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 Terroirs

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Anne
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MessageSujet: Terroirs   Sam 30 Juin - 23:14

Flamboyants des serres et valats

(je me fais plaisir) le monsieur en question c'est mon papa.

http://perso.orange.fr/fromveur/terroirs.htm

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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 7:15


Je viens de lire les beaux textes de votre père, il me revient Anne, que les parents de mon grand-père étaient tisserands (telayre) dans un petit village accroché au col de Bonnecombe au sud de Nasbinals. Village peuplé de forts gaillards qui mourraient tous à plus de quatre-vingts ans malgré les mauvaises conditions de vie. Ils durent fermer leur atelier à cause de l’arrivée à Saint Geniez d’Olt (12) et Marvejols (48) d’entreprises de tissage mécanisée. Cynisme du capitalisme ou de la bêtise humaine, tous les jeunes chassés des montagnes ne moururent pas à la grande boucherie du début du XXe siècle, il restait quelques filles que la misère chassa pour monter à Paris répondre à l’appel de la vie à elle-même. Quatre-vingts ans après leur arrière petit fils, rencontrait une bretonne qui comme beaucoup au début des années soixante-dix entreprenait des stages de tissages en pays du Rouergue (12) . Le modernisme avait tué une culture, un autre allait créer un autre couple. Comment aurait-il pu en être autrement, au milieu d’une beauté si grandiose.


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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 7:16

c'est la vallée de la Vigerie
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groyo
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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 7:46

quelle magnifique région ! une grande émotion pour moi qui ai adopté ce pays dès mon premier séjour.
des paysages grandioses. des gens attachants. une histoire riche. un environnement encore relativement préservé. du bonheur.
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Anne
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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 13:37

Je vous remercie tous les deux, mais il y a confusion, mon papa n'est pas l'auteur, mais l'homme des bois Jourdan Salvetti dont il est fait hommage dans "Flamboyants des serres et valats". Nous sommes ses enfants Jeff, la genette et moi.

(bizarre je n'arrive pas en enlever ce gras, veuillez m'en excuser).

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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 14:11

Antoine Peillon
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Cévennes

Flamboyants des serres et valats

Jourdan Salvetti fut garde des Eaux et Forêts, dans le Bougès, pendant une vingtaine d'années. Au début de l'été soixante-douze, près du Plo de l'Estrade (draille du Languedoc), sous un chemin de débardage qui traverse un ruisseau, il eut la chance de voir une loutre. « Moi, j'étais un peu plus bas, raconte-t-il, assis contre un sapin, pour casser la croûte. Elle est descendue vers moi, sur la rive, puis elle a plongé dans le ruisseau, sous un amas de racines. Je suis resté au moins une heure à attendre pour la voir à nouveau, mais elle n'est pas ressortie. »

Les loutres... Si le forestier n'en avait encore jamais vues, il en avait tout de même en­tendu parler. A l'époque, à Vialas, le maire racontait qu'il en avait rencontré à plusieurs reprises sur le Luech, avant Génolhac. Quand il allait à la pêche, il était aussi tombé sur des arêtes de truites posées sur des pierres.

Au cours de sa carrière en Cévennes, Jourdan Salvetti a observé beaucoup de martres et de genettes. Dans la forêt du Bougès, il y avait un petit ruisseau où il aimait pêcher. « Un jour, se souvient-il, je casse mon fil. Alors je monte sur un rocher plat pour réparer ma ligne. Je sors mes lunettes et, tout d'un coup, j'entends un cri, comme un pleur. Je me retourne et trouve une petite martre qui avait l'air désorientée, juste derrière mon dos. Je l'ai caressée un petit peu, puis laissée et je suis parti. Arrivé à la voiture, je me suis aperçu que, sous le coup de l'émotion, j'avais oublié mes lunettes près du ruisseau. Je ne les ai jamais retrouvées ! » Chasseur épisodique, dans les années cinquante, Jourdan Salvetti a rapidement rangé son fusil au râtelier. « Tous les animaux, on s'y attache quand on les re­garde, explique-t-il. Les lièvres, les sangliers... » Un soir, alors qu'il inspectait des semis de pins, un gros solitaire a failli lui passer entre les jambes en courant. Et Jourdan Salvetti rit encore de sa peur du moment.

A cette époque, vers 1960, il n'y avait pratiquement plus de cerfs, sauf sur le mont Lozère. Les chevreuils n'existaient pas en Cévennes, alors qu'ils sont aujourd'hui très nombreux. Le forestier s'intéressait aussi aux nombreuses essences d'arbres qui avaient été acclimatées, au début du siècle, dans l'Aigoual et le Bougès, par Georges Fabre. Aux Douglas, surtout ! On lui avait aussi parlé d'un noyer du Canada, planté dans son district, mais qu'il n'a jamais trouvé. « Je me souviens, dit-il avec nostal­gie, de ma première plantation, le 3 novembre 1958 : c'était des sapins des Vosges ».

Gérard Ménatory, « l'homme aux loups » du Gévaudan, n'avait pas trois mois quand il fut amené à la maison du Minier, dans l'Aigoual, où son père était forestier. C'était au mois de février, il y avait un bon mètre de neige et il faisait 15° au-dessous de zéro. L'enfant fut transporté dans un traîneau tiré par des boeufs. Dès son plus jeune âge, Gérard Ménatory eut la passion des rapaces dont il cherchait les nids, faisant des croquis, marquant les arbres occupés par les buses, faucons, éperviers, autours des palombes...

D'ailleurs, son père, chasseur de grives comme tous les hommes des Cévennes, était respectueux des oiseaux de proies qui ne bénéficiaient pourtant alors d'aucune protection. De même, il ne tirait jamais sur les renards, alors qu'il élevait des lapins en liberté autour de sa maison. Les nuits d'été, il emmenait souvent son fils observer les mulots dans les prairies, au clair de lune. De renards en buses, il était naturel que Gérard Ménatory s'inté­resse un jour à de plus grands prédateurs : le loup bien sûr, et l'aigle royal dont il fut, en France, l'un des premiers protecteurs. Au milieu de notre siècle, il restait encore une quinzaine de couples d'aigles en Lozère, mais une prime était offerte au chasseur qui rap­portait une serre. Quand un couple était détruit, le jeune Ménatory grimpait jusqu'au nid pour récupérer les petits qu'il élevait avant de les relâcher.

Aujourd'hui, les aigles sont encore moins nombreux, reboisements et raréfaction du lapin de garenne obligent. Mais certaines espèces ont, elles, tout à fait disparu des Cévennes. Gérard Ménatory se souvient encore du « plaisir fou » qu'il éprouva, adoles­cent, quand il vit, près de la maison de son père, dans un chemin bordé de sorbiers des oiseleurs, une gelinotte ! Cette reine des bois ne reviendra dans les massifs de l'Aigoual ou du Bougès que lorsqu'on l'y réintroduira, comme ce fut déjà tenté pour le grand tétras. En attendant, les oiseaux migrateurs ne manquent pas pour scander le temps qui passe. A l'arrivée des hirondelles, des huppes et des traquets motteux, c'est le printemps qui s'an­nonce. Vient ensuite le cortège des circaètes Jean-le-Blanc et des bondrées apivores. Plus précisément, la grive musicienne apparaît très tôt, avant la grive mauvis. A l'inverse, les grives litornes arrivent à la Toussaint, pour annoncer le mauvais temps. Les migrations sont le « calendrier volant » de ceux qui vivent dehors.

Mais c'est au plus près du sol que les gens des Cévennes vivent aussi les saisons. Parce qu'en climat rude, quand le médecin et la pharmacie sont loin, il est vital de ne pas laisser échapper le peu que la terre offre à chaque moment. A Vialas ou à Pont-de-Montvert, au­trefois au Mas Camargues, les menthes et la mélisse sont récoltées pendant leur "montaison". Le thym doit être cueilli juste avant la floraison, mais le lierre, le marrube blanc et la sauge officinale, dès leurs premières fleurs. En revanche, la sarriette, l'origan vulgaire (dit « thé des bergers »), le romarin, la germandrée petit-chêne et les crapaudines doivent aller jusqu'à leur plein épanouissement.

Le printemps est l'époque du nettoyage intérieur, de la cure de désintoxication. Purger le sang et le foie "chargés" par une alimentation hivernale trop riche en sauces et graisses animales : il suffit pour cela d'une bonne décoction de racines de barbane fraîche, prise pendant deux ou trois semaines, ou de germandrée petit-chêne, de petite centaurée... Ce qui compte en matière de purification, c'est l'amertume. Il faut bien quelque épreuve pour mériter le bien-être et garantir sa vie contre les maladies et le mauvais sort.

Ces ri­tuels prophylactiques culminent le 24 juin, pendant la nuit de la saint Jean. Dans les mas des montagnes, au flanc des serres, au bord des valats, des feux sont al­lumés sous les étoiles. Le vin du Languedoc et la danse favorisent les rencontres et nouent parfois des destins. Une jolie fille saute trois fois au-dessus des flammes ; elle se mariera dans l'année. Autrefois, il n'y a pas si longtemps, on passait de même les petits enfants trois fois par le brasier, pour les protéger des maléfices. Les cendres des feux de la saint Jean, portées sur soi, dans des petits sacs de toile, éloignaient les serpents et la foudre. A l’aube du 25 juin, les bergers des Cévennes font encore passer leurs bre­bis par le foyer éteint, pour les prémunir contre les maladies et principalement le piétin.

Feux d'aujourd'hui, qui ne sont pas sans rappeler le « grand brûlement » de la guerre des Camisards. En octobre 1703, le maréchal de Montrovel et ses dragons incendièrent les maisons de près de 500 bourgs, villages et écarts, pour empêcher les huguenots insurgés d'y trouver un abri. De leur côté, les Camisards du mont Lozère, conduits par Joini (ou Jouany), brûlèrent quelques unes des vingt-deux maisons de Runes où s'étaient réfugiés des catholiques. Ils brûlèrent aussi, en janvier 1703, la caserne de Pont-de-Montvert, où des mercenaires du Roussillon, particulièrement sanguinaires, se tenaient en garnison. La commanderie des chevaliers de Malte, à L'Hôpital, eut le même sort. En Vallée Longue, l'église, puis le château de Vimbouches furent la proie des flammes. En Vallée Borgne, l'église Saint-Marcel-de-Fonfouihouse, le château des Plantiers et tout le hameau de La Hierle sont partis en fumée.

Entre les Cévenols et le pouvoir central, entre protestants et catholiques aussi, l'histo­rien Philippe Joutard a déjà expliqué pourquoi « il a fallu attendre la deuxième partie du XX ème siècle pour qu'un apaisement véritable soit possible ». Car la guerre des Camisards, c'est l'événement « qui focalise la mémoire et crée la rupture : le sang, le feu. » En fait, il faut peu de chose pour que le sang cévenol s'enflamme à nouveau. Le projet d'un barrage au lieu-dit La Borie, sur le Gardon de Mialet, a été judicieusement abandonné face à la révolte armée qui s'organisait à Saint-Jean-du-Gard, Mialet et Saint-Etienne-Vallée-Française. C'était en août 1990.


La prospection réalisée par les agents de terrain ou du service biologie du parc national des Cévennes a démontré que la loutre est présente sur quelques kilomètres du Luech et semble se cantonner aux environs de Chamborigaud. Elle est aussi repérée sur le Lot, en aval et en amont de Mende, et sur un de ses af­fluents, le Bramon, jusqu'au village des Faux de façon certaine et peut-être jusqu'à l'étang de Barrandon. Sur le Tarn, des indices de présence (épreintes) ont été retrouvés du mas Camargues (1400 m d'altitude) à Sainte-Enimie (460 m). Des affluents du Tarn accueillent aussi des loutres plus ou moins régulièrement : l'Alignon, le Tarnon, la Mimente et peut-être la Dourbie.


Gérard Ménatory, ancien journaliste du quotidien Midi Libre (chef d’agence à Mende) de 1952 à 1985, créateur du parc d’observation des loups du Gévaudan (à Saint-Léger-de-Peyre) et auteur de nombreux ouvrages sur le grand prédateur qu’il aimait tant, s’est éteint dans la nuit du 4 au 5 août 1998.
http://ec1.images-amazon.com/images/I/51SQCWKQQML._SS500_.jpg


Florac.


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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 14:12

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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 15:41

Si tu continues comme ça, Errance, tu vas nous le faire pleurer, le trio infernal et il faudra au moins un parapluie pour nous abriter des larmes!


pluie



Ceci étant, bien belle histoire!
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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 15:42

Justement je ne sais pas Errance, j'ai envie de prendre contact avec lui. De toute façon il va retrouver le navire car dans ses stats il va arriver ici par le lien que j'ai mis. Peut-être en serons nous plus ?

Je te remercie c'est bien notre père et à relire tout cela je l'entend enfance parler, raconter, beaucoup de souvenirs reviennent à moi. Pour ceux qui m'ont connus dans leur jeunesse je suis Anne Marie Salvetti la soeur cadette.bea

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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 16:04

Vrai jolie histoire en tous cas. Merci.
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MessageSujet: Antoine Peillon   Dim 1 Juil - 16:50

Après quelques recherches sur l'auteur de Terroirs.

http://www.loup.org/spip/

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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 16:51


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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 16:52


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MessageSujet: Re: Terroirs   Dim 1 Juil - 16:53


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MessageSujet: Re: Terroirs   Mar 3 Juil - 16:13

L'homme qui parlait à l'oreille des brebis.

On l'appelait "le berger". Il était l'un des derniers pâtres de village de la Lozère où, au fil des années, les clôtures ont remplacé les hommes. Celui-là officiait à La Garde-Guérin, une petite commune fortifiée du XIIème siècle, située entre Villefort et Langogne.

Gustave T. 82 ans, est mort la semaine dernière dans un de ces prés où il avait toujours vécu. Son corps a été découvert jeudi matin par les gendarmes, à 4 km de La Garde Guérin, à trente mètres de ses chaussures ôtées au bord d'un ruisseau. "Le berger" était étendu sur le ventre, le visage enfoncé dans l'herbe, une main posée devant la tête. Une position identique à celle qu'il prenait pour la sieste quand, sur les coups de 15 heures, on le voyait tomber comme une masse sur ses deux genoux, puis plonger de tout son long dans l'herbe.

"Parfois, des touristes le croyaient victime d'un malaise et lui portaient secours. Je peux vous dire qu'ils se faisaient recevoir ! C'était sa façon de s'allonger. Cà a été sa façon de mourir" constate, très ému, Gilles P., son dernier employeur.

"Le berger" est mort d'épuisement. Parti mardi en fin d'après-midi vérifier si les brebis ne mangeaient pas trop de châtaignes, il s'est perdu, surpris par la nuit et le brouillard. Ces dernières années, les jambes se faisaient vieilles, la vue moins bonne. Mais Gustave ne voulait pas renoncer.

Certes, les clôtures gardaient les brebis à sa place. Mais de vulgaires fils de fer ne pouvaient avoir le "souci des bêtes". Lui seul savait ce qui était bon ou mauvais pour elles. Combien de fois avait-il répété à son employeur :"Attention, il ne faut pas qu'elles mangent trop de châtaignes, autrement elles vont bomber (grossir) ?"

Le son des cloches

Les brebis du "Gilles", c'était un peu les siennes. Il connaissait leurs noms, leurs histoires. Il prêtait à chacune des qualités et des défauts. Celle-ci était capricieuse, celle-là coquette. Il leur parlait en patois parce que, disait-il, "elles ne comprennent pas le français". "Dès qu'il levait la voix, vous voyiez leurs oreilles se dresser. Et selon sa manière de parler, les mots qu'il employait, elles se comportaient d'une façon ou d'une autre" raconte Gilles P.

Le soir, il n'avait pas besoin de les compter pour savoir qu'il en manquait une, deux, voire trois. Il lui suffisait de dénombrer les noires (10 % du troupeau), les bouchardes (têtes noires). Et de se fier au son des cloches la "clapita", "la clape", "l'esquille".

Gustave T. connaissait ainsi un tas de "trucs". Des trucs appris de bouche à oreille, au fil des villages, des foires, des "patches" (tape dans la main lors des ventes de bêtes), au bout de plus de 70 ans de vie. pastorale. "C'est tout juste s'ils savait se signer mais il avait une connaissance des bestioles hors norme. Je n'en serais pas là où j'en suis sans lui", reconnaît Gilles P.

L'exploitant agricole n'était pas né que son employé était déjà berger à La Garde-Guérin. L'homme est arrivé sur les lieux en 1966, il avait alors 49 ans dont 32 de métier derrière lui. A l'époque, les pâtres "se louaient" à un village. Et étaient payés, nourris et blanchis au prorata des bêtes de chaque exploitation. Vingt brebis valaient un repas, cent brebis, cinq repas.

La Garde-Guérin a été le onzième et dernier village de Gustave T. Là, "le berger" a assisté à la modernisation agricole, à l'augmentation effrénée des charges sociales pour ses employeurs. Il a d'abord travaillé pour huit éleveurs, puis quatre et enfin un seul qui, la retraite venue, a loué ses terres à un jeune agriculteur formé "à l'école". Sacrilège. Lui, ne savait ni lire, ni écrire et ne pouvait compter que par unités. "Il me disait toujours que pour être pastre, y'a pas besoin d'école, c'est donné ou pas", se souvient Gilles P.

Droiture

Orphelin - sa mère est morte quand il était très jeune - puis célibataire endurci le berger avait en quelque sorte été adopté par le village. On aimait sa discrétion, sa droiture. "Il mangeait à la table des uns et des autres mais ne révélait jamais rien de ce qu'il savait sur vous", explique Léon F., son ancien employeur, aujourd'hui retraité. Et son fils Stéfan, 30 ans, officier dans la marine, de préciser : "Il faisait partie de la famille. J'ai passé mon adolescence à ses côtés. Il m'a fait rêver. Il m'a fasciné. Mon seul regret, c'est qu'il n'ait pas voulu apprendre à lire et à écrire' en même temps que nous à la maison."

Petit pactole

A la retraite depuis presque vingt ans et en possession d'un petit pactole économisé tout au long de sa vie de berger, Gustave T. vivait dans une chambre sommaire avec pour seul confort une paire de jumelles, un vieux transistor, un rasoir électrique et une télévision qu'il ne regardait jamais.

La maison de retraite, les voyages organisés pour les personnes âgées, il ne voulait pas en entendre parler. Quant à l'hôpital, il en avait une peur bleue. Il ne s'y était rendu qu'une seule fois. Pour une hernie. Deux heures après son opération, il avait arraché son drain, sa transfusion, et avait cherché à s'enfuir.

Il était sans doute l'un des derniers représentants d'un mode de vie disparu. Il était la mémoire collective de La Garde-Guérin mais également de toute une région. Pourtant, les seules photographies qui existent de lui ont été prises par des touristes. Elles étaient sa fierté. Il les rangeait précieusement dans une boîte à chaussures. La plupart étaient accompagnées de petits mots : "Nous avons rapidement sympathisé. Comment pouvait-il en être autrement avec un homme comme vous ? Votre souvenir reste très ancré et vivace en moi. Je remercie le Seigneur qu'il m'ait mis sur votre route", écrivait en juillet 1996, Arnaud, un vacancier lillois.

(d'après J.-M. Decugis Le Figaro - 25/10/1999)









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MessageSujet: Re: Terroirs   Mar 3 Juil - 16:35

Jonquille (et vous tous) à lire, "Hilaire Marty, paysan du Causse"
je vais me citer, un extrait d’un article que j’avais publié à la sortie du livre: « bouleversante (l’auteur Thérèse Rébé)…..n’écrit pas par amour ou passion de la plume, elle écrit pour son personnage, pour préserver l’essentiel, la vieille complicité de l’homme et de la nature.
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MessageSujet: Re: Terroirs   Mar 3 Juil - 22:13

Ho là... il est bien ce mec là... il me plait tout plein lui... enfin un qui ne la ferme pas quand il faut l'ouvrir... et au risque de prendre des risques... et alors l'histoire de papa Salvetti et quelques autres... un peu arrangées... je les verrais bien dans mes contes "Ballade Occitane" ou "Conte sous le figuier"...

Mais pour ça il me faudrait son autorisation... MMMMM je ne vais pas tarder à lui casser les pieds tiens!!!!

Merci Anne... je suis pleine d'envie de DIRE... ça faisait lontemps... merci Antoine aussi et surtout quand même....
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MessageSujet: Re: Terroirs   Mar 3 Juil - 22:44

Il faudrait voir si il y a un mail quelque part pour le contacter, demain je m'en occuperais si je trouve.

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