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 Le Cahier Rouge du Pére Joseph - XII

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AuteurMessage
r.n.rodrigues
Bavard
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Nombre de messages : 66
Date d'inscription : 21/06/2008

MessageSujet: Le Cahier Rouge du Pére Joseph - XII   Dim 18 Sep - 1:02

Chapitre XII - Dimanche de soleil

Aujourd'hui, je me suis réveillé bien tôt... Mon ami Faim pressentait que quelque chose d’inhabituel allait se passer... Il a dressé l'oreille en observant tous mes mouvements. J'ai préparé notre petit déjeuner, café sans lait, des morceaux de fromages et du saucisson de Lyon hors validité que j'avais trouvés dans le vide-ordures d'un supermarché. Je les lui ai jetés. Il était toujours sous l'armoire, grognant, méfiant et menaçant.

- « Bonjour, monsieur Faim « ai-je dit d’une voix basse.

Un beau soleil baignait la cour. Il y avait des seaux pleins d'eau dans un coin Faim les regardait et aboyait. Il s’est extrait de dessous l’armoire pour se mettre sous la table.
Quand il m'a vu avec le collier dans la main, il s'est aussitôt levé en tentant de m’échapper. Je me suis approché de lui doucement avec le collier.
- « Calme, mon bon ami. Je sais que vous n'aimez pas vous laver, mais un bain vous sera profitable ! »
Il empestait, il sentait la charogne… Cela faisait un mois qu'il n'avait pas été baigné.

- « S'il te plait, mon ami ne fait pas l'enfant têtu ! »

Avec ses yeux tristes, il me regardait avec méfiance.

- « Calme, mon petit» lui dis-je ! Mais il se mit à aboyer en se serrant contre le mur…
Rapidement, je lui mis le collier au cou. Il tenta de réagir, mais il se sentait déjà dominé. Je commençai à le tirer doucement et l'emmenai près des seaux.
Avant, pour m’échapper c’était pire, car il courait dans tout l'appartement. Une fois, il est tombé dans la cour, d’une hauteur de trois mètres, mais grâce à Dieu, il ne s’est rien cassé. Après une grande lutte, je l’ai baigné. Maintenant il est couché dans son coin favori, sur un morceau de tapis afghan que j'ai gagné chez une dame où j'allais faire le ménage pour jeter les choses qui étaient entassées dans son grenier.

Faim a les yeux fermés ; je l’ai couvert avec un large essuie-main décoré du signe du Scorpion. Tout ce que j'ai ici, je l'ai gagné ou je l'ai trouvé... Jusqu'à la nourriture, même si parfois j'en achète.


O9:30 - J'entends mon programme favori de Choros dans la radio Université FM. Avec ce programme, je me retrouve dans le temps passé, quand j'avais une famille, une femme et mon fils, avec lesquels j’ai habité dans une cabane de paille. Tout à l'heure je vous raconterai cette histoire.


Mon bon ami Faim continu à faire sournoisement semblant de dormir. Les rayons du soleil envahissent tout l'appartement par les portes-fenêtres. Une brise fraîche comme une odeur d'eau salée vient des grands navires ancrés au loin dans la baie de São Marcos. Tout est silencieux. Ma chaise à bascule est près du balcon, la petite radio joue en haut volume avec la beauté du choro. Le choro, c'est un rythme de musique typiquement brésilien avec des cordes, des percussions, c'est de la famille de la samba.

10:00 -Le programme est terminé. J'ai arrêté la petite radio, je me suis levé de la chaise à bascule, puis j'ai laissé le livre "Candide" sur la petite table. Une gorgée d'eau-de-vie...
Monsieur Faim, couché dans son coin, ouvre un oeil en me regardant. Je vais descendre dans la cour, et allumer le feu pour préparer le repas. Le menu d'aujourd'hui : macaronis mélangés avec de la viande séchée, du lard fumé, de la saucisse, du fromage, jambon, mortadelle et des oeufs, le tout coupé en petits morceaux pour une salade basique. Je prépare aussi une carafe de café. Monsieur Faim se met à aboyer du haut du plancher.


- « Mon ami attend un peu, notre nourriture va être très bonne !» lui dis-je. Il balance sa queue avec approbation… il adore les macaronis.

Une demi-heure après tout est prêt pour le déjeuner. La grande casserole de macaronis fumants sur la table couverte avec une belle nappe de tissu écossais posée en dessous d'un plastique transparent. Les deux plats et les fourchettes. Le bol de salade. Une demi-bouteille d'eau-de-vie. J'appelle mon ami Faim pour qu'il s'installe sous la chaise à mes côtés. Il s'assied et tire la langue.


- « Très bien, mon bon ami» - dis-je en mettant les macaronis dans son plat.

Un typique déjeuner du dimanche avec mon ami. On a beaucoup mangé, mieux, on a beaucoup bavardé lui et moi, tout en prenant des gorgées d'eau-de-vie.
Je dois dire qu'il est un bon auditeur, il entend tout sans intervenir. Quand j'ai fini de parler, il aboie et remue la queue. Il est très intelligent et très amical. On cohabite depuis cinq ans, depuis que l’ai trouvé dans la poubelle du marché. Grand, sale, blessé, gémissant bassement. Il tremblait de froid. Pauvre chiot, abandonné tout comme moi. Nos yeux se sont croisés et j'ai eu pitié de lui. Alors, je l'ai adopté, je l'ai soigné et j'ai guéri ses blessures, je l’ai appelé Faim parce qu’il réclamait tout le temps à manger. Depuis, nous ne nous sommes jamais séparés. Toujours ensemble, là où je vais, il va aussi. Il ne m’abandonne jamais, même pas quand je suis très saoul et que je sommeille sur le trottoir. Il reste couché près de moi, me surveillant. Un vieil ami me disait qu'un bon mendiant se devait d'avoir deux choses dans la vie : une brouette pour gagner sa vie et un bon chien pour le protéger. C'est vrai !


Après notre copieux "banquet" nous avons été nous coucher. Monsieur Faim sur le tapis, et moi, un peu saoul, j'ai attaché le hamac près d'une porte-fenêtre.


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