Le bateau ivre



 
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 La Grenouillère

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aristee
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Mer 20 Jan - 8:32

Reprenant la maitrise d’elle-même, Lise, se redressa, et me regardant à son tour, dans les yeux, elle me dit :

- Yette, j’ai l’impression que la lecture du testament de
ton père t’a tourné la tête. Ta mère m’a dit ce qu’il contenait. Cet homme a gagné beaucoup d’argent. Peut être ne faudrait-il pas trop savoir comment, et d’où vient cet argent, mais tu penses que parce que tu vas avoir des sous, tu deviens une personne importante, capable de se débrouiller toute seule. ?
C’est faux ma pauvre fille ! Tu n’as jamais su te débrouiller toute seule, et heureusement que j’ai été là, pour toi, et aussi pour ta mère, mais elle, elle en a conscience, et m’en est reconnaissante.

Alors, je te le répète, tu ne pourras jamais effacer le passé. J’étais ta Nounou, je resterai à jamais ta Nounou, et tu me dois le respect.

- Je vais madame Lise, vous répondre sur deux points. Tout d’abord, vous avez utilisé le mot : » faux ». Vous auriez du vous abstenir, car vous m’amenez à apporter des précisions. Si ma mère n’a pas vécu avec son mari, et si je n’ai pas connu mon père, c’est que vous aviez écrit de fausses lettres pour faire croire à maman qu’il lui était infidèle. CE QUI ETAIT PARFAITEMENT FAUX. Il faut que tu le saches maman.
Ensuite, il est méprisable de votre part d’insinuer que papa a gagné de l’argent d’une façon malhonnête. Vous n’avez pas le début du commencement d’une preuve, et d’ailleurs, sur le plan honnêteté, il vaudrait mieux que vous vous
taisiez.

Lise ne s’attendait visiblement pas à ce que je lui tienne tête et je vis passer dans son regard un peu d’affolement.

Ne l’écoute pas ma chérie, dit elle à ma mère. Cette gamine dit des bêtises et n’a pour preuve, que les divagations de ton mari, qui n’a jamais été très intelligent.

Je pris la balle au bond :

-Il n’était pas intelligent mon père ?
Alors, expliquez-nous pourquoi, vous avez été sa maitresse pendant 8 ans.

- Quoi ? s’exclama ma mère.

- Ne la crois pas, se défendit Lise. Elle est foncièrement méchante et veut me faire du mal.

- Non, maman, je ne suis pas méchante, mais il faut que tu le saches, Lise a été la maitresse de papa quand tu étais jeune, et il a du partir parce qu’il avait voulu te défendre contre elle, et s’opposer aux punitions qu’elle t’infligeait
indûment. D’ailleurs tu devrais t’en souvenir, tu étais assez grande, et elle te punissait souvent.

- Je la punissais quand elle le méritait, et elle le sait bien. Elle m’en est même reconnaissante, elle, car j’ai su bien
l’élever.

- Tu parles !!!! Quand plus tard, papa et toi, vous vous êtes mariés, Lise a fait tout ce qu’elle pouvait pour le faire partir. Elle était jalouse de toi, et comme je te l’ai dit, c’est elle qui a écrit les lettres des prétendues maitresses de papa.

- Est-ce vrai tout cela, Nounou ? Mon Dieu, je ne sais plus où j’en suis !

- Mais non, ma chérie ! Je ne sais pas pourquoi elle invente tout cela.
Demande-lui une preuve, une seule. Elle ne pourra pas te la donner, simplement parce que c’est faux.

C’était vrai que je n’avais aucune preuve. Simplement les affirmations de mon père. Mais j’avais l’intime conviction que tout cela était vrai.

Je suis certaine de ce que je sais, et toi, maman, j’espère que tu parviendras aussi à connaitre le vrai visage de madame Lise Dufour.


(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Mer 20 Jan - 9:14

La maman va-t-elle ouvrir les yeux ? C'est dur de se rendre compte que la personne en qui l'on croit le plus nous as trahis et a construit une vie de mensonges.

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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Mer 20 Jan - 10:35

Entre sa fille et sa Nounou, qui va t elle croire ? Soyons optimistes que diable ;)
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aristee
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Jeu 21 Jan - 8:11

CHAPITRE 5

Je suis revenue dans ma chambre, où, pour la première fois, j’ai fermé ma porte à clé. Je voulais lire, tranquillement, une fois encore la lettre de Papa.

Je venais de terminer ma lecture, lorsque j’entendis des pas dans le couloir, et quelqu’un qui essayait d’entrer chez moi.

Je cachais rapidement la lettre entre le sommier et le matelas de mon lit, puis je suis allée ouvrir.

Lise était sur le pas de la porte, qui contenait avec peine sa colère.

- Alors ? Tu t’enfermes maintenant ?

- Tranquillisez-vous ! C’est la première et dernière fois. Il fallait que vous soyez prévenue. C’est fait. Parce que dorénavant je vous interdis formellement d’entrer dans ma chambre, sans avoir frappé au préalable, et avoir attendu mon accord pour entrer. C’est compris ?

- Je veux que tu me dises ce qui se passe. Pourquoi avoir changé d’attitude envers moi. J’ai consacré ma vie à vous élever, ta mère d’abord, toi ensuite, et c’est moi qui m’occupe de tout ici. Sans moi, vous seriez complètement perdues.

Après réflexion, ce n’est pas de la lecture du testament que datent tes attitudes désagréables et déplacées.
Cela avait commencé un peu plus tôt. Que t’a raconté ce garçon avec lequel tu parlais sur la rivière ?

Je n’ai pu me retenir d’éclater de rire.

- Ce garçon, comme vous l’appelez ne m’a rien dit du tout. Pourquoi me demandez-vous ça ? Vous le connaissez ? Et il est au courant de votre passé. ? Il aurait des choses à me dire à votre sujet ?

- Je t’ai posé une question. Ne me réponds pas par des questions. J’attends !!

- Je veux bien que vous attendiez.
Mais faites-le en dehors de ma chambre. J’ai à faire.

J’avais ouvert la porte, et d’un geste du bras, j’avais invité Lise à sortir de ma chambre lorsque je vis maman qui se rendait dans la sienne.

- Maman ! Peux-tu venir une minute ? J’ai à te parler ! Lise ! Laissez-nous !

Elle hésita une seconde avant de s’en aller. En passant à côté de maman, elle lui dit

- Méfie toi de ce que va te dire cette écervelée, ma chérie. Elle est devenue complètement folle, et invente des bêtises.

Une fois maman entrée dans ma chambre, je suis allée récupérer la lettre de mon père sous le matelas, et la tendis à maman.

- Tiens ! Lis là tranquillement. Je ne te dirai pas un mot jusqu’à la fin de ta lecture.

Pendant que maman s’asseyait pour lire la lettre, je suis allée jusqu’à la porte pour m’assurer que Lise n’était pas
revenue coller son oreille à la porte.
Il n’y avait personne.

Je suis allée m’allonger sur mon lit, pendant que ma mère lisait la lettre de mon père.

Un long temps s’écoula, et ma mère ne m’avait pas dit un mot. Je tournais les yeux vers elle. Sa lecture était
terminée certainement depuis longtemps. La lettre était sur ses genoux, et la tête levée vers le plafond, elle pleurait silencieusement.

- Je te comprends maman. C’est dur de réaliser que Lise… enfin Nounou, ait pu faire tant de vilaines choses.

Mais il faut regarder les faits en face. C’est elle qui a contraint ton mari à partir.

- C’est vrai, Yette, c’est vrai. Mais ton père ne m’a
jamais parlé de sa liaison antérieure avec Nounou, et surtout, pourquoi est-il parti si les accusations portées contre lui étaient fausses ?
Pourquoi nous a-t-il abandonnées sans se défendre, sans avoir essayé de se justifier auprès de moi ? Je l’aimais tant !
- Maman, il voulait revenir, souviens- toi, il t’a écrit deux fois, et les deux fois, tu as fait lire ses lettres à Lise. Il est évident qu’il ne pouvait rien faire pour se justifier. Tu étais sous la coupe de ta nourrice. Et je pense que tu l’es toujours. Il faut que tu t’en dégages. Elle nous a fait assez de mal comme ça !! Il faut qu’elle parte !!

- Tu n’y penses pas !!! C’est elle, et elle seule, qui nous a élevées, toi et moi.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Jeu 21 Jan - 10:19

Et bien ! ça bouge ces derniers jours ! et vite en plus !
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Jeu 21 Jan - 18:27

Oui mais la culpabilité est la, et la maman n'est pas prête à croire vraiment cette fameuse lettre.

Je découvre tout juste la suite, une journée bien pleine ne m'a pas permis de lire avant.

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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Ven 22 Jan - 8:34

- Elle nous a élevées pour avoir deux personnes sous sa domination. Ce qu’elle a fait, c’était pour elle, pas pour nous.

- Non ! Je ne peux pas lui demander de partir. Elle est un peu comme ma mère.

- Je sais bien que tu ne peux pas réaliser d’un coup, le mal que cette femme nous a fait. Il faut que tu réfléchisses à tout ce que nous a appris papa, et tu réaliseras peu à peu.

Ma mère toujours en pleurs, alla dans sa chambre, pendant que je réfléchissais à ce que m’avait dit Lise.

Elle avait réalisé que mon attitude nouvelle envers elle, était antérieure à la lecture du testament, et elle pensait que le canoéiste m’avait dit quelque chose. Que venait-il faire dans nos affaires de famille ? Il fallait que je tire cela au clair.

Les Brugier habitaient dans une ferme, à l’autre bout du village. Je les connaissais de vue, mais ne leur avais jamais
parlé. J’enfourchais ma bicyclette, et me rendis près de chez eux, en espérant que leur jeune hôte me verrait et viendrait discuter avec moi. Malheureusement, bien qu’étant passée quatre ou cinq fois devant la ferme, en chantonnant pour
attirer l’attention, je ne vis personne, et je me dis que j’aurais plus de chance de le rencontrer sur la rivière.

Revenue à la maison, je sautais dans ma barque et remontais la rivière, puisque la ferme des Brugier est en
amont de la Grenouillère.

Décidément, ce garçon adorait vivre sur l’eau, car je n’avais pas fait plus de trois ou quatre cents mètres, lorsque à un coude de la rivière, je le vis qui descendait à une vitesse
stupéfiante, pagayant avec une énergie maximale.

Dès qu’il me vit, il freina son canoë et vint vers moi.

- Décidément mademoiselle, vous semblez aimer naviguer autant que moi.

- Sans doute, mais nous allons à des vitesses différentes.

- La rivière peut nous donner des plaisirs divers. Moi, j’aime la vitesse, alors que vous semblez avoir un rapport plus….
intimiste avec l’eau.

- Comment se fait-il que nous ne nous soyons jamais rencontrés auparavant ? C’est la première année que vous venez ici ?

- Non, mais c’est la première année que je dispose de mon embarcation… Elle est chouette, hein ?

- Un peu instable à mon goût, mais sans doute parfaite pour vous.

- Nous descendions le courant, presque bord et bord, et il était assez difficile de discuter en ramant, aussi lui ai-je proposé de lui faire voir mon coin préféré sous le saule. Il accepta aussitôt, et nous sommes entrés dans mon domaine où, l’eau étant stagnante, nous n’avions pas besoin de ramer.

Après s’être présenté comme s’appelant Pierre Delamotte (en un seul mot, m’avait-il précisé), il s’est extasié sur la beauté de mon coin et sur mon astucieuse installation pour que cet endroit soit constamment amorcé aux asticots.

Après avoir parlé de choses et d’autres, je lui demandais si lui-même ou les Brugier connaissaient ma mère et Lise. Il me dit que madame Brugier était sa tante, que, bien entendu, après notre première rencontre il lui avait parlé
de moi pour savoir qui j’étais, et qu’il avait été surpris par sa réaction.
Elle avait rougi subitement et avait seulement dit que « la petite Yette était adorable »

- Tant pis pour votre modestie, mais c’est exactement ce qu’elle m’a dit.

- Vous voyez, je ne rougis pas ! Mais pourquoi avait elle rougi, elle- même ?

- Je l’ignore, elle ne m’a rien dit, mais…

- Mais ?

Mais elle m’a dit beaucoup de bien de votre maman aussi, et j’en ai conclu qu’elle devait être…. Plus réservée en ce qui concerne la troisième personne qui vit avec vous, la Nounou.
Excusez-moi de vous dire cela. Je me trompe peut être…. Car ma tante semblait gênée, en m’en parlant.

- Il y a quinze jours, je vous aurais dit que vous vous trompiez, mais aujourd’hui je pense que votre tante a raison. Je commence à penser que Lise Dufour, n’est pas
la nounou merveilleuse que je croyais connaitre.

- Je vous en supplie, monsieur, essayez de savoir ce que votre tante peut connaitre de Lise. C’est très important pour moi.

- Bien volontiers, Yette, mais à une condition.

- Laquelle ?

- Que vous m’appeliez Pierre, et non monsieur.

- Je suis d’accord. A une condition moi aussi.

- Vous êtes redoutable, me dit-il en riant : Vous ne donnez rien sans rien.
Bon ! Alors ? Cette condition ?

- C’est que vous ne m’appeliez pas Yette. Ce prénom m’a été donné par Lise, qui voulait dans tous les domaines, avoir prise sur moi. Mon vrai prénom ne me plait pas, mais je le préfère quand même. C’est Claudette.

- Hé bien, Claudette (moi, je ne déteste pas votre prénom) je vais faire subir à ma tante, les brodequins, l’entonnoir, la roue, l’écartèlement, un supplice chinois, ou un autre de mon invention, s’il le faut, mais je saurai la faire parler, me dit-il en riant.

- Merci, Pierre, mais restez humain quand même lui ai-je répondu en riant à mon tour.

Décidément, ces temps ci, je revenais sur mes jugements concernant les personnes.

J’aimais beaucoup Nounou qui pour moi faisait partie de la famille. Elle se révélait maintenant une femme fourbe,
méchante, qui nous a fait beaucoup de mal.

J’avais trouvé que ce piroguier n’était pas sympathique et je trouve aujourd’hui qu’il est extrêmement gentil, agréable, gai, tout en restant correct. Il ne donne pas l’impression de me draguer, ce qui prouve, au minimum qu’il est très fin…. quoique si cela devait durer trop longtemps je le trouverais sans doute dépourvu de goût, et vexant….

(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Ven 22 Jan - 11:04

J'adore cette histoire elle est d'une fraicheur incroyable, tu sais je crois que c'est celle que je préfère de toutes les histoires que tu nous as fait lire, et pourtant j'aime tes écrits.

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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Sam 23 Jan - 7:46

Avant de sortir de « ma maison de saule », Pierre s’était donc engagé à avoir une discussion sérieuse avec sa tante, et nous avons décidé de nous revoir le lendemain à 17 heures au même endroit

Lorsque je suis revenue à la maison, Lise était encore dans l’entrée. Elle avait certainement surveillé mon arrivée par
la fenêtre du salon, et je serrais les poings, prête à répondre à ses éventuelles attaques.

Décidément, cette femme était encore plus dangereuse que je ne le pensais. Elle avait complètement changé d’attitude. Elle était presque douce, repentante.

- Tu sais, ma chérie, quand on vit constamment auprès de certaines personnes, on ne se rend pas toujours compte de leur évolution. Surtout lorsqu’il s’agit d’une enfant, qui très rapidement devient une grande personne, pense, et agit, comme une adulte qu’elle est devenue.

Je le reconnais, j’ai commis une erreur, en ne voyant pas ta mutation. Mais je t’aime tellement, ma petite chérie, que cela peut s’expliquer. Ne dit-on pas que l’amour rend aveugle ?

Je ne te cache pas que tu m’as fait beaucoup de peine, en me parlant comme tu l’as fait, mais du moins, cela eut le
mérite de me faire prendre conscience de mon erreur, que je te demande de me pardonner. Si tu le veux bien, nous allons effacer ces quelques jours pénibles que nous venons de passer, et nous allons repartir sur des bases plus normales, plus saines.

J’avoue que j’étais complètement déboussolée par son changement d’attitude. Je ne l’avais jamais vue aussi douce, et c’est cette constatation qui contribua à me remettre en garde. Une femme qui était capable de prendre des attitudes aussi différentes, ne pouvait être que très dangereuse, et après l’avoir regardée fixement dans les yeux, je lui répondis :

- Lise, je découvre peu à peu, avec effroi, votre personnalité. Votre nouveau rôle ne vous va pas du tout, et ne correspond pas à votre véritable nature.

Vous nous avez fait, à maman et à moi, trop de mal, pour que je puisse vous pardonner quoique ce soit.

Puisque l’occasion se présente, je vais vous dire mon désir actuel. Je voudrais que vous partiez d’ici, et que vous
alliez ailleurs développer vos capacités manœuvrières. Ici, vous êtes grillée.

Ensuite, je suis allée dans ma chambre, pas mécontente de constater que Lise, était restée immobile, muette, statufiée, dans le hall, après ma sortie.

Beaucoup plus tard, la nuit venue, j’ai eu envie de sortir, de ne plus me trouver sous le même toit que Lise.

CHAPITRE VI

Assise sur mon ponton, penchée en arrière, appuyée sur mes coudes, j’avais conscience de ne faire qu’un avec la nature qui m’entourait.

La nuit était merveilleuse.

Lorsque l’on parle de nuit, cela fait penser à l’obscurité et au silence. Mais pas à La Grenouillère.

La lune s’amusait à créer des milliers d’éclairs d’argent sur les vaguelettes de la rivière. Ce spectacle était prenant, féerique.

Quand aux amateurs de silence, ce n’était pas ici qu’ils devaient venir.
L’orchestre était assourdissant. Certes, il n’y avait que deux
groupes d’instruments, mais chacun luttait pour dominer l’autre.

Dans les herbes de la pelouse, les grillons émettaient leurs cris stridents, pendant que sur le bord de la rivière, les grenouilles coassaient à pleine gorge.

La rivière est là, dans son lit. Elle est à sa place. Moi aussi, je suis à ma place, là, à la Grenouillère, et je ne pourrais pas vivre ailleurs.

Comme j’avais eu raison de venir sur mon ponton, pour me retrouver, sereine, et relativiser tout le reste. Mais comment oublier complètement ce reste ?

Le repas du soir s’était déroulé dans une ambiance peu agréable. Pourtant, Lise n’était pas là. Aussi loin que mes
souvenirs remontaient, je ne me souvenais pas d’un repas sans Lise, mais elle avait dit à ma mère, pour la première fois, qu’elle avait une atroce migraine, et ne quitterait pas sa chambre.

Malgré son absence, je l’ai dit, l’ambiance était désagréable, car ma mère me « faisait la gueule » Décidemment, elle restait attachée à sa Nounou, et je
pensais avec tristesse, que j’aurais beaucoup de mal à lui ouvrir les yeux.

(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Sam 23 Jan - 10:56

Cette partie est paisible, j'aime énormément l'atmosphère du lieu, la nuit si bien décrite, tu as beaucoup de talent Aristee, j'aime beaucoup cette histoire.

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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Dim 24 Jan - 7:57

Nous n’avions pas prononcé un mot, jusqu’au dessert, quand je décidais d’attaquer le problème qui nous séparait.

- Tu connais bien Lise, maman, et tu connais son caractère par cœur.

- Bien sûr, puisqu’elle m’a élevée, et toi par la suite, c’est pourquoi je désapprouve ton attitude envers elle.

- Tu sais, maman, je ne suis pas bornée. Si je faisais erreur, dès que je m’en rendrais compte, je le reconnaitrais. Mais je reviens à ce que je commençais à te dire. Tu connais bien Lise. C’est une femme, qui est un peu autoritaire, non ?

- Il est absolument nécessaire de se montrer autoritaire quand on a des enfants à élever.

- Lise est donc autoritaire, nous sommes d’accord. Hé bien, tout à l’heure, elle s’est excusée, et a reconnu qu’elle avait commis une erreur avec moi. Tu ne trouves pas cela très curieux ? Cela ne cadre pas avec le caractère que nous lui connaissons. Il est évident que son acte de contrition n’était qu’une nouvelle manœuvre pour tenter de reprendre son pouvoir sur moi.

Une femme qui, ordinairement est cassante, naturellement autoritaire, ne peut devenir douce et repentante, que par calcul. Cette femme est dangereuse.

Mais enfin, ouvre les yeux, maman !! Regarde les faits ! Elle a obligé papa à partir, en écrivant de fausses lettres, et en abusant de son pouvoir sur toi. Tu n’as jamais su que la
moitié de la Grenouillère ne nous appartenait plus : Elle n’en a rien dit.. Moi, je n’ai jamais eu de père, à cause d’elle, et mon souhait le plus ardent, est que tu admettes que cette femme nous a fait beaucoup de mal ;

- Décidément tu es d’une mauvaise foi qui me fait beaucoup de peine. Tu l’accuses d’être trop despotique avec toi. Elle s’en rend compte, et, refoulant son amour propre, elle te fait des excuses, et toi, tu vas chercher je ne sais quelle arrière pensée. Je trouve que son attitude, au contraire est admirable.

Je ne sais pas qui a mis ces vilaines idées dans ta tête, mais il faudrait que tu te ressaisisses, et que, devant le repentir de Nounou, tu ailles à ton tour t’excuser en te jetant dans ses bras.

- Ma pauvre maman, tu es aveugle, et tu ne veux pas voir combien cette femme est méprisable. Mais je ne désespère pas de te ramener à la raison, lui dis-je en me levant de table, et en commençant à la débarrasser.

Maman et moi avons effectué ce petit travail sans prononcer un seul mot, puis, je suis allée me réfugier dans ma chambre.

Je réfléchissais longuement à mon problème qui pourtant se posait en termes simples : il s’agissait d’amener maman, à faire le bon choix entre Lise et moi, car il était évident que l’une de nous deux devra partir. Lise et moi nous ne pourrons plus vivre sous le même toit.

J’étais assez lucide, pour me rendre compte à ce moment, que si maman avait à faire ce choix déchirant, je ne sortirais pas gagnante. Les paroles ne suffiraient pas pour infléchir le jugement de maman. Il faudrait des preuves.
Or je n’en avais aucune, même si j’avais l’intime conviction que mon père disait la vérité, dans sa lettre.

Une petite lueur agréable dans mon univers tourmenté : Je pensais que je n’étais plus vraiment toute seule à me battre, et que Pierre, m’aiderait. Comment ? Je n’en savais rien encore, mais je lui faisais instinctivement confiance.

Le lendemain matin, en entrant dans la cuisine, je vis Lise, dont la migraine avait du passer, bien qu’elle ait une tête pas possible. Elle terminait son petit déjeuner. Nous n’avons pas échangé un seul mot. Je me suis fait chauffer
un nescafé dans le four micro-onde, puis j’ai sauté dans ma barque, pour aller faire un tour.

J’espérais vaguement voir Pierre, mais il devait (du moins, je me plaisais à l’imaginer) travailler pour moi en interrogeant sa tante. Malgré ma situation très désagréable, je me suis prise à éclater de rire en me remémorant les supplices que Pierre m’avait dit vouloir faire subir à sa tante, pour obtenir des renseignements. J’aimais beaucoup la tournure d’esprit de ce jeune homme, qui venait à point nommé, de surgir dans ma vie.

Durant le repas de midi, nous étions de nouveau trois, mais si, Lise et maman, parlaient presque normalement, elles se comportaient comme si je n’étais pas là, ce qui prouvait que ma réflexion de la veille était exacte. Si maman avait à choisir entre sa fille et sa nounou, c’est cette dernière qui emporterait la partie, comme elle l’avait déjà fait, jadis, en obligeant mon père à partir. J’avais un sacré handicap à remonter.

Juste avant que je ne quitte la table, maman me dit, d’une voix normale et calme :

- J’espère, Yette, que ce passage de l’âge ingrat (c’est bien le cas de parler d’ingratitude) ne sera pas trop long.

- Tout d’abord, mon prénom est Claudette, je n’en accepte pas d’autres. Ensuite, la clairvoyance n’a rien à voir avec l’âge, et à 18 ans, rassure-toi, l’âge ingrat est passé, de plus, je sais admettre comme vrai, ce que d’autres ne veulent pas voir. Parce que ça les gêne.

Je vis que Lise haussait les épaules, pendant que je me levais pour aller dans ma chambre.

Bien avant dix sept heures, j’étais sous mon saule pour attendre Pierre, qui arriva lui aussi avec un peu d’avance.

Dès que je le vis à bord de son canoë, qu’il manœuvrait, souple et puissant, avec élégance, je me sentis plus légère, comme si une partie du poids qui m’oppressait était partie se poser sur ses fortes épaules.

( A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Dim 24 Jan - 12:06

Aristee, tu nous tiens en haleine la !

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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Lun 25 Jan - 8:42

Lorsqu’il me vit, il fit un grand sourire, et je me pris à espérer qu’il avait de bonnes nouvelles.

Je n’eus pas longtemps à attendre car il me dit immédiatement.

- Je crois que vous allez être intéressée. J’ai donc interrogé ma tante, et sans avoir à recourir à des tortures, j’ai pu obtenir des renseignements, qui vont vous édifier sur la
moralité de votre Lise.

Ma tante et mon oncle se sont mariés il y a un peu plus de trente ans.

Deux mois après le mariage, mon oncle a succombé aux charmes de votre douce Lise, et une fois, une seule fois, lui a envoyé une lettre qui ne pouvait laisser aucun doute sur leurs rapports.

Dès réception de cette lettre, votre Lise en fit une photocopie, et l’adressa à ma tante avec un mot que vous pouvez lire, ma tante me l’ayant prêté et je me suis engagé à le lui rendre ce soir.

« Madame ;
Sachez tout d’abord que je me fiche de votre mari comme d’une guigne. Mais, après votre mariage, vous ne cessiez de répéter combien vous étiez heureuse, et vous chantiez les louanges de votre mari.
J’ai trouvé que vous étiez insupportable, et que, contrairement à vos dires, votre cher mari ne valait pas mieux que les autres. J’ai fait ce qu’il fallait, et très rapidement, vous pouvez le constater, je suis devenue sa maitresse. Comme, si je me contentais de le dire, vous ne me croiriez pas, je vous joins photocopie d’une lettre que votre mari vient de m’envoyer.

J’espère que vous aurez la pudeur d’arrêter de chanter ses louanges, et je vous souhaite, chère madame, un divorce fructueux.

Lise Dufour »

Ma lecture terminée, je suis restée un moment sans parler. Je n’aurais tout de même pas pensé que Lise puisse être allée jusque là. Il y a quelques jours encore, elle était ma Nounou chérie, ma seconde mère. La preuve que je voulais fournir à maman était là, entre mes mains, et au lieu d’être heureuse, j’étais anéantie par tant de vilénie ! Comment une femme pouvait-elle pousser si loin la méchanceté ? Et puis, il faut bien le dire, je ne parvenais pas à imaginer cette vieille femme avec un homme, mais bon! je sais que j'aie encore beaucoup à apprendre.

Mes réflexions furent interrompues par Pierre qui me dit en souriant :

- Alors ? Satisfaite ?
Vous l’avez la preuve du vrai caractère de votre Lise.

- Oui, merci Pierre. Mais je n’arrive pas à me sentir heureuse d’avoir une preuve à fournir à maman. C’est tellement…..

- Oui, c’est tellement méchant et gratuit ! Je vous comprends Claudette. Elle était votre nounou chérie il y a peu….

- Merci pour tout, et surtout pour me comprendre si bien …… Merci. Il faudrait que je possède une photocopie de cette lettre.

- C’était tellement évident, que voici la photocopie que j’ai faite avant de venir.

Heureusement que nous étions chacun dans notre embarcation, sinon, je me serais jetée dans ses bras, et ….. Maintenant je serais affreusement gênée.

En agitant ces pensées, j’ai du rougir, et sans doute Pierre s’en est-il aperçu car il me dit :

- Pour me récompenser de mon bon travail, j’aimerais que vous m’appreniez à pêcher. J’ai vu dans notre grange, que mon oncle avait des cannes à pêche. Voulez vous m’initier à votre art ?

- Bien sûr, avec grand plaisir, mais… si ce n’est pas indiscret, pouvez vous me dire quelle suite votre tante a
réservé à cette lettre.

- Ma tante est une femme remarquable. Elle a fait lire à son mari la lettre de Lise, et lui a demandé ce qu’il comptait faire. Il parait qu’il s’est jeté à ses genoux, pour lui demander pardon, et… Je ne sais pas trop la suite, sinon, qu’ils sont toujours ensemble et qu’une parfaite entente existe entre eux.

- En somme, la méchanceté de Lise n’a pas eu de prise sur le couple de votre tante et de votre oncle. C’est bien réconfortant. Je ne les connais que de vue, mais lorsque la tourmente, chez moi, sera terminée, c’est avec plaisir que j’irai les voir.

- Je suis persuadé que vous vous entendrez très bien. Et maintenant, que comptez-vous faire, Claudette ?

- Il faut d’abord que je réfléchisse. Mon premier mouvement aurait été d’aller simplement donner la lettre, à ma mère, elle est suffisamment édifiante. Mais je dois faire attention. Ma mère n’a pas une santé très solide, et si brusquement je lui mettais sous les yeux l’ignominie de sa nounou, elle risquerait d’en tomber malade. Je vais devoir procéder d’une façon moins brutale.

- En tous cas, sachez que vous pouvez toujours compter sur moi.

Une fois encore, je me suis félicitée que nous soyons Pierre et moi dans des embarcations différentes, car pour la seconde fois, j’avais eu une terrible envie de me jeter dans ses bras. Plus tard, lorsque j’aurai un peu de temps pour penser à autre chose que le problème posé par Lise, il faudra que je cherche à expliquer la raison de ces élans subits vers Pierre. Simplement de la reconnaissance, ce qui est très possible, ou bien…….. mais le moment n’est pas
venu de me poser ce genre de question.

J’ai proposé à Pierre de nous retrouver le lendemain matin de bonne heure, vers 6 heures 30, pour notre première partie de pêche. Il a été entendu qu’il viendrait à mon ponton pour laisser son frêle esquif peu fait pour une
partie de pêche, et nous irions dans ma barque, sous le saule pleureur.

( A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Lun 25 Jan - 11:02

Sordide la Nounou ! Ce genre de personne existe réellement.

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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Lun 25 Jan - 11:37

Infecte cette femme... ! Aristee tu dois en avoir rencontrée une dans ta vie pour savoir si bien la décrire...
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Lun 25 Jan - 17:23

J'ai entendu parler il y a longtemps d'une femme comme ça, c'est pour ça que je disais que cette espèce d'individus existait bel et bien.

Aristee je vais être absente quelques jours, j'essaierais de me connecter pour lire la suite si je peux, sinon je reprendrais l'histoire à mon retour samedi soir.

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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Mar 26 Jan - 8:07

CHAPITRE VII

Le repas du soir se déroula dans la même curieuse ambiance, où deux personnes discutaient normalement et la troisième aussi invisible qu’une vitre ne prononçait pas un mot. Je le dis très simplement, je me trouvais héroïque de ne pas clouer le bec à mes deux commensales, en sortant simplement la lettre qui était dans ma poche. Je pourrais triompher et écraser Lise en quelques secondes, mais il fallait que je pense à maman.

J’entendais d’une oreille distraite la conversation qui se déroulait,
lorsque mon attention fut subitement attirée. Lise disait que le lendemain,
elle avait pris rendez- vous à 14 heures chez le coiffeur. Une idée germa
aussitôt dans mon esprit. Je profiterai de l’absence de Lise pour aller
farfouiller dans sa chambre où, je n’étais jamais entrée. Cela peut sembler curieux, mais, le fait est que pas une seule seconde, j’avais envisagé d’entrer dans le domaine sacré de Nounou. C’eut été une profanation, et aujourd’hui, cette pensée me parait grotesque

Le soir, j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, et, en conséquence, j’ai eu
également beaucoup de mal à me lever très tôt le lendemain.

D’ailleurs, lorsque je suis arrivée, Pierre était déjà là. Il avait amarré son canoë, et assis sur le ponton, les jambes pendantes au dessus de la rivière, il m’attendait calmement, sans impatience.

- Je ne me lasse pas de regarder l’eau couler, de voir des poissons sauter hors de l’eau pour attraper des insectes. Quel calme, quelle merveille !!

- Je vous dois des excuses. Cela n’est pas dans mes habitudes d’être en retard, mais, toute retournée par les évènements, je n’arrivais pas à m’endormir hier soir….. et bien sûr à me réveiller ce matin.

- Vous n’avez pas à vous excuser, je vous l’ai dit, je ne me lasse pas de profiter des beautés de la rivière. Et puis, étant votre élève,
mademoiselle le professeur, je ne puis me montrer sévère à votre égard.

Cet animal a un sourire charmeur, et comme nous allons nous trouver dans
le même bateau, cette fois-ci, il va falloir que je me méfie de mes élans…

Le temps était lourd, un peu orageux, et je me dis que le sort nous
favorisait car ces conditions étaient idéales pour faire une bonne pêche.

A onze heures et demi la bourriche était à moitié pleine de gardons de fond, Pierre était très satisfait de sa partie de pêche, et moi….de sa présence.

J’ai tenu à ce qu’il apporte toute notre pêche à son oncle et sa tante,
et nous nous sommes séparés à midi, après avoir pris rendez vous pour le
lendemain en fin d’après midi.

Le déjeuner s’est déroulé comme les repas précédents. Les deux femmes discutaient, sans faire attention à moi, et je me contentais de tendre l’oreille de temps en temps pour savoir si

Lise parlait de la durée de sa séance chez le coiffeur.

Il n’en fut pas question et je regrettais de ne pas avoir demandé à Pierre de me donner un coup de main. Il aurait pu se tenir à proximité de la Grenouillère, et se mettre à siffler quand il aurait vu arriver Lise. Bah !! Je me débrouillerai bien toute seule !

En sortant de table, je suis retournée dans ma chambre pour me déguiser en cambrioleuse dans ma propre maison. En fait, je me suis contentée de mettre des espadrilles légères qui me permettraient de me déplacer sans bruit, et de prendre mon appareil photo.

Comme je l’ai dit, je n’étais jamais allée dans la chambre de Lise, je
ne savais même pas si elle était petite ou grande, et surtout, surtout, je me
demandais avec crainte si elle avait l’habitude de la fermer à clé durant ses
absences.

J’ai du attendre près d’une heure, avant de l’entendre partir. Par la petite fenêtre des toilettes, en montant sur la lunette des WC, je pouvais la
voir s’éloigner, et ce n’est que lorsqu’elle disparut de ma vue, que je me dirigeais vers sa chambre. Je savais que maman devait être dans la sienne, où elle avait à terminer la traduction d’un livre américain que son éditeur lui demandait depuis un certain temps.
(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Mar 26 Jan - 10:46

Quand je pense qu'il va falloir attendre jusqu'à demain pour savoir si elle découvre quelque chose d'intéressant...
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Mer 27 Jan - 8:39

Quelques secondes plus tard, mon doute était levé. Non, Lise, ne fermait
pas sa chambre à clé. Elle était tellement habituée à tenir tout son monde sous sa coupe, et elle avait une telle certitude que personne ne commettrait le crime de lèse-majesté de pénétrer dans sa chambre, qu’elle estimait que les objets, chez elle, étaient en parfaite sécurité.

Après avoir doucement refermé la porte derrière moi, je regardais tout
autour, surprise de me trouver dans une immense chambre, de loin la plus belle de toute la maison.

La chambre de Lise était presque deux fois plus grande que celle de maman. A la mort de la grand-mère, elle avait du la prendre et la garder pour elle, même quand maman s’était mariée.

Mais je ne devais pas perdre de temps. Je commençais par ouvrir les
tiroirs des tables de nuit, dans lesquels il n’y avait rien d’intéressant.
Puis je suis allée vers un secrétaire à rouleau, dont la visite devrait se
montrer plus fructueuse, et j’entrepris une fouille systématique Je ne m’étais pas trompée. Je ne prenais pas des risques pour rien.

Il y avait là tous ses relevés de compte qui m’apprirent que Lise, si elle devait partir, ne serait pas dans la misère. Elle avait plusieurs livrets d’épargne sur lesquels il y avait d’après mon estimation rapide, plus de 100.000 euros.

Je pris en photo plusieurs des derniers relevés. Je constatais avec stupéfaction, que chaque mois, elle virait 1000 euros sur l’un de ses comptes. Comme ma mère ne s’occupait pas des ressources et dépenses du ménage, Lise pouvait tout à son aise se constituer un petit magot.

Il semblait qu’elle avait également quelques valeurs mobilières que je ne m’amusais pas à calculer, craignant toujours son retour impromptu. Je me
contentais de prendre là encore des photos.

Puis je tombais sur un dossier intitulé BRUGIER. Il y avait là, la lettre que l’oncle de Pierre lui avait envoyée, et je l’ai également photographiée.

Dans un autre dossier dont le titre était significatif des pensées de la
dame : L’IMPORTUN, (il s’agissait de mon père bien sûr) j’ai trouvé des
brouillons de lettres d’amour que des femmes étaient supposées avoir écrites à mon père.

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises, car il y avait un dossier,
à la vérité très mince, qui portait mon nom : Yette.

Il y avait le relevé de toutes les petites bêtises que j’avais pu commettre durant mon jeune âge. Mais surtout, je constatais avec effroi que cette satanée femme préparait un manœuvre contre moi. .

« La laisser tomber amoureuse de Pierre, puis lorsque les choses seront bien avancées, reprendre la méthode que j’avais déjà utilisée. Faire des lettres de femmes écrites à Pierre, et les remettre à Yette. Avant cela, il faudra mettre la puce à l’oreille de la petite, en compromettant Pierre avec une autre jeune fille qui lui donnera rendez-vous, par une lettre que je fabriquerai. Je resterai la seule maitresse de fait de la Grenouillère ».

Je photographiais, photographiais, photographiais, et constatais qu’il était 15 heures. Il était temps de vider les lieux pour ne pas être surprise en
flagrant délit.

Un dernier coup d’œil autour de moi, pour vérifier qu’il ne restait aucune trace de mon passage, et je me précipitais dans ma chambre, pour transférer toutes mes photos sur mon ordinateur, et en tirer un exemplaire de chacune sur mon imprimante.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Mer 27 Jan - 9:51

Et bien, une véritable harpie cette femme ! La méchanceté incarnée doublée d'un intérêt marqué pour les détournements de fonds...
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Jeu 28 Jan - 8:04

CHAPITRE VIII

Je n’ai pas l’esprit guerrier (enfin, je le pense), et si je suis obligée de me battre contre les agissements de Lise, j’en suis très malheureuse. C’est vrai que durant 18 ans, elle s’est occupée de moi, et, en dehors de sa propension à tout diriger, je n’avais personnellement pas de griefs majeurs à son égard.

Mais ses manœuvres, pour évincer mon père et m’avoir privé de sa présence, ses efforts pour mettre la zizanie dans un couple de jeunes mariés, ainsi que le détournement de l’argent de la maison pour s’enrichir personnellement, tout cela ne pouvait être pardonné, et même s’il me coûte de l’affronter, je vais continuer à le faire.

J’avais maintenant entre les mains, un dossier volumineux qui me
permettait de démontrer à maman la vraie nature de Lise. Pour moi, le problème était difficile :

Comment, faire en sorte que maman se fasse peu à peu, un nouveau
jugement sur sa nounou chérie ? Comment procéder par étape ?

Comme j’avais toutes les cartes en mains, je n’étais plus trop pressée
et je résolus de demander conseil à Pierre. Je lui ferai voir les documents que j’avais pu m’approprier, à l’exception, peut être, de ceux qui nous concernaient personnellement, Pierre et moi. Pour ceux-là, il fallait que je réfléchisse à l’opportunité de les lui faire voir.

Je lisais dans le salon quand Lise est revenue de chez son coiffeur. Sa coiffure, toute en hauteur était d’un ridicule qui me réjouissais, et je ne pus retenir un sourire moqueur, qui provoqua chez elle une sorte de recul, et un regard assassin qui aurait pu me foudroyer.

Elle voulait être la plus forte, celle qui dirigeait la maison, et curieusement, à cet instant précis, sans l’excuser, bien sûr, je la comprenais. C’était en effet enivrant de sentir que l’on a la situation en main, et que l’on domine ses proches. C’était moi à présent qui le ressentais.

Vers 17 heures, j’ai sauté dans ma barque, et peu après, je vis Pierre qui descendait la rivière. Il avait son embarcation bien en mains, car il pivota presque sur place, d’un coup de pagaie puissant, et vint se mettre tout contre ma barque.

- Alors Claudette ? Du neuf ?

- Jugez en, lui dis-je, en lui tendant une liasse de photos, comprenant également celles qui nous concernaient.

Il me demanda de les reprendre, car il ne pouvait les lire en maintenant son canoë dans l’axe de la rivière, et nous sommes allés sous mon saule en eau calme.

Là, tranquillement, il regarda chaque photo, en levant de temps en temps la tête vers moi, pour me dire : « Elle est dingue, malhonnête, et dangereuse ».

Après avoir tout épluché, il me dit que j’avais fait un travail remarquable…. sur le plan technique…
J’adore son humour.

- Plus sérieusement, ajouta-t-il, je pense que vous avez maintenant barre sur elle. Le problème est de savoir comment vous allez procéder avec votre maman. Vous pouvez lui donner le paquet, comme vous l’avez fait avec moi, mais d’après ce que vous m’avez dit à son sujet, cela risquerait de lui donner un coup trop fort. Vous êtes mieux placée que moi pour en juger, mais il me semble qu’il faudrait procéder par étapes.

Je pense qu’il vaudrait mieux commencer par lui donner les preuves de l’histoire de mon oncle et de ma tante. Elle dénote, sans discussion possible, la duplicité de Lise, mais ni votre maman ni vous-même, n’êtes directement en cause. Le coup, pour elle serait moins rude. Qu’en pensez-vous ?

- Je pensais qu’il fallait en effet procéder par étapes, mais sans savoir par où commencer. Vous venez de m’éclairer, et je crois que vous avez parfaitement raison. Dès aujourd’hui, je vais commencer à lui dévoiler le rôle joué par Lise, entre votre tante et votre oncle, puis j’attendrai quelques jours pour l’éclairer totalement sur tous les agissements de sa nounou.

Heureusement, heureusement, que Pierre était là. Si je m’étais trouvée seule avec ce problème sur les bras, je ne sais pas ce que j’aurais fait.

Le repas du soir a débuté comme d’habitude ces jours derniers. Ma présence était ignorée, alors que Lise et maman parlaient normalement de choses et d’autres.

J’avais décidé d’attendre la fin du repas, avant de lancer mon attaque.
(A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Jeu 28 Jan - 10:25

J'attends avec impatience les commentaires de Anne...
J'aime nos échanges. Mais en attendant, je trouve Pierre très sage et de bons conseils...

Attendons aussi la fin du repas...
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Ven 29 Jan - 7:47

Le repas étant terminé, cela me permettrait de sortir de table tout à fait normalement, au moment que je jugerai opportun.

Je venais de finir mon dessert, quand je dis, me tournant vers ma mère :

- Tiens, maman sais-tu ce que j’ai appris aujourd’hui ?

Sans me répondre, elle haussa les épaules, comme pour me faire comprendre que les ragots ne l’intéressaient pas.

- Hé bien, je vais t’en parler quand même. C’est Pierre qui me l’a raconté. Pierre est ce jeune homme qui est en vacances chez son oncle et sa tante, monsieur et madame Brugier. Tu dois les connaitre ?

Sans attendre sa réponse, j’enchainais

- Monsieur et madame Brugier se sont mariés il y a une trentaine d’années. Or deux mois après les noces, Madame Brugier a reçu une lettre d’une
personne, dont tu jugeras de la moralité. Dans sa lettre, elle disait qu’elle
avait réussi à devenir la maitresse de son tout nouveau mari. Elle précisait
qu’elle n’aimait pas du tout cet homme, mais que le bonheur de madame Brugier, trop ostensible l’embêtait, et qu’elle voulait y mettre fin.

Et pour être certaine de bien enfoncer le clou dans le cœur de la pauvre
madame Brugier, cette personne joignait une lettre d’amour que son amant, lui avait envoyée. Que penses-tu de cette personne malfaisante ?

- Si c’est vrai, dit ma mère, cette femme était vraiment méchante.

Je n’avais cessé de regarder Lise pendant que je débitais mon histoire.
Elle avait d’abord tressailli, puis avait repris son calme.

D’une voix très posée, Lise me dit :

- Décidement, tu ne t’arranges pas en vieillissant. Tu te mets à colporter des ragots…

- Des ragots ? S’il ne s’agissait que de cela, je n’en aurais pas parlé. Non, il ne s’agit pas de ragots. C’est une histoire, vraie.

- Tu n’es vraiment pas maligne. Tu crois tout ce qu’on te dit.

Je me suis levée, ai tiré de la poche de mon jean la photocopie de la lettre
écrite 30 ans plus tôt par Lise, la donnais à maman et lui dis.


- Voilà la preuve qu’il ne s’agit pas de
ragots. Tu reconnaitras l’écriture. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une lettre
anonyme, elle est signée. Il ne peut donc y avoir aucun doute.


Je te laisse la lire.

Avant de sortir, j’adressais à Lise une mise en garde:

- Je vous signale, qu’il s’agit d’une photocopie. Il ne servirait à rien de la détruire : j’en ai d’autres.
Maintenant, pour une femme qui n’aime pas les hommes, vous avez eu pas mal d’amants, madame. Mon père, monsieur Brugier, vous avez été vraiment une redoutable courtisane.

Je me demandais d’ailleurs comment elle avait pu plaire aux hommes. En faisant abstraction de son âge qui évidemment n’avait pas dû arranger son physique, elle avait les traits lourds, un nez assez conséquent et épaté, une bouche trop petite et en accent circonflexe, il ne s’agissait pas là des méfaits de la vieillesse, mais bon…

Je pense que les hommes sont non seulement d’un genre différent, mais également..... d’une autre espèce, que nous…..

Après être sortie, arrivée au bout du couloir, j’ai vivement enlevé mes
chaussures,

Et je suis revenue à la porte de la salle à manger pour écouter la suite.

Un silence absolu régnait, au point que je me demandais si elles
n’étaient pas sorties elles mêmes, dans le jardin. Puis la voix de ma mère,
déformée par les pleurs se fit entendre.

- Ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai ! Tu n’as pas fait cette monstruosité de casser un jeune ménage au seul prétexte qu’ils étaient trop heureux et que cela te gênait ? Comment as-tu pu faire cela, nounou ?

D’une voix très douce que je ne lui connaissais pas, Lise lui répondit :

- Oh, tu sais, cela remonte à trente ans, et très souvent, depuis, j’ai regretté d’avoir été un peu méchante. C’était une bêtise de ma part, je le reconnais. Heureusement, heureusement, ma faute n’a pas eu de mauvaises conséquences puisqu’ils sont restés ensemble, je crois qu’ils s’entendent bien, et j’en suis très soulagée.

- C’est possible, mais ce n’est pas parce que tu n’as pas réussi ton coup que cela te blanchit.
C’est absolument affreux ce que tu as fait, et je ne peux pas croire que ma
Nounou ait pu agir ainsi.


- J’ai commis une erreur dans ma vie, une seule erreur, et je m’en repens. Il ne faut pas m’en vouloir, c’est vieux, cela n’a pas eu de conséquences graves. Et surtout, surtout, je le regrette tellement !

- Quand même murmura maman en se levant pour regagner sa chambre.

Bien entendu, je n’ai pas attendu qu’elle arrive dans le couloir, et je me suis précipitée dans ma chambre.

Voilà. Je venais de jouer le premier acte, et j’étais persuadée que la confiance de maman en sa nounou devait commencer à être ébranlée.
( A suivre)
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MessageSujet: Re: La Grenouillère   Ven 29 Jan - 18:13

Aristée, tu as vu le nombre de lectures ?

Tu nous tiens vraiment en haleine là ;)
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MessageSujet: LA GRENOUILLERE   Sam 30 Jan - 8:11

CHAPITRE IX

Le lendemain matin, lorsque je suis venue pour préparer mon petit
déjeuner dans la cuisine, non seulement il n’y avait personne, mais malgré
l’heure déjà avancée (Nous déjeunions toujours vers 7 heures 30, et il était
huit heures), je vis que personne n’était venue.

Après avoir préparé et avalé un bol de café, j’ai attendu encore un quart d’heure, mais la maison restait silencieuse, et je commençais à m’inquiéter sérieusement pour ma mère.

Je suis allée frapper à la porte de sa chambre, et une voix faible demanda :

- Qui est-ce ?

- C’est moi, Claudette.

- Alors, entre, entre Yette!

Je suis entrée, et j’ai été frappée par la rougeur du teint de maman. En
posant la paume de ma main sur son front, je me suis rendu compte qu’elle avait de la fièvre. Elle avait les yeux fermés et semblait exténuée. Lorsque j’ai voulu lui demander ce qu’elle ressentait, avec beaucoup de mal, elle monta son index en croix sur ses lèvres pour me demander de me taire. Je lui ai dit alors que j’allais la laisser se reposer et appeler le médecin. Elle me fit un léger signe affirmatif, et je suis sortie de la chambre pour téléphoner.

Est-ce parce que, très inquiète, je l’ai regardée plus attentivement, ou peut être après avoir examiné le physique de Lise, ai-je éprouvé le besoin de comparer celui de maman, toujours est-il que j’ai regardé attentivement maman. Même malade, elle était vraiment très jolie ; et je ne le découvrais que maintenant. Certes, c’était une femme frêle, mais elle avait un merveilleux visage aux traits fins.

Elle était loin de faire ses quarante huit ans, et il fallait s’approcher très près d’elle pour voir quelques fines ridelles au coin des yeux. Un nez droit, des lèvres que je qualifierais de sensuelles… si ce n’était pas ma mère, et surtout des yeux splendides, d’une pureté d’enfant. Quand je pense que je m’étais jugée « globalement positive » sur le plan physique, j’étais en fait un laideron à côté de maman. Bon, c’est vrai, en ce qui me concerne, j’exagère un peu.

Lise était dans la salle à manger. Assise dans un fauteuil, elle m’a
suivi du regard pendant que j’allais vers le téléphone, et après avoir eu notre médecin de famille qui me dit qu’il passerait d’ici une heure environ, Lise d’une voix sourde me demanda comment allait maman.

Je lui ai répondu que maman avait de la fièvre, et qu’elle ne pouvait pas l’ignorer puisque je venais de le dire au médecin, devant elle.

- Tout ça, c’est de ta faute. Pourquoi ressortir cette vieille affaire ? S’il arrive quelque chose à ta mère je ne te le pardonnerai jamais.

- Vous avez un culot monstre lui ai-je répondu. Vous avez essayé de casser le ménage des Brugier, et vous êtes parvenue à détruire celui de maman. Vous avez commis plein de mauvaises actions, et c’est moi qui suis
impardonnable ? Vous êtes soit une dépravée soit, une malade mentale.

S’il vous restait un brin de dignité, vous quitteriez immédiatement la
maison.

Elle haussa les épaules, et désireuse de ne pas rester à ses côtés, je suis allée m’asseoir sur le ponton, en attendant l’arrivée du médecin.

Je tenais absolument à ce que Lise ne pénètre pas dans la chambre de
maman, et dès que le médecin est arrivé, c’est moi qui l’ai escorté jusqu’au lit de ma mère.

Elle avait 39°8 de température, et le docteur s’est contenté de dire
qu’elle avait du subir un important choc nerveux, ce qui ne constituait pas un scoop pour moi.

Recommandations d’usage : repos, et pas d’émotions. Il était drôle ce
toubib ! J’avais pourtant d’autres renseignements à donner à maman, qui
risquaient de la remuer encore un peu plus.

Mais, bon, respectant les directives de la Faculté, je décidais d’attendre un peu avant de régler définitivement, le compte de Lise.

Pour bien prouver que nous pouvions parfaitement nous débrouiller sans
elle, j’avais pris en charge la préparation des repas, et les courses. Lise, trainait dans la maison comme une âme en peine, et j’ai réalisé que j’avais trouvé là, la meilleure façon de la punir. Ne plus se sentir indispensable devait être pénible pour elle, et c’est avec grand plaisir que je me suis attelée à ces tâches nouvelles.

Moi seule, pénétrais dans la chambre de maman, lui préparais et lui donnais ses médicaments.
(A suivre)
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