Le bateau ivre



 
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aristee
Sacrée Pipelette
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MessageSujet: CHANTAGE   Lun 13 Juin - 9:01

CHANTAGE








Au volant de sa
petite Skoda, il chantait à tue tête ( il braillait serait plus juste).


Les cerisiers étaient
en fleurs, les champs de colza d’un jaune lumineux, ondulaient sous le léger
vent du nord. Ce n’était pas encore la grande chaleur, mais les beaux jours
arrivaient et Yves, avait toutes les raisons d’être joyeux.


Depuis le début du
mois, il remplissait les fonctions d’Inspecteur Divisionnaire d’Assurances, sa
condition matérielle devenait très convenable, et sa possibilité d’être le
maitre de son emploi du temps, n’avait pas de prix.


A 25 ans, plutôt
beau garçon, sportif, d’une santé parfaite, gagnant bien sa vie il ne pouvait
qu’être heureux.


Il allait inspecter
son agence d’Agen, qui ne semblait pas être une agence à problèmes. En
regardant l’heure sur son tableau de bord, il constata qu’il était en avance
pour arriver à 9 heures à l’agence, et il leva le pied.


Il venait de
traverser Valence d’Agen, et peu avant Golfech, il vit que la voiture qui le
précédait zigzaguait sur la route.


-
Mais il est dingue ce gars !! s’exclama Yves.

Ce
manège dura sur une centaine de mètres, et la voiture, sortit de la route, heurta un panneau de
signalisation, fit un tonneau et s’arrêta 50 mètres plus loin.


Yves pensa tout de suite, que le conducteur
n’ayant pas freiné, avait du avoir un malaise. Il arrêta son véhicule et se mit
à courir vers la voiture accidentée.



La voiture était couchée sur le coté droit, et dans le choc, le
clignotant gauche s’était mis à fonctionner, seule chose vivante semblait t il dans
cet amas immobile et silencieux.



En montant sur le rebord du fossé, Yves put voir l’intérieur du
véhicule. Une seule personne, coiffée d’une casquette était couchée sur les
sièges avants.


Par un
hasard malencontreux, il n’y avait aucun autre véhicule sur la nationale 113
pourtant assez chargée en temps ordinaire. Yves réussit avec beaucoup de
difficultés à ouvrir la portière, mais il ne put sortir le conducteur.



Heureusement, un autre véhicule arriva enfin. Un homme en sortit, et ils
purent en joignant leurs efforts, en extraire le conducteur, qui s’avéra être
une conductrice, lorsque la casquette, en tombant, libéra une longue chevelure
blonde.



De faibles gémissements et un léger mouvement de tête qui semblait dire
« non » prouvaient qu’elle n’était pas morte. Ils l’avaient étendue
sur l’herbe et aussitôt Yves dit à l’autre automobiliste :

-
Je vais prendre mon portable dans ma voiture et appeler
du secours. Pouvez vous rester prés d’elle ?


Recevant un accord, Yves se mit à
courir vers son véhicule et saisissant son portable, il résolut de faire d’une
pierre deux coups.



Il téléphona à son agent,demandant qu’il se débrouille pour prévenir les
secours à Valence d’Agen, l’accident ayant eu lieu entre Valence et
Golfech et bien entendu prévint qu’il
serait en retard.


Il revint vers la victime, et fut surpris
de constater que l’automobile de celui qui s’était arrêté repartait sur les
chapeaux de roues. Yves releva le numéro et s’approchant de la victime, il
constata avec soulagement qu’elle avait les yeux ouverts, et essayait de lui
parler. En approchant son oreille de ses lèvres, il crut comprendre «
voleur…affreux ..voleur »



Yves lui demanda de se calmer et de lui dire si elle souffrait. Elle fit non de la tête,
et de fait, il n’y avait aucune trace de sang. Bien sur, Yves savait
parfaitement que cela ne signifiait rien et que des lésions internes ne
pouvaient être visibles.



Un plaid pendait par la portière. Yves alla le prendre, et en couvrit la
victime.



Deux ou trois voitures s’étaient arrêtées, mais il s’agissait de
curieux, et personne ne vint offrir ses services, ce qui pour Yves était
incompréhensible. Il était encore jeune……


Une vingtaine de minutes s’écoulèrent après
le coup de fil et la camionnette de la gendarmerie arriva, suivie de peu par
une ambulance.


La victime fut mise sous perfusion et
transportée dans l’ambulance, cependant qu’Yves faisait sa déposition auprès
des gendarmes.


Un peu plus d’une heure plus tard, Yves put
repartir en direction d’Agen.



En fin d’après midi, en rentrant sur Toulouse, Yves s’arrêta à la
gendarmerie de Valence d’Agen pour avoir des nouvelles de la jeune femme
accidentée le matin.



Il apprit qu’elle avait été transportée à l’hôpital de Purpan, où elle
était en observation. Il obtint son nom, et se promit d’aller la voir à l’hôpital.



Et puis, le travail l’absorba jusqu’à la fin de la semaine. Ce n’est que
le samedi après midi qu’il put se rendre à Purpan. Il apprit à l’accueil, que
la jeune femme, Jeanne


Mottet était toujours là, et pouvait recevoir
des visites.


Elle était dans une chambre individuelle,
et une femme d’une cinquantaine d’années, très élégante, était à son chevet.
Yves se présenta, et il apprit que la visiteuse était la mère de Jeanne.



Elle le remercia pour ce qu’il avait fait pour sa fille. Quand à Jeanne,
elle ne se souvenait absolument pas des circonstances et de ce qui avait suivi
son accident. Une enquête était en cours, et en particulier une expertise de
son véhicule pour déterminer si l’accident était dû à une défaillance
technique.



Sur le plan médical, Jeanne souffrait d’une fracture de la clavicule, et
une entorse du genou. Elle s’en tirait, somme toute, très bien. En revanche,
elle semblait très préoccupée par la disparition d’un objet auquel elle
semblait beaucoup tenir…sans vouloir dire ce dont il s’agissait. Jeanne était
au courant des déclarations faites pas Yves à la gendarmerie, au sujet de
l’homme qui s’était arrêté un cours moment, et était reparti pendant qu’Yves
téléphonait. Il rapporta à Jeanne les mots qu’elle avait prononcé ‘ voleur,
affreux, voleur »


- J’ai du le voir me voler, mais je
ne m’en souviens plus. Oui, c’est affreux dit elle, en éclatant en sanglots.



Yves était très gêné. Pendant que sa mère essayait de la consoler, il se
demanda s’il devait se retirer, lorsque Jeanne, comme si elle avait senti son
intention, lui dit :


- Non. Ne partez pas, s’il vous plait ne
partez pas.



Il resta donc et plusieurs minutes s’écoulèrent avant que Jeanne puisse
se calmer suffisamment pour reprendre la parole.


- Monsieur, vous êtes le seul à avoir vu cet
homme qui m’a volé. Pouvez vous le décrire, et me donner tous les détails que
vous avez pu noter à son sujet. C’est important, très important.


- Je peux essayer de le décrire, mais j’ai
peut être mieux. J’avais relevé le numéro d’immatriculation de son véhicule. Je
ne me souviens plus, sur quel papier je l’ai noté, mais je suis certain que je
pourrais le retrouver chez moi. Je n’en avais pas parlé aux gendarmes, parce que
cela ne semblait pas avoir de lien avec votre accident…


- Oh, oui, essayez de retrouver ce
numéro ! Et elle répéta : c’est très important


- Soyez sans inquiétude, je le retrouverai.
J’habite à Toulouse, je rentre chez moi et je reviendrai vous voir demain après
midi.





- S’il vous plait Monsieur, je serai très
heureuse de vous revoir demain, mais, si vous pouviez me passer un coup de fil
dés que vous l’aurez retrouvé, je serais rassurée. Je vous note le numéro direct
de ma chambre.



Et maladroitement, de la main gauche, (c’est la clavicule droite qui avait été
fracturée) elle nota son numéro sur le coin d’un journal qu’elle avait déchiré.






Moins de 10 minutes après son retour dans son petit appartement, Yves
retrouvait le numéro d’immatriculation et le communiquait à Jeanne qui le
remercia avec une émotion perceptible au téléphone.



Le lendemain après midi, Yves vint à Purpan et monta directement vers la
chambre de Jeanne. Après avoir frappé à la porte à plusieurs reprises, et
n’ayant obtenu aucune réponse, Yves entrebâilla la porte.



Il fut extrêmement surpris de voir que le lit était occupé par un
Monsieur âgé qui ronflotait doucement. Persuadé qu’il s’était trompé de
chambre, il redescendit à la réception, et eut la surprise d’apprendre que
mademoiselle Mottet était sortie le matin même.


- Nous sommes Dimanche. Il me semblait que
l’on ne sortait pas un Dimanche


- Si, lui répondit la réceptionniste !
C’est assez rare mais certains malades peuvent sortir le dimanche.



Yves était très intrigué. Pourquoi Jeanne ne lui avait elle pas dit
qu’elle sortait de l’hôpital ? Il aurait bien voulu obtenir son adresse
par la Brigade
de gendarmerie de Valence d’Agen (La réceptionniste ayant refusé de la lui
communiquer) mais il avait des rapports professionnels à taper pour le
lendemain, et il rentra chez lui.



Le lendemain, Yves téléphona à la gendarmerie, se fit connaître, précisa
que Mademoiselle Mottet était sortie de l’hôpital de Purpan, et obtint sans
difficulté son adresse. Elle habitait à l’Isle Jourdain, entre Toulouse et
Auch. Yves décida d’aller inspecter durant la semaine, ses agences du Gers, à
Auch, Condom, Eauze et Mirande. Cela l’amenait à passer à l’Isle Jourdain ou il
arriva vers 10 heures 30.



Il n’eut aucune difficulté pour
trouver la très jolie villa, au bord du lac, ou habitaient les Mottet. Malgré
l’heure matinale, il n’hésita pas à sonner au portail.



C’est Jeanne elle-même qui vint lui ouvrir. Malgré ses efforts pour le
recevoir poliment, Jeanne n’était visiblement pas enchantée de le voir.
Néanmoins, elle l’invita à entrer, et Yves à la fois gêné et curieux, pénétra
dans un hall spacieux puis dans une vaste salle de séjour meublée luxueusement.
La famille Mottet était incontestablement très aisée.



- Mademoiselle, je suis allé à l’hôpital hier matin pour prendre de vos
nouvelles, et je constate que vous êtes parfaitement rétablie.



- Rétablie serait beaucoup dire, mais enfin, je vais beaucoup mieux.
Merci de vous être dérangé, mais je crois que tout cela va bientôt faire partie
des souvenirs désagréables, sans plus.


- Vous avez eu beaucoup de chance de vous en
être tirée sans séquelle. Votre accident était impressionnant et j’avoue que
j’ai eu très peur. Savez vous ce qui s’est passé ?


- Non, répondit elle après une petite
hésitation, non, et je préfère ne plus y penser. Je n’ai d’ailleurs aucun
souvenir


- Savez vous si l’expertise de votre véhicule
a donné des résultats ?


Avec un peu d’énervement, Jeanne lui
répondit


- Comme je vous l’ai dit, je ne veux rien
savoir, et j’aimerais pouvoir chasser cet accident de mon esprit.


- Je crains Mademoiselle que ce ne soit assez
difficile, et ce, d’autant plus que l’on vous a volé divers objets auxquels
vous sembliez beaucoup tenir.



Jeanne s’approcha de Yves, lui
mis la main sur le bras et lui dit


- Je vous en prie, ne me parlez pas de tout
cela.


.Je ne voudrais pas me montrer
désagréable, mais j’aimerais ne plus revoir tout ce qui me fait penser à cet
accident.


Un peu vexé, Yves se dirigea vers la
porte :


- Fort bien Mademoiselle, je ne vous
importunerai plus


- Oh excusez moi, Monsieur, j’ai été brutale,
mais si vous saviez ce que cet accident…..



Elle ne finit pas sa phrase, et c’est en silence que Jeanne raccompagna
son hôte jusqu’au portail. Ils se serrèrent la main, et Yves repartit vers son
véhicule.



Bien bizarre était l’attitude de cette jeune fille, et dans un premier
temps, Yves décida de faire comme elle : oublier cet incident. Et le jeune
Inspecteur d’assurances reprit son travail.



Trois ou quatre semaines venaient de s’écouler, lorsqu’il fut saisi par
le Siège Social d’une enquête au sujet d’un accident survenu sur la Nationale 113. C’était
la gendarmerie de Valence d’Agen qui avait procédé aux constatations. Yves vint
donc dans cette gendarmerie pour obtenir des renseignements utiles à sa propre
enquête. Il en profita pour évoquer l’accident dont il avait été témoin. Il
apprit que la conclusion de l’expertise du véhicule de Jeanne était formelle : L’arbre de direction avait
été scié. Il s’agissait donc d’une tentative d’assassinat. Jeanne, qui avait
été interrogée à plusieurs reprises, n’avait jamais pu donner la moindre
indication sur des ennemis éventuels, des personnes mal intentionnées à son
égard. L’enquête était au point mort. Yves se demanda s’il devait parler du vol
dont Mademoiselle Mottet avait été la victime, puis réflexion faite, il n’en
parla pas, se réservant de le faire plus tard, si sa propre enquête
n’aboutissait à rien. Car il était bien décidé à essayer d’y voir clair dans
cette affaire.



Quelques jours plus tard, il s’arrêta chez les Mottet, et c’est Jeanne,
encore, qui vint lui ouvrir. Elle était très en beauté, mais pas
particulièrement heureuse de le voir.

-
Excusez moi, Mademoiselle, si j’ai pris la liberté de
revenir vous voir. J’ai eu l’occasion, dans le cadre de mes fonctions, de
passer à la gendarmerie de Valence, et j’ai appris que votre véhicule avait été
saboté. Votre accident était absolument inévitable et il fallait que votre
étoile veille sur vous, pour que vous ayez pu vous en sortir à si bon
compte ! Je tiens d’abord à vous rassurer : Comme vous n’aviez pas
parlé du vol dont vous aviez été victime, je n’en ai pas parlé non plus à la
gendarmerie, pensant que vous aviez de fortes raisons pour cela.



-De fortes raisons, non….ou plutôt, si…enfin, je préfère que vous n’en
parliez pas..


- Mademoiselle, vous devez vous rendre compte
qu’il s’agissait d’une tentative d’assassinat. Je ne sais si vous prenez bien
la mesure de la gravité de votre situation. On a tenté de vous tuer, on n’a pas
réussi. Je ne veux pas vous affoler, mais rien n’indique que l’on ne fera pas
une autre tentative. Confiez vous à moi. Si je peux faire quelque chose pour
vous, je le ferais.


Cette discussion avait lieu dans le
jardin. Jeanne semblait effondrée et finit par dire.

-
Excusez moi de ne pas vous avoir fait entrer. Suivez
moi. Je vais tout vous dire.


Installés dans deux bons
fauteuils de la salle de séjour, Jeanne commença par questionner Yves.


- Monsieur, vous qui avez vu l’homme qui vous
a aidé à me sortir de la voiture, pouvez vous me le décrire ?


- Je vous avais transmis le n° d’immatriculation
de son véhicule. N’avez-vous pas identifié son propriétaire?



- Le véhicule appartient à un Jacques Brémond que je ne connais pas. Il
s’agit sans doute d’un véhicule volé. Je crois savoir qui m’a dérobé mon sac,
et c’est pour en être certaine que je vous demande de me le décrire.


- C’était un homme de 40 à 50 ans, assez
grand, sans doute un peu au dessus de 1 mètre 80. Je ne vois pas de détail
particulier…..ah, si !! J’ai remarqué qu’il était très parfumé…



- C’est lui ! C’est bien lui. Il s’arrose toujours d’eau de
Cologne. Maintenant je vais pouvoir tout vous raconter
( A suivre)

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MessageSujet: Re: CHANTAGE   Lun 13 Juin - 10:36

Chouette Aristee tes histoires me manquaient. J'espère que tu vas bien.

Nous entrons directement dans le suspens, un monsieur parfumé qui lui vole son sac elle a l'air de le connaitre en plus.

Merci et belle journée à toi.

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aristee
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MessageSujet: chantage   Mar 14 Juin - 7:06

Paul Boisier est le frère de ma
mère. Mon oncle, n’a jamais rien fait de sa vie ; il a vécu d’expédients,
et de combines, certainement pas très légales.


Il y a deux ans, il a écrit de Bordeaux à ma
mère. Je résume sa lettre


« Ma petite sœur, j’ai fait des bêtises.
Je sais que ce sont des bêtises, et elles me serviront de leçon. Je ne
recommencerai plus. Peut être as-tu vu dans les journaux ce fait divers :
Un client qui prenait de l’argent à un distributeur, a été attaqué par un homme
armé, qui lui a volé la somme d’argent qu’il venait de retirer puis l’a abattu.
L’enquête est en cours. Je te jure ma petite sœur qu’il s’agissait d’un
accident bête. C’est vrai que j’avais besoin d’argent mais je n’avais aucune raison
de le tuer. Il est venu se jeter sur moi et le coup est parti à mon insu. Je ne
suis pas un criminel, et j’ai pris la décision de vivre désormais dans la
légalité. Mais bien sur, si je reste en France, je risque de me faire arrêter.
Je préfère donc partir en Amérique du sud, et la bas, fort de mon expérience
malheureuse, je débuterai une vie normale et dans l’honneur, je te le promets
ma petite sœur chérie.



Mais pour cela (Voyage et le temps de trouver une situation) j’ai besoin
de toi. Il faudrait absolument que tu me fasses parvenir la somme de 10.000
euros à l’adresse que je te donne à Bordeaux. «


Ma mère, après avoir longtemps hésité lui
a envoyé les 10.000 euros. Elle ne m’avait pas parlé de ce problème.


En fait, ma mère n’a pas eu de nouvelles de
son frère durant deux ans. Il y a prés d’un mois, ma mère recevait un coup de
téléphone de mon oncle. Il lui disait que tout allait bien, qu’il avait une
situation et n’avait plus commis aucun délit. Mais il avait un petit ennui
momentané. Il venait de contracter une dette de jeu. Il s’engageait bien sûr à
rembourser ma mère assez rapidement sur son traitement, mais il fallait qu’elle
lui fasse parvenir à nouveau 10.000 euros.


Ma mère s’est mise en colère, lui a répondu
qu’il n’en était pas question.



Mon oncle changea alors de registre. « Ecoute, petite sœur,
puisque tu n’es pas gentille avec moi, je ne serais pas gentil avec toi. Tu es
en instance de divorce. Je peux faire en sorte que le divorce soit prononcé à
tes torts. J’ai deux camarades qui sont préts à témoigner qu’ils ont été tes
amants, alors que tu vivais sous le même toit que ton mari. Crois moi, tu vas y
laisser des plumes.


J’entendais cette conversation de la pièce
à coté : ma mère s’étranglait d’indignation.



Elle finit par lui dire : Non, tu ne feras rien contre moi. J’ai
une lettre de toi dans laquelle tu reconnais avoir tué une personne pour lui
prendre son argent. Dés demain Jeanne ira à Agen, porter cette lettre à notre
ami qui est commissaire de Police à Agen. La police saura te retrouver et te
faire payer ton crime. Puis ma mère a raccroché et elle est venue me raconter
toute l’histoire depuis le début.


Tout ce que je viens de vous raconter est certain, établi. Maintenant, je vais rentrer
dans le domaine des hypothèses.


Je crois que mon oncle a volé une voiture à
Bordeaux, qu’il est venu ici de nuit. Comme le garage est occupé par la voiture
de Maman, ma propre voiture reste toujours dans la cour. Il a dû venir de nuit, bricoler ma voiture pour que je parte assez
rapidement dans le décor. C’est ce qui s’est produit. Il connaissait le trajet
que je devais suivre. Il me suivait à distance, et lorsque j’ai eu mon accident,
il s’est arrêté, a volé mon sac qui contenait la lettre compromettante, et puis
il est reparti.



- Je pense également que les choses se sont passées comme vous les
décrivez. Mais je crois, après votre récit, que votre oncle, n’a plus rien contre vous
personnellement. Certes, il aurait pu récupérer la lettre plus simplement, mais
il fait sans doute partie de ces hommes au raisonnement simpliste : Jeanne
doit aller à Agen avec la lettre. Il suffit qu’elle ait un accident, alors je
m’arrêterai et je reprendrai ma lettre. En conclusion, je crois, Jeanne que
vous ne risquez plus rien.


- Je pensais comme vous…..jusqu’à hier soir.
Mais hier soir, mon oncle a encore téléphoné à Maman. Il lui a dit en substance
« Mon besoin d’argent n’a pas diminué. Bien au contraire ! Tu le
sais ma sœur, tout augmente. Il faut que tu me donnes 50.000 euros. Tu as vu
que je n’hésite pas sur les moyens. Comme je suis très gentil, je te donne
trois jours pour réunir la somme UNIQUEMENT EN ESPECES. Donc, dans trois jours
je te téléphonerai à la même heure, c'est-à-dire 18 heures. Si tu as l’argent,
je te dirais ce que tu devras faire. Si tu refuses, vous aurez, toi et ta
fille, grand intérêt à regarder non seulement devant vous, mais à droite, à
gauche et derrière vous. Le danger sera partout, et tu sais que je ne plaisante
pas. Une dernière chose : Inutile de prévenir la police. Je le saurais
aussitôt, et tu n’as aucune preuve contre moi. En revanche, tu en subirais,
ainsi que ta fille, assez vite, les tristes conséquences. »



Je suis persuadé qu’en effet il ne plaisante pas. J’ai peur, Yves, et
c’est pourquoi je vous ai tout raconté. Que puis je faire ?


- Soyez sans crainte, Jeanne. Je vais
réfléchir à tout cela, et vous le verrez, tout se passera bien !


C’est une chose que de rassurer quelqu’un.
C’est tout autre chose que de trouver la solution d’un problème grave. Il
n’était pas question de céder à la demande du Tonton Paul, ne serai-ce que parce
que Madame Mottet ne pouvait réunir la somme demandée dans un délai aussi
court.

-
En premier lieu, Jeanne, je vais demander à mon siège,
8 jours de congés, pour pouvoir vous consacrer tout mon temps. Ce soir, je vous
téléphonerai. J’aurai certainement trouvé une solution. Reposez vous sur moi,
je vous tirerai de ce mauvais pas.


Il y a des personnes très serviables, c’est
vrai. Mais dans le cas d’Yves, il semblerait bien que la motivation principale
soit d’un tout autre ordre…….


Après
avoir obtenu de son Siège le congé sollicité, Yves étudia le problème sous tous
ses angles. Il est certain que le Tonton Paul ne plaisantait pas. Il n’était
pas question de faire intervenir police ou gendarmerie. Il fallait qu’il s’en
tire tout seul, et il finit par mettre au point une stratégie.


Le soir, il téléphona à Jeanne, et lui
dit. :



« Lundi, je viendrais à pied chez vous vers 13 heures. Il faut que
vous laissiez votre porte du jardin ouverte pour que je n’aie pas à attendre
dans la rue. C’est tout ce que je vous demande. Ayez confiance. »


Le Lundi, à l’heure fixée, Yves entra chez
Jeanne qui avec sa mère l’attendaient impatiemment. Elles étaient fébriles,
évidemment. Madame Mottet n’avait pu réunir que 35.000 euros, mais Yves lui
dit, que cela n’avait pas d’importance, et ils discutèrent de longues heures en
attendant le coup de fil.



Yves se basant sur la façon dont l’oncle s’y était pris pour récupérer
la lettre, en avait conclu qu’il n’était pas très intelligent et que l’on
devait pouvoir le piéger. Il demanda à Madame Mottet, de faire durer la
conversation, et il lui indiqua comment il faudrait qu’elle la dirige. Puis, il
se mit à faire un bricolage minutieux.


C’est cinq minutes avant 18 heures, que
Paul Boisier, sans doute impatient, téléphona.





- Alors, petite sœur, tu as ce que je t’avais
demandé ?


- Ecoute, Paul, je ne te l’avais pas dit, mais
il vaut mieux que tu le saches : J’ai une photocopie de la lettre dans
laquelle tu me disais que tu avais tué il y a deux ans un homme qui venait de
prendre de l’argent à un distributeur.


- Ca ne prend pas petite sœur !!!!! Tu
n’as certainement pas une photocopie de cette lettre, d’ailleurs elle ne
vaudrait rien. Tu n’as aucune preuve contre moi. Alors réponds moi vite :
As-tu ou n’as-tu pas l’argent que je t’ai demandé ?


- Qui me dit que tu ne m’en réclameras pas
encore dans quelque temps ?


- Mais petite sœur ; tu me connais. Je ne
suis peut être pas un saint. Mais, fais
moi confiance, tu es ma soeur : Tu me donnes les 50.000 euros, et je ne
ferai jamais rien contre toi et ta fille. Sinon….J’espère que tu n’as pas
prévenu la police ?


- Evidemment non.


- Bon. Tu as bien fait ! Alors, voilà ce
que tu vas faire : Tu vas me donner ton numéro de portable, puis tu
monteras dans ta voiture avec l’argent et ton portable .En sortant de chez toi,
tu partiras à droite, tu feras à peu prés 100 mètres et tu t’arrêteras
sur la droite.



Là, tu attendras que je te téléphone. D’accord ?


- D’accord, mais promets moi que tu ne nous
feras pas de mal


- Mais non ! Je te le répète : donne
moi l’argent et ce sera fini. A tout à l’heure !



Le garage, dans lequel se
trouvait le véhicule de Madame Mottet était accessible soit de l’intérieur de
la maison, soit par le jardin. Yves demanda à Madame Mottet de passer par le
jardin, cependant que lui-même descendait par l’intérieur et se couchait dans
la voiture entre les dossiers avants et les sièges arrières.


Madame Mottet, se mit au volant, sortit de
la propriété, et s’arrêta comme il le lui avait été demandé à une centaine de
mètres de la villa. Puis, elle attendit le coup de fil. Elle n’eut pas
longtemps à attendre, mais sursauta quand même, lorsque la sonnerie retentit.


- Allo, petite sœur, je vois que tu es très
raisonnable. Alors, voilà. C’est très simple. Tu vas baisser la vitre de ta
portière. Tu prendras les billets dans ta main gauche. Tu poseras tes bras,
bien à plat sur le volant. Je vais venir vers toi, tu me donneras l’argent…et
tu n’entendras plus parler de moi. D’accord ?


- D’accord. Je te fais confiance.








Il est probable que Paul avait du examiner
minutieusement les alentours, et était encore resté aux aguets, après son coup
de fil, pour être sûr qu’il n’y avait pas de présence dangereuse pour lui. En
effet, il s’écoula prés de dix minutes, avant qu’il ne vienne prés de
l’automobile de sa sœur.


- Bonjour petite sœur. Donne moi les billets.


Paul s’était penché vers sa sœur, les yeux
fixés sur les billets.


Yves sortit alors rapidement de la voiture
par la portière arrière, et mit le
pistolet dont il s’était muni, dans les reins de Paul



- Attention ! Je suis un ancien officier para. Je n’hésiterais pas
à tirer ! Redressez vous et rendez l’argent à Madame Mottet


Paul eut un brusque sursaut et Yves, une
fraction de seconde, crut qu’il allait devoir tirer. Mais en se retournant,
Paul avait vu que Yves ne bluffait pas : il avait bien un pistolet. Il essaya
cependant de craner :


-Baissez votre arme ! Vous
n’avez aucune preuve contre moi.


- Oh que si !!J’en ai des
preuves. Vous avez tué un homme


- C’est faux. C’est moi qui ai la
lettre dans laquelle j’ai fait la bêtise d’en parler à ma sœur. Alors vous ne
possédez rien !


- Montez à coté de moi à l’arrière. Nous
allons à la gendarmerie, et si je n’ai aucune preuve, vous serez aussitôt relâché.
D’accord ?



Après une courte hésitation, Paul monta dans la voiture

-
Votre plaisanterie va vous couter cher ! J’avais
demandé à ma sœur de me prêter de l’argent et c’est tout. Il n’y a rien
d’autre. N’est ce pas, petite sœur ?

-
Inutile de lui répondre, Madame. Démarrez et allons à
la gendarmerie.


Paul
d’un tempérament optimiste, avait repris son calme. Il était tellement sûr
d’être invulnérable !!


Arrivés à la gendarmerie, Madame Mottet
téléphona à sa fille pour lui dire que tout s’était bien passé et pour lui
demander de venir les rejoindre à la gendarmerie.


Yves de son coté, demanda à voir le chef de la Brigade, et raconta toute
l’histoire depuis le début. De temps en temps, il était interrompu par Paul
Boisier qui s’écriait : « Ce n’est pas vrai ! C’est n’importe
quoi, il n’y a pas de preuve »



Lorsqu’il eut terminé son récit, Yves ajouta.


« Passons maintenant aux preuves. Vous
pouvez passer un coup de fil à vos collègues de Valence d’Agen, ils vous
confirmeront l’accident. Voici le numéro d’immatriculation de la voiture
conduite par ce Monsieur. Je l’ai relevé au moment ou il partait après avoir
volé le sac de Mademoiselle Mottet. Vous constaterez certainement que c’était
une voiture volée. Enfin et surtout, voici 2 cassettes. Sur la première, il y a
toute la conversation téléphonique entre Monsieur Boisier et sa sœur Madame
Mottet, lorsqu’il a appelé à la villa. Vous constaterez qu’il avoue avoir
commis un meurtre. Sur la deuxième cassette, vous aurez l’enregistrement de la
conversation entre ce Monsieur d’une part, et Madame Mottet et moi-même d’autre
part, dans la voiture. Il reconnaît à nouveau avoir commis ce meurtre. »






Après avoir entendu les cassettes, le chef de la brigade n’eut aucune
hésitation pour enfermer Paul Boisier. Paul bavait de rage et hurlait à
l’adresse de Yves » Salaud ! Salaud, je me vengerai,
salaud !!! »


En sortant de la gendarmerie, le cœur
beaucoup plus léger, Madame Boisier ne cessait de remercier Yves pour son
action efficace. Quand à Jeanne, elle avait pris le bras de Yves, et le regard
qu’elle posait sur lui, était peut être chargé d’un peu plus que de
l’admiration.


Vous aimeriez bien connaître la suite .En
particulier, sur ce que devinrent les rapports entre Jeanne et Yves. Je suis
désolé, mais la dernière scène que je
viens de décrire s’est déroulée Lundi dernier, c'est-à-dire, il y a quatre
jours.







Je crois que, depuis, ils ont dû se téléphoner à trois ou quatre
reprises, mais je ne suis pas devin. J’ignore absolument ce qu’il adviendra des
sentiments que ces deux jeunes gens semblent éprouver réciproquement.


A la fin de ce récit, d’autres narrateurs peut-être
s’efforceraient de trouver une suite heureuse. Malheureusement, en ce qui me
concerne, je n’aime pas inventer.
D’ailleurs, je ne sais pas.





- FIN

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Anne
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MessageSujet: Re: CHANTAGE   Jeu 16 Juin - 9:55

Sympa le frère ! Heureusement tout fini bien. Merci Aristee.

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MessageSujet: Re: CHANTAGE   

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CHANTAGE
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