Le bateau ivre



 
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 SUR L'HUMUS DU PASSE

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aristee
Sacrée Pipelette
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MessageSujet: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 1 Nov - 8:09

CHAPITRE 1





Bachotage

Allongée sur le dos, dans l’herbe haute, légèrement surélevée sur ses coudes, Caroline sentait qu’elle faisait partie intégrante de la nature qui l’entourait. Des abeilles qui butinaient autour d’elle et bourdonnaient contribuaient à créer une ambiance sereine, heureuse. Tout là haut, des hirondelles et des martinets tournaient dans un ciel bleu, pur, sans le moindre petit nuage.

Pourtant, des larmes finissaient de sécher sur les joues de Caroline, qui dans cette ambiance paisible sentait son désarroi s’estomper.

Elle avait toujours aimé venir en cet endroit, une prairie en pente, au bout de laquelle un petit ruisseau coulait, abrité sous une voute de saules et d’aulnes.

Elle venait s’y réfugier pour calmer ses petits chagrins d’enfant. Mais cette fois ci, c’était sa première grande tristesse d’adulte.

Oh certes, il n’y avait rien d’original dans son désarroi. Mais pour elle, qui n’avait jamais connu ce sentiment, cela prenait des proportions considérables.

En arrivant là, il y a une demi-heure, elle estimait, en toute bonne foi, qu’elle était la jeune fille la plus malheureuse du monde, et que jamais avant elle, un être humain n’avait autant souffert.

Maintenant, intégrée dans une nature merveilleuse, elle commençait à penser, que peut être, son grand malheur, ne durerait pas toujours, et, de fait, il commençait déjà à s’estomper.

Ses cheveux blonds, qui ondulaient naturellement tombaient sur les épaules, et flottaient légèrement sous la petite brise qui rafraichissait l’air. Des yeux noisette qui s’étiraient vers les tempes, et des pommettes hautes lui donnaient un peu le type oriental. La poitrine, bien moulée dans une petite robe verte, très simple, la taille fine, elle offrait un spectacle charmant.

Malheureusement, il n’y avait pas de spectateur. Sauf une vache, à une trentaine de mètres, qui de temps en temps s’arrêtait de brouter pour regarder la jeune fille.

Un dernier sanglot qui secoua la poitrine de Caroline, la fit sortir de son engourdissement, et elle se leva pour, à travers les herbes, rejoindre le chemin sablonneux qui menait à la maison.

Un brin d’herbe entre les dents, elle avançait lentement, quittant à regret ce havre de paix qui était parvenu à engourdir sa tristesse.

Après tout, ce qui lui arrivait n’était pas terrible. Son lointain cousin Yves, qui devait venir passer les vacances de Pâques, venait de prévenir qu’il ne viendrait pas, un copain l’ayant invité en Angleterre.

Difficiles à comprendre les garçons. Comment préférer aller voir un copain en Angleterre, pays où l’on dit qu’il pleut tout le temps, plutôt que de venir ici, où le temps et le paysage sont merveilleux, et surtout, surtout, où elle se trouvait, elle, Caroline ?

En plus d’être incompréhensible, c’était vexant. Son amour propre en avait pris un coup. Elle était cruellement déçue parce qu’Yves tenait une très grande place dans son cœur, et, la prochaine occasion de se voir, les grandes vacances paraissaient loin, très loin, et peut être même n’arriveraient- elles jamais…. Le temps est, quand on est jeune, quelquefois difficile à évaluer.

En arrivant devant sa maison, sa tristesse s’était estompée, et elle en arrivait même à trouver qu’Yves était un nigaud en préférant aller dans un autre endroit du monde, alors qu’il avait la possibilité de venir dans un lieu paradisiaque, où elle se trouvait, elle..

Elle estimait beaucoup moins ce pauvre Yves, et chacun sait que sans estime, un autre sentiment plus doux, ne peut prospérer.

En ce mois d’avril 1990, la chaleur était déjà élevée, et Caroline songea que jouir d’une journée magnifique était bien, mais que dans deux mois, elle allait se présenter à sa première partie du bac, et qu’il serait bon, peut être, d’aller faire quelques révisions.

( A suivre)
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nane
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 1 Nov - 18:11

Le décor est planté bea
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aristee
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Lun 2 Nov - 8:37

Sur ce plan là, d’ailleurs, l’absence d’Yves serait bénéfique, car, lui présent, elle n’aurait pu consacrer beaucoup de temps à ses études.


En traversant le salon, elle vit sa grand-mère qui tricotait tout en lisant un livre. Elle avait toujours admiré sa Mamie qui pouvait tricoter sans regarder son ouvrage, et pouvait tourner les pages de son livre entre deux mailles.


Sans lever les yeux de son livre, Mamie demanda.

- Tu reviens de la prairie, ma chérie.

- Oui, Mamie. C’était merveilleux.

- Nous avons, c’est vrai le privilège de vivre dans une région bénie des Dieux. Quel est ton programme aujourd’hui ?

- Je vais aller réviser mes Sciences Nat.

- C’est bien. Mais ne t’abrutis pas trop. Tu es en vacances, il faut en profiter. Je dois aller faire des courses, as-tu besoin de quelque chose ?

- Non, merci. J’ai tout ici.

En souriant, Mamie ajouta

- Sauf Yves peut être, mais il viendra aux grandes vacances

- Oh, les grandes vacances c’est loin. C’est drôle d’ailleurs, parce qu’elles arriveront juste après le bac, or le bac me semble tout près et les vacances très loin.

- Travaille, bien sûr, mais arrête de te faire du mauvais sang pour le bac. Tu ne pourras pas échouer, tes moyennes sont toujours largement au dessus de 12.

- Mon professeur de maths, dis toujours qu’il n’y a que deux cas, dans lesquels un candidat peut aller tranquillement passer un examen. L’ignorance totale, ou la connaissance complète.

- Je suis certaine que tu es proche de la connaissance complète de tes programmes.

- Quel dommage, Mamie, que tu ne sois pas mon examinateur……


CHAPITRE 2

La Marseillaise

Nous allons laisser la jeune Caroline à ses révisions, car malgré l’optimisme de sa Mamie, elle était encore loin de la connaissance totale de son programme, et rejoignons Yves, ce vilain garçon, cause du grand chagrin de Caroline.

Au moment où cette dernière entrait dans sa chambre pour ingurgiter les connaissances contenues dans son livre de Sciences Nat, Yves, qui n’était pas du tout à Londres avec l’un de ses copains, était plus au sud, à Marseille, pour revoir Béatrice, la jeune fille qu’il avait rencontrée dans une surprise partie à Orange.

Elle avait fait une grande impression sur Yves, qui lui avait demandé son adresse pour lui écrire. Elle la lui avait donnée sans aucune difficulté, mais Yves, plutôt que de lui écrire, avait préféré venir la voir.

Elle habitait en plein Marseille, rue de Rome, et c’est d’un pas décidé et joyeux qu’il se dirigeait vers le domicile de sa belle.

Arrivé devant un grand portail et une porte latérale, à côté de laquelle figuraient une dizaine de nom, dont celui du père de Béatrice, Yves se rendit compte de la difficulté de sa démarche.

Il ne pouvait aller sonner, car il ignorait comment les parents l’accueilleraient. Et s’il fallait attendre que Béatrice, entre ou sorte de chez elle, cela pourrait durer pas mal de temps.

Pendant une demi-heure, il fit les cent pas devant la maison, et s’apprêtait à abandonner la partie, quand Cupidon sembla avoir eu pitié du pauvre Yves, qui vit Béatrice arriver en sens inverse.

Ils s’arrêtèrent simultanément alors qu’ils étaient à 5 mètres l’un de l’autre.

- Yves ? Que fais-tu là ?

Elle ne semblait pas particulièrement heureuse de le revoir, et il se demanda un moment s’il ne devait pas invoquer le hasard. Et puis, il se dit qu’il serait idiot d’avoir fait tant de kilomètres pour rien. Mieux valait savoir ce qu’elle pensait franchement de lui.

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Lun 2 Nov - 10:16

Alors là, quel menteur ! Mais bon, il est amoureux... Excusons le
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aristee
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MessageSujet: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 3 Nov - 8:12

- Tu m’avais donné ton adresse, et j’ai estimé, qu’au lieu de t’écrire, il était plus intelligent de venir te voir. Je ne te cache pas que
tu m’as fait une …. certaine impression, pendant la surprise partie chez Jeanne, et j’ai préféré venir pour avoir une conversation sérieuse et franche avec toi.
Voilà. Je t’ai répondu avec sincérité. Pouvons-nous aller discuter, à la
terrasse d’un café par exemple ?

Elle sembla hésiter un moment, puis finit par dire.

- Je dois rentrer chez moi assez rapidement. Une copine va venir me voir, pour me passer des cours. Je ne peux t’accorder au maximum qu’une demi-heure.

- Cela permettra de nous dire beaucoup de choses. Je suis là depuis un moment et j’ai repéré un café à 150 mètres, allons-y.

Chemin faisant, ils échangèrent des propos anodins, sur la surprise partie à laquelle ils avaient assisté, et sur Jeanne, qu’ils connaissaient l’un et l’autre.

Une fois installés à la terrasse du café, Yves pensa qu’il ne devait pas gaspiller le peu de temps qui lui avait été accordé.

- Tu sais, Béatrice, je ne vais pas te faire de grands discours. D’ailleurs les faits parlent d’eux-mêmes. Je suis venu d’Orange à Marseille en train. Or, à part toi, je ne connais personne dans cette ville.

Cela doit signifier quelque chose.

Cependant, je veux te mettre complètement à l’aise. Cette décision de venir, tu le sais, je l’ai prise seul, et tu n’as pas à te sentir engagée en quoique ce soit...

- C’est évident. Je ne t’avais pas demandé de venir. Tu as prévu de retourner chez toi ce soir ?

- Non. En tout état de cause, j’ai pris une chambre à l’hôtel et je ne rentrerai chez moi que demain.

Nous ne nous connaissons pas vraiment, et je crois avoir un esprit assez rationnel.
Je reconnais que cette espèce de …. coup de foudre que j’ai ressenti en te voyant la première fois, ne plaide pas en faveur de mon rationalisme, mais, crois moi je garde l’esprit clair.

Donc, nous ne nous connaissons que très peu, et ma venue à Marseille n’a qu’un but. Te demander de vive voix si tu veux bien que nous correspondions pour mieux nous connaitre ; Pour être plus direct, je dirai les choses autrement.

Si tu as la certitude que rien de sérieux ne pourra exister entre nous, tu me le dis franchement, demain je rentre chez moi, et jamais je ne reviendrai t’importuner.

Si tu n’as pas cette certitude, je te demande simplement de bien vouloir que nous correspondions pour mieux nous connaitre, et s’il n’y a pas d’obstacle, nous pourrions nous rencontrer de temps en temps. Je n’ajouterai qu’un mot : Je ne cherche pas une aventure.

J’ai beaucoup parlé, je t’écoute.

Béatrice avait écouté Yves, sans grande attention semble –t-il, et elle l’avoua assez sincèrement.

- Ne m’en veux pas, mais je n’ai pas écouté tout ce que tu m’as dit. J’ai des problèmes en ce moment qui occupent mes pensées. Ce que je te propose, c’est que nous nous écrivions, et nous verrons bien par la suite.

- C’est exactement ce que je venais de te proposer. Je veux que tu saches dès maintenant, que si je peux faire quelque
chose pour arranger ou diminuer tes ennuis, je suis là.

- Merci. Maintenant, il faut que je rentre, j’ai une copine qui doit m’attendre chez moi.

- Bon, d’accord, Je t’écris dès ce soir, et je te répète qu’en cas de nécessité, tu peux compter sur moi.


Béatrice se leva lui serra la main, et se dirigea vers son domicile.

Yves resta un peu plus longtemps à la terrasse du café, pendant qu’il voyait s’éloigner Béatrice. Il était évident qu’elle avait de gros problèmes, et il s’en voulait de ne pas s’en être rendu compte immédiatement.

Dans sa chambre d’hôtel, le soir même, Yves écrivit une longue lettre à Béatrice. Il était assez intelligent pour ne pas trop parler de ses sentiments. Puisqu’il fallait qu’elle et lui se
connaissent mieux, il s’attacha à parler de sa vie, de ses études, de ses projets, et renouvela son offre d’aide si elle le jugeait nécessaire.

Puis il écrivit une petite lettre, gentille mais assez insignifiante à Caroline, dont il n’ignorait pas les sentiments à son égard. Son cœur et ses pensées étaient tellement tournés vers Béatrice
qu’il posta les deux lettres à la gare Saint Charles, sans se rendre compte qu’il était censé, pour Caroline, être en Angleterre.

Aussi, lorsque 48 heures plus tard, Caroline reçut la lettre d’Yves, la colère prit le dessus sur la tristesse, et elle s’écriât :

- Oh ! Le sale menteur, l’infect individu ! Il me prend pour une idiote ? Il croyait que je ne remarquerais pas le cachet de Marseille ?
C’est la preuve qu’il n’est pas en Angleterre. D’abord qu’est-il allé faire à Marseille ? Il n’en parle pas dans sa lettre, mais il faudra bien qu’il me le dise !! Je le hais, je le hais !

Puis à voix basse, elle ajouta : Et pourtant je l’aime.

Après réflexion, elle se dit que si Yves n’était pas en Angleterre, il allait rentrer bientôt chez lui à Orange, et elle décida de lui répondre.


Mon cher Yves


Je viens de recevoir ta lettre, qui je ne te le cache pas, me perturbe un peu.


Tu sais que je dois passer mon baccalauréat dans deux mois, et
l’Angleterre fait partie de mon programme.


Je me faisais déjà du mauvais sang, tu me connais, je suis »
traqueuse » mais depuis la réception de ta lettre, je panique carrément.
Grâce (ou à cause) de toi, je sais maintenant que Marseille se trouve en Angleterre. Je me rends compte de mon ignorance, car ce n’est pas du tout là que je situais cette ville.


Tu m’excuseras de ne pas t’écrire plus longuement, mais tu comprendras parfaitement qu’il y a urgence pour moi d’aller réviser ma géographie.


Je te fais la bise


Caroline

Après relecture de sa lettre, elle se plut à imaginer la tête d’Yves la lisant, et elle ne put s’empêcher d’en rire.

Un rire qui ne dura pas longtemps et fut suivi immédiatement d’une crise de larmes.

Elle connaissait bien Yves. S’il avait voulu mentir, ce n’est pas par plaisir, mais parce qu’il y avait une importante raison, et cette raison ne pouvait être que l’existence d’une jeune fille à
Marseille.

Elle se sentait trompée, comme si Yves était son petit ami, et décida immédiatement que ce garçon ne pouvant garder
son estime, il fallait le bannir de son esprit, pour se consacrer à quelque chose de beaucoup plus sérieux : ses révisions.

Le troisième jour, alors que dans sa prairie préférée, elle était dans l’herbe, écoutant le ruissellement du cours d’eau à 20 mètres devant elle, elle jouissait d’un moment de repos entre ses
révisions de maths et celles de littérature, il lui sembla entendre quelqu’un qui venait derrière elle.

Sans doute sa grand-mère, qui quelquefois venait s’asseoir à côté d’elle, sans prononcer un mot, goutant avec sa petite
fille, la sérénité de ce coin charmant.

- C’est comme cela que tu fais tes révisions ?

Caroline sursauta. Ce n’était pas la voix de sa Mamie, mais celle d’Yves. Que venait-il faire ici ce menteur, cet infidèle ? Mais curieusement, cette pensée agressive s’accompagna d’une
grande joie intérieure.

Elle aurait voulu rester impassible et immobile, mais elle ne put s’empêcher de se lever, et de dire d’une voix joyeuse.

- Je ne t’attendais pas. Tu n’as pas aimé Marseille…..Et ses habitantes ?

- Je suis allé à Marseille…pour m’acheter une moto.

- C’est vrai que pour aller en Angleterre, une moto, c’est bien pratique.

- Quelle mouche t’a piquée ? Tu me sembles bien agressive !

- C’est peut être parce que je n’aime pas les menteurs.

Après un moment de silence, Yves reprit :

- Oh ! Tu ne vas pas en faire un fromage !! Je devais aller en Angleterre, c’est vrai, et puis, j’ai changé d’avis. J’ai préféré aller voir une personne à Marseille, j’y suis allé, et j’en reviens. Tout est donc très simple.

- Si ce n’est pas indiscret, qui est celle que tu appelles pudiquement « une personne » ?

- C’est une jeune fille que j’avais connue dans une surprise partie.

- Elle a du te faire un effet puissant pour que tu fasses tant de chemin pour aller la voir !

- J’ai fait moins de chemin pour aller la voir, que pour venir te voir, toi !

- Oh, moi !!! Ce n’est pas pour moi que tu es ici !

- Ah bon ? Et pour qui, selon toi ?

Faisant un arc de cercle harmonieux avec son bras, elle désigna la nature alentour

- C’est pour ce cadre et ce temps.

- Il faisait très beau à Marseille, et il y a des coins dans cette ville qui sont magnifiques.

- Bon. Arrêtons ! Tu es là pour combien de temps ?

- Je ne sais pas encore. Cela ne dépend pas de moi.

- Cela dépend de la jeune fille de Marseille ?

- Non, bien sûr que non. Que vas-tu imaginer ?

- Alors, cela dépend de moi ?

Yves esquiva la question avec l’un de ses sourires charmeurs

- C’est du domaine des possibilités.

- Donc, ce n’est pas certain du tout. Décidemment, tu sembles avoir beaucoup changé. Ce que j’aimais en toi, c’était que tu étais toujours direct, franc….Et tu es devenu tout le contraire.

Voulant rester sur le plan de la plaisanterie Yves demanda si cela signifiait qu’elle ne l’aimait plus.

Elle préféra ne pas répondre, et lui proposa de revenir à la maison.

Caroline n’avait pas les idées très claires. D’un côté, elle se sentait heureuse de la présence d’Yves à ses côtés, et d’autre part, elle réalisait que ce qu’elle venait de dire, spontanément,
sans réfléchir, était bien vrai.

Oui, il avait beaucoup changé. Auparavant, elle lisait en lui comme dans un livre ouvert, tant il était simple et sincère,
alors qu’il était devenu compliqué, menteur, et…..Elle avait du mal à lui appliquer ce qualificatif, mais il s’imposait : Yves était fourbe.

Comment pouvait-on changer à ce point. Ou, plus exactement, qui pouvait l’avoir fait changer à ce point ? La réponse s’imposait : La fille de Marseille.

Emportée par son imagination, Caroline imagina une jeune fille très belle, très aguichante, mais complètement pourrie à l’intérieur, dotée d’une liste impressionnante de défauts.

Ils arrivaient près de la maison, et perdus dans leurs pensées, ils n’avaient pas prononcé un mot, lorsque Caroline murmura. « Il ne faut pas se fier aux apparences »

Yves qui n’avait pas bien entendu la questionna :

- Je n’ai pas très bien compris. Tu as dit : Il ne faut pas……..Il ne faut pas, quoi ?

- Il ne faut pas se fier aux apparences.

- C’est une évidence. Mais pourquoi dis- tu cela ?

- Je me comprends.

- J’aimerais bien comprendre aussi. C’est trop te demander, si je te prie de t’expliquer.

- Si tu es intelligent, tu comprendras, si tu n’es pas intelligent, tu ne m’intéresses pas.

- Parfait. Comme je ne comprends pas, je suis un crétin, et le crétin te salue bien !

Et Yves se mit à courir pour aller prendre sa bicyclette contre le mur de la maison, et avec laquelle il était monté chez Caroline. Il l’enfourcha revint sur ses pas, et croisa la jeune fille
sans tourner la tête. Elle était figée sur place, littéralement foudroyée par la réponse et le départ inattendu d’Yves

CHAPITRE 3



Beaucoup plus tard

Cette petite dispute, avait toutes les apparences d’une petite brouille passagère.

Pourtant il fallut attendre 19 ans pour que Caroline et Yves se revoient, et, de plus, la rencontre fut fortuite.

Caroline avait poursuivi ses études, et obtenu une maitrise de droit. Elle avait travaillé durant 5 ans, comme cadre, dans un service contentieux, puis elle avait rencontré Paul, un homme
d’affaires séduisant, dont elle tomba follement amoureuse. Ils se marièrent et eurent une petite fille, Agnès, qui n’avait que 10 mois quand ses parents divorcèrent.

Le beau, le brillant homme d’affaires s’était révélé être un coureur impénitent, et un menteur, un fabulateur de tout premier
ordre.

A plusieurs reprises, Caroline pensa : Il ne faut pas se fier aux apparences, et chaque fois, cela lui remettait en mémoire la dernière scène qu’elle avait vécue avec Yves.

Qu’était il devenu ? Depuis près de 19 ans, elle n’avait pas eu une seule fois de ses nouvelles.
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 3 Nov - 10:11

Aristée, j'ai fait un brin de ménage, ce matin ton texte se répétait. Ha ! les mystères insondables des sites web saint

Ceci étant, j'attends la rencontre de nos deux héros, qu'est il devenu de son côté ?
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aristee
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 3 Nov - 10:20

Il faut dire que c'est très curieux. Je n'ai cliqué qu'une fois, le texte est passé deux fois, et comme toujours, démantibulé. De plus quelques passages sont dans des numéros de police différents.
Le texte passé n'est pas une nouvelle,mais un roman, c'est pourquoi je vais faire passer des extraits plus longs.
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mer 4 Nov - 7:45

Caroline avait 35 ans. Depuis deux ans, c’est elle qui dirigeait le service contentieux, et elle vivait à Avignon, dans un appartement confortable avec sa fille Agnès, âgée maintenant de 5 ans. Une « nounou- femme de ménage » s’occupait de la petite fille et de l’intérieur, ce qui permettait à Caroline de se consacrer, en dehors de son travail, à sa passion du tennis.

En ce samedi du mois d’Avril 2009, tenant la petite Agnès par la main, Caroline se rendait à son club de tennis. Plusieurs mères amenaient leurs enfants au club, aussi les parents pouvaient-
ils jouer au tennis sans trop s’occuper des enfants, eux-mêmes passionnés par leurs jeux, et surveillés par une personne du club chargée de la garde des enfants.

Dès leur arrivée au club, Agnès lâcha la main de sa mère pour se précipiter vers Nicolas, son habituel compagnon de jeu,
lorsqu’elle venait avec sa mère.

Rassurée, et persuadée que sa fille ne trouverait pas le temps trop long, Caroline se dirigea vers les cabines de femmes pour se mettre en tenue.

Lorsqu’elle en sortit, la raquette, sous le bras, elle trottinait vers les cours, lorsqu’elle heurta un homme lui-même en tenue de tennisman.

Ils se reconnurent simultanément.

- Caroline !

- Yves !

La première surprise passée, Yves prouva qu’il n’avait pas la mémoire courte.

- Tu vois, Caroline, je suis habillé en tennisman, j’en ai bien l’apparence, hé bien figure toi que je suis réellement un joueur de tennis.

- Toi, Yves, tu as une mémoire comparable à celle de la mule du pape d’Avignon, et comme cette dernière, tu ne m’as pas ratée…. Maintenant que tu t’es bien vengé, si tu me disais ce que tu es devenu.

En souriant, et avec cet air railleur qui avait toujours été le sien, il lui répondit qu’évidemment, ayant connu Caroline dans sa jeunesse, il n’avait jamais pu se marier.

Que néanmoins, un homme étant un homme, il avait eu deux ou trois compagnes, dont une actuellement le supportait depuis 18
mois.

- Tu as beaucoup de chance. Tu es tombé sur une sainte !

- Caroline, je voudrais te demander quelque chose

- Je t’écoute.

- Nous venons juste de nous revoir, et déjà nous nous lançons des rosseries. Cela peut être amusant, mais souviens toi,
c’est ce petit amusement qui nous a séparé durant…19 ans, Alors, je t’en prie, ne recommençons pas, et reprenons nos gentilles conversations d’antan.

- Tu veux dire d’avant ta petite amie marseillaise ?

- Tu as la rancune tenace. Remarque, cela flatte mon amour propre. Mais je vais te faire un aveu, et cette fois ci, mon amour propre va en prendre un coup : Je ne suis parvenu à rien avec cette marseillaise, dont nos rapports se sont bornés à
l’échange de trois ou quatre lettres.

- En tout état de cause, il y a prescription. Mais si tu me parlais un peu de ton activité professionnelle.

- J’ai créé un cabinet de recouvrement. Je m’occupe des mauvais payeurs, et je fais en sorte que des sociétés ou des
commerçants récupèrent des factures impayées. Et toi ? Qu’es tu devenue ?

Caroline raconta son mariage, son divorce, l’existence de sa petite Agnès. Puis elle parla de son activité professionnelle à la tête d’un service contentieux.

- En fait sur le plan professionnel, nous avons des activités juridiques très proches, bien que je sois spécialisé dans les factures impayées.

Je suis là, et toi aussi je pense, pour faire une partie de tennis ; As-tu un partenaire, ou veux tu que nous échangions quelques balles ?

- J’avais prévu de jouer avec une collègue, mais je vais me décommander et j’aimerais jouer avec toi. J’espère que ces balles feront moins mal que celles que nous avions échangées sous forme de paroles, lors de notre dernière rencontre.

Dix minutes plus tard, Caroline et Yves obtenaient un court et échangeaient des balles. Ils avaient décidé de ne pas faire un match, afin de ne pas d’emblée placer leurs nouveaux rapports sur la base d’un affrontement.

Après une heure d’exercice, lorsqu’ils s’arrêtèrent, Caroline reconnut sportivement qu’ils avaient bien fait de ne pas
faire un match, car Yves était techniquement bien au dessus de Caroline.

Après sa douche, Caroline récupéra Agnès et elles allèrent au bar où rendez vous avait été pris avec Yves.

Dès qu’il vint s’installer à leur table, Agnès, après l’avoir observé quelques secondes, vint s’asseoir sur les genoux d’Yves et lui dit avec la grande simplicité des enfants.

- Tu es très beau.

- Tu es très belle aussi Agnès

Faisant mine de se lever, en souriant, Caroline demanda :

- Il faut que je vous laisse ? Je dois me retirer ?

La petite qui n’avait pas compris le trait d’humour de sa mère, lui dit :

- Oh, non, reste maman !

Caroline se sentait très heureuse, des remarques fraiches, qui ne pouvaient être que sincères, de sa fille. C’est vrai qu’il était beau, Yves !

En un instant, des souvenirs et des images firent dans son esprit un véritable feu d’artifice ; elle se vit avec Yves, à la pèche aux écrevisses dans le petit ruisseau au bas de la prairie,
faisant de longues promenades à bicyclette, la cueillette de champignons au printemps et à l’automne, la récolte de truffes en hiver…..

Au dessus de tous ces souvenirs, une sorte d’incompréhension. Comment être restée si longtemps, sans tenter de revoir Yves
avec lequel elle avait passé tant de moments heureux ?

Yves devait lire dans ses pensées, car il lui dit :

- Comment avons-nous pu rester si longtemps sans nous voir ?

- C’était une erreur, à laquelle je l’espère tu voudras bien que l’on mette fin.

- Ne prenons pas de risque et échangeons immédiatement nos adresses et numéros de téléphone.

Ils restèrent plus d’une heure à bavarder, se remémorant des souvenirs d’antan, et sans plus parler une seule fois de ce qu’ils avaient fait, durant les 19 années précédentes, comme si tacitement, ils voulaient occulter cette longue période de séparation.

Pendant toute la conversation, Agnès était restée sur les genoux d’Yves, et Caroline réalisa que sa fille était privée d’un père.

Yves ayant un rendez vous d’affaires, dut à regret mettre fin à ces moments agréables, et il fut convenu que le lendemain soir, ils dîneraient ensemble au restaurant « La fourchette d’or », ce qui engendra un petit drame, Agnès tenant à venir aussi, alors que Caroline, resta inflexible pour que la petite reste à la maison, gardée par la nounou.

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mer 4 Nov - 11:07

Mais ça prend bonne tournure ça... Attendons la suite... perplexe
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Jeu 5 Nov - 7:54

CHAPITRE 4

Le doute

Cette rencontre perturba Caroline, qui ne pouvait
s’empêcher d’établir un parallèle entre Yves, et celui qui avait été son mari.

On se doute de celui qui sortit vainqueur de cette confrontation.

Elle se rendit compte que la vie quelquefois se joue en quelques minutes. Que se serait- il produit, si, il y a
19 ans ; elle avait su dominer sa jalousie, et avait pu éviter la scène à la suite de laquelle ils ne s’étaient plus revus ?

Après leur dispute, elle avait pensé que leur brouille ne résisterait pas à toutes ces années de profonde amitié, et
puis, chacun se drapant dans un amour propre ridicule, ils avaient cessé de se voir.

Le soir de leur rencontre au club de tennis, dans sa chambre, Caroline réalisa pleinement qu’elle avait sans doute gâché tout un pan de sa vie, en quelques minutes, il y a bien longtemps, et elle pleura ces années perdues.

Depuis la naissance d’Agnès, les choses pourtant, lui avaient semblé très simples, et normales. Sa vie avait deux centres d’intérêts, deux pivots, son travail qui la passionnait et sa fille, qu’elle adorait.

Et ce soir, tout se compliquait, et basculait. Elle constatait qu’avec seulement deux points d’appui, comme dans la
nature, l’équilibre ne pouvait être qu’instable, et qu’il fallait trois bases pour bâtir une vie solide, pour parvenir à un équilibre durable.

Son travail, sa fille et un homme auraient constitué un trépied idéal.

Mais d’un autre côté, le style de vie qui avait été le sien, les années passant, avaient fini, par pétrifier ses
sentiments. Habituée à vivre seule, elle n’était pas du tout certaine d’être en mesure de modifier sa vie.

Avant de s’endormir, dans un éclair de lucidité, Caroline pensa que ses cogitations n’avaient qu’un intérêt philosophique, mais que dans la pratique, sa reprise de contact avec Yves, ne pouvait en tout état de cause, changer sa vie, puisqu’il avait une compagne et n’était pas libre.

Malheureusement, le langage de la raison, est bien souvent inopérant pour diriger les pensées.

Durant toute la journée du lendemain, dans son bureau où elle avait demandé que l’on ne vienne la déranger que pour des problèmes importants et urgents, Caroline, ne cessait de penser à Yves et des sentiments qui auraient pu se développer en elle, s’ils n’avaient pas rompu toute relation, il y a près de 20 ans. Dix fois dans la journée, elle prit la
décision de téléphoner à Yves pour annuler leur rendez vous du soir au restaurant. Dix fois, elle revint sur cette décision, et en fin de compte, si, en fin de journée, elle lui téléphona, ce fut pour lui demander si son invitation tenait toujours.

Rentrée chez elle, elle passa un temps inaccoutumé
dans sa salle de bains, pour se faire une beauté, à tel point que lorsqu’elle ressortit, Agnès elle-même, lui en avait fait la remarque, tout en profitant de l’occasion pour obtenir un changement de décision de sa mère.

- Tu es restée longtemps dans la salle de bains, maman. C’était pour te faire belle, parce que tu vas, voir Yves ? Moi aussi, j’aimerais bien aller au restaurant avec vous, il est très gentil ce monsieur, et très beau.

Fort heureusement, l’obligation de se lever tôt pour aller à l’école le lendemain matin, fournit un excellent prétexte pour ne pas modifier la décision prise. Il fallut cependant y ajouter la promesse d’acheter le lendemain l’un de ces
livres illustrés que la gamine adorait.

Le restaurant n’étant pas très éloigné de son domicile, Caroline décida d’y aller à pied, et elle eut les idées assez
claires pour rire d’elle-même. Des centaines de fois, dans sa jeunesse, elle était allée à des rendez vous qu’avec Yves ils avaient fixés, et à ce moment là, sa cadence cardiaque n’augmentait pas d’un seul battement, alors, que cette fois ci, une grande émotion la submergeait, Elle se demanda s’il en était de même pour Yves.

La réponse à cette question qu’elle n’eut pas à formuler, vint rapidement car dès qu’elle arriva à la table à laquelle
Yves était déjà installé, il lui dit.

- Je vais te faire rire, Caroline, je suis venu à ce rendez vous comme un jouvenceau à l’orée de son premier amour.

- Puisque tu me parles franchement, j’en ferai autant, en t’avouant qu’il en est de même pour moi. C’est je pense, parce que nous regrettons d’avoir perdu tant d’années, à
cause d’une petite brouille ridicule. Avoir gâché une amitié pour une raison aussi insignifiante, est un crime contre la raison.

- On peut évidemment l’expliquer comme ça, répondit
Yves, qui ne semblait pas particulièrement convaincu. C’est vrai, nous avons torpillé une belle amitié, pure et riche, pour un motif dont je me souviens à peine.

Durant toute la soirée, contrairement à la veille, ils parlèrent de ce qu’ils avaient fait, chacun de leur côté pendant leur longue séparation.

Malgré un évident plaisir de se retrouver, une certaine gêne subsistait entre eux, gêne dont l’un et l’autre avaient
conscience, sans cependant en trouver la véritable raison.

S’agissait-il de ce grand vide de près de vingt ans, qui avaient fait évoluer chacun dans des directions différentes. Ou était-ce dû à une mutation dans leurs sentiments ? Ils s’étaient quittés alors qu’ils avaient vécu une longue camaraderie, et ils se retrouvaient avec des sentiments, certes confus, mais incontestablement d’une autre nature.

C’est cette incertitude qui générait cette retenue, cette crainte de se livrer d’une façon parfaitement franche.

Lorsqu’ils se quittèrent, ils se promirent de se revoir, mais sans fixer un rendez-vous précis….


CHAPITRE 5

YVES

Je vis depuis 18 mois avec Marthe. Nous ne sommes pas liés par une passion dévorante, et nous ne constituons pas un couple très fusionnel.

Mais, je dois bien l’avouer, je n’aime pas la solitude. Me retrouver seul le soir, me mettre à table, sans vis-à-vis (même si ce n’est que pour échanger des banalités) me déprime. D’ailleurs, nous avons, Marthe et moi suffisamment de points communs pour que sa présence ne me soit pas insupportable

Comme moi, Marthe, a un tempérament placide, et je sens que moins nous nous affronterons et plus notre couple aurait une chance de pérennité.. L’inconvénient de ce modus vivendi, est que, nous avons chacun un jardin secret assez étendu pour que nous ne soyons jamais très proches l’un de l’autre.

Marthe dirige une agence immobilière, et cette occupation très prenante réduit au minimum le temps passé à la maison.
Sur le plan professionnel, elle fait, je crois, preuve d’autorité, mais dans notre vie privée, je la trouve un peu effacée, timide, renfermée.

Certes, finalement je ne la connais pas beaucoup, mais je pense qu’elle manque de sensibilité, et si elle en a, elle le
cache bien !

Je crois que nous avons cependant en commun une qualité primordiale : Nous ne pouvons nous mentir, lorsqu’il
s’agit de problèmes importants..

Aussi, après avoir rencontré Caroline, j’en ai parlé à Marthe,
laquelle, assez perspicace, détecta aussitôt l’importance que cette reprise de contact avait pour moi.

Pour une fois assez directe, elle me posa la question :

- Cette femme que tu avais connue jeune fille, semble tenir une grande place dans ton cœur. Quels sont tes projets ?

- Il est certain, lui ai-je répondu, que retrouver une amie d’enfance, pas revue depuis plus de 19 ans, constitue un évènement important. Mais de là à faire des projets, je ne vois pas le sens de ta question. Il est certain que nous nous reverrons, mais cela ne bouleversera pas
nos vies. Elle est divorcée, et je crois, assez dégoutée des hommes. Toute sa potentialité affective s’est reportée sur sa fille qu’elle adore.

Je profite de l’occasion pour te dire, qu’à mon sens, je pense que nous formons un couple… satisfaisant.

Il est certain que ma déclaration, ressemblait bien à celle d’un faux jeton….. Non, je ne pense pas que Marthe et
moi formons un couple satisfaisant… Surtout depuis que j’ai revu Caroline.

Et je ne suis pas sûr du tout que Caroline soit dégoutée des hommes. En tous cas, je ne l’espère pas.

Je me prends en flagrant délit de mensonge avec Marthe, et je suis suffisamment lucide pour me rendre compte, que
ce n’est pas un fait anodin.

Au fond, je ne me le cache pas. Ma crainte de la solitude est telle, que je ne veux pas me lâcher des deux mains.

Je vis, tant bien que mal une vie commune avec Marthe, et je ne la quitterai que dans la mesure où j’aurais la certitude
que Caroline voudra bien venir vivre avec moi. Ce n’est pas très glorieux, je le reconnais, et je n’accepterai jamais de l’avouer à quelqu’un d’autre, mais à moi, je peux bien le dire. Cela ne sortira pas de moi….

Je tente de me reporter vingt ans en arrière pour analyser les sentiments que je ressentais pour Caroline. J’étais
heureux d’être avec elle, mais je ne pense pas que l’on puisse appeler « amour » cet attachement. C’était une camarade, une amie, avec laquelle je me sentais bien parce que nous parlions le même langage, nous apprécions les mêmes choses, nous nous trouvions « de plain pied ». En fait, ni elle ni moi n’étions matures.

Lorsque j’analyse mes sentiments actuels, ils sont très différents. Tout d’abord, alors que je connaissais par cœur ma petite amie, je ne connais pas très bien la femme qu’elle est devenue. Je dois avouer, d’ailleurs, que c’est là un élément attractif. Le mystère est toujours attirant.

Par ailleurs, l’idée de former un couple ne m’avait pas effleuré durant notre adolescence, alors que maintenant, c’est sous cet angle, et uniquement sous cet angle que j’envisage l’avenir.

Pour me résumer, mes sentiments sont encore dans le domaine des espérances, et non pas des certitudes. J’aimerais l’aimer, mais je ne connais pas encore suffisamment la Caroline nouvelle. Seul, le temps
pourra m’éclairer sur la réalité de mes sentiments, et la conclusion qui s’impose est qu’il faut nous voir souvent.

C’est je crois Ninon de Lenclos qui disait : « il faut choisir de connaitre les hommes ou de les aimer ». Comme beaucoup de formules, elle pourrait être retournée. On ne
peut aimer sans connaitre vraiment. Et il faut par-dessus tout que je ne prenne pas mes désirs pour des réalités, parce je sais que ce serait grave pour moi. Je m’investis entièrement dans mes rapports avec Caroline.

Bon. Côté Caroline, c’est clair. Il faut que nous refassions connaissance.

En ce qui concerne Agnès, je n’ai pas à m’attarder. Certes, c’est la fille d’un autre, mais cela ne me gêne pas outre
mesure. Elle est très attirante cette gamine, et j’ai l’impression qu’elle a grand besoin d’un père. Je suis très disposé à jouer ce rôle. Bien sûr, il aurait été préférable qu’elle soit de moi, mais nous sommes dans la vie réelle,
et tout ne peut être parfait.

Il reste un dernier problème, et sans doute le plus délicat. C’est celui de Marthe. J’ai beaucoup d’estime pour elle, et je
n’ai pas le droit de la faire souffrir, de lui faire du mal. Certes, je ne pense pas qu’elle brûle d’un amour ardent pour moi. Si nous devions nous séparer, ce ne serait sans doute
pas un écroulement pour elle. Mais je viens de dire » sans
doute »….et cela signifie que justement, il y en a un, de doute. Après tout, je ne sais pas la profondeur de ses sentiments. Et puis indépendamment de ce qui l’attache à moi, c’est une question de correction. Je ne puis envisager
de lui dire prochainement :

« Voilà, je t’ai trouvé une remplaçante. Merci d’avoir bien voulu me tenir compagnie quand j’étais seul. Je te souhaite bonne chance. Tu mérites quelqu’un de mieux que moi »

Non je ne puis lui dire cela. Ne serait ce que parce que je ne la vois pas trouver quelqu’un de mieux que moi…… Et puis, la laisser seule, alors que moi, j’aurais trouvé une autre compagne… Je ne dis pas que c’est impossible que je le fasse, mais je suis assez lucide pour me rendre compte
que ce serait dégoûtant.

Voilà. J’ai fait un tour d’horizon. Mais il ne faut pas que je me mette martel en tête pour Marthe. Après tout, il n’est
pas impossible qu’avec le temps, je sois déçu par Caroline, et que je me retrouve à la case départ.

Je dis que ce n’est pas impossible, mais, sincèrement, je n’y crois pas.

Tiens, il y a une hypothèse que je n’ai pas envisagée. Sans doute parce qu’elle m’est désagréable. Il est possible que je
devienne amoureux de Caroline, et qu’elle ne me considère que comme un vieux copain. C’est une idée tellement inenvisageable que je ne veux pas m’y attarder.

Assez cogité. Le temps apportera les solutions qui s’imposeront.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Jeu 5 Nov - 19:00

Je prend l'histoire en cours de route (par mon absence) un peu maintenant la suite ce soir...

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Ven 6 Nov - 7:40

CHAPITRE 6

CAROLINE

C’est obligatoire. Quand on rencontre quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis longtemps, on lui dit : « Tu n’as pas changé. »

Pourtant, lorsque je me suis trouvée nez à nez avec Yves, c’est ce que j’ai pensé aussitôt. Il est toujours aussi beau,
cet animal !!!

Quand je dis qu’il n’a pas changé, c’est de son physique qu’il s’agit. Parce que je sens, (sans pouvoir asseoir cette
affirmation sur des faits concrets) qu’il n’est plus le même.

C'est-à-dire que nous étions tellement proches, pendant notre adolescence, nous ne nous cachions rien, qu’évidemment une vingtaine d’années ont dû modifier et densifier sa personnalité. Dans quel sens ? Je n’en sais rien.

Il est curieux que je m’attarde à cogiter sur Yves, puisque, rationnellement, nos routes ne sont pas faites pour se
rejoindre.

Il vit en couple, et il n’y a aucune raison pour penser qu’ils ne s’aiment pas.
Ensuite, je veux être lucide. Je suis une divorcée avec un enfant. Et mon Agnès chérie, constitue pour un homme, une « reprise », une charge, importante.
Comment accepter un enfant qui n’est pas de soi ?

Du côté de ma fille, je sais qu’il n’y aurait pas de problème. Elle n’a pratiquement pas connu son père et ne l’a plus
revu depuis notre divorce. Son père génétique n’est rien pour elle. Par ailleurs, dès qu’elle a vu Yves, elle s’est précipitée sur ses genoux. Il est certain que cette petite ressent le besoin d’un père, mais lui ? Serait- il disposé à prendre en charge paternelle, la fille d’un autre ?

Je suis idiote. Je commence par dire qu’Yves n’est pas libre, qu’il serait donc vain d’envisager un avenir commun,
et aussitôt après j’essaie de savoir s’il accepterait ma fille.

On se moque toujours de la logique féminine, et je crois que je suis un exemple parfait pour ceux qui font de l’humour à nos dépens.

Mais j’ai été tellement attachée au jeune Yves, qu’il m’est difficile de ne pas imaginer une suite entre les deux
adultes.

J’ai envisagé le fait qu’il avait du beaucoup changer. Il faudrait que je me pose la même question à mon sujet.

Oui, et moi ? Ai-je changé ? Car enfin, l’adolescente qu’Yves avait connue, a traversé des épreuves et des évènements.

Je suis tombée amoureuse d’un autre homme, je me suis mariée avec lui, j’ai été déçue, très déçue, malheureuse,
profondément malheureuse (surtout vexée peut être, mais cela génère aussi une profonde souffrance) et acculée au divorce. J’ai eu une fille, et devenir mère ne peut être sans conséquence sur une personnalité. J’aime ma fille avec passion.
Pourtant, je sais, je sens qu’elle ne peut remplir tous mes besoins affectifs.

J’ai changé, c’est certain. Il a changé, c’est certain également. Alors, que nous puissions nous aimer tiendrait du miracle.

Mais pourquoi vivre, si l’on ne compte pas sur des miracles ?

Yves et moi, allons-nous revoir. Je le veux, et il en a envie, cela j’en suis sûre. Et puis nous verrons bien.

A propos de voir, j’aimerais bien faire la connaissance de la compagne d’Yves. Je ne sais même pas son prénom. Cela peut s’arranger facilement. Je le demanderai à Yves, et il me le dira sans difficulté. La rencontrer, c’est tout autre chose. Je ne vais quand même pas jouer à la détective privée, et faire le poireau devant la porte de la maison
d’Yves, pour voir sa compagne.

Si Yves me voyait embusquée près de chez lui, quelle honte !!!! Non. Il n’en est pas question !! Il n’est pas question non plus de prendre un vrai détective privé. J’ai trop d’amour propre pour m’abaisser à cela.

Il y a bien longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de réfléchir aussi profondément. Même quand j’étais tentée de
ressasser mes déceptions, quand j’ai su les frasques de mon mari, je ne m’appesantissais pas aussi longtemps. Il est vrai, que c’était très désagréable, et que je n’avais alors aucune raison d’espérer, alors que lorsque je pense à Yves, il y a une forte dose d’espoir, c’est beaucoup plus agréable.

CHAPITRE 7

MARTHE

Je crois que je suis un peu spéciale. Il est certain que je ne me sens pas très à l’aise avec les autres. Je pense que ma timidité me rend très repliée sur moi-même.

Comme, cela je le sais, je ne suis pas trop mal fichue physiquement, de nombreux hommes m’ont fait la cour, et ceux
qui étaient les plus empressés, les plus patients surtout, ont eu droit à mes
faveurs, mais cela n’a jamais pu durer très longtemps. Quelquefois, c’est moi
qui les trouvais trop insuffisants, mais la plupart du temps, ce sont eux qui
m’ont lâchée. Ils ne me trouvaient sans doute pas très drôle.

Pourtant je sens en moi des monceaux d’affection inutilisés, mais je ne peux m’extérioriser, et personne ne peut
s’en rendre compte.

Je ne suis pas heureuse, mais je n’ai pas le droit de me plaindre, car je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Si j’étais un homme, une femme comme moi ne m’attirerait pas. C’est peut être cette certitude qui me paralyse.

Lorsque j’ai rencontré Yves, il m’a tout de suite plu. D’abord il a un physique très avantageux. Ce n’est pas à mon crédit
que de l’avouer, mais je suis très sensible au physique des hommes. Et pour une fois, il n’a pas eu à faire un très long siège. Je lui ai cédé très rapidement, et quinze jours après notre première nuit d’amour, je suis venue (à sa demande
bien sûr) vivre chez lui.

Cela fait 18 mois que cela dure, et je dois dire que ma seule crainte est que cela s’achève. Yves, très attirant au premier abord, gagne, en plus, à être connu.

C’est un homme solide, droit, franc, intelligent, et bien entendu, je l’aime énormément. Pourtant si, lui, m’a dit
quatre ou cinq fois qu’il m’aimait, moi, je n’ai pas pu le lui dire une seule fois. Toujours cette foutue timidité. Mais je crains que cela aille au-delà de la simple timidité. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en moi.

Depuis un an et demi que nous sommes ensemble, nous n’avons pas eu une seule dispute, ni même une discussion un peu vive. Vue de l’extérieur, notre entente est parfaite, mais je sens bien qu’il manque quelque chose. Nous vivons ensemble et pourtant, nous ne sommes pas proches.
J’en ai parfaitement conscience, j’en suis fautive, et les jours s’écoulant, j’ai de plus en plus peur qu’il aille chercher ailleurs une chaleur que je ne lui donne pas. Pourtant, je sais que si je lui disais le dixième des sentiments que j’éprouve pour lui, il serait gavé et demanderait grâce.

Je l’aime follement, et je ne sais pas le garder.

Il m’a annoncé, avec sa franchise habituelle, qu’il avait par hasard rencontré une ancienne amie d’enfance. Quand
il dit que c’est par hasard, je le crois. Il est tellement droit ! Mais depuis qu’il m’en a parlé, je vis dans la crainte de le voir faire des comparaisons entre son ancienne amie, et
moi. Et bien entendu, je ne puis sortir victorieuse de cette comparaison.

Il va me quitter, j’en ai l’intime conviction. Et je suis incapable de faire quoique ce soit pour défendre mon
bonheur.

Il n’est pas question que je lui parle, pour lui révéler les sentiments que j’éprouve pour lui. Cela, je ne le pourrais
pas. Mais peut être pourrais-je lui écrire ?

Je constate qu’en ce moment, je peux écrire facilement mes états d’âme, je pourrais peut être lui écrire une lettre et lui
dévoiler mon amour ?

Mais je ne me fais pas d’illusion. Si j’écris facilement quand je sais, que je serai, éventuellement mon unique lectrice, il n’en serait pas de même si je savais qu’Yves était appelé à me lire.

Donc, je ne vais pas lui écrire non plus. Je vais attendre. Le fait est, que c’est ce que je sais le mieux faire.
Attendre. Ne pas bouger. Ce n’est pas la meilleure façon pour défendre notre couple auquel je tiens tant, mais je ne peux rien faire d’autre. Attendre, avec la peur au ventre de m’entendre donner mon congé.

Une pensée vient de me traverser l’esprit.
Mais elle ne s’est pas arrêtée. Elle était contraire à mon éthique.

Cette pensée, d’ailleurs, ne pourrait sans doute rien m’apporter de positif. A vrai dire, je n’en sais rien, mais cela
m’arrange de le penser. Cela m’évite de me tourmenter.

Cette idée était de demander à Yves de faire connaissance de son amie, pour pouvoir lui parler, l’évaluer... Quand
on en est à créer des chimères, on peut les pousser à l’extrême. Mais non. Décidément, je ne ferai rien. J’attendrai.

C’est dur à admettre, quoique je le sache depuis longtemps : je ne suis pas faite pour être heureuse. Je ne suis pas
faite pour rendre un homme parfaitement heureux.

Pourquoi Yves est il resté avec moi depuis si longtemps ? Je n’avais jamais eu une liaison aussi longue ! 18 mois ! C’est extraordinaire. Mais je crois avoir la réponse à ma question,
et cette réponse ne me rend pas optimiste pour l’avenir.

Yves reste avec moi, parce que nous avons un point commun : Nous n’aimons pas la solitude. Bien sûr, il doit m’aimer un peu, mais il reste avec moi, avant tout, pour ne pas être seul.

Cela signifie que s’il trouve une nouvelle compagne, plus agréable, plus communicative, il me quittera pour elle. Et c’est ce qui va arriver. J’en suis certaine. Quand il m’a parlé de son amie d’enfance, j’ai bien vu qu’il était très heureux de l’avoir retrouvée. Et pas seulement pour avoir une copine pour parler de l’ancien temps.

Oui, je crois que c’est fichu !

(A suivre)
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Ven 6 Nov - 9:47

J'aime le caractère de ces deux femmes, par contre Yves est un peu faux cul... et calculateur en plus !

Vont elles se rencontrer ?... à suivre, et de près !
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Sam 7 Nov - 8:28

CHAPITRE 8


Il y avait un mois qu’Yves et Caroline s’étaient retrouvés. Ils avaient eu l’occasion de se voir à une dizaine de reprises, et peu à peu, la connivence de leur jeunesse reprenait vie.

La petite Agnès appréciait toujours le grand ami de sa maman, et dès qu’ils se rencontraient, elle allait sur ses genoux quand il était assis, et lui tenait la main quand ils marchaient.

Yves, se sentait toujours heureux en leur compagnie, mais il ne parvenait pas à voir très clair en lui. Il avait pensé
lorsqu’ils s’étaient retrouvés, que Caroline pouvait devenir autre chose qu’une copine de jeunesse, mais il devait bien reconnaitre que c’est un sentiment amical qui l’unissait à la jeune femme.

De son côté, Caroline, se comportait comme une simple amie, et à aucun moment ni d’un côté ni de l’autre, la moindre phrase, le moindre geste, n’aurait pu laisser penser qu’un sentiment plus profond pourrait les réunir.

En fin de compte, il n’y avait qu’une personne qui avait franchement dévoilé ses batteries. A plusieurs reprises,
Agnès avait demandé à Yves.

- Dis, Yves, tu ne veux pas devenir mon papa.

La première fois, Yves avait essayé de répondre en riant.

- Je t’aime beaucoup, beaucoup, Agnès, mais je ne peux être ton papa, puisque je ne le suis pas. On ne peut pas inventer, tu me comprends. Si tu veux, appelle-moi tonton

- Pourquoi veux-tu que je t’appelle Tonton, puisque ce n’est pas vrai ? Tu m’as dit qu’on ne peut pas inventer. Je préfère t’appeler papa.

Les autres fois, Yves s’était contenté de répondre à la fillette, qu’il ne pouvait être son papa, sans tenter de donner d’autres explications, car il savait que la gamine saurait rebondir à la moindre de ses tentatives de raisonnement.

Durant ces courtes joutes, Caroline n’était jamais intervenue, sans doute soucieuse, elle aussi, de ne pas risquer de provoquer l’implacable logique enfantine.

Chez lui, Yves se demandait ce que Marthe pensait réellement. Certes, elle avait toujours été assez difficile à
déchiffrer, il lui semblait pourtant qu’elle était encore plus hermétique, depuis qu’il lui avait dit avoir rencontré Caroline. A aucun moment elle n’avait fait la moindre allusion à la jeune femme, mais Yves sentait sans en
avoir un indice concret, que Marthe pensait à son ami d’enfance.

Il résolut de lancer lui-même le débat, pour savoir ce que Marthe pensait réellement.

- Je t’avais dit que j’avais rencontré par hasard, une amie d’enfance, Caroline. T’en souviens-tu ?

- Parfaitement.

- Je l’ai revue à plusieurs reprises.

- Ah ? Bon. Y a-t-il une raison particulière pour que tu m’en parles aujourd’hui ?

- Une raison particulière ? Non. Je t’en parle parce que je ne te cache rien, c’est tout.

- Merci de ta franchise. Mais, j’ai toujours su que tu étais très droit. Si tu avais de nouveaux projets, tu m’en parlerais.

- Bien entendu. Mais je ne vois pas pourquoi j’aurais de nouveaux projets. A moins que tu considères que c’est avoir un projet nouveau que de te demander si tu acceptes que j’invite Caroline et sa fille Agnès à déjeuner, par exemple samedi prochain.

Marthe hésita quelques secondes, avant de répondre, que bien évidemment il pouvait les inviter, et qu’elle
essaierait de faire un repas assez correct pour qu’il n’ait pas à rougir d’elle.

- Très franchement, Marthe, je ne vois pas dans quelle circonstance je pourrais avoir à rougir de toi.

C’était à la manière d’Yves, une sorte de déclaration d’amour, et en fait c’est Marthe qui se mit à rougir, ce
dont il s’aperçut aussitôt, en se demandant si sous ses dehors glacés, elle n’était pas agitée intérieurement de sentiments très forts.

A plusieurs reprises, au cours de la journée, il se demanda s’il ne faudrait pas tenter de percer la carapace de sa
compagne, pour connaitre la véritable nature de ses sentiments.

Il avait toujours pensé, peut être parce que cela l’arrangeait, que Marthe vivait avec lui avant tout pour ne pas être seule. Mais sa réaction, quand il lui avait fait un compliment, l’amenait à réviser son jugement. Se pourrait-il qu’elle l’aime vraiment ? Et si c’était le cas, n’aurait il pas intérêt à mettre les choses au point également avec Caroline. La situation se compliquait singulièrement, et Yves se demandait si inviter Caroline et sa fille chez lui était vraiment une très bonne idée.

En tout état de cause, il avait toujours la possibilité de ne pas inviter Caroline, puisqu’il ne lui en avait pas encore
parlé…..mais il n’envisagea pas une autre possibilité, c’est que la jeune femme refuse son invitation. Il ne l’envisagea
pas, tout simplement parce que l’invitation d’une camarade d’enfance chez lui, ne constituait pas un fait très important.

S’il avait eu conscience de ce raisonnement intérieur, il aurait vu ses problèmes résolus, puisqu’il aurait eu la preuve qu’il ne considérait Caroline que comme une simple amie.

Yves restait dans l’incertitude de ses propres sentiments, et décida de s’en tenir à ce qu’il avait décidé lors de sa
conversation avec Marthe. Dans la soirée, donc, il téléphona à Caroline pour l’inviter à déjeuner avec Agnès le samedi suivant. Elle accepta immédiatement, et Yves se demanda s’il devait considérer cette rapide décision, comme la
preuve qu’elle n’attachait pas une grande importance de se trouver en présence de Marthe, ou, si au contraire, elle était impatiente de la connaitre.

Sagement, il arriva à la conclusion qu’il était inutile de continuer à cogiter puisqu’il n’arriverait à aucune conclusion certaine. Mieux valait donc attendre, et observer les rapports entre les deux femmes durant le déjeuner.

Marthe était douée pour la cuisine, mais il était évident que pour ce repas, elle avait fait des efforts particuliers,
cependant, là encore, quelle conclusion en tirer ? Le simple amour propre avait pu l’inciter à se surpasser.

Le premier contact entre les deux femmes fut normal et presque naturel. Presque, car durant les premières minutes,
Caroline et Marthe, avec discrétion (mais cela n’échappa pas à Yves) s’examinaient l’une et l’autre avec attention, sans doute pour voir ce qu’Yves pouvait trouver de mieux dans la concurrente. C’est en tous cas, ce qu’il crut constater.

La conversation durant tout le repas roula sur les souvenirs d’enfance que Caroline et Yves déroulaient avec un plaisir
évident. On aurait pu penser que Marthe se sentirait exclue de la conversation, mais il n’en fut rien, et elle n’hésitait pas à questionner, à demander des précisions, comme si ces petits souvenirs d’enfance revêtaient une grande importance pour elle.

Agnès, qui avait tenu à être assise à côté d’Yves, le regardait avec admiration, ce dont il se rendait compte, et
puérilement lui faisait grand plaisir.

A la fin du repas, de la même façon qu’elle avait parlé de ses souvenirs d’enfance, et donc, sans changer de ton,
Caroline dit :

- Je ne sais pas si vous ressentez la même chose, mais je me sens bien, comme cela, tous les quatre. J’aime la compagnie de gens que j’aime, même si je ne pense pas être capable de supporter quelqu’un en permanence à côté de moi.

Cette déclaration faite très simplement provoqua cependant un long silence.

Yves comprit tout de suite qu’elle lui signifiait son aversion pour une vie de couple, et cela coupait les ailes aux
chimères qu’il avait pu entretenir.

De son côté, Marthe, n’osait pas croire que Caroline se retirait de la compétition, tout en ressentant cependant une joie profonde.

Agnès, quand à elle, n’avait rien compris du tout et regardait toujours Yves avec admiration.

Au moment où Caroline et Agnès prirent congé, Yves proposa à la jeune femme de se retrouver au club de tennis le samedi suivant, ce qui fut accepté.

Quelques minutes plus tard, alors Qu’Yves aidait Marthe à débarrasser la table et à charger le lave-vaisselle, cette
dernière, remarqua :

- Il semble que ton amie Caroline, au demeurant très sympathique, ne veuille pas envisager de recommencer une vie de couple.

- C’est ce que j’ai cru comprendre également, mais je la connais bien, elle n’attache pas toujours une grande importance à ce qu’elle dit.

- Tu me surprends. Elle me semble au contraire, être une femme très posée, très raisonnable.

- C’est peut être toi qui a raison. M ais quoiqu’il en soit, cela n’a pas une grande importance.

Marthe n’insista pas, mais pensa qu’Yves ne voulait pas voir les réalités, lorsque cela ne lui convenait pas.
Elle en fut triste, car cela signifiait son attachement à Caroline, et qu’il envisagerait volontiers que leur amitié se transforme en un sentiment plus doux.

En fait, Yves avait pris une décision :
C’était de poser le problème très nettement à Caroline, le samedi suivant.

CHAPITRE 9

L’accident d’Agnès

Yves et Caroline se revirent donc le samedi suivant, au club de tennis.

Brièvement elle lui dit qu’elle avait trouvé Marthe très sympathique, puis, ils allèrent jouer au tennis.

Après la douche, ils se retrouvèrent tout deux au bar, Agnès s’amusant avec son copain Nicolas.

Yves était très décidé à éclaircir la situation, en parlant d’une façon directe, comme il le faisait avec elle dans
sa jeunesse.

- Tu as dit, lors de notre repas chez moi, que tu ne pourrais supporter en permanence, quelqu’un à tes côtés. As-tu voulu dire que tu excluais toute vie de couple ?

- J’ai dit ça, moi ?

- Oui. Très exactement.

- Ah ? Bon. Je ne m’en souviens plus.

- Si, je te le répète, tu l’as dit. Alors ?

- Alors quoi ?

- Tu le fais exprès ? Je te demande si tu excluais d’avoir une vie de couple.

- Réfléchis deux secondes ! Je n’en sais rien, et personne ne peut savoir ce que sera son avenir.

- Sans savoir ce que sera ton avenir, tu peux savoir ce que tu désires ou non, en ce moment.

- En ce moment ? Je n’en sais rien. Je ne me suis pas posé la question.

- Alors pourquoi as-tu dit…

Caroline lui coupa la parole

- Fiche moi la paix ! Arrête de décortiquer chaque mot que je peux prononcer…

A ce moment des cris se firent entendre, et un homme entra, portant Agnès dans ses bras. Elle avait le visage
ensanglanté, et l’homme criait :

- A qui est cette petite fille ?

Caroline et Yves se précipitèrent vers lui, et constatèrent que la petite était apparemment sans connaissance.

- C’est ma fille.
Qu’est il arrivé ? demanda Caroline affolée ?

L’homme expliqua qu’elle s’amusait avec un petit camarade à descendre à califourchon sur la rampe de l’escalier qui menait du 1er étage au rez de chaussée, lorsqu’elle a perdu l’équilibre et a fait une chute sur le sol de deux mètres de haut environ.

Sans entendre ces explications, Yves avait sorti son portable pour appeler son médecin personnel, qu’il eut la chance d’avoir immédiatement et qui allait venir.

La petite avait été déposée sur une banquette, elle gémissait mais clignait des yeux, preuve qu’elle n’était pas
dans le coma. La serveuse du bar avait apporté une cuvette d’eau, une serviette, et Caroline, étanchait le sang qui
coulait d’une entaille sur le crâne.

Yves lui dit que son médecin était prévenu et qu’il arrivait, puis prenant les mains d’Agnès, il lui parla doucement.

- Tu as eu très peur, peux tu raconter ce qui s’est passé, peux-tu parler ?

Mais la fillette continuait à cligner des yeux et à gémir, sans prononcer un seul mot.


L’attente sembla longue, pourtant, le
médecin arriva moins d’un quart d’heure plus tard.


Après avoir sommairement examiné la petite, il appela une ambulance sur son portable, et peu après, ils partirent vers une clinique.

Caroline monta dans l’ambulance avec sa fille, et Yves suivit, accompagné par le docteur.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Sam 7 Nov - 11:35

Personnages intéressants, j'avais commencé à lire l'histoire dans le sud mais pas eu le temps le temps au retour de la continuer, ce matin calme j'ai poursuivis ma lecture... J'attends la suite demain....

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 8 Nov - 8:32

L’ambulance alla directement aux urgences, et Agnès fut immédiatement prise en charge par le médecin de service.

En raccompagnant le médecin près du club où se dernier avait laissé sa voiture, Yves ne put obtenir du docteur que des indications assez vagues.

La petite avait subi un choc crânien. La plaie n’était pas très importante, mais il était impossible de se prononcer sur
la gravité des blessures avant d’avoir pratiqué des radios.

La petite très choquée, n’était cependant pas dans le coma. Yves, revint à la clinique, où Caroline patientait
difficilement dans la salle d’attente, pendant que les médecins poursuivaient les examens et les soins.

Elle vit arriver Yves avec soulagement, et se jeta dans ses bras en pleurant. Il réussit à la calmer en lui rapportant (en
les enjolivant) les propos tenus par le médecin.

Elle n’était pas vraiment dans le coma, et cela constituait un excellent signe. Le fait qu’elle ait beaucoup saigné est
normal, comme toutes les blessures sur le cuir chevelu, mais la plaie elle-même était peu profonde.

L’attente fut longue, et lorsque le médecin de la clinique vint vers eux, ils se précipitèrent.

Il fut raisonnablement optimiste. Le choc crânien avait été assez violent, mais il n’y avait aucune fracture du crâne. En
revanche, ce qui n’avait pas été vu immédiatement, elle avait le bras droit cassé, mais c’était une fracture nette et sans déplacement. En résumé, il fallait qu’Agnès reste en observation durant 3 jours, et après ce délai, il n’était pas exclu qu’elle puisse sortir, le bras plâtré.

Caroline et Yves eurent l’autorisation d’aller voir la petite, qui sous sédatif, dormait profondément et calmement.

Yves ramena Caroline au club où elle avait laissé sa voiture, et ils convinrent de se revoir à la clinique le lendemain à
14 heures.

Lorsque Marthe fut au courant de l’accident d’Agnès, elle tint à accompagner Yves à la clinique, et, le lendemain, ils se retrouvèrent tous les trois dans la chambre de la petite.

Elle avait les yeux ouverts, avait conscience de présences autour d’elle, puisque lorsque une personne se déplaçait, elle la suivait des yeux, mais elle ne prononça pas un mot.

L’infirmière dit qu’il n’y avait rien d’anormal, du fait des effets conjugués du traumatisme et des médicaments, et
ce sont trois personnes à moitié rassurées qui sortirent de la chambre de la petite blessée.

Spontanément, Marthe offrit ses services pour le cas où ils seraient nécessaires, et Caroline avoua qu’en dehors de sa
grande inquiétude pour la santé de sa fille, elle avait un autre problème. Son absence au bureau, allait causer de nombreux soucis. Avec simplicité, Marthe lui dit que de son côté, la direction de son agence immobilière ne réclamait
pas sa présence obligatoire. Elle avait une excellente collaboratrice, et elle pouvait sans difficulté prendre quelques jours, sans remettre en cause la marche de son affaire.

Caroline se jeta dans ses bras et la remercia vivement.

Aussi longtemps qu’Agnès était à l’hôpital, le problème ne se posait pas, mais dés sa sortie, comme elle ne pourrait pas aller à l’école, si Marthe pouvait la garder, cela lui retirerait une épine du pied, car la nounou était actuellement malade, alitée et indisponible pour une
durée indéterminée..

Yves confirma qu’il serait heureux lui aussi d’avoir la petite à la maison, et ils se séparèrent après avoir reprit
rendez vous pour le lendemain à la clinique vers 17 heures.

Dans la voiture qui les ramenait chez eux, Yves et Marthe, discutèrent des problèmes matériels qui se posaient pour
accueillir la petite Agnès. La chambre d’ami était simple et austère, et ils décidèrent de la rendre plus agréable pour une enfant. Ils voulaient acheter des peluches, des illustrés pour enfants et égayer les murs par des tableaux riches en couleur.

Caroline adorait sa fille, c’était indéniable. Pourtant, un fait gênait un peu Yves. A peine Agnès venait-elle d’avoir son accident, que Caroline pensait en priorité aux conséquences que cela pouvait avoir pour son travail. Il est certain que les nécessités professionnelles sont de premier ordre, mais quand même, Yves ne pouvait s’empêcher de trouver cette réaction singulière. Marthe tout au contraire, et spontanément, s’était offerte pour garder la petite. Certes, les nécessités professionnelles étaient certainement différentes, puisque Marthe elle-même disait qu’elle avait une excellente collaboratrice qui pouvait aisément la
suppléer en cas d’absence, mais tout de même…. On aurait pu penser que c’était Marthe, la mère.

Durant une semaine, chaque jour, Caroline, Yves et Marc se retrouvaient à la clinique dans la chambre d’Agnès.

Les choses évoluaient d’une façon positive.
Dès le troisième jour, la fillette avait commencé à prononcer quelques mots, d’abord difficilement puis 48 heures plus tard, elle s’exprima normalement.

Indépendamment de son bras cassé qui sous son plâtre la
démangeait désagréablement, Agnès souffrait de maux de tête, presque continuellement.
Le médecin disait qu’il n’y avait là rien d’anormal et ces céphalées diminueraient avec le temps.

Une semaine après son accident, la petite put sortir de la clinique. Caroline lui avait expliqué que jusqu’à son
rétablissement complet qui lui permettrait de retourner à l’école, elle allait habiter chez Yves et Marthe, parce qu’elle-même ne pouvait s’absenter de son travail.

Agnès semblait indifférente à cette décision et à l’explication qui lui était donnée. D’ailleurs, lorsqu’on vint la chercher pour sa sortie de clinique, c’est la main d’Yves qu’elle vint prendre spontanément. Lorsque Caroline voulut lui prendre l’autre main, la gamine, très simplement lui dit :

- Non, ca va comme ça, avec Yves je peux bien marcher…et puis je n’ai qu’une main, dit elle en
faisant voir son bras plâtré. Toujours la logique, qui malgré son extrême jeunesse venait expliquer ses actes.

Caroline fit un peu la tête, mais lorsqu’après être arrivés chez Yves, Elle dit au revoir à Agnès, la mère et la fille s’embrassèrent affectueusement.

Tout avait été prévu pour que l’accueil et le séjour de la petite soit agréable. Marthe s’était renseignée auprès de
Clotilde pour savoir les goûts préférés d’Agnès, et tout fut fait pour que la petite soit parfaitement heureuse.

Elle se rendit d’ailleurs parfaitement compte des efforts qui avaient été faits pour elle, car avec son langage direct
habituel, elle leur dit.

- Vous êtes très gentils avec moi. Je vous aime tout les deux beaucoup, beaucoup, beaucoup, et elle était venue les embrasser fougueusement l’un après l’autre.

Marthe semblait très heureuse de la présence d’Agnès. Elle était aux petits soins pour elle, et elles avaient souvent
de longues conversations durant lesquelles, Marthe savait parfaitement se mettre au niveau de l’enfant.

Yves, bien sûr, ne voyait « ses deux femmes » comme il le disait en souriant, qu’en fin d’après midi, après sa
sortie du bureau, quand à Caroline, elle venait un jour sur deux et ses visites ne duraient guère plus d’un quart d’heure.

Invariablement, avant de s’en aller, elle disait :

- Je vois Agnès que tu es heureuse, ce qui pour moi est le principal. Il faut que tu sois très gentille avec Yves et Marthe, qui, mon petit doigt me l’a dit, font tout ce que
tu veux, et même tes petits caprices

Un jour, c’est Yves qui ne put se retenir de lui répondre.

- Agnès, est une petite fille très agréable, qui ne fait jamais de caprice. En souriant, il avait ajouté : Méfie-toi de ce que peut te dire ton petit doigt, je crois qu’il n’est pas infaillible.

Il n’est pas exagéré de dire que depuis qu’Agnès était chez eux, Marthe était transformée. Peut être était ce la
nécessité de distraire l’enfant, toujours est-il qu’elle riait souvent, qu’elle chantonnait, et semblait utiliser un langage plus libre lorsqu’elle parlait d’Agnès à Yves.

Le séjour de la petite avait été prévu pour trois semaines. Après quoi, elle retournerait chez sa mère, et reprendrait
ses cours à l’école.

Agnès n’avait plus du tout de maux de tête, et elle recommençait à pouvoir écrire. Le moment était venu de retourner à l’école.

Le week-end précédant sa rentrée, elle demanda à rester chez Yves et Marthe. Caroline l’accepta sans difficulté. Il
semblait qu’elle ne détestait pas se retrouver seule et parfaitement libre.
Certes elle continuait à adorer sa fille, mais elle profitait avec grand plaisir de ces sortes de vacances pour elle que l’accident lui avait procuré.

Le Dimanche soir, Yves et Marthe ramenèrent Agnès chez sa mère.

Elle ne revenait pas les mains vides, et de nombreux sacs contenaient des peluches, des illustrés, des poupées, et même un petit jeu électronique auquel la fillette avait commencé à s’initier.

Yves précipita les adieux, car il avait bien vu que Marthe avait des larmes dans les yeux.

Quand ils se retrouvèrent dans la voiture, Yves, voulant respecter sa tristesse, ne prononça pas un mot.

Cependant comme Marthe ne tentait pas de cacher ses larmes, il lui dit :

- C’est vrai que cette petite Agnès est très attachante, mais ne sois pas triste, nous la verrons souvent, et je suis persuadé que sa mère ne s’opposera pas à ce que
nous la prenions de temps en temps durant les week-ends.

Marthe pleurait trop abondamment pour répondre, ce qu’Yves n’arrivait pas à s’expliquer. Car enfin, jusqu’à ces jours ci, il avait toujours considéré que Marthe était une femme assez froide, inexpressive, peut être par timidité, mais inexpressive tout de même, et là, elle ne pouvait retenir ses larmes, simplement parce qu’une petite fille, que l’on pourrait revoir souvent, n’habiterait plus chez eux.

Curieuse réaction.
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 8 Nov - 10:04

Marthe, celle que je préfère dans cette histoire... Toute emplie de sensibilité et de pudeur...
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 8 Nov - 11:13

Oui moi aussi et Yves la découvre, la maman que je suis ne comprend pas trop Caroline.

Marthe est sensible et pudique, mais on ne peut pas toujours tout garder pour soi et la venue d'Agnès lui a été utile, car dans sa tristesse elle laisse enfin parler son cœur sans se cacher.

Pas de froideur chez Marthe mais beaucoup de générosité et d'amour.

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Lun 9 Nov - 8:51

CHAPITRE 10

Caroline amoureuse


Depuis l’accident d’Agnès, Yves et Caroline, n’étaient plus allés au club de tennis, qui ne pouvait que leur rappeler de bien désagréables souvenirs. Aussi, Yves fut il assez surpris, lorsque Caroline, trois jours après le retour de sa fille chez elle, lui téléphona pour lui demander s’il voulait bien venir faire quelques balles au club le samedi suivant.

Il prétexta, une invitation qu’il ne pouvait remettre, et après avoir raccroché, il se dit que décidemment Caroline
avait des réactions difficilement compréhensibles.

Il lui semblait que s’il venait, lui, de récupérer sa fille après un mois de séparation, il aurait eu à cœur de rester avec elle au maximum, et de la gâter.

Un peu choqué par la demande de Caroline, il ne parla pas à Marthe du coup de fil de son ancienne petite camarade.

Ces dernières semaines, il avait eu l’occasion de beaucoup réfléchir.

Caroline avait beaucoup changé. Est-ce son mariage malheureux qui en était la cause ? Avait-elle subi d’autres
épreuves dont elle ne lui avait pas parlé ? Toujours est-il qu’il ne retrouvait pas sa petite amie, joyeuse, franche, bonne, qu’il avait connue dans le temps. Certes, on ne pouvait pas dire qu’elle n’aimait pas sa fille. Ou du
moins, elle le disait et ne manquait pas de grandes démonstrations d’affection quand elle embrassait Agnès, mais il fallait reconnaitre qu’elle était finalement plus heureuse, quand d’autres s’occupaient de sa fille.

Tout se passait comme si Caroline avait, avant tout, besoin de liberté, d’indépendance.

Comment, par contraste, ne pas apprécier l’attitude de Marthe, qui semblait receler des trésors d’affection, de
tendresse, de besoin de donner, et qui, finalement, n’était pas dépourvue d’une aptitude au bonheur ?

Yves se dit que ce n’était pas un lieu commun. Quand on dit qu’il est difficile de comprendre les femmes, c’est une
vérité de première catégorie. Il y avait deux femmes dans son entourage immédiat. Elles ne cessaient de le prendre à contre pied.

D’un autre côté, c’est ce qui fait leur charme. On ne peut prétendre connaitre une femme à fond. Elles ont toujours en réserve quelques surprises à vous ménager.

Pour en revenir à Marthe, Yves se demandait s’il ne s’était pas lourdement trompé à son sujet. Il l’avait jugée assez insensible, et une expression lui revient en mémoire :

« Objet inanimé, aurais-tu donc une âme ? »

Mais il regretta aussitôt d’exercer son humour aux dépens de Marthe. Si finalement, elle était vraiment et foncièrement sensible, sans doute, sans s’en rendre compte, avait-il du souvent la blesser, et il se promit de faire désormais attention, à ses propos, et d’éviter tout ce qui serait susceptible de lui faire mal.

Il y avait un mois que la petite Agnès avait pu reprendre ses cours, lorsqu’Yves reçut un coup de fil de Caroline.
Elle avait une voix joyeuse.

- Bonjour, ami !! Comment vas-tu ? et la charmante Marthe.

- La charmante Marthe et moi-même allons bien.
Je ne te demande pas s’il en est de même pour toi : ta voix me dit assez que tu es en pleine bourre.

- Ça va, ça va. Je ne me plains pas. Agnès est tout à fait remise, ça baigne !!

Figure-toi que je te téléphone pour te demander un service.

- Tu sais bien que si c’est en mon pouvoir, je ne peux qu’être d’accord.

- Je n’en doute pas. D’autant plus que ce ne sera pas trop pénible pour vous. Pouvez-vous me garder Agnès le week-end prochain ?

- Tu devrais savoir que ce sera pour nous un cadeau. Amène là quand tu voudras, sa chambre l’attend en permanence.

- Merci. Nous viendrons vendredi vers 18 heures. Ça va ?

- Parfait, parfait. Tu viendras la rechercher Dimanche soir ?

- C'est-à-dire…. si ce n’est pas trop te demander, pourrais tu l’accompagner lundi matin à l’école, parce qu’il est possible que je rentre tard le dimanche.

- C’est d’accord, bien sûr. A vendredi donc.

Après avoir raccroché, Yves se demanda pourquoi d’elle-même, Caroline n’avait pas dit ce qu’elle avait l’intention de faire le week-end suivant. Décidemment, elle
n’était plus du tout la jeune fille d’antan qui ne lui cachait rien, et lui faisait part du moindre petit détail de sa vie.

Et puis, il se dit que lui-même ne pouvait plus être aussi direct qu’il l’avait été durant sa jeunesse. La preuve venait
d’être apportée. Lorsqu’ils étaient adolescents, si elle avait dit qu’elle s’absentait un jour, et si, par hasard, elle n’en avait pas immédiatement donné la raison, il n’aurait pas hésité une seconde de la lui demander. Tout le monde change. C’était normal.

Ce qui parut anormal, en tous cas, à Yves, c’est la réaction de Marthe, lorsqu’il lui annonça qu’ils allaient devoir garder la petite Agnès le week-end suivant. L’intensité de sa joie était à la fois incompréhensible et déplacée.

- Oh que je suis heureuse dit elle en éclatant de rire. Je vais vite préparer la chambre, et lui acheter des petits cadeaux. Plus que ses paroles, c’est son attitude qui était
excessive, Elle vola littéralement à travers l’appartement, pour transporter draps et couvertures faire fiévreusement le lit, apporter dans la chambre des vases destinés à recevoir les fleurs qu’elle voulait mettre le jour de l’arrivée de la petite. Lorsque la chambre fut impeccablement préparée, elle s’habilla rapidement pour aller faire des courses, et en revint, les bras chargés de cadeaux pour la petite.

Comment cette femme froide, presque distante, pouvait-elle exploser de joie et d’activité à la simple annonce qu’une
petite fille allait venir passer 48 heures à la maison ?

C’est vrai que la petite Agnès était très attachante, mais la façon d’être de Marthe était disproportionnée par rapport à
ce fait somme toute anodin.

Il y avait autre chose, et c’est à ce moment là qu’Yves comprit que Marthe, recelait des trésors de tendresse inemployée, et qui avaient trouvé dans la petite, l’occasion de s’exprimer.

Elle devait être malheureuse, de n’avoir pas d’enfant, et Yves pensa aussitôt que pour elle, à 35 ans rien n’était
encore perdu.

De fil en aiguille, cette constatation l’amena à se poser la question : « Et moi ? Aimerais-je avoir un ou des enfants ? » Cette question lui sembla saugrenue, car il ne se l’était jamais posée. Pour lui, il n’avait j’aimais été question de se
marier, ce qui dans son esprit, était indispensable, si l’on voulait élever un enfant, car l’enfant a besoin d’un cadre solide, stable.

Il ne put, ou ne voulut pas répondre à cette question, et se contenta d’être heureux de voir Marthe sous un jour nouveau, gaie et bavarde comme une pie.

Lorsque Caroline amena Agnès, le vendredi soir, Yves remarqua que la joie devait être communicative, car Caroline était aussi heureuse de se débarrasser de sa fille que Marthe de la garder. Et cela aussi était assez étrange, car Caroline était une bonne mère qui adorait sa fille.

Il ne pouvait savoir que Caroline n’éclatait pas de joie parce que durant un week-end elle serait séparée de sa
fille, mais parce qu’elle allait passer 48 heures avec un jeune avocat qu’elle avait connu dans une réunion professionnelle.

Elle avait été invitée à passer en sa compagnie des heures qu’elle jugeait paradisiaques par avance, dans un hôtel
merveilleux, niché dans un cadre de verdure.

Elle ne comprenait pas très bien ce qui lui arrivait, car elle avait pensé franchement que son indépendance était une
situation à laquelle elle tenait avant tout. Or elle était tombée follement amoureuse de ce jeune avocat physiquement beau, encore plus qu’Yves pensait-elle, spirituel et doux. Ce qui faisait que non seulement, elle ne se sentait plus du tout libre, mais de surcroît en était très heureuse.

Ce week-end était à marquer d’une pierre blanche pour tous, car tous étaient heureux. Par contre, et c’était une
conséquence, le lundi fut assez morose. Agnès qui avait été gâtée comme elle ne l’avait jamais été, devait rentrer à l’école, Caroline, après son week-end idyllique, et qui s’était déroulait sans le moindre petit nuage, était partie au bureau de bonne heure, car elle avait du travail en retard, quand à Marthe et Yves, ils virent repartir Agnès avec tristesse, et allèrent rejoindre le lieu de leurs activités professionnelles sans entrain.

Dans la soirée de lundi, Caroline appela Yves sur son portable pour lui dire :

- Yves, je n’ai pas pu me retenir. Il fallait que je t’appelle pour te dire que je suis follement heureuse. Je sais, c’est incompréhensible, je ne me comprends pas moi-même,
mais j’ai rencontré Luc, il est avocat, je l’aime et il m’aime.

En recevant cette déclaration, Yves sentit comme une flèche qui lui traversait la poitrine. Que Caroline, soucieuse de garder sa liberté, son indépendance, ne veuille pas vivre avec lui, il pouvait parvenir à l’admettre, mais qu’elle en aime un autre, c’était tout autre chose, et il se sentit malheureux.

Il parvint cependant à réagir assez rapidement et Caroline ne se rendit pas compte du coup qu’elle venait de porter.

- Caroline, je suis heureux de ce qui t’arrive, mais permets à un vieil ami à te recommander la prudence. Il est fort probable que c’est un homme qui mérite entièrement ton
amour, mais, depuis quand vous connaissez vous ?

- Le temps n’a rien à voir. Il n’y a que quinze jours que nous nous sommes rencontrés, mais vois-tu, je le connais plus que le Yves nouveau, je t’en supplie ne prends pas mal ce que je viens de te dire.

- Je ne le prends pas mal, car moi non plus, je ne comprends plus très bien ma petite copine d’antan. Cependant, une personnalité humaine est toujours complexe, et si tu connais beaucoup de lui, tu ne peux pas tout connaitre. Je ne te conseille pas de combattre les sentiments que tu ressens pour Luc, pas du tout, mais de maintenir une petite, une toute petite réserve jusqu’à ce que tu le connaisses d’avantage.

- Tu as peur que je fasse une bêtise, c’est normal, je suis ton amie, mais crois moi, je ne peux me tromper sur la
véritable nature de Luc.

Après sa conversation avec Caroline, Yves en fit part à Marthe.

- Sais-tu pourquoi Caroline nous a demandé de garder Agnès durant le week-end ?

- Non, mais je suppose qu’elle avait du rencontrer quelqu’un.

- Décidément, vous les femmes, vous êtes bien plus
perspicaces que nous.

- C’est vrai. Et je sais aussi que cette nouvelle ne te transporte pas de joie.

- C’est exact. Elle ne connait ce Luc que depuis quinze jours, et elle prétend parfaitement le connaitre, ce qui est ridicule.

- Tu viens de donner le prétexte, et non la raison de ton inquiétude.

- Ah bon ? Il y aurait une autre raison ?

- Mais enfin, Yves, ouvre les yeux. Tu es très attaché à Caroline, et son amour actuel, l’éloigne de toi.

Yves répondit seulement « Peuh !! » Il pensa que Marthe ne parlait pas beaucoup, mais que lorsqu’elle s’y mettait, elle devenait redoutable par sa franchise.

Puis il prétexta une course urgente pour s’éclipser.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Lun 9 Nov - 9:31

Courage ! Fuyons ! Rire !

Yves ne sait pas très bien ou il en est... Marthe est en mal d'enfant... et Caroline, Caroline est amoureuse, mais sa fille dans tout ça ?
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Lun 9 Nov - 12:18

Très amusant, oui Yves complètement paumé dans tout ça, c'est vrai la fillette ? mais bon ainsi va la vie....

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 10 Nov - 8:25

CHAPITRE 11


Le désespoir de Caroline

Trois semaines passèrent. Caroline n’avait plus demandé qu’Yves et Marthe gardent Agnès le week-end.

Ils se téléphonèrent trois ou quatre fois, et Caroline semblait s’éteindre peu à peu.

Jamais plus elle n’avait parlé de Luc, et Yves s’était bien gardé de la questionner à son sujet.

Il y avait donc trois semaines que Caroline avait annoncé son amour pour Luc, lorsqu’elle téléphona à Yves.

- Yves, il faut absolument que je puisse te parler. Pouvons-nous nous voir au club samedi ?

- Bien sûr. Si tu as besoin de moi, tu sais que je suis toujours là. Tu as en effet une petite voix.

- Je suis malheureuse. A samedi.

Yves fit part à Marthe du coup de fil de Caroline. Elle ne sembla pas autrement surprise par cet appel au secours.

- Il est normal qu’elle fasse appel à toi. Pour elle sans doute, tout s’écroule autour d’elle, parce qu’elle avait une certitude qui s’avère fausse. Elle vient de subir une cruelle désillusion, j’en suis persuadée. Alors dans ces cas là, on cherche ce qu’il y a de solide autour de soi, et tu es l’élément stable de son univers.

C’est normal, mais elle va s’agripper à toi, veille à ne pas couler avec elle.

- Je ne comprends pas très bien ce que tu viens de dire. Elle va me parler de ses problèmes pour s’en libérer en partie, mais elle n’a aucune raison de « s’agripper » à moi comme tu le dis.

- Je l’espère. Tu le verras bien samedi.

Lorsque le samedi suivant, Yves arriva au club, Caroline s’y trouvait déjà, attablée seule, dans une table du fond du
bar.

Elle avait le regard vague, et Yves eut le cœur serré en constatant combien en quelques jours, son amie avait pu changer.

Elle esquissa un sourire lorsqu’elle aperçut Yves et lui désigna d’un geste las un siège en face d’elle.

- Yves, je suis malheureuse. Tu te doutes de ce dont il s’agit. Quand j’ai rencontré Luc, j’ai eu immédiatement la double certitude, que c’était un homme de grande valeur sur
tous les plans, et que, par ailleurs, nos destinées étaient liées pour la vie.

C’était un homme dont le physique est très attrayant, dont l’intelligence est pénétrante, et la moralité irréprochable…dans ses propos en tous cas.

Défenseur, selon ses dires, des valeurs les plus élevées, il se présentait, à mes yeux, comme un véritable militant de la moralité.

Cet homme ne pouvait que m’attirer, bien plus, je me sentais en pleine communion avec lui.

Il y a un peu plus de quinze jours, un matin, alors que je me préparais pour aller à mon bureau, on a sonné à ma
porte. Je suis allée ouvrir et je me suis trouvée en présence d’une jeune et jolie, femme, qui, après s’être assurée qu’elle s’adressait bien à Caroline Mallet, se présenta à son tour.

- Je suis madame Hélène Carrère, la femme de Luc Carrère
que vous connaissez, n’est ce pas ? Sous le nom de Luc Carré.

J’étais, tu le penses bien complètement effondrée. Luc marié ? Normalement, j’aurais du trouver cela impossible,
et pourtant, tout de suite, l’attitude de cette dame, digne malgré le ridicule qu’il y a toujours à être une femme trompée, fut pour moi une preuve de la véracité de ses propos. Je sentais, je savais qu’elle disait vrai.

Sidérée je ne l’avais même pas invitée à entrer, et c’est elle qui me demanda si elle pouvait m’entretenir quelques
minutes.

- Je ne vous dérangerai pas longtemps, vous ne serez pas
retardée, il y a si peu à dire.


Installées dans mon salon, elle me dit :

- Luc et moi, nous nous sommes mariés il y a trois ans.
Jusqu’au mois dernier, j’étais parfaitement heureuse. Bien sûr, comme il avait à plaider dans toute la France, il était souvent absent, mais il me revenait chaque fois un peu plus amoureux, et mon bonheur était sans nuage.


De même que je suis venue ici ce matin, il y a moins d’un mois, une femme est venue me voir. Elle m’a annoncé qu’elle était mariée, depuis 5 ans, avec un Lucien Carrier, avocat, que je connaissais, moi, sous le nom de Luc
Carrère . Bien entendu j’ai immédiatement réagi en lui disant qu’elle devait souffrir d’une maladie mentale, et que pour ma part, j’étais en effet mariée avec Maitre Carrère, un parangon de toutes les vertus, et qu’il ne pouvait s’agir que d’une confusion ou d’une manœuvre tendant à lui nuire.


Calmement, cette dame sortit une photo de son mariage, sur laquelle splendide, en robe blanche elle était rayonnante au bras de Luc, tout aussi rayonnant.

- Je suis désolée, madame, mais cet individu est au
moins bigame..


Voilà mademoiselle. Je me devais de vous tenir au courant, pour que vous ne soyez pas une troisième victime de ce triste sire. C’est fait, vous voyez que je ne vous ai pas trop retardée.

Elle ne m’avait pas retardée mais anéantie. Ce jour là j’ai du téléphoner au bureau pour avertir que pour la première fois, je ne pourrais me rendre à mon travail.

Yves se demandait comment il pourrait trouver les paroles de réconfort que Caroline était venue chercher auprès de
lui.

- En premier lieu, il va falloir acquérir la certitude que cet homme est bien l’escroc que cette dame t’avait dépeint. Peut être, entre son premier et son deuxième mariage
avait-il divorcé ? Je crois malheureusement qu’elle n’a pas du te mentir. Et puis, ma chère Caroline, il faudra que tu réfléchisses. Certes, ta bonne foi a été abusée. Cet homme que tu croyais, paré de toutes les vertus, n’était en fait qu’un escroc. Tu verras qu’en réfléchissant bien, tu ne pourras conserver la moindre estime pour cet individu, et tu constateras très vite que sans estime, l’amour que tu lui
portais disparaitra très vite, et tu te retrouveras comme il y a peu de temps : la Caroline merveilleuse, mère d’une adorable petite fille……

Yves fut brutalement interrompu dans sa plaidoirie.

- Ne me parle pas d’Agnès !!!!

- Comment ça ?
Ne me parles pas d’Agnès ? Ta fille que tu adores…

- C’est vrai que j’aime beaucoup Agnès, et il y a un autre problème.

Je crois que je ne suis pas normale.

Elle pleura un bon moment et durant plusieurs minutes, ne put s’exprimer.

Lorsque s’étant un peu calmée, elle put parler, elle dit.

- J’aime, j’aime beaucoup ma fille, pourtant…… depuis peu, et chaque jour un peu plus, elle ressemble à son père, son père pour lequel j’ai au cœur une haine farouche, et malgré moi, malgré tous mes efforts, tous mes raisonnements, chaque fois que mes yeux se portent sur Agnès, c’est son père que je vois, et……….. C’est affreux, Yves, mais je n’y peux rien, je supporte mal sa présence….Alors, c’est trop, c’est beaucoup trop pour moi. Ma déception pour ne pas dire plus avec Luc, et ma fille qui m’inflige la présence continuelle de son père…. Tous les hommes sont donc des monstres ? Ou est ce moi qui suis un monstre, une mauvaise mère ?

Essayant de plaisanter pour tirer un sourire de son amie, Yves protesta bruyamment

- Ho là, Ho là ! Tout d’abord, pas de généralisation s’il te plait ! Je n’ai rien à voir avec ces individus, et pourtant je t’en donne l’assurance, je suis bien un homme. Donc tous les hommes ne sont pas des monstres. Quand au problème avec Agnès, console-toi. Cela ne va pas durer. Les enfants changent énormément de traits, et cela va très vite.
Sa ressemblance n’est que passagère. Par ailleurs, j’ai la certitude que cette ressemblance existe plus dans ton esprit que dans la réalité. Tu viens de subir un choc du fait d’un homme, et, inconsciemment le souvenir d’un autre homme qui t’a fait du mal, aussi, vient se superposer, et tu fais de ta fille le représentant de ton ancien mari.
Mais tu verras, tout, je dis bien : tout, va s’estomper peu à peu.
Actuellement tu es au fond, mais tu vas donner un coup de pied pour remonter à la surface, et tu sais que tu as en moi, et peut être en Marthe aussi, deux amis qui t’aideront. Tu n’es pas seule, et ton amour pour ta fille va renaitre,
peut être encore plus fort, plus exaltant quand la crise va s’estomper.

Caroline eut un pauvre sourire, manifestement pas très convaincue par le plaidoyer d’Yves.

Elle se leva, car elle devait aller chercher Agnès à l’école, et avant leur séparation, elle ajouta :

- Ah ! si je pouvais trouver un homme comme toi… mais voilà, tu n’es pas libre.

Yves préféra ne pas répondre et ils se promirent de se téléphoner le lendemain.

A l’issue de cette conversation, Yves avait matière à réflexion. Lorsque Caroline avait dit espérer trouver un homme comme lui, était-ce une déclaration d’amour, ou un seul constat selon lequel elle aurait été plus raisonnable de tomber amoureuse d’un homme comme lui. Or le domaine de la raison n’a rien à voir avec celui des sentiments.

Cependant, il se posa la question :

« Et moi ? Aimerais-je mener une vie commune avec Caroline, et serais-je plus heureux avec elle qu’avec Marthe ? »

Il parvint à la conclusion facile que ne les connaissant qu’imparfaitement l’une et l’autre, il ne pouvait pas se
prononcer.

Rentré chez lui, Yves fut aussitôt interrogé par Marthe.

- Comment as-tu trouvé ton amie Caroline ? Très touchée par sa déconvenue ?

- Déconvenue est un mot faible. Elle est catastrophée et n’a plus de point de repère. Elle était tellement persuadée que
son avocat était un homme parfait, qu’elle a du mal à convenir qu’il n’en était rien.

Et Yves raconta à Marthe tout ce que Caroline venait de lui apprendre sur ce Luc, bigame, et qui se préparait à
prendre une troisième épouse sous une troisième identité.

- Alors, elle a du regretter de ne pas être allée vers toi, en conclut Marthe !

- Peut être le pense-t-elle ? Mais comment as-tu pu le savoir ?
D’ailleurs, je dois à la vérité de dire, que ce qu’elle regrette surtout, c’est de ne pas avoir près d’elle une épaule pour s’y reposer.

- Il n’est pas difficile pour moi de la comprendre, bien que ma situation soit bien différente.

Yves se garda bien de demander en quoi la situation de Marthe était différente de celle de Caroline. Il avait bien trop peur de déclencher une explication trop approfondie.

Pourtant les choses seraient tellement plus simples, si une discussion sérieuse avait lieu avec Marthe. Mais Yves ne voyait pas suffisamment clair en lui, pour se prononcer.

Il n’était pas prêt à faire un choix.


CHAPITRE 12


L’Accident


Des semaines s’écoulèrent, et les prédictions d’Yves se révélèrent erronées. Caroline ne remontait pas la pente. Elle, qui naturellement était assez expansive, se renfermait de plus en plus. Même les rapports avec sa fille, ne s’amélioraient pas.

Certes, Caroline remplissait ses devoirs de mère envers Agnès, mais il n’y avait plus ces élans affectueux, qu’une mère normale ressent pour son enfant, et la petite, inconsciemment se rendait compte de ce changement d’attitude. Elle était d’ailleurs elle-même moins gaie
qu’auparavant.

A deux ou trois reprises, Yves et Marthe avaient invité Caroline et Agnès, mais seule cette dernière avait apprécié ces moments passés ensemble.

Un lundi après midi, c’était le jour de congé hebdomadaire de Marthe, elle reçut un coup de fil de la directrice de l’école d’Agnès. La pauvre femme était toute retournée.

On venait de lui apprendre que la maman de la petite venait d’avoir un accident. Sans parler de cet accident à Agnès,
elle lui avait demandé quels étaient les meilleurs amis de sa maman et sans hésitation, la fillette avait parlé d’Yves.

La directrice demandait que l’on vienne chercher la petite, pour ensuite, lui annoncer doucement que sa maman avait eu un accident assez grave.

Caroline avait été hospitalisée à la clinique sainte Thérèse, et les blessures avaient été jugées graves, le pronostic vital était réservé.

Marthe téléphona aussitôt à Yves, et tout deux allèrent à l’école chercher Agnès. La petite sentait bien qu’il y avait
quelque chose d’anormal, mais elle était tellement heureuse d’aller chez Yves, qu’elle ne réagit pas tellement quand on lui dit que sa maman avait eu un petit accident, et que pendant quelques jours, elle devrait rester chez eux.

Laissant Marthe et Agnès à la maison, Yves se précipita à la clinique pour avoir des nouvelles de Caroline.

Elle était dans le coma, en service de réanimation. Elle souffrait d’un important traumatisme crânien, et diverses
fractures des membres et des côtes. Il était encore trop tôt pour savoir s’il existait des hémorragies internes, mais le médecin ne cacha pas qu’il était assez pessimiste.

Yves put la voir quelques secondes, et crut qu’il allait lui-même s’évanouir. Elle avait le visage d’une blancheur de
craie, et tous ces tubes qui avaient été posés, constituaient pour lui un spectacle insoutenable.

Il était encore tout remué quand il revint chez lui.

Agnès avait déjà repris ses marques. Elle avait sorti ses poupées, ses peluches, et s’amusait, inconsciente du drame que traversait sa mère.

Yves rapporta à Marthe tous les renseignements que lui avait fournis le médecin, et lui dit combien il avait été secoué par le spectacle de cette jeune femme réduite à l’état végétatif.

Au diner, Agnès demanda quand sa maman viendrait la chercher, mais ne fut pas particulièrement affectée quand Marthe lui dit qu’il faudra attendre plusieurs jours, parce que sa maman était malade.

Le lendemain matin, Yves alla au commissariat pour tenter d’obtenir des renseignements sur les circonstances de
l’accident. Le policier chargé de l’enquête ne comprenait pas ce qui avait pu se passer.

Le conducteur de l’autobus qui avait renversé Caroline, dit qu’il avait vu une jeune femme arrêtée sur le trottoir,
qu’elle regarda vers lui, et qu’elle se jeta littéralement contre l’autobus.

A l’endroit où Caroline avait tenté de traverser il n’y avait aucun passage clouté, et l’on pouvait en effet se demander si la jeune femme ne s’était pas volontairement précipitée sur le véhicule. Cependant l’inspecteur dit à Yves, que l’on ne pouvait accorder tout crédit aux déclarations du conducteur d’autobus, qui, bien évidemment, pour dégager sa responsabilité, avait tout intérêt à prétendre qu’il s’agissait d’un suicide.

En sortant du commissariat, Yves se rendit sur les lieux de l’accident. Il constata qu’un passage clouté se trouvait à une vingtaine de mètres, et que normalement, Caroline serait allée traverser sur le passage protégé, mais il était certain que Caroline n’était pas dans un état normal, et elle pouvait très bien avoir inconsciemment entrepris de traverser au plus court.

A la clinique, où il passa en sortant du commissariat, on lui dit qu’il n’y avait aucun élément nouveau, qu’elle était toujours dans le coma, et qu’il n’y avait pour l’instant aucun signe précurseur d’une reprise de conscience. Yves alla dans sa chambre. Caroline était toujours immobile, les yeux fermés. Lorsqu’il s’approcha, il lui sembla qu’un très court
instant, elle avait ouvert les yeux. Il ne s’était pas trompé, car elle prononça son nom « Yves »

Il s’approcha tout près d’elle et elle murmura :

- C’est mieux comme ça. Occupe-toi d’Agnès.

Il essaya de lui parler, mais manifestement, elle avait eu un très court instant de lucidité, et de nouveau était entièrement absente.

Le médecin, mis au courant, dit que malheureusement ce petit éclair de conscience n’avait aucune signification, et
qu’il restait très pessimiste

Il entra chez lui pour mettre au courant Marthe, des quelques mots prononcés par Caroline, ainsi que des éléments recueillis au commissariat. Ils décidèrent d’un commun accord, que pour Agnès, à aucun moment ils ne devaient parler de suicide. Ils devraient s’en tenir à la
thèse de l’accident, sans laisser planer aucun doute.

Ce n’est que le troisième jour qu’Agnès demanda si elle pouvait aller voir sa maman. Marthe lui expliqua longuement que sa maman était très fatiguée, qu’il ne fallait surtout pas la déranger, pour qu’elle puisse guérir, mais que cela allait, peut être, durer très longtemps.
La fillette commença à s’inquiéter et il ne se passa plus une journée sans qu’Agnès, à plusieurs reprises ne parle de sa maman.

- S’il ne faut pas que j’aille la voir pour ne pas la fatiguer, je pourrais peut être lui téléphoner ?

Marthe dut inventer, et dit à la fillette que sa maman avait une fracture de la mâchoire, et que pour l’instant, elle ne pouvait pas parler.

Agnès se rendait bien compte que les deux adultes étaient gênés quand elle les questionnait sur sa maman, et elle
finit par demander :

- Elle n’est pas morte, ma maman ?

- Non, ma chérie. Mais elle a de graves blessures.

- Si elle est blessée, elle n’est pas malade ?

- Elle n’est pas vraiment malade, mais c’est un peu la même chose. Elle a eu un accident, c’est un autobus qui la renversée.

- C’est gros un autobus. Pourquoi tu m’as dit qu’elle était malade ? C’était un mensonge.

- Ce n’était pas un vrai mensonge. Tu sais quand on est très malade, ou qu’on a de graves blessures c’est la même chose.

- Tu crois qu’elle va mourir ?

- Personne ne le sait. Mais nous devons tous espérer qu’elle va guérir.

- Alors, moi, je l’espère bien fort. Et comme ça, elle va guérir.

Marthe dut faire un énorme effort pour ne pas pleurer devant la petite.

Le médecin qui suivait Caroline était de plus en plus pessimiste, et une semaine après l’accident, un coup de fil
reçu par Yves à son bureau, en provenance de la clinique l’informa que c’était fini.

Il rentra immédiatement chez lui. La petite venait rentrer de l’école, en compagnie de Marthe, et lorsqu’il communiqua l’affreuse nouvelle, ils pleurèrent tous les trois, en se serrant les uns contre les autres.

Il fut décidé qu’Agnès n’irait pas voir sa maman, et Yves remplit toutes les formalités pour l’enterrement de Caroline.

Yves seul assista aux funérailles, Marthe avait estimé qu’il valait mieux ne pas infliger cette douloureuse cérémonie à
Agnès, et elle était restée à la maison avec la petite.

Et les jours passèrent. Sans aucune difficulté, Yves et Marthe obtinrent l’autorisation de garder Agnès, en
revanche, les formalités de l’adoption furent plus longues.

Afin d’être déclarés conjointement parents adoptifs, Marthe et Yves décidèrent de se marier. Cette cérémonie eut lieu en toute simplicité en présence de deux témoins, collègues de bureau de chaque marié.

CHAPITRE 13

LUC


Cela fait deux mois que Caroline nous a quitté. J’ai encore du mal à réaliser, pourtant la disparition de mon amie a
déclenché une cascade de conséquences.

Tout d’abord, je me suis marié. Cela facilitera grandement nos formalités pour l’adoption de la petite. Je dois dire que Marthe et moi avons pris cette décision sans aucune hésitation. Il est certain que les circonstances qui
présidaient à notre union étaient affreusement tristes, pourtant, en ce qui me concerne, j’ai été heureux d’unir ma destinée à celle de Marthe, pour laquelle ma profonde estime pour elle, n’avait fait que croitre au cours des tragiques évènement, et avait donné naissance à un sentiment plus doux, plus profond. Je me sentais lié à elle par des liens puissants qui ne recevaient avec le mariage
qu’une consécration.

Par ailleurs, je devenais père de famille.

Dans un laps de temps très court, je me suis trouvé très différent.

J’étais, auparavant, un homme libre, indépendant, qui avait vécu avec plusieurs compagnes occasionnelles.

J’avais avec Marthe, une liaison certes plus longue qu’avec les autres, mais il ne s’agissait que d’une liaison qui ne
m’obligeait pas dans l’avenir.

Je ne suis plus cet homme indépendant. Bien au contraire, je suis maintenant marié avec une femme que j’aime, et dont je ne peux envisager une seule seconde de me séparer un jour. De plus, je suis père de famille, et ce statut auquel je n’avais même pas réfléchi, donne une stabilité à ma vie, stabilité à laquelle je n’avais jamais aspiré.

J’ai donc changé d’une façon je crois spectaculaire.

Il me semble, je suis même certain, que de son côté, Marthe a un comportement très différent de celui qui était le sien avant les évènements.

Toute ma vie, je me souviendrais du regard que nous avons échangé lorsque le maire nous a déclaré mariés. Il y avait dans ses yeux tant de joie, tant d’amour, que j’ai été pris
d’un tremblement nerveux.

Non seulement, Marthe est heureuse, mais elle n’hésite pas à le laisser voir, et à le dire.

Je pense que c’est la présence d’Agnès qui a été l’élément déclencheur.

Avec la petite, Marthe s’était tout de suite laissée aller à ses sentiments profonds d’amour, en potentiel chez elle, mais qui durant des années n’avaient pu s’extérioriser.

C’était un peu comme si elle s’était entrainée à exprimer ses sentiments avec Agnès, et maintenant, avec moi, elle
n’hésitait plus à être elle-même, et ne cachait plus qu’elle m’aimait profondément.

J’ai un peu honte de le penser, pourtant, c’est la vérité. La mort de Caroline a donné naissance à un couple, une famille
solide, stable et heureuse. Oui, je suis heureux, Marthe et Agnès sont heureuses

Car, j’ai également une certaine gêne à l’écrire, mais Agnès, après quelques semaines d’abattement consécutives à la
disparition de sa mère, est maintenant parfaitement heureuse, particulièrement du fait (je le dis simplement) du fait qu’elle a désormais un père, alors qu’elle n’en avait jamais eu.

Je dois dire (mais c’est une simple péripétie qui n’eut pas de suite) que le père génétique m’a téléphoné une semaine après le décès de Caroline. Il voulait s’assurer qu’Agnès était prise en charge par une famille sérieuse. Il ne demandait en aucun cas que ses droits paternels soient reconnus. Il s’était lui-même remarié et avait un petit
garçon. Rien donc ne viendrait altérer la sérénité de notre petite famille.


CHAPITRE 14


MARTHE


Je vis dans un rêve.
La femme complexée, renfermée, incapable d’exprimer ses sentiments, et condamnée à l’isolement affectif, n’est plus.

Je suis heureuse.

Que cette petite phrase est admirable !!

Lorsque nous nous sommes connus, je suis tout de suite tombée amoureuse d’Yves. Mais j’étais incapable de le lui faire savoir.

J’ai toujours pensé que je n’étais pas « normale ». J’étais une handicapée des sentiments. Je n’en étais pas
dépourvue, bien au contraire, mais c’était « comme si » puisque je ne pouvais pas les exprimer.

Pendant les premiers 18 mois de vie commune, je crois qu’Yves m’aimait bien. Il m’aimait bien, mais n’envisageait
pas son avenir avec moi. Et je ne savais pas comment le retenir, comment je pouvais lui faire savoir mon attachement, et je vivais dans la crainte. Oui, la crainte, car encore une fois, je pensais ne pas m’inscrire dans son futur.

Et puis il a fallu que Caroline entre dans ma vie. Caroline, et surtout Agnès.

Oui, c’est avant tout mon affection immédiate et profonde pour cette fillette qui a commencé à me dégeler. Mes
sentiments que je ne pouvais, que je n’osais pas dévoiler devant Yves, j’ai pu, très vite, les laisser s’exprimer pour Agnès.

Je me demande si je ne tente pas de me donner bonne conscience. Je ne voudrais pas devoir mon bonheur actuel au décès de Caroline. Surtout pas. Alors, peut être (car ce n’est pas certain) je me berce d’illusion. Je veux me persuader que même si Caroline était encore vivante, j’aurais su faire connaitre à Yves la profondeur de mes sentiments.

Mais il faut que je regarde les choses en face. Si Caroline était encore vivante, suis-je certaine qu’Yves ne l’aurait
pas choisie comme compagne ?

Honnêtement, je n’en sais rien. Mais, pourquoi me torturer les méninges ? Les choses sont ce qu’elles sont. Or, elles sont simples. J’aime Yves, il le sait. Il m’aime, je le sais, quand à la petite Agnès, elle est heureuse. Je sais que lorsqu’il lui arrive de penser à sa mère, elle est malheureuse, mais quand elle n’y pense pas, elle est
contente, très contente, surtout d’avoir un père. Yves est merveilleux avec elle.

J’étais une femme isolée craintive, persuadée que je ne pouvais connaitre que de petits bonheurs éphémères, car je
n’étais pas faite pour être heureuse, et maintenant, je suis intégrée dans une famille solide, sereine….

C’est possible. Oui, il est possible que mon bonheur actuel n’ait pas pu voir le jour avec une Caroline vivante.

Mais après tout, c’est une loi naturelle :


LE PRESENT POUSSE SUR L’HUMUS DU PASSE


FIN
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 10 Nov - 9:55

Ainsi va la vie... Et cette histoire bien que triste et émouvante est pleine d'espoir pour l'avenir d'un couple et d'un enfant

Merci Aristee de nous offrir chaque matin ce moment de lecture.


Dernière édition par nane le Mar 10 Nov - 11:43, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Mar 10 Nov - 11:40

La fin me touche beaucoup, un départ, une nouvelle vie pleine de promesses... Je te remercie Aristee chaque jour s'ouvre sur le plaisir d'une page de lecture.

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   Dim 29 Nov - 11:51

Aristee j'espère que tu vas bien, tu sais notre lecture quotidienne nous manque...

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MessageSujet: Re: SUR L'HUMUS DU PASSE   

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