arrête
l’aspirateur et va décrocher. Elle écoute un moment, puis répond :




MARIE


Tu ne peux pas traiter mes
patrons de fâcheux. Après tout, ils sont chez eux, ces hommes !! Et ils
sont très gentils avec moi. Maintenant, écoute- moi bien, car c’est la dernière
fois que je te le dis : Je n’ai pas pris ma décision, sur la poursuite ou
non de mon travail ici. Il est inutile que tu me questionnes sans arrêt. C’est
moi, qui, quand j’aurai arrêté ma position, t’en informerai, et d’ici là, je ne
décrocherai plus le téléphone. Compris ? Il faut que tu me laisses
tranquille.


(Elle écoute)


………………………………..




MARIE


Je le sais bien que tu m’aimes. Tu me l’as dit
1000 fois ! Je n’y peux rien, mais pour l’instant, je n’ai rien à te dire. Je raccroche :


(Marie raccroche et remet son
aspirateur en marche)


Jacques apparait à la porte, et comme son
frère s’immobilise, et regarde Marie travailler, puis il vient vers elle, et
lui met la main sur l’épaule. Elle fait un bond, pousse un cri. Puis elle se
reprend et l’on voit qu’elle est furieuse. Elle va arrêter l’aspirateur.




MARIE


Ecoutez monsieur Jacques, cela ne devient plus
possible. Il y a une demi-heure que j’essaie de passer l’aspirateur dans cette
pièce. Entre les coups de fil de Monsieur Moreau, la visite de votre frère, et
maintenant la votre, comment voulez vous que je fasse mon travail ?




JACQUES


J’étais sûr que mon frère était venu. Que vous
a-t-il dit ? Quand à ce Monsieur Moreau, s’il vous téléphone, c’est que
vous ne le découragez pas, c’est certain. Alors, Marie, à quoi jouez-vous ?




MARIE


Figurez vous que je ne m’amuse pas. Moi,
j’essaie de travailler, et ce n’est pas facile, car c’est vous qui vous amusez
à je ne sais quoi !




JACQUES (Il la regarde longuement, puis
s’apprête à sortir en disant.)


Vous n’avez pas tort. Mon frère et moi
agissons comme des gamins.


Il sort, et avant que Marie ait pu
remettre en marche l’aspirateur, il revient.




JACQUES


D’un autre côté, si vous décidez de
continuer à travailler chez nous, il serait normal que nous sachions quels sont
vos liens avec ce monsieur Moreau.




MARIE


Vous l’avez dit vous-même : Si, je
continue à travailler ici. Mais pour l’instant, je n’en sais rien.


(Elle rebranche l’aspirateur, Jacques sort,
et le rideau tombe)

( A suivre)
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MessageSujet: Re: MARIE   Lun 20 Déc - 9:53


Tiens Cupidon passe par là me semble-t-il...
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MessageSujet: Re: MARIE   Lun 20 Déc - 11:44

oui mais pour qui ?
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MessageSujet: Re: MARIE   Lun 20 Déc - 21:55

Les deux messieurs sont en train de succomber au charme de la belle Marie. J'aime moi aussi l'humour de cette histoire.

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MessageSujet: MARIE Théatre   Mar 21 Déc - 8:30

ACTE 4

Même décor.

Les deux frères, en vestes d’intérieur et
mules identiques, assis dans des fauteuils, lisent chacun un journal. Après un
temps de silence, durant lequel, on sent qu’ils ne sont pas à leur lecture. Ils
s’épient mutuellement, ce qui doit donner lieu à une scène comique. Finalement,
Jacques prend la parole.

JACQUES
Quand maman était là, tu ne venais jamais à
l’appartement dans la journée.

PAUL

Toi non plus !

JACQUES

Exact. Moi non plus. Mais je ne suis venu qu’une
ou deux fois. Tandis que toi, c’est tous les jours…si ce n’est plus. C’est
anormal !

PAUL (Posant son journal)

Bon. Je sens que tu as
quelque chose à me dire. Je t’écoute.

JACQUES

Tu t’en doutes. Je veux te parler de Marie.
Nous sommes dimanche, elle n’est pas là aujourd’hui, nous sommes seuls, et je veux en profiter pour mettre les choses au point.
Elle nous coûte cher. Tu t’en souviens,
lorsque nous l’avons embauchée, nous avions évoqué la possibilité d’économiser
le salaire que nous lui versons, et les charges sociales, par la même occasion.
Tu t’en souviens ? C’est moi qui avais eu cette idée.

PAUL

Parfaitement. Nous en avions parlé, mais j’avais eu aussi cette idée, en même temps que toi.

JACQUES

Soit. Nous n’allons pas discuter sur ce point. Nous y avions pensé ensemble.
Marie, au début de cette semaine, nous a confirmé qu’elle acceptait de rester chez nous. J’avoue, en fin de compte que j’en ai été très heureux. Mes préventions à son égard, sont tombées.

PAUL

Moi aussi. Je dois reconnaitre qu’elle tient bien la maison, aussi bien que le faisait notre mère, quand à sa cuisine, elle est excellente et encore plus variée. Je pense que nous sommes d’accord sur ces points.

JACQUES

Parfaitement d’accord. Mais comme je le disais au début, elle nous revient quand même assez chère. Alors, bien qu’ayant toujours été célibataire, je suis d’accord pour me marier avec elle. C’est pourquoi je t’en parle. Grace à moi, nous ferons des économies.

PAUL

Pour faire des économies, c’est vrai que c’est une solution. Mais, si tu réfléchis bien, il y en a une autre. C’est que je l’épouse, moi.

JACQUES
Mais….Tu avais toujours dit que tu ne voulais pas te marier.

PAUL

Tu disais la même chose.

JACQUES
Mais, je suis l’ainé, et il est normal que ce soit moi qui me sacrifie pour diminuer les dépenses de la communauté.

PAUL
Dis donc, Jacques, ne te fiche pas de moi. Tu parles d’un sacrifice. Elle est magnifique Marie. Et pleine de qualités. Pour moi, ce ne serait pas un sacrifice de me marier avec elle. Je vais donc te dispenser de faire des efforts, puisque pour le même résultat, nous n’aurons plus de salaire ni de charges sociales à
payer et pour moi, cela me fera plaisir.

JACQUES

Tu n’as pas honte de parler de plaisir ? C’est dégoutant !

PAUL
Ce qui est dégoutant, c’est de jouer au martyr, de faire celui qui se sacrifie sur l’autel des économies, alors que tu aimerais bien avoir Marie dans ton lit. D’ailleurs, il y a un élément dont tu ne tiens pas compte, c’est que Marie est une femme intelligente et de caractère. Il ne suffira pas de lui
dire : Vous allez vous marier avec X ou Y pour qu’elle dise : Amen.
Alors le problème est simple : Moi, je désire me marier avec elle. Si, c’est pour toi, une corvée, je poserai seul, ma candidature. Si tu m’as raconté des histoires, et qu’en fait, tu ne détesterais pas te marier avec elle, hé bien ! C’est elle qui décidera entre nous deux.

JACQUES

Mais enfin, je suis l’ainé, et en premier lieu, c’est à moi….

PAUL (Criant)

Arrête !! Ras le bol, avec ton droit d’ainesse !! En dehors de chez nous, le droit d’ainesse n’existe
plus depuis belle lurette. Si je comprends bien, le sacrifice dont tu parlais, en fait, n’en était pas un. Donc, demain, quand elle arrivera, nous lui présenterons nos candidatures, et, comme je te l’ai dit, c’est elle qui choisira.

JACQUES

Tu veux lui dire, ouvertement, que pour qu’elle nous coûte moins cher, il faudrait qu’elle troque sa position d’employée, contre celle d’une femme mariée ?

PAUL
Bien sûr que non. Et d’ailleurs ce n’est plus sous cette forme que le problème se présente, en ce qui me concerne. J’aime Marie, je veux en faire ma femme, et je suis assez lucide pour me rendre compte que ma femme me coûtera au moins autant que lorsqu’elle n’était qu’employée.

JACQUES
Holà ! Holà ! Tu arranges les choses à ta façon, et dans ton intérêt exclusif.
Tu veux prendre Marie pour femme, et comme elle dépensera autant, et peut être plus qu’avant, il faudra que je participe à l’entretien de ta femme. Je te le dis tout de suite ! Il n’en est pas question !

PAUL
Je ne te demande pas d’entretenir ma femme. Tu as raison, il n’en est pas question ! Et d’ailleurs, je suis content de profiter de l’occasion pour aborder un autre problème. Nous sommes copropriétaires
de notre commerce, et nous feignons de penser que nos intérêts son indissolublement liés, qu’il ne pourrait pas en être autrement. Jamais. Ce qui est idiot. Au lieu de tout laisser en commun, comme nous l’avons fait jusqu’ici, je te propose de revoir notre comptabilité, et chaque mois, nous tirerons chacun une somme identique, que nous utiliserons, chacun, comme il lui plaira. Et bien entendu, nous participerons aux frais communs sur la base de 50/50.

JACQUES
Tu te rends compte de ce que tu viens de me dire ? Si mère avait entendu ça, elle serait morte d’un coup !!

PAUL
Mère est déjà morte. Et ma proposition est normale Ce qui ne l’était pas, c’était que nous formions, à nos âges, une sorte de communauté. C’était ridicule ! Nous sommes frères, nous sommes très proches, c’est vrai, mais nous sommes deux personnes différentes, avec, parfois des goûts différents. Souviens-toi, ce n’est pas vieux : Quand nous avons changé de voiture, au début de l’année : Tu voulais une berline, j’aurais préféré un break. Bien sûr, on a fait à ton goût, mais ce n’était pas normal !

JACQUES

Tu es complètement fou ! Tu es incapable de réfléchir un peu ! Avec ton système, au lieu d’acheter une voiture, il faudrait en acheter deux ! C’est cela, qui serait ridicule

PAUL

Non, ce ne serait pas ridicule, puisque nous serions plus libres de faire ce que nous aimons. Souviens-toi, là encore. L’autre jour, tu voulais aller voir un film, moi j’aurais aimé voir le match de rugby Toulouse-
Stade Français. Evidemment, comme nous n’avions qu’une voiture, et que tu es l’ainé, nous sommes allés au cinéma. Admets que c’était profondément injuste!!

JACQUES
Décidemment, mon pauvre Paul, cette femme t’a complètement tourné la tête. Tu raisonnes de travers. Jamais, jamais, nous ne nous sommes jamais disputés. Et depuis qu’elle est là, on s’épie, tu as des idées farfelues, révolutionnaires, même, cela ne peut pas continuer. Je vais la flanquer à la porte, et dès demain encore !! Je n’attendrai pas d’avantage, afin que nous retrouvions notre équilibre, que cette femme t’a fait perdre.

PAUL
Non, tu ne la flanqueras pas à la porte ! Et sais-tu pourquoi ?

JACQUES
Je ne vois pas ce qui pourrait m’empêcher de la flanquer dehors.

PAUL

Ah ? Tu ne vois pas ? Parce que ce serait plus compliqué, beaucoup plus compliqué, que tu ne le crois !

JACQUES

Tu veux parler du préavis ? Peuh !!Ce n’est pas difficile : Je lui verserai son mois de préavis, et elle ira se
faire pendre (Ou se faire prendre) ailleurs !

PAUL

Tiens ? Tu fais de l’esprit maintenant ? Toi aussi tu as changé depuis que Marie est là ! Mais revenons à nos moutons. Je te dis que ce ne serait pas aussi simple. Parce qu’il faut que tu le saches, si tu la fiches à la porte, je partirai moi aussi !

JACQUES
Quoi ? Mais…..Mais…Tu es fou ! Cliniquement fou !! Je vais te faire interner ! Cette Marie t’a rendu dingue ! Voilà une raison de plus pour nous en débarrasser, et le plus vite possible !

PAUL
Je ne suis pas fou. En revanche, toi, tu es borné. Réfléchis deux secondes aux conséquences qu’aurait le licenciement de Marie. D’abord, je te l’ai dit, je partirais. Mais songe que nous sommes en indivis, tant pour notre appartement que pour notre commerce, et que bien sûr, tu connais la loi : Nul n’est tenu de rester dans l’indivision. Si tu flanquais Marie à la porte, non seulement je partirais, mais comme j’aurais besoin de revenus pour vivre, je ferais tout vendre ! Maison et commerce. Nous aurions chacun la moitié, et nous nous débrouillerions, chacun de notre côté.

JACQUES
Mais enfin que t’arrive-t-il ? Je ne te reconnais plus ! Elle t’a fait boire un truc spécial, un philtre, c’est
pas possible ! Et tu m’annonces toutes ces catastrophes, alors que tu ne sais même pas si cette fille veut de toi. C’est vrai, ça ! Tu n’as aucune raison de penser qu’elle acceptera de se marier avec toi, cette bonne femme!

PAUL
Tout d’abord, cette « bonne femme » comme tu l’appelles, a un nom. C’est Marie. Ensuite, tu n’as pas compris. C’est vrai que je ne suis pas certain d’être agréé par elle. J’espère seulement qu’elle acceptera de devenir ma femme, mais même dans le cas contraire, je prendrai mon indépendance, et il faudra que nous discutions de nouvelles modalités, si nous devons continuer à travailler ensemble. Tu le vois donc, les deux choses ne sont pas liées.

JACQUES
Elles ne sont pas liées, mais elles interviennent au même moment. Nos problèmes datent du moment où cette femme est entrée dans la maison. C’est curieux, non ?

PAUL
Sur le plan pratique, le fait de savoir s’il y a relations concomitantes ou non, ne présente aucun intérêt !
Comme je crois te l’avoir déjà dit, il me semble que c’est pour mère, que j’acceptais ma position de fils cadet soumis aux décisions de l’ainé. Et si tu veux vraiment chercher la raison de mon changement d’attitude, c’est plutôt de ce côté que tu devrais trouver l’explication.
Mais je te le répète, peu importe. Pour l’instant la question qui se pose est la suivante : Lorsque Marie
reviendra, demain matin, je sais que moi, je la demanderai en mariage. Et toi ? Quelles sont tes intentions ? Veux-tu courir ta chance, où estimes- tu que « cette bonne femme » est indigne de toi ?

JACQUES
Puisque tu as décidé, unilatéralement, que nous agirions désormais, chacun de notre côté, en toute indépendance, je n’ai pas à te dire ce que je ferai.

PAUL

Hé bien vois-tu, je préfère ne rien savoir, et constater, en revanche, que tu acceptes nos indépendances respectives. Ce problème est donc réglé. Même si nous continuons à gérer
ensemble notre magasin, ce sera sur une base de partage équitable des revenus.

JACQUES

Mon pauvre Paul ! Je te sens persuadé que cette femme ne pourra que t’accepter pour mari. Tu te fais des illusions, et cela me fait un peu de peine. Mais il y a un élément que tu connais, mais dont tu
ne veux pas tenir compte, parce qu’il te gêne. Elle a beau dire que ce Moreau lui casse les pieds, ils se téléphonent tous les jours, et si j’apprenais qu’ils passent le dimanche ensemble, je n’en serais pas étonné.

PAUL

Tu n’en serais pas étonné, mais surtout, tu en serais très heureux. Je ne me fais pas d’illusion. Ni sur toi, ni sur le pourcentage de chance que je possède de me marier avec Marie.

(Paul regarde sa montre)

Maintenant excuse-moi, mais le coup d’envoi du match de rugby que je vais voir, est dans une heure. J’ai juste le temps d’aller au stade. A demain.

(Il sort, en levant le bras en signe)

d’adieu, pendant que Jacques hausse les épaules, et va s’asseoir dans un fauteuil. Un silence, puis, certain que son frère est sorti, il crie) :

JACQUES (Criant)

Salaud !! Tu n’es qu’un salaud

(Puis à voix normale)

Non. C’est elle, la salope ! Lui, c’est un pauvre type !


LE RIDEAU TOMBE
(A suivre)
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MessageSujet: Re: MARIE   Mar 21 Déc - 10:06


Quelle éducation ! Ha les mères "louve" ne rendent vraiment pas service à leurs enfants...
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Jean-Louis
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MessageSujet: Re: MARIE   Mar 21 Déc - 21:11

Je crois que la mère ne peux plus rien pour eux maintenant, la zizanie semble vraiement installée
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MessageSujet: MARIE Théatre   Mer 22 Déc - 8:52

ACTE 5


Le décor est le même. La scène est vide. Lorsque le
rideau est entièrement levé, Paul entre, un énorme bouquet de fleurs à la main.
Il va directement vers la table basse, sur laquelle se trouve un vase de fleurs
qu’il y avait posé au préalable

Il dispose les fleurs, se recule plusieurs
fois en penchant la tête pour juger de l’effet produit. Enfin satisfait, il se
dirige vers une glace, vérifie sa coiffure, sa cravate. Il n’a plus sur le
revers de sa veste, le crêpe de deuil. Il va s’asseoir dans un fauteuil. On le
sent nerveux.

Jacques entre à son tour. Il évite son
frère du regard. Il est habillé différemment de Paul, pour la première fois.
Lui, en revanche, a gardé le crêpe sur son veston. Il va vers le miroir, dans
lequel il se regarde rapidement, et va s’asseoir dans un fauteuil éloigné de
celui de Paul, et tourné dans un autre sens. Un assez long temps de silence.

PAUL

Ta présence ici, semble indiquer que tu
attends, toi aussi, l’arrivée de Marie. Vas –tu lui demander sa main ?

JACQUES (Ironique)

« Lui demander sa main « ! Pour
un homme qui se veut moderne, c’est d’un vieillot !

PAUL
Et si tu répondais sur le fond, au lieu de te
ficher de moi sur la forme ?

JACQUES

Tu es marrant, mon frère. Tu revendiques ta
liberté d’agir et de penser, et tu me demandes de te dire ce que je pense, et
ce que je veux faire. Ta logique est désarmante.

PAUL
Tu caricatures tout ! J’ai demandé que
nous ayons chacun une indépendance financière, je n’ai pas demandé que nous
n’échangions pas nos idées. La preuve ? Je ne t’ai pas caché mon intention
de demander Marie en mariage, tu dois le reconnaitre. Maintenant, si tu ne veux
rien me dire à ce sujet, bien sûr tu es libre.

JACQUES (Ironique)
Merci. Tu es trop gentil.

Un temps

JACQUES
A propos, je me suis livré à une petite enquête
sur ce monsieur Moreau.

(Paul ne dit rien. Un temps)

JACQUES
Ca ne t’intéresse pas de savoir ce que j’ai
appris ?

PAUL (Reprenant l’expression utilisée par Jacques)

« Ta logique est
désarmante ». Tu revendiques le droit de garder pour toi tes pensées, et
tu voudrais que je te questionne à leur sujet. Alors tu fais comme tu le veux.
Tu parles, ou tu ne parles pas.

JACQUES (Visiblement malheureux)
Quand je vois où nous en sommes arrivés, nous
qui étions si proches !! Tout ça, à cause d’elle ! Hé bien, je vais
te dire ce que je pense profondément. Moi aussi, je vais la demander en
mariage, mais ce que je souhaite ardemment c’est qu’elle nous refuse tous les
deux, et que nous reprenions nos rapports, d’avant elle.

Voilà. Je ne peux pas être plus clair.

PAUL
Si, tu le pourrais !!! Puisque tu
souhaites être éconduit, pourquoi la demander en mariage ?

JACQUES
Pour que nous soyons sur un plan d’égalité, et
que nous repartions par la suite d’un bon pied.

PAUL
Ouais. C’est assez logique. Et alors, ce
Moreau ?

JACQUES
Ce Moreau, il est très riche. Il est avocat Il
est marié, et il a deux enfants.

PAUL
Oui, et alors ?

JACQUES
Tu le fais exprès ? Je te dis qu’il est
marié. Il n’est pas libre.

PAUL
Il faut sortir un peu Jacques ! Le
divorce ? Tu n’en as pas entendu parler ? S’il aime Marie, il ne
reculera pas devant un divorce.

JACQUES
Tu m’énerves. Je ne dirai plus rien.

(Un très long silence. La sonnette d’entrée
retentit. Paul bondit, va ouvrir et revient avec Marie).


MARIE (Elle regarde, tour à
tour les 2 frères)

Vous vous êtes faits beaux. On dirait un
comité d’accueil, pour une haute personnalité.

PAUL
En fait, on peut voir les choses de cette
façon. Nous sommes là pour vous accueillir, et pour moi, en tous cas, vous êtes
une personne très importante.

MARIE (Surprise)
Ah Bon ?
Votre employée ? Une personne importante ? (Elle regarde les
fleurs)

Et ce bouquet de fleurs, c’est aussi en mon
honneur ?

PAUL
Exactement !

MARIE
Vous êtes des patrons très sociaux !

PAUL
C'est-à-dire, que, précisément, nous ne
voudrions plus être vos patrons.

MARIE
Vous voulez me mettre à la porte ? Je
n’ai pas reçu votre lettre recommandée.

PAUL
Vous n’aurez pas de lettre
recommandée, et vous n’êtes pas mise à la porte.

MARIE
J’aimerais comprendre. Pouvez-vous vous
expliquer clairement ?

PAUL
Bien sûr. Marie, acceptez vous de devenir ma
femme ?

JACQUES
Attendez, attendez, ne
répondez pas. J’ai la même demande à vous faire. Voulez-vous m’épouser ?

MARIE
Ca veut dire quoi ? Il faudrait que
j’épouse monsieur Jacques, et que je devienne aussi la femme de monsieur
Paul ? Il me semble que la bigamie est interdite, non ? Il doit y
avoir quelque chose qui m’échappe.

PAUL
Mais non Marie ! Les choses sont très
simples. Moi, je vous aime vraiment, et je vous demande en mariage. Jacques en
fait autant, mais c’est pour m’embêter, car il ne vous aime pas.

MARIE
Pour vous embêter ? Alors maintenant, si
je comprends bien, pour régler vos petits différents, vous vous servez de moi.
Je n’apprécie pas du tout. Et si vous ne m’avez pas envoyé de lettre
recommandée, c’est moi qui vais le faire. Je ne veux pas entrer dans votre
jeu !

PAUL
Je vous le jure, Marie, en ce qui me concerne,
ce n’est pas un jeu. Et je suis prêt à vous le prouver. Si vous le désirez, je
ferai vendre cet appartement, ainsi que notre commerce, et avec ma part, nous
irons nous installer ailleurs.

MARIE (Surprise)
Vous feriez vraiment ça ? Je sais que
vous êtes très lié avec votre frère, alors, vous me dites ça sous le coup d’une
petite dispute, mais vous ne pourriez pas vous séparer.

JACQUES
Vous avez raison, Marie. Il est idiot. Il ne
fera jamais une chose pareille ! Mère veille sur nous et ne le permettrait pas.

PAUL
Mère est morte, et si Marie veut bien de moi
comme mari, je ferai ce qu’elle me demandera.
Un long silence.

MARIE
Ces fleurs, est-ce vous, Paul, qui les avez apportées ?

PAUL
C’est moi, bien sûr. Jacques, ne les aurait
jamais achetées. Elles sont bien trop chères.

MARIE (Souriante)
Peut être, pour me prouver
votre amour, allez-vous me dire combien vous les avez payées ?

PAUL
Vous avez raison de vous moquer de moi. Je suis
maladroit. Mais je vous supplie de me croire. Grace à vous, je suis devenu un
autre homme, même s’il reste quelques
traces de celui que j’étais, et que vous m’aiderez à faire disparaitre
complètement.

JACQUES
Ne le croyez pas. Il est impossible de changer,
surtout en quelques jours, et à nos âges. Il veut vous conquérir, et vous
promettra tout ce que vous voudrez pour y parvenir. Mais vous le savez :
« Chasse le naturel, il revient au galop ».

Moi, je ne vous promets pas de changer.
Mais si l’homme que je suis, franc, raisonnable, conséquent, ne vous déplait
pas, mon offre de mariage est sérieuse.

MARIE
C'est-à-dire que, ne pas déplaire, ne me
semble pas un motif suffisant pour envisager un mariage.

JACQUES
Je crois sincèrement, qu’avec les habitudes,
des liens plus forts peuvent se tisser.

MARIE
Vous avez une curieuse façon de faire votre
cour, en comptant sur les habitudes pour
créer des sentiments. Il me semble au contraire que les habitudes tuent les
sentiments.

PAUL
Vous avez parfaitement raison, Marie. Avec
moi, vous aurez la certitude d’être aimée, sans que des habitudes y soient pour
quelque chose.

JACQUES
Des paroles, des paroles,
c'est-à-dire du vent. Vous parlez d’une base solide pour édifier une
union ? Des paroles. Moi, c’est du concret que je vous offre. Un
appartement confortable, des revenus réguliers, un mari droit et fidèle.

MARIE
Mais, je commence à croire que vous parlez
sérieusement. Je pensais à une petite plaisanterie en passant, comme ça, pour
vous amuser.

PAUL
Comment avez-vous pu penser ça ? Vous
avez vu les fleurs ???

(S’apercevant qu’il a commis une
bourde) :

Oh, pardon.

MARIE (Riant)
C’est vrai, j’aurais du me rendre compte que lorsque l’on achète des fleurs d’un tel prix…..Cela ne pouvait
qu’être sérieux.
Un temps.

MARIE
Hé » bien !! Je suis une femme
gâtée ! Deux demandes en mariage le même jour !! C’est je crois
rarissime !

A ce moment sonnerie de la porte d’entrée.

JACQUES (A son frère)
Tu attends quelqu’un ?

PAUL
Non, et toi ?

JACQUES
Moi non plus. Je vais ouvrir.
(Il sort. On entend une discussion, sans
saisir les paroles, puis Jacques entre, précédé par un homme d’une cinquantaine
d’année, athlétique, élégant, qui se précipite vers Marie, et lui fait le
baisemain)

Il fallait absolument que je vous voie.

MARIE (furieuse)
Monsieur Moreau, votre
baisemain est ridicule, je suis employée de maison, et par ailleurs, je vous avais interdit de venir me relancer
sur mon lieu de travail. Je vous demande de sortir !

PAUL
Une seconde Marie. Puisqu’il est là, ce
monsieur Moreau, j’aimerais bien savoir ce qu’il vous veut exactement.

MARIE
Je préfère qu’il s’en aille !

PAUL
Il va partir. Mais avant, il va nous dire ce
qu’il veut.

MOREAU
Ce que je dois lui dire, ne concerne qu’elle
et moi. Pouvez- vous nous laisser ?

JACQUES
Ce culot !! Vous êtes ici chez nous. Si vous êtes venu
pour dire quelque chose dites-le ! Et si vous ne voulez pas le dire,
partez !!

MOREAU
Vous êtes d’une incivilité étonnante ! Ce
sera très rapide. Je ne vous demande que de nous laisser 5 minutes, Marie et
moi, cela suffira.

PAUL
Vous êtes bien placé pour parler
d’incivilité ! Vous vous imposez chez nous, sans y avoir été invité, mieux
même, Marie vous avait demandé de ne pas venir, et de plus, vous voulez nous
mettre à la porte de cette pièce. Il n’en est pas question. Obéissez à Marie.
Elle vous a demandé de partir.

MOREAU
Elle m’a demandé de partir parce qu’elle ne
sait pas ce que j’ai à lui dire. Et vous non plus d’ailleurs. Mais pour vous,
ce sera toujours assez tôt..
( A suivre)
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MessageSujet: Re: MARIE   Mer 22 Déc - 10:13

Que va t il dire ? Je suis impatiente là !
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MessageSujet: Re: MARIE   Mer 22 Déc - 13:57

Il attend peut-être un enfant d'elle .. pffffff
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Anne
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MessageSujet: Re: MARIE   Mer 22 Déc - 15:01

Il va lui demander d'être sa femme je sens je sens !

Je suis désolé de n'avoir pas pu lire le suite avant, mais avec ma belle mère à la maison je ne peux pas être aussi présente que je le voudrais Aristee, alors je me rattrape dès que peux.

J'adore l'humour, ils sont tout simplement horrible tous les deux, la demande en mariage m'a fait rire, vraiment Aristee c'est un vrai plaisir que cette histoire surtout avec cette venue de fêtes que je n'aime pas trop et que j'appréhende toujours un peu.

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MessageSujet: MARIE Théatre   Jeu 23 Déc - 8:45

JACQUES


Cela veut dire quoi, ce charabia ? En tous cas, si nous ne le savons pas, nous
nous en doutons, alors, arrêtons cette
discussion, et si vous voulez voir Marie et qu’elle y consente, prenez rendez
vous un Dimanche, c’est son jour de sortie.




MOREAU (Souriant)


Vous êtes d’affreux patrons ! Vous ne
pouvez pas rester ici, Marie…….Pour l’instant…




MARIE


Je mène ma vie comme je l’entends, et je ne
vous permets pas d’essayer de la régenter, monsieur Moreau. Vous n’avez aucun
titre pour cela.




MOREAU


Vous savez que si vous le vouliez, vous seriez
ma femme. Je suis prêt à divorcer, et je peux le faire rapidement. Mais ce
n’est pas pour cela que je suis venu vous voir, vous vous en doutez.




PAUL


Ah ? Vous ne veniez pas pour lui proposer
le mariage ?




MOREAU


Non. Cela elle le sait depuis des mois. Mais
devant l’intensité de mes sentiments, elle comprendra que son avenir est avec
moi.




PAUL


Vous n’avez pas le monopole du cœur !!
(Tiens, je crois que quelqu’un l’a dit avant moi). En tous cas, s’il y avait un
appareil pour mesurer l’intensité de nos sentiments pour Marie,, mon pauvre
monsieur, vous seriez battu à plate couture !




MOREAU


Ah bon ? Vous l’aimez vous aussi.




JACQUES


Et si cela vous intéresse de le savoir, moi
aussi, j’aime Marie.




MOREAU


Mais c’est une plaisanterie ! Pas vous
deux !! (Souriant) D’ailleurs, il
s’agirait d’amours ancillaires, et ce serait très vilain. (Un temps) Finalement,
ça m’arrange.


Vous avez donc, Marie, trois prétendants. Ils
sont devant vous : Comparez- les, et vous allez être dans l’obligation de
me choisir.




MARIE


Je n’ai aucune obligation
envers qui que ce soit…. sauf en ce qui concerne mes patrons, puisque je suis
employée de maison.




MOREAU


Bon. Laissons de côté pour l’instant ma
demande en mariage. J’étais venu pour
toute autre chose. Puis-je vous parler en particulier ?




PAUL


Vous risquez en tête à tête de l’obliger à
vous accepter pour mari. Mon frère et moi ne voulons pas courir ce risque.
C’est non. Si vous avez quelque chose à dire, dites-le devant nous, sinon,
ouste !!




MOREAU


Notez, notez, Marie, l’attitude impolie de ce
monsieur. Vous vous voyez mariée avec lui ?




PAUL


Notez, notez Marie. Vous voyez ce monsieur qui
vient donner des leçons aux autres, alors qu’il est venu sans être invité, dans
une maison qu’il ne connaissait pas, qui veut nous faire sortir de la pièce,
pour vous parler en aparté, et qui vous refait une déclaration d’amour, alors
que vous lui avez signifié, maintes et maintes fois, que vous ne vouliez pas de
lui pour mari.




MARIE (Hurlant)


Arrêtez !! Cela suffit
maintenant ! On dirait des gamins. Pour le mariage, vous n’aurez aucune
réponse de moi aujourd’hui. Maintenant, si monsieur Moreau a quelque chose à me
dire en particulier, qu’il le dise, sans obliger Messieurs Paul et Jacques à
sortir de la pièce. Il suffit qu’il me l’écrive sur un morceau de papier.


(Il y a un carnet à ressort sur la table, Paul
en arrache une page, et la donne à Moreau avec une pointe Bic. Moreau hésite un
moment, puis il se met à écrire. Silence. Le texte terminé, Moreau se relit puis donne le papier
à Marie, qui se met à le lire)




MARIE (Elle lit, puis regarde Moreau)


Vous en êtes sûr ?






MOREAU


Certain !




MARIE


Et vous en avez la preuve ?




MOREAU


Parfaitement !




MARIE


Donnez !




Moreau tend à Marie un
classeur assez épais.


Avec aisance, comme si elle
était chez elle, elle va s’asseoir sur un fauteuil, rapproche d’elle une table
basse pour y poser le classeur. Elle l’ouvre et commence à étudier les diverses
pièces qu’il contient.


Comme la scène dure assez longtemps, Jacques
donne des signes d’exaspération. Lorsqu’il n’y tient plus :




JACQUES


Je trouve votre attitude étrange. Vous
disiez tout à l’heure, Marie, que vous aviez des obligations envers vos
patrons. Ce principe, sain, vous devriez le mettre en pratique. Il semble que
vous soyez en affaire avec ce monsieur Moreau, alors, je vous demande de
discuter de vos problèmes en dehors de chez moi. Vous avez un jour de liberté,
profitez-en pour vous occuper de vos affaires personnelles, qui ne nous
regardent en aucune façon !




Marie, qui pendant la sortie de Jacques
avait poursuivi l’étude de son dossier, finit par relever la tête.




MARIE


Vous dites ? Il me semble avoir entendu
votre dernière phrase, et vous disiez que ce dossier (Elle le montre de la
main) ne vous concernait pas ? C’est bien ça ?




JACQUES (furieux)


C’est bien ça, et si vous m’aviez écouté
poliment, vous sauriez que je vous ai demandé de traiter vos affaires, avec
monsieur, en dehors de chez moi.




PAUL


De chez nous, tu veux dire ? (Se tournant
vers Marie) mais moi je serai moins sévère. A condition que cela ne dure pas
longtemps, et que monsieur Moreau parte rapidement, vous pouvez disposer de
quelques minutes pour régler votre problème.




MARIE


Merci, monsieur Paul. Je saurai m’en souvenir.
Mais voyez- vous le problème dont il s’agit, m’intéresse bien sûr, mais vous
intéresse également, vous et votre frère, beaucoup plus que monsieur Moreau.




MOREAU


Il est vrai que je ne suis pas personnellement
concerné.




JACQUES


Et nous ? Nous le sommes ?




MARIE


Oui ! (Les hommes étaient restés debout)


Mais je vous en prie,
Messieurs, asseyez-vous, afin que nous puissions discuter tranquillement et
confortablement.




PAUL


Oh, Marie !! Vous ferez une excellente
maitresse de maison.




JACQUES (Qui s’était assis
comme les autres)


C’est possible, mais, ici, elle ne l’est pas,
et je lui demande, de traiter rapidement son problème avec monsieur Moreau afin
qu’il puisse se retirer aussitôt.




MARIE


Si vous voulez que les choses aillent
rapidement, il va falloir, sans discussion répondre à mes questions.


Tout d’abord, depuis quand, êtes vous
propriétaires de votre magasin et de cet appartement ?




JACQUES (furieux)


Cela ne vous regarde
pas !




PAUL (A son frère)


Si tu veux que les choses aillent vite, ne les
retarde pas. Cela fait, 12 ans.




MARIE


Bien. Merci, Paul. Souvenez-vous du nom du
vendeur ?




JACQUES


Bien sûr que non ! Cet interrogatoire est
insupportable.




PAUL


Attendez, attendez…..(un temps) Il s’appelait
Gagner ou Gagnère…C’est ça, Gagnère.




MARIE


Votre mémoire est excellente, Bravo.


Donc, ce monsieur Gagnère
vous a vendu en même temps le commerce, et l’appartement où nous sommes ?




JACQUES (Rogue)


Puisqu’on vous l’a
dit !! Et alors ?




MARIE


Et alors, cher monsieur, il y a un léger
problème. Ce monsieur Gagnère, n’était le propriétaire ni du magasin ni de
l’appartement.


PAUL


Qu’est-ce que vous dites ?




MARIE


Je dis que ce monsieur Gagnère, vous a vendu
des biens dont il n’était pas propriétaire.




MOREAU


C'est-à-dire que selon l’expression de nous
autres, juristes, vous avez fait une aquisitio
a non domino.




JACQUES


Ecoutez ! Vous commencez
à me fatiguer sérieusement. Nous avons acheté le magasin et l’appartement, nous
les avons payés, les choses ont été faites régulièrement devant notaire. Nous
n’avons rien à nous reprocher, et tout le reste ne nous concerne pas.




MARIE


C'est-à-dire que les choses ne sont pas si
simples. Puisque votre vendeur n’était pas
propriétaire, il ne pouvait rien vous vendre, et le contrat est nul.




PAUL


Mais nous ne savions rien de tout cela, c’est
le notaire qui a fait les papiers, vous n’avez qu’a aller le voir. En tous cas,
nous, nous avons payé, nous sommes tranquilles.


MARIE


Malheureusement pour vous, votre ancien
notaire est en prison. Il a commis de nombreuses malversations, qui n’ont été
découvertes que récemment. Votre achat étant nul, vous n’êtes propriétaires, ni
du magasin, ni de cet appartement.




JACQUES


C’est vous qui dites ça ! Et d’abord, de
quoi vous mêlez vous ? Pourquoi vouloir nous attirer des ennuis ?




MARIE


Je ne tiens pas particulièrement à vous
attirer des ennuis. Mais comprenez moi, le vrai propriétaire du commerce comme
de l’appartement, était mon oncle.


Ce monsieur Gagnère a profité du décès de
mon oncle il ya 12 ans, pour, avec la complicité d’un notaire, se faire passer
pour le propriétaire. La chose a été découverte il y a peu, et dans l’étude de
ce notaire se trouvait assez curieusement, le testament de mon oncle qui me
léguait son commerce et son appartement. Testament que le notaire s’était bien
gardé de sortir au moment du décès.




PAUL


Attendez, Attendez ! Vous êtes en train
de nous dire, que nous ne sommes pas propriétaires, et que c’est vous qui
l’êtes ?


MARIE


Exactement, vous avez tout compris !




PAUL


Mais alors, si tout cela est vrai, nous
n’avons plus rien ?




MOREAU (Goguenard)


Oh mais si ! Vous avez la possibilité de
poursuivre Gagnère et le notaire. Vous êtes sûr de gagner votre procès !
Absolument certains. Mais… ;
( A suivre)
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MessageSujet: Re: MARIE   Jeu 23 Déc - 9:03


Joli retournement de situation !
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MessageSujet: Re: MARIE   Jeu 23 Déc - 11:32

On dirait en effet que la situation se complique, mais depuis que nous lisons Aristee, nous y sommes (presque) habituer.
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MessageSujet: Re: MARIE   Jeu 23 Déc - 15:13

Ah ah je ne m'attendais à ce revirement, je me disais que Marie avait trop de qualités donc je m'attendais à un "hic" mais pas celui-ci.

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