Le bateau ivre



 
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 JE ME PARLE

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aristee
Sacrée Pipelette
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MessageSujet: JE ME PARLE   Jeu 16 Juin - 8:50

JE ME PARLE


15
Mars








Maman
me le répète environ trois fois par jour.


«
Je ne serai pas éternelle. Il faut que tu songes sérieusement à te
marier »


Elle est marrante ! Je ne vais pas me
marier avec la première venue, puisque, moi-même, je ne suis pas le premier
venu.


C’est vrai ça ! J’ai fait de solides
études, j’ai une maitrise en droit, je suis plutôt pas moche, je suis doux et
gentil. Je crois savoir être romantique ou réaliste selon les circonstances.


Je n’ai pas le droit, non, pas le droit de
me gâcher.


Et puis, rien ne presse. Elle est en bonne
santé maman, et ma foi, ma vie actuelle me va très bien. Je suis libre, sans
avoir à faire plein de trucs aliénants, comme faire des repas, m’occuper de mon
linge, faire du ménage etc.


Pourtant…. Oui, il y a un pourtant.


D’abord, ce matin, en me peignant, j’ai trouvé
un cheveu blanc sur mon peigne. Ma mère ne se sert évidemment pas de mon
peigne. Ce cheveu, il vient de moi. J’ai bien cherché, je n’en ai pas trouvé
d’autres, mais quand même……


Et puis, il y a ça.


Ca, c’est ce que je suis en train de faire.
Je commence un journal. Pourquoi ? Hier encore, si l’on m’avait dit que
j’allais écrire mon journal, j’aurais rigolé. Aujourd’hui, je ne rigole plus.
J’ai besoin d’écrire. C’est une façon de discuter sérieusement avec moi. Et
j’en éprouve le besoin.


J’ai 29 ans. Je suis presque trentenaire.
C’est affreux.1 mètre 82, 74 kilos et,
je l’ai déjà dit, une gueule pas mal. C’est ce que me disait Marthe, encore
avant-hier. Elle m’a dit :



Il est dommage, Pierre, que tu ne connaisses personne dans le domaine du
cinéma. Dans le rôle de jeune premier, je suis sûre que tu n’aurais pas été
mal »


C’est flatteur, non ? Il est vrai qu’elle m’a dit ça, alors que 10
minutes plus tôt, elle m’avait dit :


« Je n’aime pas Jacques. C’est un fat,
un pauvre type, le genre jeune premier, beau et con à la fois comme le disait
Brel. »


Ouais !! Cela atténue sacrément le
compliment qu’elle m’a fait par la suite.


Maintenant, il faut tenir compte du fait que
les femmes ne sont pas souvent conséquentes. Il y a peut être deux choses bien
distinctes. D’une part, elle n’aime pas Jacques, ce en quoi, je trouve qu’elle
a raison. Il est puant ce mec. Et d’autre part, elle a voulu dire que j’étais
un beau gars, sans se prononcer sur autre chose que ma beauté physique.


A la réflexion, je crois que ce doit être ça.
J’aimerais bien, parce Marthe est la mieux de toutes les filles que je connais.



Si, (supposition heureusement absurde) je
devais absolument me marier, c’est elle que je choisirais. Que je
choisirais ? Mais elle ? Elle aurait aussi son mot à dire, même s’il
s’agit d’un mot très court : Oui !


Alors ? Dirait elle Oui, à monsieur le
maire. Impossible de le savoir.


Impossible ? Non. Il suffirait que je lui
demande.

-
Marthe,
accepterais tu te marier avec moi ?



Décidement,
je ne tourne pas rond aujourd’hui. Et si elle me répondait oui, je n’aurais
plus qu’à dire à maman : « Ca y est je suis casé ». L’horreur.
Je préfère ne pas savoir si Marthe accepterait de devenir ma femme.


Avoir une femme ! Ca doit être drôle de
dire : « Ma femme m’a dit… » ou de l’entendre confier à
une amie : « Mon mari, l’autre jour… »


Non, je suis vraiment très bien comme ça,
et je ne vois pas pourquoi j’écris toutes ces choses idiotes. A demain mon
petit Pierre. J’espère que tu seras moins ridicule.





16
Mars.





Je n’ai plus aucun doute. Il s’est passé
quelque chose en moi. Et quelque chose que je ne comprends pas.


Je suis allé à la piscine cet après midi. Marthe
était là avec trois copines.


Un moment, nous étions tous les deux seuls,
Marthe et moi, à un bout de la piscine et je lui ai dit :

-
Marthe, penses tu
que je pourrais faire un bon mari ?

-
Ca dépend avec
qui, m’a-t-elle répondu.

-
Je parlais en
général, mais tiens ! Par exemple, pour toi, est ce que je serais un bon
mari ?

-
Comment veux tu que je le sache, puisque nous
ne sommes pas mariés.


Comme un idiot, je lui ai dit :

-
Oui, évidemment,
il faut vivre un peu ensemble avant,
pour le savoir.


Alors
elle m’a regardé bizarrement et m’a répondu.

-
Je suis d’accord
pour faire un essai.


Je
m’étais coincé tout seul. Je suis resté un moment sans réponse, et c’est elle
qui a ajouté

-
Mais je ne
voudrais pas vivre dans la maison de ta mère. Pour savoir si un couple marche,
il faut qu’il vive sans la présence d’autres personnes. Envisages- tu de
prendre un petit appartement ?


J’étais
complètement affolé. J’avais prononcé quelques mots en l’air, et je me
retrouvais avec une compagne et le loyer d’un appartement sur le dos !
C’était fou !!


Heureusement, Colette qui venait de
traverser la piscine en sortait, et dit
en riant :

-
Alors ? On
s’isole pour flirter ? Et, me prenant par la main, elle m’entraina dans la
piscine. Je suis parti dans un crawl impeccable de l’autre côté de la piscine.
Ouf !! J’avais été sauvé par le gong ! Mais ce n’était que
provisoire, je savais qu’un autre round allait suivre.


Le reste de l’après midi, je me suis
débrouillé pour ne jamais être seul avec Marthe, mais, il arrivera très vite un
moment où je ne pourrais pas échapper à une explication.


Bien sûr je pourrais lui dire que c’était une
plaisanterie…..Non, le mieux serait de parler d’un malentendu. C’est ça, un
malentendu. Je parlais en général, mais pas spécialement de nous.


Et si elle le prend mal, tant pis. Je
ne pensais pas qu’elle songeait à se marier avec moi. D’un côté, c’est
flatteur. C’est vrai, elle est de loin, la plus chouette de toute la bande.


Finalement c’est sympathique d’écrire
comme ça, à la fin de la journée. J’aime bien. Je crois que je vais continuer.





17 Mars


Et vlan !! Cette fois c’est ma mère qui
entre dans le jeu.


Elle a rencontré Marthe sur le marché, ce
matin. Il parait qu’elles ont discuté assez longtemps. De cette conversation,
ma mère a retenu que Marthe serait heureuse d’être sa belle- fille.


Evidemment, m’a dit maman, Marthe l’a dit
en riant, mais j’ai bien senti qu’elle pensait réellement ce qu’elle disait.


Et maman a conclu : « Tu devrais y
penser sérieusement, mon fils. Marthe serait pour toi une épouse idéale ».


Je me sens pris dans une nasse.
Affreux ! Je ne vois pas la possibilité d’en sortir. Je suis certain que
Marthe me posera la question d’une façon très nette. C’est une fille très
directe. Si je réponds non, nous serons fâchés. Je ne le veux absolument pas.
Mais d’un autre côté, me marier, maintenant, si jeune quand même, rien que pour
ne pas me fâcher avec elle….Non, je ne peux l’envisager.


Je parlais de l’inconséquence des femmes en
commençant ce journal. C’est redoutable de mettre ses pensées par écrit. On ne
peut plus les contester. Je disais que je vieillissais, et là, je viens de dire
que je suis trop jeune pour me marier. Il m’arrive de dire, en tout cas de
penser bêtement. Ecrire, c’est sympa, mais ce n’est pas sans inconvénient.


Enfin, le vrai problème n’est pas là. La
question est : Avec Marthe, je fais quoi ?


Rien. Je ne vais rien faire. Je vais laisser
venir. Pourquoi faire quelque chose, quand on ne sait pas du quel côté
aller ?





18
MARS





Je vais reproduire la conversation au
téléphone avec Marthe. Bien sûr, c’est elle qui avait appelé

-
Bonjour, Pierre,
je ne t’ai pas vu hier. Tu n’es pas malade ?

-
Non, non, ça va, mais hier j’avais un peu mal
à la tête, et je ne suis pas allé à la piscine.

-
Puisqu’aujourd’hui, tu vas bien, tu viens à la
piscine ?

-
C'est-à-dire…j’ai commencé à écrire, alors tu
comprends…

-
Tu écris ? Mais c’est formidable
ça ! Je suis certaine que tu as du talent. Quel genre as-tu choisi ?

-
Je préfère ne pas en parler pour l’instant.

-
Oui, je te comprends. Mais tu ne vas pas
écrire toute la journée. D’ailleurs, je sais que tous les écrivains s’efforcent
de sortir de leurs écrits pour avoir les idées plus claires, plus décantées.

-
Alors je ne dois pas être un écrivain, puisque
je n’éprouve pas le besoin de faire autre chose pour l’instant.

-
Ah, bon ? Alors je ne te verrai pas
aujourd’hui ?

-
Non. Je suis dans un passage délicat, je
préfère ne pas perdre le fil.

-
Alors je n’insiste pas. J’espère que demain,
tu auras pu franchir le passage difficile et que tu viendras à la piscine.

-
C’est possible. Tu sais, je ne peux prévoir à
l’avance.

-
Je sais, je sais. L’inspiration ne se commande
pas. En tous cas, je te le demande : je voudrais bien être la
première à lire ton œuvre. A demain.


Et voilà ! Je me retrouve
écrivain. Quand on commence par mentir, même si c’est un petit mensonge, on est
entrainé plus loin. Parce que j’ai dit avoir eu mal à la tête hier, je me
retrouve écrivain. Je lui dirai que je n’ai pas aimé ce que j’avais écrit,
alors que je n’ai pas écrit. Encore un mensonge. C’est un cycle infernal.


Mais après tout, si ! J’écris. Qu’est
ce que je fais en ce moment ? Je suis de mauvaise foi, mais puisque
personne ne doit lire ce que j’écris, et surtout pas Marthe, ce n’est pas trop
grave.


Tiens ? Il me vient une idée. Et si
je transformais mon mensonge en vérité ?
Demain, je commencerai un roman. C’est ça. Demain. Après les mensonges,
de la procrastination. Un mot que l’on ne peut placer normalement dans une
conversation sous peine d’être traité de
pédant, mais dans un carnet personnel, ça passe.


Au lit. Demain sera un autre jour.





19 Mars





Dans l’après midi, vers 16 heures, Marthe
est carrément venue chez moi. Elle n’aurait jamais fait cela il y a 3 ou 4
jours. Elle a le chic pour dire en riant les choses certainement importantes
pour elle.


-
Pierre je viens te
poser un ultimatum : Ou bien tu viens à la piscine, ou bien tu me fais
lire le début de ton roman.

( Suite et fin demain)

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http://bon.livre.free.fr/romans/romans_livres.htm
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MessageSujet: Re: JE ME PARLE   Jeu 16 Juin - 9:48

Ouille !!! le pauvre ! Quand les mères s'en mêlent !

bea

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aristee
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MessageSujet: JE ME PARLE ( FIN)   Ven 17 Juin - 9:04

Là, j’en ai eu marre. Je l’aime bien
Marthe, mais elle pousse le bouchon trop loin, et c’est sans rire, moi, que je
lui ai répondu.

-
Si tu connaissais
un peu les hommes, Marthe, tu saurais, qu’ils ont horreur de se faire mener par
le bout du nez. A moins qu’ils ne s’en rendent pas compte, mais ce n’est pas le
cas, car tu n’y as pas mis beaucoup de finesse. J’ai à travailler, je te
demande de me laisser.


Pendant
très longtemps, en tous cas, cela m’a paru long, Marthe est restée la bouche
ouverte, statufiée par ma sortie. Quand elle a repris ses esprits, elle s’est
retournée mais j’ai bien vu qu’elle pleurait, et elle est sortie précipitamment
en me disant : « Tu n’aurais pas du me parler de cette façon ».


Quand je me suis retrouvé seul, j’étais très
mal à l’aise. J’avais nettement manqué de sang froid. Maintenant encore, je ne
suis pas très content de moi, et je me demande s’il ne faudrait pas que j’aille
m’excuser. Je n’en ai pas envie. S’il n’y avait que le problème des excuses, je
les ferais facilement. Mais j’ai peur qu’elle ne profite de la situation pour remettre le
couvert sur notre vie commune.


Ah ! J’avais oublié de le confier à ce
journal : Peu après le départ de Marthe, histoire de m’occuper l’esprit,
j’ai commencé un roman. C'est-à-dire que j’ai choisi des personnages, leur ai
donné un âge et une position sociale, et j’en suis là. Je ne sais pas ce qui va
leur arriver. J’inventerai au fur et à mesure.


Je vais me coucher avec une question qui me
vrille la tête : « Excuses ou pas d’excuses ? » Ce n’est
pas un problème existentiel, mais quand même.





22
MARS





Je suis resté 3 jours sans écrire sur ce
carnet. J’ai consacré ces dernières soirées à mon roman. Mon roman !!
Cette expression est ridicule ! J’ai écrit quelques phrases à la suite les
unes des autres, mais cela ne constitue et ne constituera jamais un roman.
Avant de reprendre ce carnet, j’ai relu ce fameux « roman ». Je
devrais dire ce « pas fameux roman ». On ne devient pas écrivain,
parce qu’un beau jour, on a décidé de l’être. J’ai trouvé que ce que j’avais
écrit était simpliste, cucul pour tout dire. Mais je n’aime pas trop penser à
ça.


Marthe est revenue. Hier. J’ai trouvé
qu’elle avait une pauvre petite figure, et comme je lui en avais fait la
remarque, elle m’a répondu, presque méchamment-

-
Si tu avais une
once d’intelligence, ou, à défaut, de sensibilité, tu en connaitrais la raison.


Bang !!!



Par la suite, nous n’avons échangé que des
banalités. J’osais à peine ouvrir la bouche, de peur qu’elle ne rebondisse sur un
mot pour me reparler mariage. Quand elle
est partie, elle m’a jeté un long regard triste, qui m’a tout remué. Je me suis
fichu dans de sacrés draps !!!





25
Mars





Je suis faible. Et comme tous les faibles,
s’il m’arrive de prendre une décision, je m’y tiens mordicus. Du moins, je le
croyais.


J’avais décidé hier d’avoir une
conversation sérieuse avec Marthe, pour régler le problème une fois pour toute.


Cet après midi, je suis allé à la piscine.
Toute la bande était là, et ils y sont allés de leurs plaisanteries :
« Tiens, voilà le revenant » « Mais que vois je ? C’est
notre écrivain ! » « A voir ta gueule, il se termine mal ton
bouquin » etc….


Comment sont- ils au courant de mon essai en
littérature ? Ce ne peut être que par Marthe, bien sûr. Ma décision d’avoir
une explication franche avec elle s’en est trouvée décuplée. En tous cas, cet
accueil m’arrangeait bien, car il me permit de dire à Marthe, devant tous les
autres :

-
Viens donc,
Marthe, nous avons à discuter tout les deux.


Elle était toute pâle, mais elle m’a
suivi de l’autre côté de la piscine, où il n’y avait personne.


J’ai tout de suite attaqué.

-
Bravo !
Bravo, Marthe. Je t’avais confié mon intention d’écrire, sous le sceau du
secret, et tu es allée le claironner partout.

-
Tu ne m’avais pas dit de ne pas en
parler !

-
Je me souviens très bien t’avoir dit que je ne
voulais pas en parler pour l’instant.

-
Excuse- moi, Pierre. Mais je suis très fière
que tu écrives, alors je n’ai pu m’empêcher d’en parler…

-
A quel titre es
tu fière de moi ? D’abord je n’ai pas encore vraiment écrit, et puis tu
n’es, ni ma mère, ni ma sœur….ni rien du tout !


D’une toute petite voix, elle me
dit :

-
Je suis au moins
ton amie, Pierre.

-
Je veux bien que tu restes mon amie, mais à
l’avenir, si je te confie un secret, n’en parle pas à tout le monde.


Et
je suis revenu vers les autres.


Je voulais une explication franche, il faut
avouer qu’elle ne l’était pas tellement. Je me suis jeté sur le mot
« ami » qu’elle avait prononcé pour lui dire que je voulais bien le
rester, mais je ne lui ai pas dit clairement que je ne voulais pas être son
« petit ami ».


Je ne suis pas fier de moi. Mais à mon
carnet, je peux tout dire.


J’avais donc décidé d’être très net avec
Marthe, et au lieu de ça, j’y suis encore allé par la bande.


Nous étions tous réunis, et j’ai dit à
Colette.

-
Alors, ma belle
Colette, que fais tu ce soir ? Si tu es libre, et au besoin libère toi,
j’aimerais aller au cinéma avec toi. D’accord ?


Elle me répondit en riant

-
Même si j’étais
invitée par le Président de la République, j’annulerais mon rendez vous pour
aller au cinéma avec toi.

-
C’est bien, je te prendrai à 20 heures chez
toi.





Et
je suis parti. Je suis minable. Pourquoi torturer Marthe devant tous les
copains ? Sans compter qu’après le cinéma…Zut !! J’ai décidé de tout
confier à ce carnet…


Alors, après le cinéma, nous sommes allés
dans la grange de mes cousins, et nous avons fait l’amour. C’était chouette
d’ailleurs , mais je me demande si je n’ai pas déplacé le problème. Et si
Colette à son tour, espérait….. Zut et Zut. J’ai sommeil. Il est 2 heures du matin,
je réfléchirai plus tard





28 MARS





Hé bien !!Il n’aura pas été très copieux
mon carnet confidentiel. Il va se terminer avec ce dernier compte rendu de la
journée.


Mais, il aura marqué une étape tellement
importante dans ma vie, que je veux le conserver.


Lorsque tout à l’heure, je tracerai les
trois lettres du mot FIN, j’irai le mettre dans mon petit coffre, car je veux
pouvoir le relire plus tard, beaucoup plus tard, et j’aurai le recul nécessaire
pour savoir si j’ai pris la bonne décision.



Mes congés se terminent dans une semaine.
J’aurais pu rejoindre Avignon où je travaille sans avoir pris de décision, mais
entre maman qui me tarabuste : « Mon petit, je ne serai pas
éternelle, et bla bla bla » Marthe, qui me fait la gueule et depuis deux
jours, Colette qui en fait autant, je me suis dit que cela ne pouvait pas
continuer comme ça.


Et puis, c’est vrai, que, si je suis encore
un jeune homme, après trente ans, on devient un homme jeune, et je ne vais pas
rester dans la peau d’un célibataire.


Je ne l’avouerai à personne, mais ce
carnet ne sera lu que par moi, alors je peux bien l’écrire.


Je suis incapable de choisir celle qui sera
ma femme. J’ai essayé de prendre un papier, de tracer une verticale au milieu et j’ai noté dans la colonne de droite, les avantages de Marthe puis de Colette, et
dans la colonne de gauche les défauts de l’une et de l’autre.


Ce travail fini, j’ai constaté qu’il ne
servait à rien. D’une part mes notations
étaient très subjectives, et surtout, les paramètres étaient d’inégales
importances.


Alors j’ai pris une décision ( ben si, quand
même, c’en est une…..)


Je suis allé à la piscine, et j’ai demandé
à Marthe et Colette de venir faire un tour en voiture. Je ne devais pas avoir
l’air très joyeux, joyeux, car elles ont senti que c’était sérieux, et Colette
a même murmuré : « Tu me fous la frousse »


Il y a un coin que j’aime bien, c’est
l’abbaye d’Aiguebelle. Nous y sommes allés et le silence dans la cabine de ma
voiture était impressionnant. Nous n’avons pas prononcé un mot.


J’ai arrêté la voiture au début de la grand
allée qui mène à l’abbaye et nous sommes partis à pied.


C’était pour moi le moment difficile.


Je leur ai dit :

-
Marthe et
Colette, j’ai pris une grande décision. Je vais me marier. Je crois avoir
compris que l’une et l’autre accepteraient d’être ma femme.


Elles ont fait « oui » de la tête, et je
dois le reconnaitre, malgré la situation gênante dans laquelle je me trouvais,
mon amour propre a été délicieusement caressé.


Ma main
droite dans ma poche effectuait un petit travail, et lorsqu’il fut terminé
j’ajoutais:


-Voilà. Je ne
suis pas musulman, je ne peux avoir deux femmes, ni choisir entre vous deux. Je vais donc m’en
remettre au sort. Ne dit on pas d’ailleurs que le mariage est une
loterie ?


Je tirais ma main de ma poche. J’avais
préparé, deux pailles : une longue et une courte.

-
J’épouserai la
longue.


Marthe ne bougea pas. C’est Colette qui tira une
paille. J’ouvris alors la main. C’est la courte qui me restait. Colette serait
donc ma femme. Elle me sauta au cou en criant « Mon chéri ».


Marthe
était pâle, et j’ai eu peur qu’elle ne tombe dans les pommes. A ce moment là,
j’ai pensé que mon truc était idiot et affreusement barbare. Mais c’était fait.
Nous sommes revenus vers la voiture. Colette me tenait le bras, Marthe marchait
un peu à l’écart comme une somnambule. Je n’avais pas pensé au retour qui
allait être atroce. Nous ne parlions pas. Avant de monter dans ma voiture, à
l’arrière, Marthe me regarda droit dans les yeux.

-
Merci, Pierre. Je
voulais me marier avec toi. Depuis quelques jours, je commençais à penser que
ce serait une bêtise, sans vouloir vraiment l’admettre. Maintenant, j’ai une
certitude : Tu es un pauvre type !


Bien sûr, ce jugement n’était pas à mon
honneur, et pourtant il m’a soulagé. Tout en sachant au fond, au tréfonds de
moi, que ce n’était peut être qu’une réaction d’amour propre.


Arrivés
devant chez Marthe, elle descendit de la voiture, sans un mot, puis nous sommes
repartis.


Colette, qui
était montée à mon côté, me dit.

-
Ta demande en
mariage manquait un peu de romantisme, mais j’ai une certitude en moi :
Nous serons heureux.


Cela je
n’en sais rien. Mais j’ai une certitude. Ma mère allait regretter un peu que
mon choix ne se soit pas porté sur Marthe, cependant, lorsque je lui ai dit :
Colette et moi allons nous marier, elle s’est jetée à mon cou, et me dit un
seul mot

-
Merci. Et elle
avait des larmes dans les yeux











FIN

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Anne
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MessageSujet: Re: JE ME PARLE   Ven 17 Juin - 9:20

L'horreur ce type ! Ils se marièrent et ne furent pas heureux.

L'idée du personnage égoïste, égocentrique est vraiment pas mal, qui se prend pour un dieu tout puissant.

J'aurais bien vu les belles lui rire au nez.

Merci Aristee pour cette nouvelle histoire.

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