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 Les Nouvelles Chroniques du Houtland. Chasseurs d’émotions.

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Pascal
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MessageSujet: Les Nouvelles Chroniques du Houtland. Chasseurs d’émotions.   Mar 12 Avr - 15:55


“Deux barbaries sont plus que jamais alliées. La barbarie venue du fond des âges historiques qui mutile, détruit, torture, massacre, et la barbarie froide et glacée de l’hégémonie du calcul, du quantitatif, de la technique sur les sociétés et les vies humaines.” Edgar Morin.

Que peut-il manquer de fondamental à notre société tumultueuse? Vouloir écrire une chronique, c’est s’intéresser d’abord à l’humain et même si l’acidité des propos est parfois provocante, on ne peut écrire sur ses contemporains en voulant se mettre en dehors de l’assistance, sur le banc de touche… Le gazetier est souvent pontifiant, voire condescendant avec ses semblables, ce qui est présomptueux, et je dois le dire,  toujours blessant.
Je cite pour exemple, la propension au dédain  que j’ai souvent affiché pour les émissions de télévision populaires sur les sujets  les plus variés qui font florès sur les écrans depuis quelques années maintenant : concours de cuisine, mode, survie en milieu hostile,  relations humaines et surtout recherche de relations humaines…
Tel un moderne Monsieur Jourdain, j’ai eu très souvent la tentation de froncer le nez d’un air apitoyé sur les emballements de mes familles et connaissances à l’égard de ces tranches de vie médiatiques parfois enluminées fort habilement. Les maisons de production audiovisuelles sont d’énormes machineries et nul n’est dupe sur les préparations, castings préalables et réécritures de scénaristes spécialisés et pourtant… Pourtant, quel que puissent être nos thèmes de prédilection, nous regardons toutes et tous au moins une de ces émissions, parfois en catimini, affirmant haut et fort, le lendemain à la machine à café qu’il en est rien, et que ces fadaises nous indiffèrent…
C’est envisager une récréation de l’esprit finalement, et ce n’est pas un engouement moderne, c’est même un phénomène très ancien. Nous aimons à regarder vivre les protagonistes d’un challenge, d’un défi, d’une mise à nu des sentiments humains même si nous savons quelque part, que tout cela est en partie orchestré. Dans ces émissions comme dans la vie, comme dans les fictions, livres ou films, il y a des gentils, des méchants, des naïfs et des manipulateurs, des rigolos et des dépressifs... On se prend à apprécier celui-ci ou à détester cette candidate, ce grand là nous fait rire, cette fausse blonde nous irrite... c’est notre nature finalement, nous aimons à éprouver des sentiments envers des  gens que nous croisons par écran interposé. Ce n’est pas blâmable, c’est même ce que souhaitent les réalisateurs de ces émissions, et le pari est très souvent réussi. La phrase d’Edgar Morin inscrite plus haut n’est pas vide de sens, notre société est technique, froide, nous paraissant dénuée  de toute humanité. L’utopie architecturale  du village vertical de Le Corbusier s’est révélée un échec, voire, une catastrophe pour la qualité des rapports humains dans l’urbanisme moderne. La place du village  a été remplacée par l’utopie virtuelle des réseaux sociaux, à une époque où l’échange de la parole véritable fait peur au plus grand nombre. Il suffit de voir les dernières assemblées du mouvement “Nuit debout” pour s’en apercevoir, l’homme a besoin de se confier, de parler et de communiquer véritablement, c’est un processus inter générations.  L’être humain a le pouvoir de ressentir : colères, peurs, chagrins, joies… L’entreprise ancienne ne peut ignorer l’émotionnel des rapports humains dans le fonctionnement de l’économie, certains (très peu) commencent à le pressentir et à considérer l’homme dans sa complexité, innovant dans une nouvelle manière de travailler. Nous possédons le sentiment d’exister dans la convivialité, d’ailleurs beaucoup de gens apprécient davantage le fait de regarder ces émissions en groupe et de pouvoir en discuter. C’est également un fait… Les réseaux sociaux ne suffiront jamais à pallier à l’absence de débat réel, Les antagonismes tapés sur un clavier  à la hâte par un  groupe inexistant dans la réalité physique dépossèdent les émotions de leurs authenticité. Internet est un filtre (parfois, il faut bien  avouer que c’est mieux...).
Ainsi, j’ai mis de l’eau dans mon vin et si l’amour n’est pas toujours dans le pré et que le Top chef de l’année n’est pas ce charmant jeune homme qui ressemble au petit cousin, il reste vrai que ces émissions sont pour certains passionnantes, pour d’autres agaçantes voire considérées comme “débiles” mais ne laissent pas indifférentes, à notre époque blasée, c’est déjà beaucoup. Les femmes et les hommes de ce pays ne sont pas différents des autres peuples de l’humanité, ils ou elles sont des “chasseurs d’émotions”. La télévision en est l’un des vecteurs, il faut simplement avoir l’esprit critique sans être intolérant, et ne jamais oublier que cela reste une fenêtre allégorique de nos aspirations humaines les plus profondes.
J’avoue, pour mon cas,  que mon sofa possède les vertus magiques et soporifiques propres aux gens de mon âge et pour conclure cette nouvelle chronique un peu légèrement je citerai Jean-Philippe Toussaint :
“Or, c'est pourtant comme cela qu'il faudrait regarder activement la télévision : les yeux fermés.”

Mais cela ce concerne que votre serviteur...
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Les Nouvelles Chroniques du Houtland. Chasseurs d’émotions.
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