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 LES AMOURS MORTES

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aristee
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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Lun 7 Mar - 8:44

PREMIERE PARTIE







CHAPITRE 1





J’avais 8 ans quand je la vis pour la
première fois.


Mon père venait d’être embauché comme
jardinier du château des Hautes Flammes.


Nous venions de Riom, cette petite ville
du Puy de Dôme où j’étais né, et depuis que nous étions arrivés dans cette
magnifique région du Haut Comtat, il y a quelques mois, mon père ma mère et
moi, ne pouvions que nous féliciter de la bienveillance du destin. Mon père
avait répondu à une annonce passée dans La Montagne, et je dois dire que ma
vie, comme la leur, avait changé du tout au tout.


Le château était situé en pleine campagne
à 4 kilomètres de Grillon et une dizaine de Valréas, le chef lieu de canton.
J’avais très rapidement fait la connaissance de garçons de mon âge, dont
certains, n’étaient déjà plus des copains, mais des amis. On se lie très
facilement à cet âge. Durant les vacances, je n’étais que très rarement à la
maison (qui d’ailleurs était celle de l’ancien gardien, et n’était pas
particulièrement confortable, ni spacieuse). J’avais trois activités
principales. Mon jardin, la pêche dans le Lez, et la chasse. En fait, la chasse
consistait essentiellement à aller dénicher des nids de geais, dans lesquels,
au moment où ils étaient « vouloous »( c'est-à-dire, prêts à prendre
leur envol), nous prenions les oisillons pour leur apprendre à parler. Il
parait que c’est possible, mais je n’ai jamais eu l’occasion de le vérifier,
car nous nourrissions nos captures avec du pain trempé dans du lait, et par une
malchance inouïe, nos oiseaux mouraient tous étouffés au bout de deux ou trois
jours…..


Je me trouvais un jour dans la grande cour, et dans l’encadrement
d’une fenêtre ouverte, au premier étage, je la vis, très droite, immobile, le
regard lointain. Elle me paraissait très grande, mince et assez vieille. J’ai
su, depuis, qu’elle avait alors 28 ans, mais pour moi, les femmes qui
s’habillaient en noir, étaient obligatoirement vieilles. Ma mère portait
toujours des robes aux couleurs vives parce qu’elle n’était pas très âgée,
alors que ma grand-mère était invariablement en noir.


Lorsqu’elle abaissa ses yeux sur moi, je
levais timidement la main pour dire bonjour, et elle ne me répondit pas. J’en
ai conclu qu’elle n’était pas polie, et, pour moi, ce jugement resta collé à madame de Lignac,
durant des années.


Ce
soir là, mon père me dit que je ne devais pas aller dans la grande cour.
« Ce n’est pas ta place » me dit-il.


Cette vieille femme non seulement n’était pas
polie, mais c’était une rapporteuse. Mon opinion, à son sujet était arrêtée, et
je n’avais pas à m’attarder sur cette personne peu intéressante. En revanche,
qu’avait voulu dire mon père en me disant que dans la grande cour, « je
n’étais pas à ma place » ? Dans mon esprit d’enfant, ce sont les objets
qui avaient une place. On mettait les
assiettes dans un buffet, un lit dans une chambre, et évidemment, les fourchettes
n’étaient pas à leur place dans les WC, ni le lit dans la cuisine. Mais
moi ? Pourquoi ne pouvais-je aller jouer dans la grande cour ?


Par la suite, et durant des années, je
n’eus aucun contact direct, avec celle que mon père appelait la patronne. De
temps en temps, je la voyais lorsqu’elle allait se promener avec son chien, un
yorkshire, dans le petit bois truffier, derrière la maison de gardien que nous
occupions, mais même lorsque nous nous croisions, je me gardais bien de la
saluer, ce dont elle ne s’offusquait pas, son regard passait sur moi sans me
voir.


Après avoir passé mon certificat d’étude,
la question s’était posée, à la maison, sur ce que l’on allait faire de moi. Un
soir, au cours du souper, une conversation eut lieu, entre mon père et ma mère
à mon sujet.


Ma mère pensait qu’il faudrait me mettre
dans un lycée agricole jusqu’à 16 ans, pour que je puisse rapidement travailler
chez un horticulteur par exemple. Sa position était étayée par des observations
judicieuses. C’est vrai que j’aimais les fleurs, et que dans le jardin de mon
père, un petit coin de 12 ou 15 mètres carrés avait été mis à ma disposition
exclusive. Dans mon jardin, il n’y avait aucun légume, mais uniquement des
fleurs. J’étais particulièrement fier de mes zinnias, et mon rêve, était de
pouvoir un jour avoir des champs à ma disposition, pour cultiver plein de
fleurs. La position de ma mère était donc bien fondée.

( A suivre)
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nane
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Lun 7 Mar - 9:48


Une petite diversion... Le titre m'a aussitôt fait pensée à cette chanson...



Pour en revenir à l'essentiel, un jeune garçon qui aime les fleurs, ça s'annonce joliment bien ;)
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Anne
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Lun 7 Mar - 12:07

Une jolie histoire je sens, elle débute pleine de douceur, petit regard sur l'enfance et l'adolescence...
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aristee
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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Mar 8 Mar - 8:47

Mais mon père voyait les choses sous un autre
angle. Il estimait de son devoir d’élever son fils unique. Elever,
c'est-à-dire, lui permettre d’aller plus haut que ses parents. Entre un
jardinier de château et un cultivateur de fleurs, il n’y avait aucune différence. Il fallait donc que son fils, pour
devenir un monsieur, fasse des études sérieuses. C’était une évidence pour lui.



Ma mère n’y était pas opposée par
principe, mais seulement pour des raisons pratiques. Faire des études, cela coûtait
très cher, et ils n’avaient pas les moyens de les payer. Comme ma mère avait un
esprit conciliant, elle ajouta, « à moins qu’il puisse obtenir une bourse,
évidemment ».


Mon père avait des idées bien arrêtées et n’était pas d’accord. Il estimait que
lorsqu’on était boursier, on restait toute sa vie marqué par cette étiquette de
pauvre. D’une voix tranchante, mon père conclut : Mon fils fera des
études, et ne sera pas boursier.


Ma mère le regarda en secouant la tête. Je
vis bien qu’elle estimait son mari atteint par la folie des grandeurs.
Lorsqu’elle lui répéta qu’ils n’avaient pas les moyens de faire de telles
dépenses, mon père lui répondit qu’il avait une idée, et la conversation
s’arrêta là.


Je n’avais pas dit un mot durant le repas,
mais j’avais suivi attentivement la conversation qui me concernait au premier
chef, et je me creusais la tête pour essayer de deviner quelle était l’idée de
mon père.


Moi, je trouvais que la proposition de
maman n’était pas idiote, puisque j’aimais semer et m’occuper des fleurs pour
m’amuser, je pouvais aussi bien faire ce travail pour gagner ma vie.


Il me semblait que l’idée de papa, de faire
de moi quelqu’un de plus haut que lui, était bizarre, et pour tout dire,
incompréhensible. Pourquoi être plus haut que lui ? Il n’était pas
malheureux, lui ! Jamais je n’avais entendu mon père se plaindre de son
travail, alors pourquoi devrais-je pour « m’élever » faire quelque
chose qui ne me plairait pas ?


Bien sûr, j’ignorais quelle était l’idée qui
avait traversé l’esprit de mon père, mais comme je ne comprenais pas très bien
ce qu’il voulait, je n’étais pas tranquille. Le doute est toujours…. redoutable,
c’est évident.


Dans notre famille, c’était papa le
chef. Maman avait le droit de dire ce qu’elle pensait, mais la décision était
prise par lui, et c’était toujours sans
appel.


Le lendemain soir, en nous mettant à table,
je vis bien que mon père était satisfait, et cela me fit peur. Cela me fit peur,
car je savais que si mon père était content de la solution trouvée, moi, je ne
le serais sans doute pas. Mon sort était certainement arrêté, et j’allais
l’apprendre très vite. Pourtant, peut être pour donner plus de solennité à ses
propos, mon père attendit la fin du repas pour dire à ma mère quelle solution
il avait trouvée pour moi.


Lorsqu’il dit :


- Marie, tout s’arrange
pour le petit !


Outre mes craintes d’un départ de la maison,
je trouvais parfaitement anormal qu’il s’adresse à ma mère, alors que c’était
de moi qu’il s’agissait, mais que pouvais-je faire ? Il était le maitre.


-
Pierre va pouvoir
continuer ses études. J’ai parlé de lui à la comtesse de Lignac (Tiens ?
Il ne l’appelait plus la Patronne ? C’était sans doute pour valoriser la
grâce qu’il avait obtenue) elle veut le voir, et semble d’accord pour lui payer
ses études.


Une
révolte subite me fit crier :


- Je ne veux pas que cette dame me paye mes
études ! Je ne l’aime pas !


Extrêmement surpris pas ma vive réaction,
mon père se reprit rapidement pour asseoir son autorité.


-
Tu feras ce qu’on
te dira de faire, Pierre. Tu n’as pas l’âge nécessaire pour avoir une opinion.
C’est moi qui sais ce qu’il y a de mieux pour toi. Il faut que tu fasses des
études, et madame la comtesse, dans sa grande bonté, veux bien prendre en
charge tous tes frais de scolarité. Je te présenterai à elle, demain, dans la
matinée. Tache d’être bien habillé, poli, et tu la remercieras, pour sa grande
générosité.


Je ne répondis pas, mais je n’en pensais pas
moins intérieurement : « Elle peut courir ! Cette bonne femme ne
me regarde même pas quand on se rencontre. Je ne veux pas qu’elle me donne
quelque chose. »


Et
puis, je ne comprenais pas très bien la différence qu’il y avait entre des
études payées par une bourse, dont mon père ne voulait pas entendre parler, et
des études payées par « La Patronne ». Décidément, les grandes
personnes sont souvent bizarres, même mon père, que je prenais pourtant pour un
homme plein de bon sens.


Devant mon mutisme, mon père conclut
que j’étais redevenu raisonnable, et ajouta :


-
Tu comprendras
plus tard, combien tu lui seras redevable pour l’aide qu’elle t’apporte.


Ouais ! Ca m’étonnerait ! En tout
cas, je ne pourrai pas couper à la présentation à la patronne, demain matin, de
celui dont on voulait faire un petit singe savant, et je me promis in petto, de
ne pas travailler à l’école, pour qu’elle ne puisse pas être contente, d’elle ni
de moi, et cesse rapidement de nous faire l’aumône.


Le lendemain matin, je partis m’occuper de
mes fleurs dans « mon jardin », Et lorsque mon père vint me chercher, je n’étais pas lavé,
ni bien sûr habillé, ce qui me valut une paire de claques, et un coup de pied
aux fesses, que j’évitais de justesse en détalant, mes mains en protection de
mon derrière.


Malgré ma résistance passive vers 10 heures
trente, j’étais propre comme un sou neuf, et habillé de mon « costume du
dimanche ». Ce tour de force avait été réalisé par ma mère qui, de son
côté, avait reçu les remontrances sévères de son mari, pour ne pas avoir su
inciter son fils, à se préparer sérieusement à cette entrevue, quasiment historique
pour la famille.


J’étais bougon, et mon père avait du
prendre ma main pour me trainer vers le château, où nous avons été reçus par le
majordome. Il nous fit attendre dans une pièce trois fois plus grande que la
totalité de notre maison d’habitation.


Lorsqu’il revint nous dire « madame la comtesse vous
attend » mon père me reprit par la main, ce que je trouvais ridicule pour
un garçon de 12 ans. Juste avant de franchir la porte à double battants de la
pièce dans laquelle se tenait la comtesse, je réussis à libérer ma main, et
j’entrais derrière lui, un peu impressionné malgré tout, chez celle que
j’appelais « la bonne femme » quand je pensais à elle.


Je fus obligé de convenir que cette puissante
dame n’était pas très, très vieille, qu’elle était plutôt jolie, de plus merveilleusement habillée, et qu’elle sentait
très bon, ce qui était d’une grande importance pour moi, car j’ai toujours eu
l’odorat très développé.


Elle
échangea quelques mots avec mon père. Je ne me souviens plus de ce qu’ils ont
dit, tant j’étais absorbé par la contemplation de cette femme qui décidemment
n’était pas aussi horrible que je ne me l’étais figuré.


Elle tourna ses yeux vers moi, et me dit.


-
Tu t’appelles
Pierre, je crois ? Approche mon petit !


Les yeux baissés, à petits pas, affreusement
gêné, ce qui me rendait en même temps furieux contre moi, je vins m’arrêter
devant la dame, qui me posa sa main sur la tête, et me dit :


-
Ne crains rien,
jeune garçon, lève les yeux vers moi.


Je
le fis timidement et elle ajouta en regardant vers mon père :


-
Très brun aux
yeux verts, votre fils sera un très bel homme.


Puis,
elle se tourna vers moi, et se penchant un peu avec un gentil sourire, elle me
dit :


-
Je crois Pierre,
que tu as été un bon élève en primaire, et que tu as obtenu ton certificat
assez facilement. J’ai parlé de toi avec ton instituteur. Il serait dommage de
laisser cette jeune intelligence en friche. Ce serait bien que tu poursuives
tes études. As-tu déjà une idée sur ce que tu voudrais faire plus tard ?


Je
savais que mon père serait furieux de ma réponse, mais je ne pouvais mentir à
cette grande et si gentille dame, aussi lui ai-je répondu dans un
souffle :


-
J’aime les
fleurs, madame.


-
C’est un très bon
signe, mon petit. Même si tu ne t’occupes pas de fleurs plus tard, à titre
professionnel, ton amour des fleurs prouve que tu as l’âme poétique.


J’étais à la fois admiratif pour l’intelligence
de cette femme, qui en quelques mots avait analysé mon caractère, et absolument
charmé de savoir que j’avais « l’âme poétique »
( A suivre)
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aristee
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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Mer 9 Mar - 8:53

Décidement, en quelques secondes, je revenais
totalement sur mon jugement. Elle était belle, elle n’était pas très vieille,
elle sentait bon, elle était très gentille, et très intelligente. Pour les études
qu’elle voulait me faire suivre, je ne savais pas très bien si elle avait
raison ou non, mais pour l’instant, ce n’était pas le plus important. J’étais
sous son charme, et manifestement, elle était un être qui n’avait rien de
commun avec mon père, ni même avec ma mère, ou toutes les amies de ma mère que je connaissais.


Je
me demandais comment je l’appellerai quand je penserai à elle. Certainement pas
La Patronne, ni madame la comtesse. J’optais pour la Grande Dame.


La Grande Dame dit à mon père qu’il pouvait
aller faire son travail, et qu’elle allait garder « le petit Pierre
pour un peu faire connaissance avec lui ».


Elle me tendit la main que je prenais sans
trouver cette fois, comme avec mon père, que c’était ridicule.


Elle m’emmena dans un petit salon, et me fit
asseoir dans un fauteuil extraordinaire. Ses pieds, au lieu d’être droits, comme
ceux de tous les sièges que j’avais vus, étaient galbés, avec des sculptures et
des couleurs. Je jugeais cela d'un suprême chic, et c’est du bout des fesses, que je
m’assis respectueusement sur cette œuvre d’art.


-
Ne sois pas
timide, mon petit. Je voudrais que nous parlions un peu. Voyons….A l’école,
quelle est la matière que tu préfères ?


-
J’aime bien quand on nous demande d’écrire une
histoire, je n’aime pas beaucoup le calcul, mais j’ai quand même de bonnes
notes.


-
Tu es donc plutôt littéraire, mais comme tu es
intelligent, tu parviens à suivre en mathématiques.


Décidement, cette femme était elle-même très,
très, intelligente. Je disais quelques mots, et cela suffisait pour qu’elle me
connaisse. De plus, elle me disait des choses très agréables à entendre, et je fus très
fier d’apprendre que j’étais un littéraire, en plus des autres qualités qu’elle
venait de découvrir.


Avec
la couleur de mes yeux et de mes cheveux, j’allais être très beau quand je
serai grand, de plus, j’ai l’âme poétique, et je suis un littéraire. Je venais
en quelques minutes de prendre à mes yeux, une valeur considérable !


Elle me
posa de nombreuses questions sur ma vie à la maison, sur mes gouts culinaires (Je
n’avais pas compris exactement le sens de ce mot, mais je l’avais deviné par le
contexte, ce qui prouvait bien que j’étais intelligent, comme l’avait dit la
Grande Dame).


Elle me fit parler de mon jardin, et je lui
parlais longuement de mes zinnias, et des soins que je leur donnais, en
particulier le dosage et la fréquence des arrosages.


Plus je parlais, comme je voyais que ce que
je disais l’intéressait, je prenais peu à peu de l’assurance, et je m’étais plus
confortablement installé dans mon fauteuil, ce dont elle sembla s’apercevoir,
car je vis sur ses lèvres un petit sourire, peut être un peu moqueur, mais que
je ne trouvais pas désagréable du tout.


Il était midi lorsque je suis revenu à la
maison, avec plein de choses nouvelles dans mon cœur. Grâce à la Grande Dame,
j’avais plus appris sur moi dans une matinée, que durant tout le début de ma
vie.


La
première chose qui me frappa, lorsque je pénétrais dans notre maison,
c’était qu’elle était laide, et
trahissait la pauvreté.


Dès que nous nous sommes trouvés attablés,
mon père me questionna sur la conversation que j’avais eue avec « La Patronne »


C’est avec grand plaisir que je relatais les
remarques qu’elle avait faites, en insistant particulièrement, tout en prenant
un air modeste, sur tout ce qu’elle avait pu me révéler sur mes grandes
qualités.


J’étais servi par le fait que mon père
était encore là quand elle avait dit que je serai plus tard un très bel homme.
Tous les propos laudatifs que je me plaisais de rapporter avec une certaine
exagération, devenaient en conséquence crédibles à ses yeux. Et puis, les
compliments que l’on faisait sur son fils, rejaillissaient un peu sur lui, et
il était tout disposé à les considérer comme fondés


Habituellement, durant les repas, la
conversation se déroulait entre mon père et ma mère, ma contribution se bornait
à demander du pain ou du sel.


Ce jour là, j’étais la vedette, et mes
parents n’étaient que des spectateurs
admiratifs.


J’ai bien aimé cette nouvelle répartition des
rôles.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Mer 9 Mar - 9:03


Que va lui proposer La Grande Dame comme études ?
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Anne
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Mer 9 Mar - 12:08

J'aime le ton de cette histoire comme je l'ai dit elle est très fraiche, la fierté d'un petit bonheur, la découverte d'un autre monde et on divine sans mal l'éveil à l'amour platonique non ? Aristee ?
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aristee
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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Jeu 10 Mar - 8:45

CHAPITRE 2

















Une
semaine plus tard, lorsque mon père vint se mettre à table, je vis qu’il était
satisfait. En effet, avant de commencer le repas, il plongea la main dans sa
poche, en sortit une liasse de billets de banque qu’il jeta négligemment sur la
table, et s’adressant à sa mère, il lui dit :


-
La Patronne veut
que le petit soit habillé comme les enfants de la ville pour la rentrée. Je compte sur toi
pour lui acheter de beaux vêtements, car je pense qu’elle voudra le voir avant
son départ pour le lycée.


Puis, s’adressant à moi, il ajouta.


-
Tu sais, Pierre,
des patronnes comme ça, il n’y en a pas beaucoup, tu dois la respecter, et lui
être reconnaissant de tout ce qu’elle fait pour toi.


Pour commencer, bien sûr, il va falloir la remercier.
Demain, tu viendras avec moi. Tâche d’être bien propre, bien poli, et tu lui
diras que tu es heureux et reconnaissant pour tout ce qu’elle fait pour toi. Compris ?


J’avais compris, mais à vrai dire, j’étais
agité par des sentiments divers. Evidemment, j’étais follement heureux d’avoir
bientôt des vêtements neufs et élégants, pour être au niveau des enfants de
riches. Mais mon bonheur était terni par
cette sacrée obligation d’aller dire merci à la Grande Dame.


Je sentais confusément, que remercier,
c’était s’abaisser, or, depuis la révélation de mes grandes qualités, de la
valeur que j’étais persuadé posséder, je trouvais dommage d’avoir à le faire.
Dans ce mélange de sentiments, il y avait un autre élément qui avait son
importance. J’étais très heureux de revoir la Grande Dame. Comment ne pas
l’aimer, elle qui m’avait dit et prédit tant de choses agréables. Je me
demandais même si elle serait heureuse que je vienne la remercier. Cela
risquait d’abimer l’image qu’elle avait de moi, non ?


Cependant, j’avais suffisamment
d’objectivité pour savoir que toutes mes réticences au sujet de ce fameux « merci »
étaient inutiles. Mon père voulait que j’aille remercier La
Patronne, donc, je devais le faire, point final. Je me promis seulement d’avoir
l’air le plus dégagé possible, et le
moins humble que je pourrais.


Je n’avais pas encore les beaux
vêtements, puisque ma mère avait décidé que nous irions faire les achats le
samedi suivant, mais avant de partir au château avec mon père, je « me fis
beau », ce qui consistait essentiellement à me laver bien à fond, même le dessous des
ongles, de dompter ma chevelure un peu sauvage, et surtout de réaliser une raie
bien droite, sur le côté droit, et qui me donnait, c’est en tout cas ce
dont j’étais persuadé, une allure de jeune homme, très sérieux, très élégant,
et de famille aisée. Je suis même allé,
pour la première fois, jusqu’à emprunter à maman son spray de laque, car avec
ce sacré mistral, qui justement semblait très en colère ce jour là, je risquais
d’être dépeigné, et il ne fallait pas que le moindre détail me dévalorise aux
yeux de la grande Dame.


J’avais préparé dans ma tête, un petit
discours de remerciement que j’avais répété plusieurs fois pour le connaitre
par cœur. Ce laïus, à mon avis très bien tourné, n’avait que de lointains rapports avec
l’humilité. Je m’étais efforcé de ne pas employer le mot « merci »,
me contentant d’être reconnaissant, ce qui, je le pensais fortement, sauvegardait
ma dignité, et serait amplement suffisant pour être simplement poli, sans être
humble.


Malheureusement, j’ai été très déçu,
car je n’ai pu placer mon petit laïus. D’emblée, la Grande dame me dit :


-
Je sais que ton
père, a du te demander de venir me remercier, mais je t’en dispense. Cela me
fait plaisir de t’aider parce que je pense qu’il serait dommage de ne pas
exploiter et mettre en valeur tes qualités.


Je te demande seulement de venir me voir
avant de partir au lycée, et chaque trimestre, de m’apporter ton bulletin pour
que je suive tes études, et tes progrès. Maintenant, va, et profite de tes
derniers jours de vacances.


Elle me tendit la main, je m’approchais
d’elle et elle posa un baiser sur mon front, ce qui me fit rougir, et m’emplit
de confusion.


Malgré mon discours rentré, je ne lui en
voulais pas. C’était quand même une Grande Dame !


Ma mère et moi, sommes allés, le samedi
suivant, faire des courses que je trouvais bien agréables. La Grande Dame avait
été généreuse, et nous avons pu acheter des vêtements chers, que je jugeais
suprêmement chics.


J’ai tenu à garder sur moi, tous ces
nouveaux vêtements, et c’est un jeune garçon qui aurait pu servir de couverture
à un journal de mode qui revint à la maison. Mon père lui-même, pourtant habitué
à voir de belles choses, car s’il y avait peu de visiteurs au château, ils
étaient tous de la bonne société et élégants, mon père, donc, a marqué le coup, en me voyant.


Je voulais me mettre à table avec mes
nouveaux vêtements, mais mes parents se liguèrent pour s’y opposer, estimant
que je risquais de me tâcher. Je me rendis à cette raison, mais j’installais
mes nouveaux vêtements sur une chaise à côté de moi.


J’aurais préféré aller en classe à
Valréas, mais mes parents estimèrent qu’ils perdraient beaucoup trop de temps
pour m’emmener et me ramener chaque jour, aussi, ils décidèrent de me faire
entrer comme pensionnaire à Orange, et malgré mon trac, à la perspective
d’entrer dans un monde tout à fait nouveau, et de ne plus vivre avec mes parents
durant la semaine, je n’étais tout de même pas trop malheureux, puisque sur
tous les plans, je m’élevais nettement au dessus de mon ancienne condition, et j’allais
connaitre un monde nouveau.


La veille de mon départ, et bien entendu,
vêtu de mes beaux habits, je vins dire au revoir à la Grande Dame.


Elle m’accueillit avec un grand sourire,
et commença par me dire quelque chose que je ne compris pas très bien.


-
Tu as un joli
costume, Pierre, et tu as belle allure. Mais tu n’es pas encore habitué à ces
vêtements, et tu n’as pas la même aisance qu’en tenue de joli petit sauvage, que
tu portais d’ailleurs, avec une certaine élégance naturelle. Je suis sûre que
tu t’habitueras très vite.


Que voulait dire la Grande
Dame ? Il me semblait à moi, qu’entre le petit paysan et l’élégant garçon
de la ville, il ne pouvait y avoir de comparaison. Or, elle semblait penser que
j’étais mieux avec mes vieux vêtements. Elle était quand même un peu bizarre, quelquefois.


Puis elle me dit, qu’elle comptait sur
moi pour bien travailler, ce serait là, la meilleure façon de lui faire plaisir.
Je n’eus aucune peine à lui promettre de faire tout mon possible pour être un
très bon élève, car j’avais déjà pris tout seul, cette ferme résolution, et je
ne faisais qu’exprimer le fond de ma pensée.


Cette fois encore, elle m’embrassa sur le
front, mais cela ne me fit pas rougir, car après tout, nous étions du même
monde, au moins par l’élégance vestimentaire.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Jeu 10 Mar - 9:27


Il a se frotter au monde de l'internat ! Il va lui falloir un sacré courage pour s'y intégrer !
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Anne
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Jeu 10 Mar - 18:35

Il est sur un petit nuage notre jeune homme...

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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Ven 11 Mar - 7:35

CHAPITRE 3




Les années se succédèrent. Je passais
d’une classe à l’autre sans aucune difficulté. Je ne revenais à la maison que
pour les vacances, et chaque fois, je me faisais un devoir d’aller voir la
Grande Dame, devoir que j’exécutais d’ailleurs avec grand plaisir, car je venais
toujours avec des bulletins trimestriels
élogieux. Elle me manifestait sa satisfaction, et lorsque nous nous quittions,
je recevais sur le front le traditionnel baiser.


Non seulement, chaque année, la Grande Dame
renouvelait mon trousseau, mais elle donnait une certaine somme qui devait me
servir d’argent de poche. Jamais, jamais, elle ne me donna directement un
centime. C’est toujours par mon père, qu’elle versait les fonds, certainement
pour ne pas blesser ma susceptibilité, et je trouvais cette femme de plus en
plus exceptionnelle.


Lorsqu’arriva le temps du baccalauréat,
je redoublais d’efforts, pour avoir la quasi certitude d’obtenir le fameux
diplôme. J’espérais secrètement une mention, un peu pour mon amour propre, un
peu pour flatter l’orgueil de mes
parents, mais surtout, surtout, pour faire plaisir à la Grande Dame, et lui prouver que l’argent qu’elle avait versé
pour moi, ne l’avait pas été sans résultats concrets, incontestables.


J’obtins mon baccalauréat avec la mention «
bien ».


Le lendemain de mon arrivée à la
maison, bien habillé et avec une aisance acquise au fil des ans, je vins voir
la Grande Dame.


Lorsque je lui dis que j’avais obtenu la
mention » Bien », sa joie ne fut pas feinte. Au lieu du traditionnel
baiser sur le front, elle me prit dans ses bras me serra contre elle, puis
m’embrassa sur les deux joues. Pendant le court instant où nous étions enlacés,
je sentis ses seins sur ma poitrine, et ce fut pour moi la révélation, que la
Grande Dame, était également une vraie femme.


Depuis qu’elle avait pris en charge le coût
des mes études, j’avais beaucoup changé, beaucoup grandi. J’étais maintenant un
jeune homme de 1mètre 82 pour 70 Kilos, et je faisais une tête de plus que la
Grande Dame, qui, de son côté, je devais le reconnaitre avec objectivité, n’avait, elle, absolument pas vieilli.


Elle avait maintenant 38 ans, mais son
visage n’était griffé par aucune ride, sa taille était toujours fine et souple,
et je me demandais quelle était sa recette, car si je la comparais à maman, qui
avait à peu près le même âge, je devais
constater que l’une pouvait paraitre être la mère de l’autre.


La Grande Dame, avait décidé, avec
l’accord reconnaissant de mon père, que je devais poursuivre mes études. Comme
j’avais opté pour le droit, elle décida de prendre en charge tous les frais
qu’allait entrainer l’obtention d’une licence en droit, ou d’une maitrise,
selon mon choix.


Cela me gênait beaucoup, malgré mon désir
ardent, de lui faire honneur, en obtenant toujours d’excellents résultats.


Quelques jours avant mon départ pour
Aix en Provence, où je devais loger à la cité universitaire et débuter des
études de droit, mon père me dit :


-
La patronne m’a
demandé si tu connaissais bien les champignons. Je lui ai dit oui, et elle m’a
demandé si tu voulais bien aller en chercher avec elle demain matin, car en
dehors des chanterelles, elle n’en connait aucun autre. Je lui ai répondu à ta
place, que tu étais d’accord, parce qu’avec tout ce qu’elle a fait, et va faire
pour toi, tu ne peux pas lui refuser le
premier petit service qu’elle te demande.


Mon père n’avait pas à se fatiguer
pour m’expliquer où était mon devoir, car
j’étais vraiment heureux de sortir avec elle, et, pour une fois d’être
celui qui pourrait lui apprendre quelque chose.


Nous
sommes partis le lendemain matin. Je portais les deux paniers, et lui dis que
nous trouverions sans doute pas mal de champignons, car, d’une part, le temps
avait été propice ces jours derniers, avec une alternance de pluies et de beau
soleil. D’autre part je connaissais un bois qui, tous les ans, me donnait de
bonnes récoltes de chanterelles, de grisettes de parme, d’oronges, de clavaires
(appelés ici crête de coq) et de cèpes de bordeaux.


La grande dame me dit qu’elle n’était jamais
allée chercher des champignons, et qu’elle était contente de s’y mettre, même
si c’était sur le tard.


Je ne voulus pas commenter son « sur
le tard », mais en la regardant je trouvais que cette expression ne lui
convenait pas du tout. Elle était vêtue d’un pantalon beige qui la moulait, d’une
chemisette blanche qui mettait en valeur sa taille fine, sa magnifique
poitrine, et sa démarche vive complétait l’impression qu’elle était une toute
jeune femme.


Arrivés dans le bois, je ne tardais pas à
cueillir des champignons de diverses espèces comestibles, et, lui donnant l’un
des paniers, je lui conseillais de ne ramasser que les champignons que je lui
avais fait voir.

En moins d’une heure, nous avions, moi, mon
panier plein et elle, à plus de la moitié. Elle était enchantée par notre
récolte, et au moment où je lui disais que nous devrions rentrer, car le ciel
se couvrait, la pluie se mit à tomber.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Ven 11 Mar - 9:23



Les années passent et les premiers émois arrivent bea
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Ven 11 Mar - 12:19

Je le pressentais, une histoire d'amour, les premiers amours ont le sait restent à jamais gravés.

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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Sam 12 Mar - 8:54

Heureusement, je connaissais une borie,
en très bon état, et je lui proposais d’aller nous y abriter en attendant
l’arrêt de la pluie, violente, certes, mais toujours de courte durée à cette
époque, et dans notre pays.


Elle me dit qu’elle avait entendu parler
des bories, mais n’avait jamais eu l’occasion d’en voir une. J’avais encore
quelque chose à lui apprendre, mais je remis à plus tard les explications, car
la pluie tombait drue.


Nous
sommes partis en courant, moi devant, pour lui ouvrir le chemin, et nous n’étions
qu’à une cinquantaine de mètres de la borie, lorsque je l’entendis pousser un
cri. En me retournant, je vis qu’elle avait fait une chute, et gémissait en se
tenant la cheville. Je revins vers elle, et lui demandais si elle souffrait.
Sur sa réponse affirmative, et comme la pluie devenait de plus en plus violente,
sans lui en demander la permission au préalable, je me penchais vers elle, la
pris dans mes bras et me mis à courir vers la borie. Les deux paniers restèrent
sur place, et je décidais de ne venir les récupérer qu’un peu plus tard.


Tout en courant, je me penchais le plus
possible en avant pour la protéger de la pluie, et arrivés devant la porte, je baissais la
tête pour entrer dans la borie. Je posais la grande dame sur ses pieds, ou du
moins sur un seul, puisque le droit la faisait trop souffrir. Regardant rapidement
autour de moi, je lui dis de rester quelques secondes sur sa jambe valide, en
s’appuyant contre le mur.


Il y avait là, dans un coin, plusieurs
ballots de paille, liés par des ficelles. Je sortis mon couteau, coupait les
ficelles de deux ballots, répandis la paille sur le sol, et lui proposais de
venir s’asseoir dessus. Elle vint à cloche pied, s’étendit sur la paille, puis, se tenant la
cheville, elle me dit qu’elle s’était tordu le pied sur un caillou et qu’elle
souffrait sans doute soit d’une entorse, soit d’une fracture.


Très étonnée par la construction dans
laquelle nous nous trouvions, elle me demanda quelques précisions. Très fier de
pouvoir lui servir de professeur, je lui indiquais que les bories étaient
construites uniquement en lauses, c'est-à-dire en pierres sèches. Ce sont des
bergers, très pauvres, sans moyen, qui construisaient avec des pierres plates,
ces habitations rustiques qui ont un peu la forme de nef. Ils n’utilisaient
absolument aucun ciment, aucun arc en bois pour soutenir la voute, et c’est en
faisant chevaucher les pierres plates les unes sur les autres, qu’ils
parvenaient à bâtir des abris d’une solidité remarquable. Celle dans laquelle
nous nous trouvions, dans sa plus grande hauteur devait mesurer plus de quatre
mètres, et la surface au sol faisait une trentaine de mètres carrés.


Le Grande Dame ne put malheureusement
vraiment gouter tout le charme de cette borie, car elle souffrait beaucoup de sa
cheville, et espérait surtout rentrer chez elle le plus rapidement possible.


-
Sommes- nous loin
d’un chemin carrossable, me
demanda-t-elle ?


-
A moins de 100
mètres.


-
Sais-tu
conduire ?


-
Je n’ai pas
encore mon permis, mais je prends des cours.


-
Pourrais-tu conduire
ma voiture ?


-
Je le pense,
madame.


-
Bien. Lorsque la
pluie s’arrêtera un peu, tu iras chercher ma voiture, car je ne pourrai pas rentrer
à pied.


Comme je voulais y aller immédiatement,
elle s’y opposa, car la pluie était diluvienne.


Je me demandais ce que je devais faire
pour son pied. Devais-je essayer de voir si elle pouvait bouger un peu la
cheville, ce qui pouvait exclure une fracture ? Je le lui demandais, et elle
me dit qu’elle allait voir ce qu’il en était. En fait, le moindre mouvement lui
faisait un mal atroce, et le seul résultat fut que sous la douleur intense, elle
frissonna, prise par un coup de froid.


-
Vous êtes toute
mouillée madame, m’autorisez-vous à vous frictionner le dos ?


-
Oui, s’il te
plait. Je suis glacée.


Je
frictionnais énergiquement son dos, ses épaules ses bras, et ses tremblements
cessèrent peu à peu.


-
Merci, cela va
beaucoup mieux. Même ma cheville me fait un peu moins mal. Dès que la pluie va
se calmer, tu iras chercher la voiture. Le garage n’est pas fermé, et la clé de
la voiture est sur le contact.


-
Je vais y aller, je suis déjà mouillé, alors,
un peu plus, un peu moins…Voulez-vous que je vous recouvre de paille, pour que
vous n’ayez pas froid pendant mon absence ?


-
Bonne idée. Il fait froid ici.


J’ai coupé les ficelles d’un autre
ballot de paille, et je la répandis sur elle.


Je ne sais vraiment pas comment cela a
pu se produire, alors que j’étais penché sur elle, je perdis l’équilibre, et
tombais mon visage sur le sien.


Pendant quelques secondes je perdis
entièrement conscience des réalités. Lorsque mon cerveau se remis à
fonctionner, j’embrassais les lèvres de la Grande Dame, qui répondait à mon baiser.


Je
me mis à caresser son visage et sa poitrine, en étant très conscient de ce que
je faisais, mais sans l’avoir voulu. Sa
main sur ma nuque, me maintenait contre elle pour que notre baiser se prolonge,
lorsque subitement, elle s’écarta de moi, et me poussa. Je suis tombé à côté
d’elle. Peu après, comme je faisais un geste pour passer mon bras sous sa
nuque, elle me dit en souriant:


-
J’ai 20 ans de
plus que toi, Pierre, et cela sera toujours comme ça. Reste à côté de moi, ne
bouge pas et ne parle pas.


Nous
sommes restés plusieurs minutes, côte à côte, immobiles et sans parler. Une
question me taraudait l’esprit, et je finis par la poser.


-
Pourquoi ne vous
êtes-vous pas mariée ?


Comme elle ne me répondait pas, je
pensais que ma question l’avait blessée, mais, après un long silence, elle finit par me dire :


-
Je me suis mariée
à 19 ans. Je connaissais à peine mon
mari qui avait été choisi par mes parents.


Mon mariage a duré moins de trois
mois. 82 jours exactement. Mon mari buvait. Un soir, au cours d’une rixe, il a
été tué. Depuis mon veuvage, il ne m’est jamais venu à l’esprit que je pourrais
me remarier. Je m’étais mariée une fois, et, d’une façon simpliste, je ne m’en
rends compte que maintenant, je pensais que j’avais droit à un mariage, et
c’est tout. Comme une allumette ne sert qu’une fois, j’avais utilisé mon droit
d’être une épouse, et maintenant, c’était terminé. Cela peut te paraitre ridicule, mais c’est la vérité.


Vois-tu Pierre, si tu penses quelquefois
que tu es mon débiteur, pour ce que j’ai pu faire pour toi, tu peux avoir la
certitude, dorénavant, que tu as payé ta dette. Grâce à toi, tout à l’heure,
j’ai subitement réalisé que j’étais encore une femme, avec ses droits et ses
désirs…..


Elle s’interrompit un moment, puis
conclut en riant :

Je vais maintenant essayer de me trouver un mari!
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Sam 12 Mar - 9:50


Double douche froide ! pluie
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Anne
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Sam 12 Mar - 15:17

Oui douche froide, mais bon pas mauvaise quand même la douche, de quoi rêver la nuit doucement au fond du lit.

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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Dim 13 Mar - 8:36

Comme
elle se rendit compte que cette conclusion me rendait malheureux, elle ajouta
gentiment :


-
Allons, Pierre,
tu es très jeune. Comme je l’avais prédit, tu es devenu un très beau jeune
homme, la vie s’ouvre devant toi, et tu trouveras, j’en suis certaine une jeune
femme de ton âge, avec laquelle tu seras heureux. Maintenant, si tu veux bien
aller chercher ma voiture, je crois que la pluie s’est arrêtée.


Je me suis levé, le cœur lourd, car je
me rendais compte subitement, que j’aimais
la Grande Dame, et que j’étais déjà jaloux de ce mari encore inconnu, qu’elle
allait se mettre à chercher.


Mais je ne pouvais m’attarder sur mes propres
sentiments, j’avais une mission à remplir, et je partis chercher la voiture,
que sans trop de difficulté, je parvins à conduire jusqu’au chemin à proximité de la
borie.


Comme sa cheville la faisait souffrir, je
la pris de nouveau dans mes bras, sans qu’elle proteste, pour la porter jusqu’à
l’automobile.


Nous n’avons pas échangé un mot, et lorsqu’elle
a été installée sur le siège du véhicule, voyant que j’étais malheureux après
sa décision proclamée de trouver un mari, elle me dit en souriant :


- Décidement,
Pierre, c’est moi qui te dois beaucoup. Non seulement tu m’as fait prendre
conscience que j’étais encore une femme, mais tu me fais l’honneur de m’avoir
choisie pour ton premier chagrin d’amour.


Ne sois pas trop triste, pour toi, je suis
une vieille femme.


Cette affirmation me parut tellement
ridicule, que je ne répondis pas et me contentais de hausser les épaules.


Une vieille femme, avec ce visage lisse et
bien dessiné ? Une vieille femme avec ce corps parfait ? Une vieille
femme avec cette démarche souple ? Une vieille femme avec ce rire
d’enfant ?


Elle n’avait jamais été pour moi, la
Patronne, ni madame la Comtesse de Lignac. Mais, elle n’était plus La Grande Dame non plus.
C’était Agnès qui était dans mon coeur, et personne ne la délogerait de ce qui
était désormais, et pour ma vie entière, sa place naturelle.


Arrivés au château, la servante téléphona
à une ambulance pour la conduire à l’hôpital d’Orange afin de faire des radios.
Quand à moi, je repartis à pied chercher les deux paniers de champignons restés
dans le bois.


Agnès, en définitive souffrait d’un trait
de fracture à la cheville. On lui posa un plâtre et elle revint au château le
lendemain. Cela, je l’appris par mon père, car je ne me croyais pas autorisé à
retourner la voir. Je restais amoureux, bien sûr, mais également furieux contre
moi, de lui avoir donné l’idée de se remarier. Pourquoi voulait-elle chercher
quelqu’un d’autre ? Elle m’avait dit plusieurs fois que j’étais beau et
intelligent. En amour, que vient faire la carte d’identité ? Surtout que
dans son cas particulier, la date de naissance ne voulait rien dire, elle était
loin de faire son âge.


Trois jours après notre cueillette de
champignons, mon père me dit que la patronne m’invitait à dîner pour manger un
plat des champignons que nous avions cueillis.


Manifestement, mon père, très surpris, ne
parvenait pas à comprendre cette invitation : Nous étions de milieux tellement
différents ! Mais il en était très fier, de même que ma mère, qui me
demanda « de me faire beau ». Comme si j’avais besoin de ce conseil pour
mettre tous mes soins à ma présentation !!!!!


Agnès ne pouvait se déplacer qu’avec des
béquilles, et avec ce rire d’enfant que j’aimais tant, elle me dit : Tu
vois Pierre, je m’entraine pour me déplacer, quand, dans quelques petites années,
je serai vraiment vieille.


Je ne pus me retenir, et c’est véritablement
à mon insu que je m’entendis lui répondre :


-
Vous êtes bête
Agnès, je suis plus vieux que vous.


Je réalisais aussitôt mon
impolitesse, et rougis en balbutiant quelques excuses, mais elle continua à
rire et constata seulement :


-
Hé bien, Hé bien
Pierre, on s’émancipe ! Il y a bien longtemps que personne ne m’appelle
plus Agnès. Mais cela me fait plaisir, et je t’autorise à m’appeler par mon
prénom. Seulement, très sérieusement, il faut que tu sortes certaines idées de
la tête. Je t’ai dit que grâce à toi, je me sentais être une femme, mais je
serai toujours, pour toi, une vieille amie, et rien de plus. Promets- moi qu’il
en sera ainsi.


-
Je ne promets que lorsque je suis sûr de pouvoir
tenir.


-
Bon. Ne promets rien. Le temps se chargera de
remettre tes idées d’aplomb.


La veille de mon départ pour Aix en
Provence, je vins la saluer. J’avais prévu de rester froid et distant. J’y
parvins durant presque toute ma visite.


Nous avons parlé de choses et d’autres.
Comme je lui demandais si elle savait pourquoi le château s’appelait le Château
des Hautes flammes, elle m’expliqua qu’il avait été construit au XVème siècle,
et qu’en 1712, un incendie avait détruit toute l’aile Ouest qui ne fut jamais
reconstruite. Les flammes montaient si haut, qu’elles étaient visibles à 15 kilomètres,
et c’est de ce jour que ce château fut baptisé des Hautes flammes.


Nous
discutions normalement, paisiblement, mais
lorsque j’ai pris congé, elle est venue vers moi pour m’embrasser sur les
joues, et j’ai senti sa poitrine contre la mienne. En un instant, c’est moi qui,
quelques siècles après le château, me suis transformé en brasier, et je n’ai pu
résister à l’enlacer en cherchant ses lèvres.. Elle parvint à se dégager sans brutalité
et me dit d’une voix douce :


- Non, Pierre, je t’en prie, ne fais pas de
bêtise. Le temps, le temps seulement…. Il faut faire confiance au temps, et
tout ira bien. Tu sauras alors que j’avais raison.


En fait de raison, c’était moi qui la détenais.
Agnès était encore une jeune fille qui ne connaissait pas tout, surtout dans le
domaine des sentiments. Car, si elle l’ignorait, moi, je savais que le temps ne ferait rien à l’affaire
et qu’elle serait toujours l’amour de ma vie.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Dim 13 Mar - 11:20

Les amours d'antan ne dure que très peu de temps mais nous gardons la flamme pour toujours au fond du cœur. Cette histoire me ramène à mon premier amour platonique, je l'ai gardé avec un sourire au fond du cœur, c'était une très jolie histoire et le temps à eu raison de tout ça, on oublie, on passe à autre chose et lui aussi le fera, bien qu'il ne le sache pas.

Une bien jolie histoire Aristee, plein de tendresse.

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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Lun 14 Mar - 8:33

DEUXIEME PARTIE



CHAPITRE 1




Je me suis très vite habitué à
ma vie d’étudiant. Le changement était pourtant radical. Plus de vie de famille
pendant le weekend, mais uniquement des copains et des copines, à la Fac, au
restaurant universitaire, à la cité universitaire.


Il avait été décidé que, contrairement à
ce que je faisais durant mes études secondaires, je ne rentrerai à la maison
que pour les fêtes de fin d’année. Cependant, les journées passaient
rapidement, car je travaillais sérieusement, toujours pour Agnès .


Dans notre petite bande de copains et de
copines, il y avait une jeune fille qui ne cachait à personne son attirance
pour moi.


Bien sûr, je m’en étais parfaitement rendu
compte. C’était une petite blonde, prénommée Jeanne, aux traits fins, gracieuse
et spirituelle, Je ne pouvais rien lui reprocher,
sinon qu’elle me laissait de marbre, et que ses ostensibles efforts pour me
plaire, finissaient par m’énerver singulièrement.


Plusieurs
étudiants m’enviaient d’attirer cette jolie jeune fille, et me demandaient ce que
j’attendais pour répondre à ses avances.


Il n’y avait plus de place dans mon cœur, Agnès
en était et resterait toujours l’unique occupante, c’était pour moi une certitude.



Mes parents m’avaient demandé de leur passer
un coup de fil chaque semaine, ce que je faisais scrupuleusement le samedi soir,
mais, jamais, jamais je n’ai voulu
demander des nouvelles de « La Patronne ». J’avais trop peur de
trahir mes sentiments, or, je voulais que seule, Agnès, sache ce que
j’éprouvais pour elle. Il serait toujours temps d’en parler, lorsque mon amour
enfin partagé, pourrait être connu de tous. Cette décision était d’autant plus
facile à respecter, qu’à l’évidence, je n’aurais pas à attendre très longtemps.
Notre amour était dans l’ordre des choses. J’étais très optimiste.


Pour
les congés de fin d’année, j’arrivais à la maison vers 10 heures du soir. Mes
parents m’avaient attendu pour dîner, et ils me posèrent tellement de questions
sur ma vie à Aix en Provence, que je ne pus à aucun moment faire dévier la
conversation vers le château et son occupante. J’étais à la fois frustré de ne
pouvoir parler d’Agnès, et heureux, de voir mes parents fiers de leur fils.


Ce ne fut que le lendemain, alors que je
prenais mon petit déjeuner, que ma mère me dit qu’au château, depuis une
quinzaine de jours, il y avait « un monsieur » qui semblait bien
s’entendre avec la patronne.


J’ai su tout de suite, que cette nouvelle
était très grave, et immédiatement, je me sentis désespéré, sans forces, et
sans réaction. Je comprenais parfaitement ce que ma mère avait voulu dire, mais
il fallait que j’en aie la certitude et je finis par lui demander :


-
Que veux-tu dire
maman, par « un monsieur qui semble bien s’entendre avec la
patronne » ?


-
Tu sais, Pierre,
quand un homme et une femme se promènent en se tenant par le bras, et que tous
les 10 pas, ils s’embrassent sur la bouche, cela veut dire qu’ils s’entendent
bien, tu ne crois pas ? Remarque, c’est une bonne chose. J’ai toujours
pensé qu’il n’était pas normal que cette jolie femme reste seule. Elle en a mis
du temps pour trouver l’homme de sa vie !


Ma pauvre maman ne se rendait pas compte,
que chaque mot qu’elle prononçait, était comme des pierres qu’elle faisait
tomber, une à une, sur mon cœur, et je me sauvais dans ma chambre, pour cacher
mon désarroi.


Ainsi, elle avait tenu parole. Elle avait
cherché et trouvé sans doute un mari.
Elle s’était rendu compte qu’elle était une femme, et c’est moi, comble de
l’ironie, qui le lui avais révélé.


Grace à moi, Agnès avait su qu’elle
recelait des trésors de sentiments inassouvis, et maintenant, c’était un autre
qui bénéficiait de cette découverte. Quelle injustice !


J’étais trop malheureux pour aller la voir
avec son amant, et me réfugiais dans la lecture, seul moyen pour atténuer
durant quelques heures, la douleur qui me serrait le cœur.


Il y a trois jours que j’étais en vacances,
et le lendemain de Noël, mon père, en rentrant pour le repas de midi me
dit :


«
La patronne s’étonne de ne pas avoir eu ta visite. Tu sais mon fils, que ton
impolitesse, ton manque de reconnaissance,
me déçoivent beaucoup. Grace à elle, tu as pu faire, et tu fais encore
des études dans de bonnes conditions. Tu devrais de toi-même te rendre compte
de tout ce que tu lui dois. Je ne devrais pas avoir à te le rappeler. Il faut
que tu ailles au château cette après midi et que tu t’excuses pour ton
retard ».


Mon indifférence !!! Mon pauvre papa avait le souci de voir son
fils s’élever et acquérir de bonnes manières, mais il ne savait rien de mon
problème avec Agnès, et n’aurait certainement pas pu le comprendre. nous
appartenions elle et nous, à des mondes tellement différents !.


J’enregistrais donc cette mercuriale,
sans réagir Je me contentais de lui dire que j’avais justement l’intention
d’aller au château dans l’après midi, ce qui était un mensonge, que je classais
immédiatement dans la catégorie des plus véniels, car mon père n’étant pas
partie prenante, n’avait pas à connaitre la vérité.


Cependant il fallait que j’y aille,
puisque je l’avais annoncé


J’étais à la fois malade d’aller faire la
connaissance de l’intrus qui occupait la place, qui, de droit, me revenait, et
d’un autre côté, je voulais voir à quoi ressemblait celui qu’Agnès, d’une façon absolument incompréhensible,
avait préféré à moi.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Lun 14 Mar - 14:35


Dur le premier amour quand il n'est pas partage :-(
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Lun 14 Mar - 15:09

Et oui, mais il fallait qu'il retombe sur ses pieds elle ne lui avait rien promis et il était en train de se raconter des histoires avec l'avenir de leur amour.

La chute est dure mais le plus tôt est le mieux.

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Sacrée Pipelette


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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Mar 15 Mar - 8:48

Comme chaque fois que j’allais la voir, je
soignais particulièrement ma toilette, et je me rendis au château, habité par
un mélange de trac et de colère.


Un domestique, me fit entrer dans le salon, où
Agnès se trouvait avec un homme. Ils étaient assis dans des fauteuils, et ne se levèrent
pas à mon entrée. Ils me considéraient sans doute comme un gamin, ce qui me fit
regretter ma visite.


Je dus reconnaitre qu’il n’y avait rien
de trouble dans leur attitude, mais cela ne suffit pas à calmer ma colère.


Lorsque je vins vers Agnès, elle se leva à moitié, m’embrassa sur
les deux joues, et me dit en se rasseyant :


-
Je suis heureuse
de te voir petit Pierre. Je commençais à me demander si tu me boudais !
Ah ! Tu ne connaissais pas ce monsieur ? C’est Jacques !


Ce bonhomme se leva enfin à son tour,
vint me serrer la main, et je pris un malin plaisir, à serrer très fort, pour
lui faire sentir que je n’étais plus un enfant. Il fit une petite grimace, et
cette vengeance, un peu puérile je le reconnais, me fit du bien.


Le Jacques en question était quelconque,
et en tous cas, n’était pas une force de la nature. On peut penser que je
n’étais pas très objectif, je veux bien l’admettre, aussi pour ne pas émettre
de jugement de valeur toujours contestable, je préfère le décrire et chacun se
fera son opinion.


Jacques était un homme qui devait mesurer
autour de un mètre 70, à un ou deux centimètres près. Il ne devait pas peser
plus de 55 kilos. Ses épaules étaient étroites. Un début avancé de calvitie
découvrait son front jusqu’au milieu du crane. Son nez un peu fort et courbé,
pouvait laisser penser qu’il descendait de Louis XVI. Sous la bouche, à peu
près bien dessinée, un menton fuyant ne l’arrangeait pas.


Je
dois reconnaitre à son crédit, tout d’abord de beaux yeux bleus, et, ensuite, pour ceux qui aiment, les cheveux blondasses….
enfin, je veux dire blonds, les cheveux (ceux qui lui restaient) étaient assez
fins…..


Je ne comprenais pas. Non, je ne comprenais
pas que ma merveilleuse, ma jolie, mon élégante, ma fine Agnès ait pu
s’amouracher de ce type-là. En tous cas, j’en étais persuadé, aucune pérennité sentimentale
ne pouvait s’établir entre ces deux êtres aussi dissemblables. J’en ai été un
peu soulagé.


Bien entendu, ma toute belle ne pouvait
engager la conversation, qu’en me posant de multiples questions sur ma vie
estudiantine. Je répondais le plus brièvement possible, pour qu’elle sente bien
ma réticence à répondre à ses questions en présence de sa demi- portion
d’homme. Ce dernier essayait d’intervenir de temps en temps, fort maladroitement
d’ailleurs, et uniquement pour se mettre en valeur. Lui aussi avait fait des
études supérieures, médecine d’abord, puis une spécialité, psychiatrie,
ensuite.


Je pense que c’est ce palmarès de
grosse tête qui avait du plaire à Agnès. Je ne voyais pas d’autres
explications.


Cette conversation n’était pas
particulièrement agréable pour moi, sauf à un certain moment, ou le sieur
Jacques, a voulu jouer au père moralisateur avec moi.


Bien sûr, dès le début, il m’avait tutoyé,
pour bien marquer qu’à ses yeux je n’étais qu’un adolescent. Il voulut me
donner quelques conseils, sur la nécessité de travailler, car c’est à mon âge,
me dit-il, que se forge la vie de l’homme que l’on deviendra. C’est alors
qu’Agnès le contra sèchement en lui disant :


-
Vous savez,
Pierre n’est plus un enfant, et en ce qui concerne la maturité, il pourrait
donner des leçons a des personnes plus âgées que lui. J’ai personnellement
suivi toutes ses études et je puis vous certifier, qu’à une intelligence vive,
et à un robuste bon sens, il sait joindre un travail acharné. Il est parfaitement conscient de l’importance de la
période présente de sa vie, pour préparer sérieusement son avenir, je lui fais
toute confiance à ce sujet.


Je buvais du petit lait. Non pas à
cause des compliments que venait de me prodiguer ma bien aimée, mais parce que
le sieur Jacques semblait tout démonté par la virulente défense de mon avocate.


-
Bien sûr, je le
connais moins bien que vous, se contenta-t-il de répondre un peu piteusement.


Mais le meilleur moment, c’est
lorsque, tout à la fin de notre entrevue, alors que je prenais congé, Agnès me
dit :


-
Il faudra que tu
viennes dîner avant de repartir à Aix. J’ai encore beaucoup de questions à te
poser sur tes études.


Puis, s’adressant à Jacques elle lui
demanda : C’est bien après demain matin que vous partez ?


-
Oui, il faut que
je sois à Paris pour…


-
C’est bien ça, le
coupa-t-elle, vous partez après demain matin!


Puis se tournant vers moi, elle ajouta


Viens donc dîner après demain, vers 19
heures, nous parlerons encore de ta nouvelle vie.


J’étais si heureux que mes baisers sur les
joues d’Agnès furent plus appuyés que d’habitude, et que, pour ma poignée de
main avec Jacques, je fis attention de ne pas serrer trop fort. Je ne voulais
pas lui faire mal. Je ne lui en voulais presque plus, l’attitude d’Agnès me
rassurait. Il était hors jeu.


En rentrant chez moi, ma première joie
passée, je me dis que j’avais peut- être tiré des conclusions trop hâtives.
Après tout, s’il partait à Paris pour y faire je ne sais quoi, cela ne
signifiait pas qu’il ne reviendrait pas après avoir réglé son affaire.


J’ai essayé de me remémorer toutes les
expressions du visage d’Agnès durant notre conversation, et je suis arrivé à la
conclusion, qu’elle n’avait jamais donné l’impression d’être follement amoureuse
de son hôte.


Cependant, pour arriver à une certitude,
il vaudrait mieux que je lui pose franchement la question, ce que je me promis
de faire durant notre prochain dîner en tête à tête.


Comme toujours, mes parents, mon père
surtout, furent très fiers que leur fils ait été invité par « La
Patronne ». Il se préparait à me
faire ses habituelles recommandations, sur la reconnaissance que je devais
montrer à « La patronne » mais je pris les devants en le coupant sèchement :


-
Je sais, papa, je sais. Je m’habillerai correctement, et je me tiendrai bien à
table. Figure- toi que maintenant, je suis plus habitué que toi aux mondanités.


Je me rendis compte immédiatement, que
j’avais manqué de respect envers mon père, et je m’en excusais, cependant que
ma mère, plus intuitive, me dit, que, si je ne parlais pas comme
d’habitude, c’est que je devais avoir des problèmes.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Mar 15 Mar - 10:28

Étrange comportement on la voit embrasser ce monsieur Jacques et la elle le remet en place sèchement et le provoque en invitant notre jeune ami devant lui le jour de son départ.

Serait-elle un peu cruelle ?

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MessageSujet: LES AMOURS MORTES   Mer 16 Mar - 9:21

Je lui répondis que j’étais seulement un peu
énervé parce que l’ami de la patronne, avait voulu me faire la morale sur la
nécessité de bien travailler quand on est étudiant.


Notre discussion en resta là.





Il
faisait un froid de canard quand je me suis rendu à l’invitation d’Agnès. Il
avait neigé la veille, et le mistral qui après être passé sur la neige,
trouvait toujours un passage dans les vêtements pour arriver jusqu’à ma peau,
me frigorifiait. Pressé d’arriver, alors que j’étais à proximité de la porte du
château, je fis une magistrale glissade sur une partie verglacée, et je
ressentis une violente douleur à ma cheville gauche. Après un petit temps de
récupération, je parvins à me relever et à me rendre en boitillant à la porte
du château. Je racontais au domestique qui vint m’ouvrir, la chute que je
venais de faire, et, en m’appuyant sur son bras, j’arrivais à la salle à manger
où Agnès m’attendait. Elle vit tout de suite, à ma pâleur, qu’il m’était arrivé
quelque chose, et me fit coucher sur un canapé.


J’eus beau lui dire que ce n’était
certainement pas très grave, puisque j’avais pu marcher durant une dizaine de
mètres, elle tint absolument à appeler son médecin, qui arriva dans le quart
d’heure qui suivit. Il diagnostiqua une légère entorse, me fit un solide
bandage, et j’avoue que durant tout le repas, je ne pensais guère à ma
blessure.


J’avais une question importante à poser,
mais je n’eus pas à le faire, car elle me donna elle-même la réponse.


-
Ce Jacques, me
dit-elle, n’est pas un méchant garçon, mais malgré ses diplômes, il n’a pas
inventé la poudre. Quand même, mon petit Pierre, tu ne l’as pas épargné quand
tu lui as serré la main à la broyer. Cela ne m’a pas échappé. J’ai cru qu’il
allait s’évanouir. Tu ne dois pas être jaloux chaque fois qu’un homme se trouve
à mes côtés.


-
Tout d’abord,
Agnès, je ne suis pas, je ne suis plus « le petit Pierre », ensuite,
je n’étais pas jaloux de Jacques, mais il est tellement inférieur à vous !


-
Tu n’étais pas jaloux ? Ah, bon ! Je
le croyais. Alors c’est parfait excuse-moi, Pierre, j’ai commis une erreur, me répondit elle, en plaisantant
manifestement.


Il est vrai que tu n’as aucune raison d’être
jaloux, à cause d’une vieille femme. Parle-moi un peu de ta vie à Aix. Il doit
y avoir des tas de jeunes et belles
étudiantes, et avec ton physique, tu dois faire des ravages.


-
Ne faites pas
semblant de ne pas savoir ce que vous savez parfaitement. Cela n’est pas digne
de vous. Vous savez que vous occupez mon cœur, seule, et pour toujours. Il n’y
aura jamais la moindre place pour une autre.


-
- A mon tour de te dire, que ce que tu viens
de dire, n’est pas digne de toi. Bien que jeune encore, tu m’as dit plusieurs
fois que tu étais très mature. Si tu l’es réellement, tu dois admettre que l’on
peut aimer plusieurs fois.


-
Généralement, c’est exact, mais pas pour moi.
J’aurais peut être pu aimer plusieurs femmes, mais le sentiment qui me porte
vers vous, est unique, et ne laisse place pour personne d’autre.


-
Arrêtons cette discussion, nous allons
continuer à dire des bêtises.


A partir de ce moment là, nous
n’avons plus parlé que des matières juridiques qui me plaisaient
particulièrement dans mes études, comme le Droit Constitutionnel et le Droit
pénal. J’ai été surpris de constater que dans ces domaines, elle avait plus que
des notions, et, comme je l’en félicitais, elle me dit qu’elle avait fait deux
années de droit, juste avant de se marier, ce qui confirmait qu’elle avait été
une brillante étudiante, très en avance dans ses études..


Ma douleur à la cheville, était
devenue supportable, mais Agnès tint absolument à me raccompagner dans sa
voiture, et dans la nuit glaciale, au moment de nous séparer, quand nous nous
sommes embrassés sur les joues, je suis parvenu à légèrement glisser vers ses
lèvres. Mais elle ne me laissa pas aller plus loin.


Elle utilisa alors un mot qui sentait bon
la vieille France.


-
Fripon ! me
dit-elle en souriant et remettant sa voiture en marche.


Je fus long à m’endormir ce soir là,
car je ne cessais de penser à Agnès qui me semblait de plus en plus jeune, de
plus en plus belle. Elle m’était destinée, j’en étais certain.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   Mer 16 Mar - 10:06


Je me demande bien ou Aristée veut en venir avec ce jeune homme amoureux à perdre la raison ;)
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MessageSujet: Re: LES AMOURS MORTES   

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